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(!) Info minute – Revue de Presse

Environ sept millions de personnes vivent dans des régions du centre et de l’est des États-Unis où la fracturation hydraulique peut causer des secousses sismiques risquant d’endommager les constructions. C’est ce qu’indique un rapport de l’Institut américain de géophysique publié lundi 28 mars 2016.

L’Oklahoma, le Kansas, le Texas, le Colorado, le Nouveau Mexique et l’Arkansas sont, dans l’ordre, les plus exposés, a précisé le bureau de recherche géologique des États-Unis (US Geological Survey – USGS), notant que l’Oklahoma et le Texas abritaient la population la plus importante exposée à ce risque.

Dans certains endroits, des destructions peuvent être provoquées à la fois par des séismes naturels et par des activités de fracturation cette technique qui consiste à extraire pétrole et gaz naturel par injection d’eau à haute pression dans des puits très profonds, sous les nappes phréatiques.

Dans ces régions, le risque de tremblement de terre toutes causes confondues est similaire à celui de séisme naturel en Californie, qui est très élevé.

L’activité humaine qui accroit le risque de séisme

Le fait d’inclure les secousses sismiques résultant d’activités humaines a fortement accru dans notre évaluation le risque dans plusieurs parties des États-Unis, a souligné Mark Petersen, responsable de la cartographie sismiques à l’USGS.

Cette étude montre également qu’une vaste partie du pays court un risque significatif de tremblement de terre provoquant des dégâts au cours de l’année, qu’il soit de cause naturelle ou résultant de la fracturation, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

Publication de carte des risque sismique liés à la fracturation hydraulique, une première

C’est la première fois que l’USGS publie une carte des risques sismiques résultant de la fracturation hydraulique. Auparavant, seuls les risques de tremblement de terre naturel étaient concernés par ses prévisions.

Au cours des cinq dernières années, l’USGS a relaté des secousses puissantes et des dégâts dans desyellow-map-chance-of-earthquake-oklahoma seisme gaz de schiste endroits situés dans les six États les plus à risque et ces tremblements de terre ont résulté pour la plupart d’activité de fracturation, a précisé Mark Petersen.

Les scientifiques ont identifié 21 endroits ayant connu ces dernières années un accroissement des secousses sismiques provoquées par la fracturation.

Leur carte indique tous les séismes, les séismes naturels et ceux résultant de la fracturation, survenus entre 1980 et 2015 dans le centre et l’est des États-Unis dont la magnitude était égale ou supérieure à 2,5 sur l’échelle de Richter.

Ce rapport est un supplément de l’évaluation des risques sismiques de l’USGS qui porte sur les cinquante prochaines années, durée de vie estimée d’un immeuble. Habituellement, l’USGS publie une mise à jour de la carte des risques tous les six ans. Mais face à cette véritable flambée de tremblements de terre, le bureau de recherche géologique des États-Unis envisage à présent de publier une nouvelle carte chaque année.

Sources AFP via Romandie  Time

(!) Info minute – Revue de Presse

Article publié dans Telerama et repris ici avec l’aimable autorisation de son auteur Emmanuel Tellier

Plus de 900 tremblements de terre en 2015. Du jamais vu dans l’Oklahoma, territoire normalement à l’abri des secousses sismiques, dont les habitants découvrent avec horreur les conséquences de l’exploitation abusive des hydrocarbures.

Imaginez : vous vous appelez Jack ou Jessica, vous avez 15 ans, et vous habitez avec vos parents à Stillwater, placide bourgade de l’Oklahoma – cet immense état du Sud des États-Unis posé au dessus du Texas. A l’école, depuis vos 10 ans, on vous a appris que vous résidiez, petit veinard, dans ce grand couloir central américain béni des dieux car paisiblement situé entre deux grandes failles sismiques : celle de San Andreas tout à l’Ouest du pays (menace permanente pour la Californie), et celle, moins connue, de New Madrid plus à l’Est, une zone dont le centre se trouve dans la vallée du Mississipi. Mais pour vous, à Stillwater, tout va bien, vous êtes au calme. Pour preuve, mamie et papy peuvent en attester : aucun séisme significatif n’a été relevé pendant des décennies. Amen.

