Dossier SciencesPo / CERI 01/2014

Gaz de schiste : dossier science Po / CERI (Janvier 2014)

Une série de 5 articles écrits dans le cadre d’un dossier du CERI (Centre d’études de recherches internationales) sur les gaz de schiste.

  1. Les gaz de schiste une énergie controversée
  2. La révolution des hydrocarbures non conventionnels aux États-Unis : quelles leçons pour l’Europe ?
  3. La controverse sur le gaz de schiste « What the Frack Is Going on ? »
  4. Les outils d’influence énergétique appliqués au gaz de schiste aux Etats-Unis
  5. Transition énergétique ou hydrocarbures de schiste ?
1. Les gaz de schiste, une énergie controversée

Par François Gemenne

Le gaz de schiste peut-il entraîner une révolution énergétique ? Depuis ses débuts aux Etats-Unis dans les années 1970, l’extraction de ce gaz naturel donne lieu à de nombreuses controverses, notamment en raison des impacts des forages sur l’environnement. Alors que la Commission européenne a donné en janvier 2014 un timide feu vert à l’exploitation de ce gaz sur le sol européen, la France continue de refuser les permis de recherche, et donc l’exploitation de ce gaz sur le sol français. Ce Dossier du CERI tente de déchiffrer les enjeux de l’exploitation du gaz de schiste, et les raisons de la controverse.

Le gaz de schiste est un gaz naturel contenu dans une roche argileuse, et dont les ressources sont inégalement réparties sur la planète. Contrairement au gaz naturel traditionnel, dont l’exploitation reste relativement aisée, celle du gaz de schiste se révèle particulièrement périlleuse, et lourde d’atteintes à l’environnement. La première méthode d’extraction, le forage horizontal qui permettait de drainer le gaz de la roche poreuse, a été abandonné dans les années 1990 au profit d’une autre technique, la fracturation hydraulique, qui consiste à provoquer dans la roche des micro-fractures, à l’aide d’eau injectée à haute pression, ce qui permet de libérer le gaz et de le récupérer ensuite.

L’exploitation massive des gaz de schiste aux Etats-Unis, à partir des années 2000, a entraîné une chute spectaculaire des prix de l’énergie et la relance, tout aussi spectaculaire, du secteur de la pétrochimie. Ce gaz représente aujourd’hui 35% de la production de gaz aux Etats-Unis, ce qui leur a permis de devenir un pays exportateur de gaz naturel, et sans doute de contester, à terme, la place de la Russie comme premier exportateur de gaz naturel.

Mais cet essor sans précédent, qui n’est pas sans rappeler la ruée vers l’or noir, s’est aussi accompagné de nombreuses controverses quant à ses conséquences environnementales. Ces controverses ont culminé avec la sortie du film documentaire Gasland, sorti en 2010, qui a mis en lumière les risques et impacts associés à la technique de fracturation hydraulique. Cette technique, qui mobilise de très importantes quantités d’eau, peut provoquer de sérieuses pollutions des nappes d’eau souterraines à cause notamment des produits chimiques employés pour la fracturation, mais présente également un risque pour l’activité sismique et rejette dans l’atmosphère de grandes quantités de méthane, un gaz à effet de serre particulièrement nocif.

Malgré ce bilan environnemental peu reluisant, certains voient néanmoins dans le gaz de schiste un potentiel de relance économique considérable, ainsi qu’un maillon essentiel dans la lutte contre le changement climatique. La combustion des gaz de schiste rejette en effet moins de dioxyde de carbone (le principal gaz à effet de serre anthropique) que la combustion du charbon ou du pétrole. Et des voix s’élèvent, en France et en Europe, pour que soient délivrées des autorisations de prospection et d’exploitation des gaz de schiste, au nom de la relance économique, des prix de l’énergie et parfois de la lutte contre le changement climatique.

On estime les réserves mondiales de gaz de schiste à plus de 200 billions de m3. Ces réserves sont inégalement réparties à travers le monde, puisque la Chine, l’Argentine, l’Algérie et les Etats-Unis s’en partagent environ la moitié. En Europe, ce sont la Pologne et la France qui possèdent les plus importantes réserves, avec environ 4 billions de m3 chacun. Après le feu vert de la Commission européenne, donné en janvier 2014 au grand dam des associations écologistes, la Pologne se lancera en 2014 dans l’exploitation de ses réserves. En France, le ministre de l’Environnement Philippe Martin a pourtant confirmé en novembre 2013 l’interdiction des permis de recherche sur le sol français, au grand dam de certains de ses collègues du gouvernement, dont le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg.

