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(!) Info minute – Revue de Presse

chantal jouanno gaz de schisteNous republions, in extenso et avec ses aimables encouragements, le billet de Chantal Jouanno paru sur son blog le 26 septembre 2014. Chantal Jouanno, Haut Fonctionnaire de l’État Français et Sénatrice de Paris depuis 2011 a été Présidente de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Secrétaire d’État à l’Écologie du gouvernement Fillon III, elle a ensuite été Ministre des sports.
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La droite conservatrice relance régulièrement le débat sur le « gaz de schiste » – le terme exact est hydrocarbures non conventionnels. L’Eldorado du « gaz de schiste » serait une solution économique d’avenir bloquée par l’idéologie rétrograde des écologistes. Dans ce débat où deux idéologies conservatrices et démagogiques s’affrontent, un peu d’éclairage s’impose.
J’invite chacun à consulter les perspectives de l’Agence internationale de l’Énergie de Novembre 2013 et les rapports de Bloomberg New Energy Finance, deux organisations qui ne peuvent être suspectées d’idéologie écologique.

La première réalité est que l’exploitation des « gaz de schiste » en France est parfaitement incompatible avec l’objectif de lutte contre les changements climatiques.

Les émissions de gaz à effet de serre du « gaz de schiste » dépassent celle des puits conventionnels puisque chaque puits perd jusqu’à 8 % de méthane, une réalité souvent occultée. De fait, la baisse des émissions de CO2 des États-Unis a été plus que compensée par la hausse des émissions de méthane. En deuxième lieu, le gaz de schiste pourrait avoir un impact favorable pour remplacer le charbon s’il était utilisé dans des centrales performantes pour produire de l’électricité. Or, il est en majorité utilisé pour le chauffage individuel. Enfin, la chute du prix du charbon générée par le fort développement des gaz de schiste a favorisé son développement notamment en Europe mais également aux États-Unis. L’EIA a annoncé en janvier 2014 que les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie aux États-Unis avaient progressé de 2 %.
Les « gaz de schiste » ont encore moins d’intérêt écologique en France. A quoi peuvent servir les « gaz de schiste » ? A produire de l’électricité ou de la chaleur. Or, notre mix énergétique électrique est fortement décarboné et nous nous orientons vers de la chaleur dite renouvelable. Exploiter les « gaz de schiste » se traduirait par une hausse de nos émissions de gaz à effet de serre. En outre, les « gaz de schiste » entreraient directement en concurrence avec les énergies renouvelables. Pourquoi devrions nous orienter l’argent public vers les « gaz de schiste » plutôt que les énergies renouvelables ?

Il est politiquement possible de considérer que la lutte contre les changements climatiques est une lubie, que les 2500 scientifiques du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) n’y connaissent rien et qu’un « homme politique providentiel » sait tout. Il est aussi possible de considérer que les changements climatiques ne sont pas un sujet pour la France, que les conséquences toucheront les pays les plus pauvres et que les pays riches s’accommoderont volontiers de ces inégalités.

On peut alors considérer que l’argument économique suffit à légitimer l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels. Malheureusement, les vertus économiques des « gaz de schiste » semblent bien fragiles.

Aux Etats-Unis, depuis 2013, les compagnies pétrolières ont réduit de moitié leurs investissements dans les pétroles et gaz non conventionnels. 26 des 61 compagnies exploitantes ont mis la clé sous la porte. Ces exploitations sont en effet fortement productives les deux premières années mais s’épuisent en 6 ans en moyenne. Il faut par conséquent régulièrement forer de nouveaux puits, plus couteux.
Plus encore, à production égale, un puits couterait deux à trois fois plus cher en Europe qu’aux Etats Unis. Notre manque d’expertise, notre manque d’infrastructures, et surtout les réalités physiques de la France rendent peu rentables ce type d’exploitation. Les roches susceptibles de contenir des huiles ou des gaz de schiste se situent dans le bassin parisien et dans le sud-est de la France. La première zone se caractérise par sa forte densité de population, peu compatible avec ces exploitations. La deuxième zone se caractérise par son manque d’eau, élément indispensable à la fracturation. Plus encore, nous ne disposons pas des réseaux et des canalisations nécessaires.
L’Eldorado économique est d’autant plus théorique que nous n’avons aucune idée des réserves que contiennent nos sous-sols. Les chiffres merveilleux s’avèrent être des leurres. En Californie, où se situent les deux tiers des réserves, les estimations initiales étaient de 13,7 milliards de barils. Elles sont estimées aujourd’hui à 600 millions de barils….

Mon intégrité politique est de rester fidèle à mes engagements écologiques qui fondent ma présence politique. Les changements climatiques sont le plus grand défi à venir. Notre responsabilité politique est d’engager les investissements publics pour préparer l’avenir, pas pour le détruire. Les choix de court terme, et la tentation de la démagogie, sont une erreur historique. Et si vous doutez encore, vous pouvez aussi lire le dernier ouvrage de Jeremy Rifkin.