Mais voilà qu’au printemps 2010, la terre s’est mise à trembler. Puis à nouveau quatre mois plusla-terre-tremble-en-oklahoma-a-cause-des-forage-de-petrole-et-de-gaz-de-schiste (Charlie Riedel AP SIPA) tard. Trois secousses importantes (autour de 4 sur l’échelle logarithmique de Richter) enregistrées sur l’année calendaire. Pas de quoi s’inquiéter, vous expliquait alors l’institutrice : c’est juste la faille de New Madrid qui fait des siennes, et envoie ses mauvaises ondes jusqu’à l’Oklahoma. Sauf qu’en 2014, les secousses sont devenues plus fréquentes, plus fortes également (5 sur l’échelle de Richter). Un matin, votre oncle Brad a vu le hangar où il range ses tracteurs climatisés John Deere s’écrouler comme une pancake, et le surlendemain, votre grand mère Eleanor a eu la surprise de découvrir un trou de huit mètres de profondeur dans son jardin.

Murs fissurés et fenêtres désaxées

Nous voilà en 2016 et l’affaire des « Oklahoma quakes » éclate enfin au grand jour. Le chiffre donnerait presque envie de rire s’il n’était pas dramatique : en 2015, ce sont 907 secousses sismiques qui ont été enregistrées dans l’Oklahoma. C’est trois cent fois plus qu’en 2010 ! Depuis début 2016, on en est déjà à 160. Entre trois et quatre séismes par jour ! Dans toutes les villes autour de la capitale fédérale Oklahoma City, les vitres tremblent matin et soir, des canalisations de gaz rompent sous l’effet des secousses, des usines doivent mettre leurs salariés au chômage technique parce que les machines-outils sont déréglées, des grues de chantier s’effondrent. Jack, Jessica, il faut regarder les choses en face : votre État est malade. Malade de son sous-sol, maltraité par les dizaines de producteurs d’énergies fossiles qui y pompent gaz et pétrole de schiste, et réalisent des profits remarquables en violentant, bousculant, fracturant l’écorce terrestre.

L’explication technique des « Oklahoma quakes » tient en trois mots : rejets de déchets liquides.earthquake seisme fracking gaz de schiste shale Les sociétés d’extraction, qui ont acheté des parcelles par milliers à partir de 2010 et les exploitent à fond depuis 2014, utilisent une technique de réinjection dans le sous-sol des mélanges d’eau et de produits chimiques utilisés pour les forages. Il y aurait actuellement plus de quatre cents « injection wells » (puits d’injection) dans l’Oklahoma. Fait notable : un tel procédé n’est pas seulement utilisé pour l’extraction de gaz de schiste par fracturation hydraulique —technique dont on sait avec certitude qu’elle provoque des ravages écologiques irréversibles—, mais aussi pour faire remonter pétrole et sables pétrolifères vers la surface. Or quand ces eaux usées sont enfouies dans un sous-sol de nature instable, ou qu’une faille (même minime) se trouve à proximité, les plaques terrestres peuvent se soulever, provoquant à coup sûr un séisme plus ou moins localisé. Au cœur de la « Bible belt », on ne compte plus le nombre de maisons aux murs fissurés, aux fenêtres désaxées, aux crucifix tombés au sol. Dans certains districts, les compagnies d’assurance ne veulent même plus garantir les biens immobiliers… Au moins les habitants de l’Oklahoma peuvent-ils se rassurer en se disant qu’ils ne sont pas les seuls à vivre sur une terre qui gigote : leurs cousins du Wyoming et de l’Arkansas sont également concernés. Il y aurait aujourd’hui plus de deux millions de points de forage utilisant des techniques d’injection et de rejet massif d’eaux usées sur le territoire américain. 