La France peut-elle et doit-elle rester à l’écart de cette ruée sur le gaz de schiste ? La réponse à cette question mobilise un grand nombre d’enjeux et d’intérêts, que ce Dossier du CERI ambitionne de décrypter. Mathilde Mathieu, Oliver Sartor et Thomas Spencer, chercheurs à l’Institut du Développement durable et des Relations internationales (Iddri), se penchent d’abord sur le modèle américain, premier pays à s’être lancé dans l’exploitation massive des gaz de schiste, et s’interrogent sur ses possibles implications pour la stratégie énergétique européenne. Kari De Pryck, doctorante au CERI, analysent ensuite la raisons, acteurs et stratégies engagés dans les controverses sur le gaz de schiste : quels sont les ressorts qui sous-tendent la contestation, et quels en sont ses impacts politiques ? François Damerval, assistant parlementaire au Parlement européen, nous livre ensuite un témoignage éclairant sur le rôle des lobbies dans ce débat, et tire plusieurs réflexions issues d’un récent voyage d’étude aux Etats-Unis. Enfin, Maxime Combes, économiste à ATTAC, replace la question des gaz de schiste dans le contexte plus large de la lutte contre le changement climatique, et voit dans ces hydrocarbures non-conventionnels un moyen de retarder encore davantage la transition énergétique vers une économie pauvre en carbone. L’urgence est pourtant là.

François Gemenne chercheur en science politique à l’université de Liège (CEDEM) et à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (CEARC). Il est expert associé au CERI et   vient de publier « Les négociations internationales sur le climat, une histoire sans fin ?, in Négociations internationales, Presses de Sciences Po, 2013 English

2. La révolution des hydrocarbures non conventionnels aux Etats-Unis : quelles leçons pour l’Europe ?
Auteur(s) : Mathilde Mathieu, Olivier Sartor, Thomas Spencer

Depuis 2005, le développement des technologies d’extraction a permis l’augmentation rapide de la production de gaz et de pétrole non conventionnels et ses effets sont déjà fortement ressentis aux Etats-Unis : baisse du prix du gaz naturel -alors que dans les autres pays il tend à augmenter- ; réduction de la dépendance aux importations d’hydrocarbures ; création de nouveaux emplois dans les secteurs d’extraction de gaz et pétrole et certains secteurs manufacturiers ; amélioration de la compétitivité de certaines branches d’activité très énergivores ; réduction des émissions de dioxyde de carbone.

Outre Atlantique, l’Union européenne (UE) s’interroge sur sa future stratégie énergétique. Les négociations sur le prochain Paquet Energie-Climat 2020-2030 débuteront lors du Conseil des ministres de l’énergie et de l’environnement, qui se tiendra au mois de mars 2014. Plusieurs défis attendent les Européens : mettre en place des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre cohérents avec les niveaux préconisés par la communauté scientifique, répondre à l’augmentation des prix de l’énergie et réduire leur dépendance aux importations d’énergies fossiles. Hormis ces défis, les négociations se dérouleront dans un contexte économique difficile, où le taux de chômage de la zone euro avoisine 12,1% à la fin de l’année 2013 et où les Etats membres éprouvent des difficultés à financer leurs objectifs climatiques.

Dans cette conjoncture, la révolution américaine des hydrocarbures non conventionnels incite l’UE à mettre les gaz non conventionnels au centre des débats. Pour certains acteurs, l’avantage que tirent les Etats-Unis des prix très bas du gaz (avoisinant les 4$/million de btu1), bien plus faibles que les prix européens (proches des 10$/million de btu), remet en question la capacité de l’Europe à supporter le coût de certains de ses objectifs énergétiques et climatiques. Des interrogations se posent sur l’ordre des priorités à prendre en compte : la durabilité, la sécurité d’approvisionnement énergétique et la compétitivité, plusieurs acteurs souhaitant un rééquilibrage en faveur de la compétitivité. Dans quelle mesure l’UE devrait-elle remettre en question sa stratégie énergétique actuelle ? Une analyse des effets de la révolution des hydrocarbures non conventionnels aux Etats-Unis peut permettre à l’UE de mieux estimer les implications de ces changements et mieux définir sa propre stratégie énergétique.