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global frackdown 11 octobre 2014 -

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Lettre ouverte des collectifs citoyens à Ségolène Royal, Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Hôtel de Roquelaure, 246 boulevard Saint-Germain, 75007 Paris

Madame la Ministre,

Vos services terminent actuellement l’instruction de demandes d’attribution d’une douzaine de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux et examinent des demandes de renouvellement ou de prolongation de permis de recherche existants.Tous les projets d’attribution de permis proposés aujourd’hui à la consultation publique sur le site de votre Ministère sont des permis ayant pour objectifs des hydrocarbures non conventionnels.
En 2009 ou 2010, l’ensemble des documents déposés par les entreprises pétrolières, non seulement faisait état de leur savoir-faire en matière d’exploitation de pétrole ou de gaz de schiste mais de plus, évoquait sans ambiguïté la recherche d’hydrocarbures non conventionnels.

Certes, ces mêmes entreprises ont signé, depuis la loi Jacob de juillet 2011, un document par lequel elles s’engagent à respecter la loi en ne procédant pas à des fracturations hydrauliques.

Mais les objectifs géologiques n’ont pas changé.
En 2010, la plupart de ces projets avaient des objectifs géologiques non conventionnels.
Par quel moyen, en 2014, ces objectifs non conventionnels sont-ils devenus conventionnels ?
Est-ce que la loi Jacob a la capacité de transformer la géologie?

Lors des débats de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la transition énergétique, vous avez évoqué au sujet des hydrocarbures non conventionnels les dommages graves en terme de santé publique causés aux riverains” et la “dégradation de l’environnement avec l’abandon des puits de gaz de schiste lorsqu’ils sont épuisés”

Concernant les demandes de renouvellement ou de prolongation des permis de recherche existants, plusieurs collectifs citoyens, ayant acquis une réelle expertise depuis 4 ans, vous ont adressé des courriers afin de vous alerter. En 2007, vous aviez exprimé votre attachement à la parole citoyenne et à l’expertise citoyenne affirmant que “l’expertise citoyenne est précieuse si l’on veut prendre les bonnes décisions…” tout en précisant que les citoyens sont “les meilleurs experts de ce qu’ils vivent”.

Pourquoi, Madame La Ministre, n’avez-vous pas donné suite aux différents courriers adressés par ces collectifs ?
Pourquoi n’avez-vous rencontré aucun de ces citoyens qui vous proposaient de partager leurs expertises concernant les renouvellements des permis de Mairy, Plaine d’Alès, Château-Thierry, Gex ou Moussières ?
Pourquoi n’avez vous rencontré aucun citoyen concernant les attributions de nouveaux permis (Calavon, Dormans, Cezy, Gastins, etc )?

Sur Europe 1, ce dimanche 28 septembre, vous avez déclaré : “Pas d’exploitation de gaz de schiste tant que je serai là”. Interrogée sur les déclarations de Nicolas Sarkozy qui se dit aujourd’hui favorable à l’exploitation du gaz de schiste, vous avez qualifié cette énergie de “bulle spéculative” qui “ne va rien rapporter du tout”. Vous avez dit que “les experts américains en reviennent du gaz de schiste, d’abord à cause des dégâts environnementaux et ensuite parce que les entreprises ne referment pas les puits qu’elles creusent. Vous avez ajouté: “Tant que je serai ministre de l’Écologie, il n’y aura pas d’exploitation de gaz de schiste en France. Tout doit être dirigé vers l’économie d’énergie et les énergies renouvelables.”

Madame la Ministre, puisque vous avez connaissance des conséquences irrémédiables que provoquerait l’exploitation du gaz de schiste en France et que vous déclarez être contre, pourquoi êtes-vous en passe de signer des permis de recherches d’hydrocarbures clairement identifiés comme hydrocarbures non conventionnels (dont les gaz et pétrole de schiste font partie) ? Pourquoi avez-vous signé les mutations des permis de St Griède et Navacelles?

Madame la Ministre,les collectifs citoyens français contre l’exploitation des gaz et pétrole de schiste et gaz de couche, vous demandent, instamment, de ne pas signer de nouveaux permis, de ne plus signer d’autorisation de prolongation ni de renouvellement de permis, de ne pas signer de mutation de permis exclusif de recherches d’hydrocarbures !

global frackdown 11 octobre 2014 -

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La vigilance citoyenne est de mise ! Car la nouvelle offensive à laquelle on assiste depuis quelques semaines risque de remettre en cause les engagements pris par le gouvernement contre la recherche et l’exploitation des huiles et gaz de schiste. Une offensive qui vise également à remettre en cause le principe de précaution. La vigilance doit être renforcée et l’information circuler avant qu’il ne soit trop tard.

Des permis en cours de signature qui déboucheront sur des forages
  • Dans le Lubéron, habitants et élus locaux sonnent le tocsin. En effet, un projet d’arrêté signé des ministères de l’Écologie et de l’Économie, et accompagné de documents mentionnant The Tocsin of Libertyles avis favorables des préfets de Vaucluse, des Alpes-de-Haute-Provence et des Bouches-du-Rhône est en attente de la décision du conseil général de l’économie de l’industrie, de l’énergie et des technologies (CGEIET). Ce document de trois pages, c’est le projet de permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux (PERH), dit “permis de Calavon”. Comme à chaque fois, la population et les élus locaux n’ont pas été tenus informés des projets et se retrouvent devant le fait accompli !
  • Dans le Gard et en Ardèche, c’est le permis de la plaine d’Alès qui fait l’objet de bien des questions. Les collectifs locaux et les élus n’obtiennent aucune réponse à leurs questions de la part de l’autorité publique. Et ce permis concerne lui-aussi des hydrocarbures non-conventionnels.
  • Dans l’Ain et le Jura, c’est le permis des Moussières qui fait l’objet d’une vaste campagne de désinformation menée par Celtique la compagnie titulaire du permis dont elle a demandé le renouvellement. Localement, la population, les élus locaux et régionaux se sont mobilisés pour demander le rejet de cette demande. Ils ont en cela le soutien objectif du projet de l’Ain et de la DREAL Rhône-Alpes, l’un et l’autre ayant émis un avis défavorable à cause des risques majeurs liés à un tel projet.
  • Dans le Languedoc Roussillon d’autres inquiétudes persistent avec la décision à prendre de renouveler ou pas le permis dit de Plaine du Languedoc.
La folie ne s’arrête pas là. Les Ministères de l’Écologie et de l’Économie ont en effet ressorti des dossiers de demande de permis de recherche d’hydrocarbure pour lesquels ils s’apprêtent à délivrer des autorisations.
Inconsistance de politiques: déboulonnage du principe de précaution en vue!