Detroit, Cleveland, Pittsburgh, Rochester… dans le même état de mort clinique

Alors bien sûr, le prix des carburants a chuté aux Etats-Unis – et un peu partout dans le monde. Mais à quel prix écologique ? On connaissait déjà les eaux polluées, impropres à la consommation, de la ville de Flint, dans le Michigan – scandale récent de loin le plus médiatisé (et tant mieux), mais n’oublions pas que les nappes phréatiques de centaines d’autres sites dans les bassins industriels de Detroit, Cleveland, Pittsburgh, Rochester (liste non exhaustive) sont dans le même état de mort clinique. La seule nouveauté par rapport au retentissant scandale de la pollution du Love Canal, dans le Nord de l’Etat de New York, par l’entreprise de produits chimiques Hooker Chemicals (une monstrueuse affaire révélée en 1978) étant que désormais, le silence des témoins et voisins gênants est acheté très en amont, et de manière plus efficace. On connaissait aussi cette histoire délirante de fuites sur des puits d’extraction de méthane en Californie. On connaissait encore la capacité formidable de compagnies américaines comme Texaco-Chevron à aller polluer très au-delà des frontières où résident ses riches actionnaires. Voilà donc, depuis deux ans, qu’on découvre aussi la capacité des mêmes producteurs d’hydrocarbures à pomper les sols américains et à en recracher les déchets en pleine nature comme le ferait un chien errant ayant déniché un os à moelle un peu gros à avaler d’un coup. 

Hier (lundi 7 mars), sentant la fureur des habitants de l’Oklahoma grossir de jour en jour, les autorités fédérales ont demandé aux représentants des producteurs de pétrole et de gaz de « réduire de manière substantielle la quantité de rejets industriels qu’ils destinent à être enfouis dans les sols ». La formulation est suffisamment floue pour que cette requête non contraignante leur entre par une oreille et ressorte par l’autre, façon fuite de liquide saumâtre s’écoulant silencieusement dans la lithosphère. Jusqu’au prochain gros boum ?

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Comme le rapporte l’agence Reuters, une récente série de secousses sismiques dans l’État américain de l’Oklahoma a contraint l’autorité locale de régulation de l’énergie à envisager en urgence des restrictions supplémentaires sur l’activité de forage liée au gaz et au pétrole de schiste, a déclaré mercredi un porte-parole.

Des séismes qui ne sont pas directement liés à la réinjection des fluides de fracturation hydraulique

Entre les 17 et 24 juin de cette année 2015, 35 secousses d’une magnitude égale ou supérieure à 3,0 y ont été enregistrées, selon l’institut géologique de l’Oklahoma. Source d’inquiétude supplémentaire pour le régulateur, certaines de ces secousses se sont produites dans la région métropolitaine d’Oklahoma City, où il n’existe pas de puits d’injection d’eau à haute pression.

Il y a deux mois, de nouvelles règles concernant l’élimination des eaux usées issues du forage sont entrées en vigueur sur ordre de l’OCC (Oklahoma Corporation Commission),seisme gaz de schiste fracturation impact maisons oklahoma l’autorité de régulation de l’industrie des hydrocarbures. Ces règles interdisent d’éliminer les eaux usées saumâtres sous la formation géologique la plus profonde, une pratique qui est considérée comme l’une des principales causes des tremblements de terre, et elles obligent les exploitants à réduire la profondeur de leurs puits de forage. « Nous devons à nouveau revoir notre approche« , a déclaré le porte-parole de l’OCC Matt Skinner. « Il y a eu une énorme hausse (des secousses). Cela change la donne. »

Pour l’USGS, il existe un risque de séisme catastrophique

Selon l’USGS, l’institut géologique des États-Unis, une telle multiplication des secousses accroît la possibilité d’un séisme catastrophique à l’avenir. L’Oklahoma connaît une augmentation de son activité sismique depuis 2009, qui coïncide avec une forte expansion de son activité de forage. La production pétrolière de cet État du Middle West a doublé au cours des sept dernières années.

Avant le pic de la semaine écoulée, les séismes survenaient d’ordinaire une à deux fois par jour, selon les chiffres de l’USGS. Avant 2009, ils se produisaient une à deux fois par an. Les scientifiques attribuent cette multiplication des secousses à la forte hausse des quantités d’eaux usées salées injectées dans le sous-sol. Entre 1997 et 2013, ces volumes de liquides injectés ont doublé, passant de 80 à 160 millions de barils par mois.