La « révolution des hydrocarbures non conventionnels » américaine

L’expression « hydrocarbures non conventionnels » renvoie aux procédés d’extraction de gaz ou de pétrole, stockés de manière diffuse à des profondeurs qui rendent difficile leur exploitation. Les techniques conventionnelles ne permettant pas de les extraire, des techniques spécifiques, comme le forage horizontal et la fracturation hydraulique2 sont nécessaires. Pour le gaz non conventionnel, on trouve: le gaz de schiste qui correspond au gaz piégé dans la roche mère ; le gaz de réservoir compact (tight gas) qui correspond au gaz disséminé dans la roche lorsque le réservoir dans lequel il était contenu a perdu sa perméabilité ; et enfin, le gaz de houille, piégé dans les micropores du charbon des veines souterraines profondes. De la même manière, il existe le pétrole non conventionnel issu de formations géologiques similaires, mais dans des quantités plus limitées.

Le terme “révolution” s’est imposé face au développement très rapide et à grande échelle de la production de ces hydrocarbures. A titre d’exemple, en 2008, l’Energy Information Agency (EIA) américaine prévoyait un déclin de la production de gaz de 568 bcm3 à 544 bcm en 2030. Mais en 2012, grâce à l’exploitation des gaz non conventionnels, la production de gaz américaine s’élevait à 677 bcm. Aujourd’hui, l’EIA prévoit une augmentation annuelle de la production de gaz aux Etats- Unis de 1,3% jusqu’en 2040 (atteignant des niveaux de production de 940 bcm en 2040). De la même manière, le déclin de la production de pétrole américain a été compensé par la production de pétrole non conventionnel : alors que la production diminuait de 50% entre 1990 et 2008, passant de 3,5 milliards de barils par an à 1,8 milliard, l’EIA pronostique désormais une nouvelle augmentation de la production jusqu’en 2016, puis une stagnation de la production jusqu’en 2040 à un niveau de 2,5 milliards de barils par an.

Sécurité d’approvisionnement énergétique et prix de l’énergie

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) définit la sécurité d’approvisionnement énergétique d’un pays comme sa capacité à garantir la disponibilité des sources d’énergie dont il a besoin à un prix raisonnable. Cette sécurité a été fortement améliorée aux Etats-Unis. Dorénavant, sa production domestique lui permet de réduire ses importations de gaz, jusqu’à assurer son indépendance (l’IEA prévoit que les Etats-Unis seront exportateurs net de gaz d’ici 2020) et de maintenir un prix du gaz relativement faible par rapport aux marchés mondiaux. Les prix du gaz américain ont considérablement chuté depuis 2008 atteignant des niveaux proches de 4$US/millions de btu en 2013 (prix à la tête du puits) alors qu’en 2008 le prix s’élevait en moyenne à 8$US/millions de btu. Ces niveaux ne sont toutefois pas viables car un prix aussi bas rend l’extraction du gaz peu rentable, et un prix plus élevé serait nécessaire pour assurer les investissements dans de nouveaux puits. D’ailleurs, L’EIA prévoit également que le prix du gaz américain augmentera dans les années à venir. Malgré cette augmentation, l’autosuffisance en gaz des Etats-Unis lui assurerait des prix plus compétitifs que ceux des marchés européen et asiatique.

Graphique 1 : production, consommation et bilan des importations de gaz naturel des Etats-Unis

Source : EIA, AEO prévisions dans le scénario de références post 2012

La situation est différente pour le pétrole. Toujours selon l’EIA, le pétrole continuera à peser lourd dans les importations durant les prochaines années (en 2040, 63% de la demande devrait être satisfaite par la production domestique, contre 55% en 2011). Le fait de rester importateur net implique que le prix américain du pétrole continuera à suivre les cours mondiaux. Pour limiter cette vulnérabilité aux prix mondiaux, les Etats-Unis auraient certainement intérêt à réduire leur consommation. Les politiques d’efficacité énergétique, telles que les nouveaux standards exigés pour les véhicules légers et lourds introduits par le président Obama ont, dans ce contexte, un rôle important à jouer pour atteindre les objectifs de sécurité d’approvisionnement des Etats Unis.

 Réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES)
En 2011, le niveau d’émission de dioxyde de carbone dû au secteur énergétique américain était inférieur de 8% à celui de 2005, en partie attribué à la révolution des gaz non conventionnels. En effet, la chute des prix du gaz a provoqué la substitution du charbon par le gaz dans certains secteurs, notamment dans celui de la production d’électricité. En 2012,  le prix du gaz était suffisamment bas pour devenir concurrentiel vis-à-vis du charbon et la part du gaz dans le mix électrique a augmenté jusqu’ à atteindre le même niveau que celui du charbon (d’environ 30%).
 

Source : EIA

L’effet de substitution a également contribué à augmenter la part du gaz dans la consommation d’énergie primaire totale. En 2008, 22% de l’énergie consommée était du gaz et 23% du charbon ; en 2012, la part du gaz s’élevait à 27 % tandis que celle du charbon s’abaissait à 18 %. Le gaz ayant un facteur d’émission de méthane (et cela même en tenant compte des émissions de méthane liées à l’extraction4), ce remplacement a contribué à réduire les émissions de GES ces dernières années.
Toutefois, il est important de noter que les mesures politiques ont également largement favorisé cette baisse. En effet, l’EIA considère que la substitution d’énergie à forte intensité carbonique par des énergies à plus faible intensité à réduit les émissions de dioxyde de carbone de l’année 2012 de 1,5%, alors que la baisse totale était de 4% par rapport à l’année précédente.

Graphique 2 : prix du gaz naturel à la tête du puits aux Etats-Unis

Source : EIA, Natural Gas Prices

Les 2,5% restants sont dus à une plus grande efficacité énergétique des politiques mises en place par le Gouvernement fédéral depuis 2008. Il s’agit notamment des nouveaux standards d’émissions et d’exigence énergétique des véhicules, des bâtiments et des appareils électroménagers ; de subventions pour les énergies renouvelables (en particulier l’éolien et le solaire) ; et de réglementations favorisant l’adjonction de bio-carburants, comme l’éthanol, dans l’essence. Par ailleurs, le rapport récemment publié par l’Environmental Protection Agency (EPA) prévoit dans son scénario de référence -qui prend en compte les mesures politiques mises en place avant 2012- une augmentation des émissions entre 2013 et 2020 de 6% -qui correspondrait au niveau d’émission de l’année 2005- alors que le scénario issu de l’application du Plan Climat (EOP 2013), annoncé en juin 2013 par le gouvernement américain, prévoit en 2020 des niveaux d’émissions inférieurs de 17% aux niveaux de 2005. Ces éléments soulignent l’importance des politiques spécifiques à mettre en place pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de GES.

Décomposition des réductions nettes des émisions de CO2 liées à l'énergie en 2012

Source : EIA, Energy-related carbon dioxide emissions, 2012

D’autre part, l’expérience américaine a montré que, dans une certaine mesure, les énergies non conventionnelles peuvent créer un environnement politique favorable à la mise en place de mesures de réduction des émissions. A titre d’exemple, la chute du prix du gaz engendrée par l’exploitation massive des gaz non conventionnels a certainement favorisé la mise en place des standards d’émissions sur les centrales à charbon instaurés par le gouvernement d’Obama. Ainsi, si l’exploitation du gaz non conventionnel ne peut pas remplacer une stratégie de décarbonisation de l’économie, elle peut néanmoins aider son exécution.

Compétitivité industrielle, emplois et croissance économique

En ce qui concerne la compétitivité des industries américaines, le secteur minier et certains secteurs manufacturiers ont nettement bénéficié des gaz non conventionnels, comme cela a été le cas pour la pétrochimie fortement consommatrice d’énergie (comme matière première et comme combustible). Les entreprises spécialisées dans la pétrochimie, comme Dow Chemical, ExxonMobil, Chevron Phillips Chemical, Formosa Plastics, Occidental Chemical, Sasol, et Shell Chemicals, ont ainsi des projets d’expansion de leurs activités aux Etats-Unis dans les cinq prochaines années, tandis que les industries pétrochimiques européennes se trouvent en sur-capacité et par conséquent, ont peu de projets d’investissements.
Une mise en perspective macroéconomique de ces impacts sectoriels est cependant intéressante à considérer. En effet, d’après l‘EIA et l’US Census Bureau, deux secteurs manufacturiers gros consommateurs de gaz en tant que matière première représentent 0,04% de l’économie américaine. Un groupe plus large d’industries consommatrices de gaz comme combustible, également sensible aux variations du prix du gaz, représente moins de 2% de l’économie américaine. Pour le reste des secteurs manufacturiers, les dépenses énergétiques sont largement plus faibles que d’autres coûts comme les dépenses santé par exemple.