La presse l’a rapporté, lors de son premier discours de campagne, Nicolas Sarkozy – l’ex-président qui brigue à présent la chefferie de son parti, a fait des déclarations enflammées au sujet des hydrocarbures non -paul-desmarais-nicolas-sarkozyconventionnels affirmant qu’il ne «peut pas accepter que les États-Unis soient devenus du point de vue de l’énergie indépendants grâce au gaz de schiste et que la France ne puisse pas profiter de cette nouvelle énergie alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles, c’est inacceptable». Une succession de fables puisque d’une part les États-Unis n’ont pas atteint l’indépendance énergétique avec l’exploitation des gaz de schiste (même si on y ajoute celle des pétroles de schiste) et que d’autre part on sait que l’exploitation des gaz de schiste, si elle était lancée en France, serait génératrice de très peu d’emplois, une infime quantité d’emplois durables et qu’à l’inverse les activités mises à risque par l’exploitation des hydrocarbures, elles, représentent des emplois de proximité.
Rappelons quand-même que c’est sous la présidence de M. Sarkozy que la loi visant à interdire l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique a été votée et publiée.
Ce qui est présenté comme un « revirement de Sarkozy », n’est qu’en fait l’expression de l’attachement de l’ex-Président au vieux modèle économique dont le fonctionnement est basé sur la consommation d’énergie fossile. Est-ce que les forts liens d’amitiés qui l’unissent à la famille Desmarais l’obligeraient ? (lire aussi ceci).
Segolene Royal stop gaz de schisteAlors qu’elle s’était arrêtée en Ardèche pendant la campagne électorale de 2012  pour clamer son opposition à la recherche de gaz de schiste, Ségolène Royal maintenant ministre en charge de l’Écologie, de la protection de l’environnement et des énergies durables du pays devant accueillir la conférence internationale sur le climat en 2015, serait à la veille de relancer la recherche d’hydrocarbures (non conventionnels de surcroit) sur le sol national ?

françois hollande stop gaz de schisteQue doit-on attendre encore ? Un discours de François Hollande nous annonçant qu’il « a changé » et que lui Président, finalement il va damer le pion à Sarkozy et relancer la recherche de gaz de schiste en France ?

Face à ces incertitudes et ce jeu de dupes, la vigilance doit être renforcée et l’information doit être largement relayée avant qu’il ne soit trop tard. Car on le sait, un forage de recherche même effectué dans les meilleures conditions technologiques, c’est :
  • La création d’un droit de recherche d’hydrocarbure convertible d’un trait de plume en droit d’exploitation
  • Prendre le risque de polluer les sources en eau et assurément polluer l’air lors de l’extraction puis de l’utilisation des hydrocarbures
  • Préparer le mitage de territoires entiers
  • Ouvrir les territoires à l’invasion de lieux de vie et d’exploitation agricoles par des plateformes de forage et des tours de forage et d’extraction, à l’augmentation du trafic routier
  • Un investissement perdu pour d’autres recherches notamment pour le développement des énergies renouvelables et l’amélioration des solutions visant la sobriété et l’efficacité énergétiques
  • Tourner le dos aux solutions durables et aux objectifs de réduction des énergies fossiles alors que ce modèle économique est à bout de souffle.
Le samedi 11 octobre 2014, soyons nombreux à signifier notre rejet de la recherche de ces hydrocarbures non conventionnels lors des mobilisations en France, en Europe et ailleurs.

(!) Info minute – Revue de Presse

Une étude publiée aux États-Unis lie la contamination d’aquifères à des défauts de cimentation et de mauvais forages de gaz de schiste. En France, le lobby du gaz de schiste va de nouveau clamer que les « quelques fuites » constatées aux États-Unis sont liées aux « mauvaises pratiques ». Que la contamination des aquifères n’est pas liée à la fracturation hydraulique mais à des défauts de cimentation. Et que naturellement en Europe nous avons la capacité de faire faire des puits de meilleure qualité qu’en Amérique du Nord. Mais ça n’est pas aussi simple.