Les demandes de moratoire face à l’appât du gain à court terme

Des militants locaux appellent à un moratoire sur l’activité pétrolière mais la plupart des élus locaux rechignent à sanctionner une industrie qui représente plus de 7% des recettes de l’État grâce aux taxes prélevées sur la production, sans compter les emplois et revenus indirects.

Source : Reuters

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Traduit par nos soins d’après l’article de Ben Bryant publié le 02.12.2014 sur le site du journal Vice News

D’après les courriels obtenus par le journal VICE News, le seul puits de gaz de schiste ayant subi une fracturation hydraulique au Royaume-Uni a connu « une défaillance de structure». Cet accident n’avait fait l’objet d’aucune déclaration pendant six mois.

fracking-equipment gaz de schisteLes dégâts découverts plus tôt cette année sur le site de Preese Hall dans la Lancashire se limitent à l’intérieur du puits. Il n’existe actuellement aucune preuve que cela ait causé des fuites de méthane ou de fluides dans l’atmosphère ou dans la formation rocheuse environnante. Cependant, depuis que cette information a été rendue publique, elle a suscité des réactions pour que le Royaume-Uni reconsidère son industrie naissante de la fracturation hydraulique.

Caroline Lucas élue du parti vert a renouvelé son appel pour que le Royaume-Uni abandonne la fracturation. Elle a déclaré à VICE News que ces révélations « jettent de sérieux doutes » sur les assurances données par le gouvernement sur la sécurité [de la fracturation hydraulique].

Une série de courriels échangés en Avril 2014 entre le Health and Safety Executive (HSE) – l’organisme public responsable de la surveillance de l’intégrité des puits- et la compagnie Cuadrilla Resources et communiqués en vertu de la loi sur la liberté de l’information, détaille ce que des ingénieurs ont décrit à VICE News comme une perte d’intégrité du puits de forage, laquelle a nécessité la mise en œuvre de mesures spécifiques.

Une défaillance d’’intégrité sur un puits peut être grave. Elle peut causer des fuites de gaz ou de fluides de fracturation. Dans ce cas, les e-mails montrent qu’il ya eu une fuite de gaz dans le puits; Cependant, il n’y a aucune preuve de fuites à l’extérieur du tubage de production ni dans le milieu environnant.

La compagnie Cuadrilla a nié que les courriels parlaient d’une perte d’intégrité du puits de forage. Toutefois, trois ingénieurs indépendants consultés par VICE News ont confirmé que les courriels démontrent que l’intégrité du puits a bien été affectée. De son côté un porte-parole du HSE a admis qu’ils pouvaient être interprétés comme tel.

Également consulté par VICE News, Anthony Ingraffea, professeur de génie émérite, enseignant et chercheur à l’Université Cornell, a déclaré qu’ »Il est tout à fait évident que le langage utilisé [dans les courriels entre le HSE et Cuadrilla] indique qu’il y avait effectivement une perte d’intégrité du puits de forage suivie par des tentatives d’y remédier.  » Avant d’ajouter que « chaque échec concernant l’intégrité d’un puits est un cas particulier en termes d’impact environnemental, puisqu’il y a tellement de facteurs à considérer. »

Pour John Bissett, leader de la discipline en matière de construction de puits à l’Université Robert Gordon, « Il est tout à fait clair que l’intégrité du puits a été atteinte, techniquement. Seule l’ampleur de cet échec peut prêter à discussion. » Par ailleurs cet échec est « potentiellement important pour tout les puits futurs planifiés ainsi que les activités de fracturation ».

Quant à Mike Hill, ingénieur agréé indépendant basé dans le Lancashire, il déclare que «l’échec de l’intégrité» peut signifier une fuite à l’extérieur du puits ou celle contenue dans le puits. Toute défaillance dans l’intégrité du puits comporte un risque avéré et très sérieux d’aller dans les formations rocheuses. Tout dépend où est situé la fuite ».