facture énergétique du gaz en tant que combustible et dépenses de santé pour les salariés dans les secteurs manufacturiers aux Etat-Unis (2010)

Source : US Annual Survey of Manufactures, 2011

En 2010 et en ce qui concerne les filières d’extraction de minerais, celles de gaz et de pétrole représentait 0,33% des emplois du secteur privé. En 2011, ces mêmes filières représentaient 1,6% du produit intérieur brut (PIB).
Les impacts économiques sont donc limités et expliquent que les effets macroéconomiques de la « révolution » des hydrocarbures non conventionnels ne transparaissent pas dans le taux de croissance du PIB américain. En effet, le taux de croissance annuel moyen était de 3,06%5 entre 1990 et 2004, et de 2,49% entre 2005 et 2012 sans tenir compte du fait que le taux de croissance des années 2008 et 2009, années de crise économique, tend à baisser la moyenne à 1,48%.

Quelles implications pour la stratégie énergétique européenne ?

En Europe, les conditions d’exploitation des gaz non conventionnels ne sont pas comparables à celles des Etats-Unis. D’une part, l’Europe n’a pas autant de ressources non conventionnelles que les Etats Unis. Selon les estimations de 2013 (toujours incertaines) de l’EIA, les réserves de gaz de schiste américaines s’élèvent approximativement à 18 800 bcm. Seuls, deux pays européens ont des réserves de tailles comparables : la Pologne et la France, qui ont des réserves d’envergure comparable d’environ 4 200 bcm chacune. D’autre part, l’opposition politique à leur exploitation liée aux impacts environnementaux6, la composition géologique des sous-sols qui peut rendre l’extraction plus coûteuse, l’occupation des terres par d’autres activités, ou encore la législation régissant la propriété des sous-sols, sont autant de facteurs qui rendent peu probable une révolution des hydrocarbures non conventionnels européenne similaire à celle des Etats-Unis. Toutefois, certaines leçons peuvent être tirées de l’expérience américaine.

Tout d’abord, les impacts macro-économiques de la révolution énergétique américaine ne semblent pas d’envergure suffisante pour justifier une remise en question des priorités européennes en matière de politique énergétique. D’un point de vue micro-économique, l’UE peut se demander si, en s’engageant dans l’exploitation des gaz non conventionnels, ses entreprises appartenant aux secteurs concernés, seraient en mesure d’atteindre les niveaux de compétitivité de leurs homologues américains. L’UE n’aurait-elle pas intérêt à centrer ses efforts sur les secteurs qui détiennent un avantage comparatif, producteurs de haute valeur ajoutée et d’innovations technologiques? Dans ce cas, les politiques qui favorisent les produits et processus moins émetteurs et plus efficaces en énergie, seraient à renforcer.

De plus, l’expérience des Etats-Unis montre qu’une abondance d’énergie fossile bon marché ne remplace pas une stratégie énergétique permettant de répondre à terme aux objectifs de durabilité et de sécurité d’approvisionnement. Les nombreuses interventions du Gouvernement américain dans le secteur énergétique, tout comme les projections faites par l’EPA, confirment ce constat. Une stratégie cohérente de long terme, des mesures politiques guidant les acteurs économiques vers les technologies, les infrastructures et les choix de consommations moins intensives en énergie et en carbone, restent essentielles pour les Etats-Unis comme pour l’Europe.

Enfin, bien que l’énergie fossile à bas prix ne constitue pas une stratégie énergétique en soi, la révolution des hydrocarbures non conventionnels crée des opportunités pour soutenir les objectifs de la transition énergétique européenne. Pour l’UE ces opportunités concernent l’implication de certains Etats membres dans la mise en œuvre des politiques climatiques. La Pologne, par exemple, a toujours été un fervent opposant à l’augmentation des niveaux d’ambition de l’UE en termes de réduction des émissions de GES. Par exemple, en 2012, la Pologne a mis son veto sur la feuille de route vers une économie compétitive à faible intensité carbone à l’horizon 2050 (EC, 2011). Cette opposition s’explique par les choix inconfortables auxquels la Pologne est confrontée : d’une part, si elle ne modifie pas sa stratégie énergétique et continue d’utiliser ses réserves de charbon pour produire la quasi-totalité de son électricité7, le coût du dioxyde de carbone se répercutera sur les consommateurs et les industries. D’autre part, si elle souhaite réduire les émissions de son secteur électrique rapidement, la solution de court terme la moins chère est de remplacer les centrales à charbon par des centrales à gaz, ce qui aura pour effet d’augmenter sa dépendance vis à vis de la Russie. L’exploitation des gaz de schiste en Pologne peut changer cette situation en lui offrant une alternative. Ces éléments montrent que, bien utilisée, la révolution des gaz non conventionnels pourrait éventuellement aider à aligner les intérêts des pays comme la Pologne avec ceux d’autres pays de l’Union Européenne.