cimentation puitsL’étude publiée hier par l’Académie des Sciences Américaine (voir le document sur le site PNAS[1]) met en évidence les problèmes de contamination de l’eau lors de l’exploitation des puits de gaz de schiste. Dans cette recherche menée sur des puits forés dans les gisements de Barnet (Texas) et de Marcellus (Pennsylvanie) sur les 8 pollutions mesurées, 7 sont liées à l’intégrité des puits (dans 4 cas des problèmes de cimentation à l’intérieur du tube de production, dans trois cas à l’extérieur du tube de production) et la huitième à une faille dans un puits provoquée par une erreur de forage. Les chercheurs indiquent que «l’intégrité des puits est reconnue depuis des décennies comme un facteur important dans la gestion de l’environnement lors de la production de pétrole et de gaz conventionnel. Ils ajoutent que « les recherches futures devraient évaluer si les grandes quantités d’eau et les hautes pressions requises pour les forages horizontaux et la fracturation hydraulique influencent l’intégrité des puits ».

cimentation puitsLes problèmes de cimentation des puits destinés à l’extraction des hydrocarbures sont en effet bien connus. Les solutions sont généralement coûteuses et souvent mises en œuvre pour répondre aux besoins de la période d’exploitation. La durabilité des ouvrages reste un vrai problème et les multiples fuites constatées au Québec sont une illustration des risques à long termes posés par l’exploitation des hydrocarbures gazeux. De plus les sols ne sont pas inertes et leur mécanique peut être affectée par l’exploitation notamment lorsque les liquides de fracturation usagés sont réinjectés et provoque des séismes. Le vieillissement des ciments et des tubes métalliques n’étant pas contrôlé et son éventuelle surveillance encore moins du ressort à long terme des exploitants dont la responsabilité dans le temps est limitée à la période du permis.

Conclusion, les fuites existent bien. Elles peuvent contaminer les sources en eau. Le stockage des liquides stockage liquide reflux frackingde fracturation à ciel ouvert ou dans des cuves a des incidences graves sur la santé des travailleurs ou de la population. L’exploitation du gaz de schiste pose également le problème majeur de la production et des fuites massives du méthane puissant gaz à effet de serre et d’une dépendance prolongée aux sources d’énergies fossiles. Les conséquences sanitaires sur la population vivant à proximité des forages sont telles qu’il serait criminel de l’envisager en Europe où la densité de la population est beaucoup plus élevée qu’aux États-Unis.

 

[1] http://www.pnas.org/content/early/2014/09/12/1322107111.full.pdf+html

Un accord commercial majeur, en cours de négociation, entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis (US) menace les pouvoirs dont disposent les gouvernements pour protéger les populations et l’environnement des nouvelles technologies à risque telles que la fracturation hydraulique (fracking en anglais). A la veille des rassemblements qui se tiendront le 11 octobre 2014, et suite aux parties 1, 2, 3 et 4, nous publions le cinquième et dernier épisode qui conclut sur le risque d’un droit excessif pour les entreprises.

Des risques bien au-delà des privilèges pour les investisseurs

Le développement des gaz de schiste donne l’opportunité aux États-Unis de devenir, pour la première fois, un important exportateur de gaz naturel. Les États membres de l’UE, qui produisent peu de gaz naturel, aimeraient en importer des États-Unis. L’industrie du gaz souhaite exporter du gaz de schiste américain vers l’Europe, où elle peut le facturer environ trois fois plus qu’aux États-Unis. Le PTCI faciliterait les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis vers l’UE. En fait, si le PTCI comprend ce qui est appelé « le traitement national pour le commerce du gaz naturel », le Département de l’énergie des États-Unis serait légalement tenu d’approuver automatiquement les exportations de GNL des États-Unis vers l’UE sans même en examiner les impacts. L’UE va encore plus loin, en demandant un accès rapide au gaz des États-Unis (et au pétrole et au charbon), en proposant de nouveaux termes selon lesquels les gouvernements des États-Unis et de l’UE ne seraient pas en mesure de restreindre les exportations de charbon, de pétrole ou de gaz.

L’augmentation des exportations de GNL menacerait notre environnement et le climat de nombreuses façons

L’augmentation de l’utilisation de la fracturation hydraulique : l’exportation de gaz naturel encourage l’augmentation de la production de gaz, dont la plupart provient de sources de gaz non conventionnels, qui nécessitent presque toujours l’utilisation de la fracturation hydraulique.

L’aggravation des dérèglements climatiques : le GNL est un carburant à forte intensité en carbone, avecun déluge de disputes des émissions tout au long du cycle de production nettement supérieures à celles du gaz naturel. L’énergie nécessaire pour refroidir, liquéfier et stocker le gaz naturel pour l’expédier par les océans rend le GNL plus intensif en énergie, et en gaz à effets de serre, que le gaz naturel ordinaire. Ouvrir des réserves de gaz naturel à des exportations illimitées augmentera la dépendance aux  énergies fossiles avec des impacts significatifs sur le climat.

Une dépendance accrue aux infrastructures d’énergies fossiles, augmentant les émissions de méthane : les exportations de GNL requièrent une infrastructure industrielle, notamment un nouveau réseau de puits, des terminaux, des usines de liquéfaction et de regazéification, des gazoducs et des compresseurs. Cette infrastructure génère des fuites de méthane, un gaz à effet de serre quatre-vingt six fois plus puissant que le CO2 sur une période de vingt ans(33). Par conséquent, l’intensification des exportations est susceptible d’augmenter les émissions de méthane et d’aggraver les dérèglements climatiques.