Incidence des séismes sur la structure des puits

Le site de Preese Hall où ont été pratiqués le forage et la fracturation n’est plus opérationnel. Une décision avait déjà été prise d’abandonner le puits en Décembre 2013 après deux tremblements de terre en 2011. Les scientifiqufrack free lancashirees pensent que ces séismes ont été causés par la fracturation sur le site. Les tremblements de terre ont provoqué une déformation dans le tubage du puits – un accident moins grave qu’une défaillance dans l’intégrité du puits. Après l’incident, Cuadrilla avait été réprimandé pour ne pas avoir à admis son importance et pour avoir omis de signaler durant six mois l’incident au ministère de l’énergie et du changement climatique.

L’année dernière, selon The Guardian, Charles Hendry, alors ministre de l’énergie, avait déclaré dans une lettre à la compagnie que l’«échec» avait mis en lumière les « faiblesses dans la performance de Cuadrilla en tant que titulaire [du permis] « 

Aucune fracturation hydraulique n’a eu lieu depuis les tremblements de terre; Toutefois, un rapport sur les incidents publiés en Juin 2012 par la Royal Academy and Royal Society of Engineering a conclu que le risque était minime. En janvier 2014, l’Union européenne a approuvé la pratique de la fracturation hydraulique sous certaines conditions.

Même avec une réglementation forte les problèmes sont incontournables

Le boom de la fracturation hydraulique aux États-Unis a entraîné la production de gaz à un niveau jamais connu avant. Cependant, les scientifiques ont exprimé leurs préoccupations concernant les risques potentiels pour la santé ainsi que la sécurité pour les personnes vivant à proximité des sites de fracturation.

Vendredi dernier, un rapport commandé par le gouvernement britannique [voir ici sur notre site] au conseiller scientifique en chef du Royaume-Uni, Mark Walport, a comparé les risques de fracturation à ceux posés par le thalidomide, le tabac et l’amiante. Le rapport indique que la fracturation hydraulique offre sans doute un exemple contemporain « de ces trajectoires d’innovation qui se sont révélées plus tard être problématiques. »

Un porte-parole de l’Agence de l’Environnement a déclaré à VICE News qu’ «il n’y a pas de fuite de fluide incontrôlée dans le puits de Preese Hall , et [qu’] il n’existe aucune preuve à ce jour que le gaz se soit échappé dans l’environnement. Le gaz est contenu par la structure de la tête de puits. La surveillance des eaux souterraines est toujours en place sur le site » « .

Pour Lucas, membre du Parti Vert au Parlement « La machine de propagande du gouvernement a tourné à plein pour convaincre les gens d’ignorer les risques environnementaux et sanitaires de la fracturation hydraulique. Mais ces nouvelles révélations jettent un sérieux doute sur leurs tentatives de rassurer l’opinion».

«Les ministres affirment que les fuites de gaz et de fluide de fracturation qui ont affecté la réputation de l’industrie du fracking aux États-Unis, ça ne peut pas se produire ici à cause de la forte réglementation. Mais à présent il semble qu’avant même que la fracturation hydraulique soit mise en œuvre de manière significative, il y a eu des problèmes avec le tubage du puits, et des experts indépendants disent que l’intégrité du puits a été affectée.

« En fin de compte, quelque soit le niveau de surveillance, rien ne peut rendre la fracturation hydraulique sure. La seule chose sûre et responsable avec le gaz de schiste, c’est de le laisser dans le sous-sol.« 

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Une traduction libre par nos soins de l’article de Chris Mooney paru ven. 15 août 2014 sur Mother Jones . com

fracking_site_usgs marcellus gaz de schisteA la droite de l’échiquier politique américain, il est assez populaire ces jours-ci de prétendre que la gauche exagère les inquiétudes (scientifiques) au sujet de la fracturation hydraulique également appelée «fracking». Par exemple, dans un récent article du National Review , un chercheur de Hoover Institution se plaint que 53% des démocrates en Californie se prononcent pour l’interdiction de la fracturation hydraulique «malgré l’existence de peu ou pas de preuves scientifiques crédibles sur les préjudices causés par la fracturation et les preuves scientifiques irréfutables sur ses avantages environnementaux, y compris la réduction substantielle de la pollution aussi bien au niveau local que mondial».