Mathilde Mathieu et Oliver Sartor sont chercheurs en politiques énergétiques et climatiques à l’Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI), Thomas Spencer est directeur du Pôle Climat à l’IDDRI.

1. 1BTU (British termal unit) vaut approximativement 0.000293 kW.
2. La fracturation hydraulique consiste à injecter dans le puits, à très haute pression et via un tubage adapté, un mélange d’eau, de sable et d’additifs pour créer des microfissures dans la roche mère et récupérer le gaz qui y était enfermé.
3. 1bcm = 1 million de m3
4. Une étude récente, menée par l’Environmental Défense Fund et l’Université du Texas, utilisant des données provenant de 190 nouveaux sites d’extraction, montre que les émissions équivalentes au cycle de vie des nouveaux puits sont significativement moins élevées que celles estimées par les études précédentes. Par ailleurs, l’étude montre que 97% des émissions de méthane sont maintenant évitées grâce à l’utilisation de nouvelles technologies.
5. Chiffres extraits des statistiques de l’OCDE
6. Impact qui a déjà conduit, par exemple, à une interdiction de l’exploitation de gaz de schiste en France
7. La part du charbon dans le mix électrique s’élevant à 90%.

3. La controverse sur le gaz de schiste « What the Frack Is Going on ? »
Auteur(s) : Kari De Pryck

La question controversée de l’extraction du gaz de schiste1 est passée depuis quelques années de l’Amérique du Nord au reste du monde et nourrit un débat public intense dans chaque pays qui envisage son exploitation ou expérimentation. Le procédé d’extraction de ce gaz naturel, la fracturation hydraulique ou plus communément  fracking , et les impacts de cette pratique sur l’environnement sont au cœur d’une controverse technoscientifique qui mobilise un large éventail d’acteurs.

Rappelons tout d’abord la pertinence de l’étude des controverses qui permet de dévoiler les dynamiques sous-jacentes à la science, à ses relations avec la société au sens large et de rendre lisible la « science en train de se faire »2. Ainsi, cet article revient sur une controverse qui bat aujourd’hui son plein et met en évidence les enjeux de l’exploitation du gaz de schiste, les acteurs intriqués et les arguments et registres invoqués par ces derniers.

Le gaz de schiste est un gaz naturel – composé principalement de méthane -, dit non-conventionnel, piégé dans de la roche peu perméable dont l’extraction par la fracturation hydraulique, déjà présente dans les années 40, a été rendue rentable à partir des années 2000. Autrefois inaccessible et exploitable à des coûts exorbitants, l’augmentation des prix des hydrocarbures couplée aux avancées en matière de technique d’extraction ont entraîné la ruée vers ce que certains médias nomment déjà le nouvel « or noir » du 21ème siècle3. La fracturation hydraulique qui permet la libération du gaz et pétrole de schiste consiste à fissurer la roche poreuse en injectant grâce à la technique du forage horizontale un fluide sous très haute pression. Par l’injection de grandes quantités d’eau, de sable et d’un faible pourcentage d’additifs chimiques – généralement 0,5% du volume total –, le gaz est ensuite récupéré à la surface et acheminé vers un pipeline.

Cette pratique fait l’objet de vives critiques depuis la sortie du documentaire Gasland en 2010 aux Etats-Unis, réel déclencheur du débat public sur le gaz de schiste et devenu aujourd’hui un outil de mobilisation en Amérique du Nord et en Europe. Son auteur, John Fox, traverse les Etats-Unis à la rencontre des résidents vivant à proximité des exploitations et y dénonce les impacts négatifs de la fracturation hydraulique sur les communautés locales et l’environnement. Véritable controverse au sein de la controverse, le film a été récompensé par plusieurs prix mais n’a pas été exempt des critiques des lobbys industriels qui, en réponse, ont diffusé un court-métrage intitulé Truthland, les « nouvelles du réel Gasland ».