Malgré le caractère critique de ces implications politiques, dans le cadre du PTCI, les pays ne seraient plus en mesure de contrôler ou de gérer les niveaux d’importation de gaz naturel, enfermant les États-Unis et l’UE dans une dépendance accrue aux énergies fossiles.

le diable est dans les détails commerciaux TAFTA

Conclusion : Non aux droits excessifs pour le secteur privé dans le PTCI

Le projet d’’accord transatlantique va bien au-delà des questions commerciales traditionnelles. Il pourrait STOP TAFTA-avoir de graves conséquences sur les réglementations publiques qui vont dans l’intérêt des citoyens et de l’environnement. Cela est d’autant plus préoccupant que le PTCI est conçu comme un modèle pour les accords commerciaux et d’investissement à venir, un modèle que des entreprises multinationales telles que Chevron espèrent voir reproduit à l’échelle mondiale. Les activités pétrolières et gazières sont des investissements risqués qui peuvent avoir des impacts irréversibles sur les populations locales et l’environnement. C’est le rôle des pouvoirs publics de protéger les populations contre de tels impacts et veiller à ce que les entreprises paient des indemnités en cas de dommages. L’octroi de droits spéciaux et excessifs aux investisseurs a un effet inverse, puisque le risque d’investissement est transféré aux contribuables et à la société dans son ensemble. Les gouvernements pourraient être contraints d’indemniser des entreprises suite à des décisions prises pour protéger les populations et l’environnement.

“Les entreprises tentent d’obtenir par la ruse – par des accords commerciaux négociés secrètement– ce qu’elles ne pouvaient atteindre dans un processus politique ouvert.” Joseph Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie(37)

La bataille actuelle sur la réglementation de la fracturation hydraulique fournit un exemple clair de ce qui est en jeu. Les tribunaux internationaux d’arbitrage sont déjà utilisés pour contester un moratoire sur la fracturation hydraulique au Québec. Il fait peu de doute que si un tel dispositif était inclus dans les accords commerciaux entre les États-Unis et l’UE et entre l’UE et le Canada, la protection des investisseurs serait à nouveau mobilisée pour contester d’autres interdictions et réglementations de la fracturation hydraulique, que ce soit au niveau local ou national.

Les gouvernements pourraient être ébranlés par des tribunaux d’arbitrage, permettant aux entreprises de contester des décisions prises démocratiquement et visant à protéger les populations et l’environnement. L’enthousiasme pour les accords commerciaux contenant des clauses de ce type et, plus inquiétant encore, leur utilisation croissante par les entreprises, montrent que ce risque est réel.

Pour éviter des crises environnementales et climatiques catastrophiques, il faut résister à cette tendance-là, y compris au nom de la démocratie. La première étape consiste à s’opposer à toute inclusion de dangereux mécanismes de règlement des différends investisseur-État dans les projets d’accords entre l’Union européenne et les États-Unis et le Canada.

(36) Une annexe au projet de texte de l’AECG qui a fuité en novembre 2013 précise que des mesures de bonne-foi, non-discriminatoires, pour protéger la santé, la sécurité et l’environnement ne constituent pas une expropriation indirecte et ne seraient donc pas indemnisables. Toutefois, ce texte comprend également le principe de la nation la plus favorisée qui pourrait permettre aux investisseurs d’importer des clauses d’expropriation d’autres traités d’investissement, ne comportant
pas ces exceptions de politique publique, dans le cadre de différends menés sour l’AECG, rendant l’annexe relativement vide de sens.

(!) Info minute – Revue de Presse

Fini les blagues. Le conservateur Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui remplacera José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne le 1er novembre, a présenté mercredi 10 septembre, son « collège » de 26 commissaires. A l’énergie et au climat, c’est l’espagnol Miguel Arias Cañete qui est proposé. Mais son pedigree en fait bondir plus d’un.

4485214_5_5db5_jean-claude-juncker-le-10-septembre-a_c4768f80ce86594805c68d3e19db8d70Dans les instants qui suivent la publication de la composition de l’équipe Juncker, la twittosphère s’agite. En France, l’ex-ministre de l’Écologie et de l’Énergie fait les questions et les réponses.

Un peu plus tôt, le journaliste Idafe Martin Pérez publiait l’extrait d’une déclaration d’intérêt de son compatriote M. Arias Cañete  mettant en évidence ses liens avec l’industrie des hydrocarbures.

De son côté, Enerpresse communiquait la déclaration du futur commissaire laquelle fait également apparaître les intérêts de l’ancien minsitre de l’agriculture, de la pêche et de l’environnement espagnol dans l’industrie des énergie fossiles.

A Bruxelles, la représentation de l’ONG Greenpeace se demande si Monsieur Cañete sera en mesure de passer le grand oral devant confirmer sa position dans le dispositif Junker.

Alors que la Commission Européenne est engagée dans un dialogue fort peu transparent sur un partenariat commercial et de « protection des investissements » avec les États-Unis, l’affaire est à prendre au sérieux et à suivre …

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Miguel Arias Cañete, voir sa bio en cliquant sur l’image

(!) Info minute – Revue de Presse

Ce samedi 30 Août, le polonais Donald Tusk a été « élu » par les chefs d’État et de gouvernement président du Conseil Européen. Ce grand promoteur de l’exploitation du gaz de schiste succède dans cette fonction au Belge Herman Van Rompuy.