Il y a encore trois ou quatre ans, un tel positionnement pouvait encore sembler défendable. La préoccupation environnementale majeure concernant la fracturation hydraulique à l’époque était le risque de contamination de l’eau potable lors du processus de « fracking » – un processus consistant à injecter sous terre à des pressions extrêmes de vastes quantités d’eau, du sable et des produits chimiques pour forcer les couches de schiste à s’ouvrir dans les profondeurs de la terre afin d’en libérer le gaz naturel. Mais le discours scientifique était encore assez ambiguë. En fait, la question tournait essentiellement autour de la définition même de la fracturation hydraulique. S’agissant de l’ensemble du méga-processus des forages de gaz «non conventionnels», on sait qu’il a clairement causé la contamination des eaux souterraines, en raison de déversements et de fuites de puits mal cimentés. Mais techniquement, le «fracking» se réfère uniquement à l’ «explosion » provoquée par l’eau et les produits chimiques et non au forage, à l’élimination des déchets, ni aux énormes opérations industrielles qui accompagnent tout cela.

Comment les choses ont-elles évolué. De nos jours, explique Anthony Ingraffea, professeur de génie à l’Université de Cornell, l’argumentation scientifique contre la fracturation hydraulique et les forages de gaz non conventionnel est plus vaste[1]. Il ne s’agit pas uniquement de la contamination des eaux souterraines, mais également au minimum de deux autres problèmes majeurs : les tremblements de terre induits (par ce processus industriel) ainsi que les émissions non contrôlées de méthanes, un puissant gaz à effet de serre.

Dr Ingraffea_ stop gaz de schisteIngraffea appuie ses déclarations sur la base de données scientifiques – qu’il est difficile de ne pas prendre en considération. Prenez les tremblements de terre, par exemple. De l’avis d’Ingraffea, « il existe à présent un consensus scientifique que la sismicité induite par l’homme se produit » à la suite d’un aspect particulier du forage de gaz non conventionnel (à savoir, l’élimination de « l’eau de reflux » chimiquement chargé dans les réservoirs souterrains d’eaux usées, les « puits d’injection »[2]).

Pourtant, Ingraffea n’est pas a priori « l’ennemi scientifique » le plus probable de la fracturation hydraulique. Ses recherches ont été financées par les entreprises et les intérêts de l’industrie, y compris Schlumberger, le Gas Research Institute, General Dynamics, et Northrop Grumman[3]. Sa thèse de doctorat, dans les années 1970, a impliqué l’étude de la «mécanique de fracturation des roches», en d’autres termes, comment les fissures se propagent dans les roches, un domaine de connaissances crucial pour les industries extractives comme celles du pétrole et du gaz. « J’ai passé 20, que dis-je 25 ans à travailler avec l’industrie du pétrole et du gaz … à les aider à trouver la meilleure façon d’obtenir du pétrole et du gaz de la roche», explique Ingraffea.

Mais depuis, il est devenu un critique virulent[4] de l’exploitation du gaz non conventionnel. Il est récemment apparu dans le film Gasland II, et a été reconnu en 2011 par le Time[5] (aux côtés de l’acteur Mark Ruffalo et son collègue Robert Howarth Cornell) pour son travail soulignant les risques environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste.

Que s’est-il donc passé? En un mot: la science. Ingraffea se réfère simplement à la science en développement sur les tremblements de terre et les émissions de méthane liée à l’exploitation du gaz non conventionnel. Même si vous n’êtes pas entièrement d’accord avec tout ce qu’il dit, vous trouverez probablement tout cela troublant et agaçant. Prenons ces sujets un par un:

La fracturation hydraulique et les tremblements de terre.

Assez curieusement, la question des tremblements de terre est en fait le sujet scientifique le moins controversée dans le débat sur la fracturation hydraulique. En effet, il semble maintenant clair que l’injection des eaux usées[6] -le stockage souterrain de l’eau et autres produits de la fracturation hydraulique qui remonte ​​des puits après la fracturation, peut contribuer à l’activité sismique. En fait, dans une étude publiée le mois dernier dans Science[7], les chercheurs suggèrent qu’une augmentation spectaculaire de l’activité sismique récente dans l’Oklahoma[8] -petits tremblements de terre de magnitude 5,7 en 2011, est en partie liée à la prolifération des puits d’injection des eaux usées.