Un promoteur du gaz de schiste à la tête de l’Europe

Donald-Tusk gaz de schisteÂgé de 57 ans, proche des milieux d’affaires et partisan de la réponse ferme vis-à-vis de la Russie, le premier ministre polonais est également connu pour un positionnement très radical en faveur du développement de la recherche et de l’exploitation des gaz de schiste dans son pays et en Europe. On se souvient qu’à la fin du printemps 2011, alors que la mobilisation contre l’exploitation des gaz de schiste faisait rage en France, M. Sarkozy alors Président et dont le pays la France assurait la Présidence de l’Europe, s’était engagé vis à vis de son successeur polonais à ne point freiner les projets miniers de son collègue polonais … avec l’espoir de promouvoir également le nucléaire en Pologne. A l’issue d’une rencontre entre les deux hommes, le premier ministre polonais déclarait : « Le président Sarkozy m’a dit qu’il n’y aurait pas d’obstacle, pas de lobbying et donc pas de problème pour la Pologne si elle se lance dans l’exploitation du gaz de schiste. C’était une déclaration très importante pour moi».

Gaz de schiste, corruption et déception en série en Pologne

D’après les estimations de l’agence américaine de l’énergie, le sous-sol polonais abriterait les premières « réserves » de gaz de schiste, ce méthane emprisonné dans la roche compacte et dont l’extraction requiert des méthodes complexes et hautement polluantes, telles que la fracturation hydraulique.

gaz de schiste forageAprès avoir accordé de nombreux permis de recherche aux majors du gaz et du pétrole, la Pologne commence à déchanter. Cette déconvenue fait suite à la frilosité des compagnies dont les recherches s’avèrent beaucoup compliquées et moins profitables qu’espérées. A partir de 2013, plusieurs d’entre elles décident de plier bagages. Au même moment éclate un premier scandale suivi de l’inculpation de plusieurs fonctionnaires pour corruption lors de procédures de répartition de licences pour la prospection et l’exploitation de gisements de gaz de schiste.

Une Europe à la botte des majors des hydrocarbures et des promoteurs des énergies fossiles ?

Alors que le Parlement européen s’est saisi plusieurs fois de la question de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels afin de renforcer la réglementation et de mieux encadrer la recherche, la Commission de son côté – sous l’emprise du lobby industriel et financier pro-gaz de schiste, avance bon train et commence à subventionner la recherche de gaz de schiste. En outre, elle engage des fonds européens pour le développement de projets industriels tels que la construction en Pologne d’une usine de fabrication de billes de céramique pour le fracking en Europe.

On se souvient que la dernière conférence sur le climat tenue à Varsovie s’est terminée en fiasco. La nomination de Donald Tusk à la présidence de la Commission Européenne est donc une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui préoccupés par les questions climatiques souhaitent le développement des énergies propres et renouvelables.

(!) Info minute – Revue de Presse
Une traduction libre par nos soins de l’article de Chris Mooney paru ven. 15 août 2014 sur Mother Jones . com

fracking_site_usgs marcellus gaz de schisteA la droite de l’échiquier politique américain, il est assez populaire ces jours-ci de prétendre que la gauche exagère les inquiétudes (scientifiques) au sujet de la fracturation hydraulique également appelée «fracking». Par exemple, dans un récent article du National Review , un chercheur de Hoover Institution se plaint que 53% des démocrates en Californie se prononcent pour l’interdiction de la fracturation hydraulique «malgré l’existence de peu ou pas de preuves scientifiques crédibles sur les préjudices causés par la fracturation et les preuves scientifiques irréfutables sur ses avantages environnementaux, y compris la réduction substantielle de la pollution aussi bien au niveau local que mondial».

Il y a encore trois ou quatre ans, un tel positionnement pouvait encore sembler défendable. La préoccupation environnementale majeure concernant la fracturation hydraulique à l’époque était le risque de contamination de l’eau potable lors du processus de « fracking » – un processus consistant à injecter sous terre à des pressions extrêmes de vastes quantités d’eau, du sable et des produits chimiques pour forcer les couches de schiste à s’ouvrir dans les profondeurs de la terre afin d’en libérer le gaz naturel. Mais le discours scientifique était encore assez ambiguë. En fait, la question tournait essentiellement autour de la définition même de la fracturation hydraulique. S’agissant de l’ensemble du méga-processus des forages de gaz «non conventionnels», on sait qu’il a clairement causé la contamination des eaux souterraines, en raison de déversements et de fuites de puits mal cimentés. Mais techniquement, le «fracking» se réfère uniquement à l’ «explosion » provoquée par l’eau et les produits chimiques et non au forage, à l’élimination des déchets, ni aux énormes opérations industrielles qui accompagnent tout cela.

Comment les choses ont-elles évolué. De nos jours, explique Anthony Ingraffea, professeur de génie à l’Université de Cornell, l’argumentation scientifique contre la fracturation hydraulique et les forages de gaz non conventionnel est plus vaste[1]. Il ne s’agit pas uniquement de la contamination des eaux souterraines, mais également au minimum de deux autres problèmes majeurs : les tremblements de terre induits (par ce processus industriel) ainsi que les émissions non contrôlées de méthanes, un puissant gaz à effet de serre.

Dr Ingraffea_ stop gaz de schisteIngraffea appuie ses déclarations sur la base de données scientifiques – qu’il est difficile de ne pas prendre en considération. Prenez les tremblements de terre, par exemple. De l’avis d’Ingraffea, « il existe à présent un consensus scientifique que la sismicité induite par l’homme se produit » à la suite d’un aspect particulier du forage de gaz non conventionnel (à savoir, l’élimination de « l’eau de reflux » chimiquement chargé dans les réservoirs souterrains d’eaux usées, les « puits d’injection »[2]).