Certes, il peut sembler difficile de comprendre (du moins si vous n’êtes pas géologue) comment des puits d’évacuation souterrain peuvent provoquer un tremblement de terre. Ingraffea l’explique de cette manière: «Nous avons agi sur des défauts de stabilité préexistants», dit-il. Les fluides de fracturation « lubrifient ces « défauts » et modifient la pression exercée ». Voici une illustration :

Et pour ce qui concerne le processus de fracturation lui-même? Lui aussi peut causer des tremblements de terre, indique Ingraffea, bien que les tremblements de terre liés à la fracturation hydraulique (par opposition aux puits d’injection) soient plus faibles (« jusqu’à présent« , comme le dit Ingraffea). Quand vous pensez à ce que nous faisons à la Terre, peut-être n’est-ce pas si surprenant. Après tout, l’eau de la fracturation hydraulique est injectée à des «pressions approchant ce que vous obtiendriez si vous empiliez par exemple 10 véhicules sur le bout de votre doigt», ajoute-t-il.

Le Fracking et les émissions fugitives de méthane.

« Peut-être pouvons-nous gérer le problème des tremblements de terre. Évidemment, il serait utile d’arrêter l’injection d’eaux usées près des points de rupture géologique» « Ça pourrait devenir un objectif dans la conception des process d’exploitation» déclare impassible Ingraffea. Cette situation est avant tout liée à un manque de réglementation de la part du département de protection de l’environnement.

Mais il existe un problème potentiel beaucoup plus grave qui est celui des émissions fugitives de méthane lors de l’exploitation du gaz de schiste. C’est d’ailleurs le sujet sur lequel Ingraffea s’est fait un nom dans le débat sur la fracturation hydraulique, et c’est probablement le plus important de tous.

En 2011, Ingraffea et deux autres chercheurs de Cornell University ont publié une étude scientifique[9] très discutée dans la revue Climatic Change, celle-ci faisant valoir que, entre 3,6 et 7,9% du méthane provenant des activités de forage de schiste s’échappent effectivement dans l’atmosphère, où il contribue au réchauffement climatique. Si ceci est vrai, compte tenu de la puissance atmosphérique unique du méthane, le méthane est environ 80 à 90 fois … plus puissant comme un gaz à effet de serre que le dioxyde de carbone» sur une période de deux à trois décennies, dit Ingraffea- alors les conséquences pourraient être dramatiques. Le gaz naturel pourrait basculer de l’avantage net climatique (car sa combustion est plus propre que le pétrole ou le charbon) au préjudice climatique, à cause de tout le méthane qui s’échappe.

Fayeteville_Shale 15673532.smaller_0Certes, tout ceci dépend du taux de fuite de l’exploitation du gaz naturel, à travers les multiples étapes de son processus, de l’extraction initiale du gaz de la Terre, et tout au long de son transport. Et c’est là que se situe le débat. « Chacune des mesures effectuées a conclu que le pourcentage de méthane s’échappant dans l’atmosphère provenant de l’exploitation du pétrole et du gaz est bien supérieure à 2,5% » déclare Ingraffea. « Je pense que la meilleure estimation actuellement se situe autour de 5% » ajoute-t-il, et c’est largement suffisant pour condamner l’idée selon laquelle le gaz naturel est un «carburant de transition » vers un avenir d’énergie propre ».

Ingraffea n’est pas le seul chercheur à suggérer que les fuites de méthane atteignent des niveaux si élevés. Dans une étude[10] publiée en 2013 dans les Actes de l’Académie nationale (américaine) des Sciences, une équipe de chercheurs de deux universités américaines et les laboratoires nationaux ont constaté que le département fédéral de l’environnement (EPA) était en train de sous-estimer les émissions de méthane provenant de l’industrie de l’énergie (que ça soit pour les forages conventionnels ou de gaz de schiste). Dans un autre article publié dans Science[11] plus tôt cette année, les chercheurs ont de nouveau blâmé les mesures de méthane de l’EPA, mais ont néanmoins conclu que le gaz naturel peut encore contribuer à un avenir plus propre si les émissions de méthane font l’objet d’une règlementation et d’une gestion adéquates. (Le groupe d’experts intergouvernemental de l’ONU sur les changements climatiques en arrive au même type de conclusion[12].)