Pourtant, Ingraffea n’est pas a priori « l’ennemi scientifique » le plus probable de la fracturation hydraulique. Ses recherches ont été financées par les entreprises et les intérêts de l’industrie, y compris Schlumberger, le Gas Research Institute, General Dynamics, et Northrop Grumman[3]. Sa thèse de doctorat, dans les années 1970, a impliqué l’étude de la «mécanique de fracturation des roches», en d’autres termes, comment les fissures se propagent dans les roches, un domaine de connaissances crucial pour les industries extractives comme celles du pétrole et du gaz. « J’ai passé 20, que dis-je 25 ans à travailler avec l’industrie du pétrole et du gaz … à les aider à trouver la meilleure façon d’obtenir du pétrole et du gaz de la roche», explique Ingraffea.

Mais depuis, il est devenu un critique virulent[4] de l’exploitation du gaz non conventionnel. Il est récemment apparu dans le film Gasland II, et a été reconnu en 2011 par le Time[5] (aux côtés de l’acteur Mark Ruffalo et son collègue Robert Howarth Cornell) pour son travail soulignant les risques environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste.

Que s’est-il donc passé? En un mot: la science. Ingraffea se réfère simplement à la science en développement sur les tremblements de terre et les émissions de méthane liée à l’exploitation du gaz non conventionnel. Même si vous n’êtes pas entièrement d’accord avec tout ce qu’il dit, vous trouverez probablement tout cela troublant et agaçant. Prenons ces sujets un par un:

La fracturation hydraulique et les tremblements de terre.

Assez curieusement, la question des tremblements de terre est en fait le sujet scientifique le moins controversée dans le débat sur la fracturation hydraulique. En effet, il semble maintenant clair que l’injection des eaux usées[6] -le stockage souterrain de l’eau et autres produits de la fracturation hydraulique qui remonte ​​des puits après la fracturation, peut contribuer à l’activité sismique. En fait, dans une étude publiée le mois dernier dans Science[7], les chercheurs suggèrent qu’une augmentation spectaculaire de l’activité sismique récente dans l’Oklahoma[8] -petits tremblements de terre de magnitude 5,7 en 2011, est en partie liée à la prolifération des puits d’injection des eaux usées.

Certes, il peut sembler difficile de comprendre (du moins si vous n’êtes pas géologue) comment des puits d’évacuation souterrain peuvent provoquer un tremblement de terre. Ingraffea l’explique de cette manière: «Nous avons agi sur des défauts de stabilité préexistants», dit-il. Les fluides de fracturation « lubrifient ces « défauts » et modifient la pression exercée ». Voici une illustration :

Et pour ce qui concerne le processus de fracturation lui-même? Lui aussi peut causer des tremblements de terre, indique Ingraffea, bien que les tremblements de terre liés à la fracturation hydraulique (par opposition aux puits d’injection) soient plus faibles (« jusqu’à présent« , comme le dit Ingraffea). Quand vous pensez à ce que nous faisons à la Terre, peut-être n’est-ce pas si surprenant. Après tout, l’eau de la fracturation hydraulique est injectée à des «pressions approchant ce que vous obtiendriez si vous empiliez par exemple 10 véhicules sur le bout de votre doigt», ajoute-t-il.

Le Fracking et les émissions fugitives de méthane.

« Peut-être pouvons-nous gérer le problème des tremblements de terre. Évidemment, il serait utile d’arrêter l’injection d’eaux usées près des points de rupture géologique» « Ça pourrait devenir un objectif dans la conception des process d’exploitation» déclare impassible Ingraffea. Cette situation est avant tout liée à un manque de réglementation de la part du département de protection de l’environnement.

Mais il existe un problème potentiel beaucoup plus grave qui est celui des émissions fugitives de méthane lors de l’exploitation du gaz de schiste. C’est d’ailleurs le sujet sur lequel Ingraffea s’est fait un nom dans le débat sur la fracturation hydraulique, et c’est probablement le plus important de tous.

En 2011, Ingraffea et deux autres chercheurs de Cornell University ont publié une étude scientifique[9] très discutée dans la revue Climatic Change, celle-ci faisant valoir que, entre 3,6 et 7,9% du méthane provenant des activités de forage de schiste s’échappent effectivement dans l’atmosphère, où il contribue au réchauffement climatique. Si ceci est vrai, compte tenu de la puissance atmosphérique unique du méthane, le méthane est environ 80 à 90 fois … plus puissant comme un gaz à effet de serre que le dioxyde de carbone» sur une période de deux à trois décennies, dit Ingraffea- alors les conséquences pourraient être dramatiques. Le gaz naturel pourrait basculer de l’avantage net climatique (car sa combustion est plus propre que le pétrole ou le charbon) au préjudice climatique, à cause de tout le méthane qui s’échappe.