Quel est le vrai problème dans tout ça?

Il est évident que tout le monde ne partage pas l’avis d’Ingraffea. Par exemple, à la fois publiquement[13] et par écrit[14], Ingraffea a régulièrement débattu avec Terry Engelder[15] , professeur de géosciences à l’Université d’Etat de Pennsylvanie, ce dernier faisant valoir que les avantages de l’exploitation du gaz de schiste l’emportent encore sur les risques.

Engelder ne nie pas le problème des émissions fugitives de méthane. Au contraire, son opinion[16] est que «par la maîtrise des fuites et les «green completions[17]» (se réfère à une nouvelle règle de l’EPA qui exigent des exploitants de gaz naturel de capturer les composés organiques volatils sur place plutôt que de les laisser s’échapper dans l’atmosphère, un processus qui selon l’EPA, consisterait à « réduire de manière significative» les émissions de méthane) on pourrait venir à bout de la fuite de méthane dans l’atmosphère. »

Mais à cela Ingraffea rétorque que ce n’est pas assez. Le nouveau règlement, dit-il, ne couvre qu’ »une partie de l’ensemble de la chaine de l’approvisionnement pour le gaz naturel, et elle ne s’applique qu’aux nouveaux puits de gaz, et non pas aux anciens. » De plus, il s’applique uniquement aux puits de gaz, pas aux puits de pétrole qui libèrent également du méthane.

Fort de l’accumulation des preuves scientifiques, Ingraffea insiste aujourd’hui sur le fait que le gaz naturel est le « loup déguisé en agneau». La question du méthane ne peut pas être réglée entièrement, elle reste grave et c’est une question qui ne peut être occultée.

Pour ceux qui affirment qu’il existe une manière de régler cela sur le mode « donnez-nous du temps et nous allons corriger le problème », je suis désolé, nous avons eu 100 ans d’exploitation commerciale de pétrole et de gaz, en très grandes quantités et dans le monde entier. Ce temps est terminé. Nous avons déjà trop endommagé l’atmosphère, et il serait trop long, il faudrait des décennies et des milliards de dollars, pour commencer à régler les problèmes dont on sait qu’ils existent depuis des décennies. Et d’ici là, il sera trop tard.

[1] Ecouter ici l’intervention en anglais https://soundcloud.com/inquiringminds/47-anthony-ingraffea-the-science-of-fracking
[2] En anglais « Injection wells » . Voir aussi la définition par département de l’environnement américain http://water.epa.gov/type/groundwater/uic/basicinformation.cfm
[3] Voir le CV du Dr Ingraffea ici à http://psehealthyenergy.org/users/view/14193
[4] « Ne m’appelez pas un activiste » http://www.politico.com/story/2013/07/anthony-ingraffea-dont-label-me-an-activist-93839.html
[5] http://content.time.com/time/specials/packages/article/0,28804,2101745_2102309_2102323,00.html
[6] Voir aussi cet article sur Mother Jone ainsi que ce qu’en dit le département de l’environnement américain
[7] http://www.sciencemag.org/content/345/6195/448.full
[8] http://www.theatlantic.com/technology/archive/2014/08/man-made-earthquakes-are-altering-the-geologic-landscape/372243/
[9] http://www.eeb.cornell.edu/howarth/Howarth%20et%20al%20%202011.pdf
[10] http://calgem.lbl.gov/Miller-2013-PNAS-US-CH4-Emissions-9J5D3GH72.pdf
[11] http://www.sciencemag.org/content/343/6172/733
[12] http://report.mitigation2014.org/spm/ipcc_wg3_ar5_summary-for-policymakers_approved.pdf
[13] https://www.youtube.com/watch?v=TvlUteW8FJ4
[14] http://cce.cornell.edu/EnergyClimateChange/NaturalGasDev/Documents/PDFs/Howarth%20Nature.pdf
[15] http://www3.geosc.psu.edu/~jte2/
[16] https://www.youtube.com/watch?v=BBSVLGf7zPI
[17] http://www.epa.gov/airquality/oilandgas/pdfs/20120417summarywellsites.pdf