Fayeteville_Shale 15673532.smaller_0Certes, tout ceci dépend du taux de fuite de l’exploitation du gaz naturel, à travers les multiples étapes de son processus, de l’extraction initiale du gaz de la Terre, et tout au long de son transport. Et c’est là que se situe le débat. « Chacune des mesures effectuées a conclu que le pourcentage de méthane s’échappant dans l’atmosphère provenant de l’exploitation du pétrole et du gaz est bien supérieure à 2,5% » déclare Ingraffea. « Je pense que la meilleure estimation actuellement se situe autour de 5% » ajoute-t-il, et c’est largement suffisant pour condamner l’idée selon laquelle le gaz naturel est un «carburant de transition » vers un avenir d’énergie propre ».

Ingraffea n’est pas le seul chercheur à suggérer que les fuites de méthane atteignent des niveaux si élevés. Dans une étude[10] publiée en 2013 dans les Actes de l’Académie nationale (américaine) des Sciences, une équipe de chercheurs de deux universités américaines et les laboratoires nationaux ont constaté que le département fédéral de l’environnement (EPA) était en train de sous-estimer les émissions de méthane provenant de l’industrie de l’énergie (que ça soit pour les forages conventionnels ou de gaz de schiste). Dans un autre article publié dans Science[11] plus tôt cette année, les chercheurs ont de nouveau blâmé les mesures de méthane de l’EPA, mais ont néanmoins conclu que le gaz naturel peut encore contribuer à un avenir plus propre si les émissions de méthane font l’objet d’une règlementation et d’une gestion adéquates. (Le groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur les changements climatiques en arrive au même type de conclusion[12].)

Quel est le vrai problème dans tout ça?

Il est évident que tout le monde ne partage pas l’avis d’Ingraffea. Par exemple, à la fois publiquement[13] et par écrit[14], Ingraffea a régulièrement débattu avec Terry Engelder[15] , professeur de géosciences à l’Université d’Etat de Pennsylvanie, ce dernier faisant valoir que les avantages de l’exploitation du gaz de schiste l’emportent encore sur les risques.

Engelder ne nie pas le problème des émissions fugitives de méthane. Au contraire, son opinion[16] est que «par la maîtrise des fuites et les «green completions[17]» (se réfère à une nouvelle règle de l’EPA qui exigent des exploitants de gaz naturel de capturer les composés organiques volatils sur place plutôt que de les laisser s’échapper dans l’atmosphère, un processus qui selon l’EPA, consisterait à « réduire de manière significative» les émissions de méthane) on pourrait venir à bout de la fuite de méthane dans l’atmosphère. »

Mais à cela Ingraffea rétorque que ce n’est pas assez. Le nouveau règlement, dit-il, ne couvre qu’ »une partie de l’ensemble de la chaine de l’approvisionnement pour le gaz naturel, et elle ne s’applique qu’aux nouveaux puits de gaz, et non pas aux anciens. » De plus, il s’applique uniquement aux puits de gaz, pas aux puits de pétrole qui libèrent également du méthane.

Fort de l’accumulation des preuves scientifiques, Ingraffea insiste aujourd’hui sur le fait que le gaz naturel est le « loup déguisé en agneau». La question du méthane ne peut pas être réglée entièrement, elle reste grave et c’est une question qui ne peut être occultée.

Pour ceux qui affirment qu’il existe une manière de régler cela sur le mode « donnez-nous du temps et nous allons corriger le problème », je suis désolé, nous avons eu 100 ans d’exploitation commerciale de pétrole et de gaz, en très grandes quantités et dans le monde entier. Ce temps est terminé. Nous avons déjà trop endommagé l’atmosphère, et il serait trop long, il faudrait des décennies et des milliards de dollars, pour commencer à régler les problèmes dont on sait qu’ils existent depuis des décennies. Et d’ici là, il sera trop tard.

[1] Ecouter ici l’intervention en anglais https://soundcloud.com/inquiringminds/47-anthony-ingraffea-the-science-of-fracking
[2] En anglais « Injection wells » . Voir aussi la définition par département de l’environnement américain http://water.epa.gov/type/groundwater/uic/basicinformation.cfm
[3] Voir le CV du Dr Ingraffea ici à http://psehealthyenergy.org/users/view/14193
[4] « Ne m’appelez pas un activiste » http://www.politico.com/story/2013/07/anthony-ingraffea-dont-label-me-an-activist-93839.html
[5] http://content.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,2101745_2102309_2102323,00.html
[6] Voir aussi cet article sur Mother Jone ainsi que ce qu’en dit le département de l’environnement américain
[7] http://www.sciencemag.org/content/345/6195/448.full
[8] http://www.theatlantic.com/technology/archive/2014/08/man-made-earthquakes-are-altering-the-geologic-landscape/372243/
[9] http://www.eeb.cornell.edu/howarth/Howarth%20et%20al%20%202011.pdf
[10] http://calgem.lbl.gov/Miller-2013-PNAS-US-CH4-Emissions-9J5D3GH72.pdf
[11] http://www.sciencemag.org/content/343/6172/733
[12] http://report.mitigation2014.org/spm/ipcc_wg3_ar5_summary-for-policymakers_approved.pdf
[13] https://www.youtube.com/watch?v=TvlUteW8FJ4
[14] http://cce.cornell.edu/EnergyClimateChange/NaturalGasDev/Documents/PDFs/Howarth%20Nature.pdf
[15] http://www3.geosc.psu.edu/~jte2/
[16] https://www.youtube.com/watch?v=BBSVLGf7zPI
[17] http://www.epa.gov/airquality/oilandgas/pdfs/20120417summarywellsites.pdf