Qui dit quoi dans la controverse sur le gaz de schiste ?

« Le gaz naturel est bon marché, abondant et américain. Le coût d’un plein de gaz naturel est un tiers moins cher que le plein d’essence traditionnelle et, peut-être avant tout, nous avons assez de gaz naturel aux USA pour répondre à nos besoins énergétiques pour les cent prochaines années4 ». John B. Larson, représentant républicain au Congrès, 2011
« En l’état actuel, je suis pour l’interdiction claire et nette de l’exploitation des gaz et huiles de schiste. Les enjeux écologiques et de santé publique sont trop grands ». François Hollande, 12 mai 2012

Cadrage économique. Les compagnies industrielles en Amérique du Nord vantent l’essor économique engendré par la « révolution » des gaz et pétrole de schiste, ses bénéfices pour l’économie et la compétitivité des Etats-Unis et du Canada et le potentiel de création d’emplois grâce à l’exploitation d’une énergie devenue aujourd’hui bon marché qui réduirait la facture énergétique des importations. Plusieurs pays en Europe et en Asie se sont lancés vers ce que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qualifie déjà de « succès américain » dans son dernier rapport sur les « Perspectives énergétiques mondiales 2013 ». Toutefois, l’ampleur de ce succès est également controversée et certains experts soupçonnent les compagnies pétrolières de surestimer délibérément l’étendue des réserves de gaz de schiste et leur rendement réel5.

Cadrage géopolitique et sécuritaire. Le lobby pétrolier et certains gouvernements présentent la révolution du gaz de schiste comme une opportunité pour devenir indépendant en matière d’énergie face aux exportateurs de pétrole, comme la Russie ou les pays soupçonnés de financer des groupes terroristes, en exploitant les réserves nationales. Dans un contexte de demande énergétique croissante et de raréfaction des ressources fossiles, l’avènement d’une « ère du gaz et pétrole de schiste » pourrait jouer un rôle déterminant sur l’échiquier des grandes puissances mondiales – en 2012, l’AIE annonçait que les Etats-Unis raviraient à l’Arabie Saoudite la place de premier producteur mondial de pétrole en 20176. Certains pays, comme la Chine, le Royaume-Uni et la Pologne, ont déjà lancé des programmes d’exploration, alors que d’autres gouvernements comme la France et la Bulgarie maintiennent, jusqu’à aujourd’hui, un moratoire contre l’exploitation du gaz de schiste sur leur territoire.

Ces deux premières approches de la question du gaz de schiste sont principalement reprises dans les discours des industriels et du lobby gazier et pétrolier pour justifier leurs projets d’extraction de l’hydrocarbure. Les suivantes mettent l’accent sur les impacts de l’exploitation du gaz de schiste sur l’environnement et la santé et sont soutenus par les organisations environnementales et groupes anti-gaz de schiste. Leur cause a trouvé un écho médiatique auprès de célébrités comme Yoko Ono et Sean Lennon, à l’origine de la campagne  Artists against fracking  dans l’Etat de New-York.

Cadrage environnemental. Les activistes qui militent contre le gaz de schiste s’opposent à son exploitation par un discours qui remet en question la pratique et les impacts de la fracturation hydraulique en tant que menace locale pour l’environnement. Ils dénoncent les énormes quantités d’eau nécessaires à la fracturation – de l’ordre de 10 000 à 20 000 m3, c’est-à-dire 1 à 2% du volume d’eau utilisé pour celle des puits conventionnels7 – et le traitement de ce fluide après son utilisation, de même que le manque de régulation qui entoure la composition des détergents qui le constituent – dans certains cas encore gardée secrète. Ils rapportent également de nombreux cas de pollution et de contamination des sols et de l’eau dus à des fuites de gaz et de fluides de fracturation, dont certains phénomènes insolites comme l’embrasement de l’eau des robinets dans les résidences à proximité des zones d’extraction.
La controverse rejoint également la question plus globale du changement climatique, les partisans du gaz de schiste soulignant le volume moindre d’émissions de gaz à effet de serre produit par le gaz naturel – par rapport aux autres combustibles fossiles – et le rôle de « combustible pont » que le gaz naturel pourrait occuper. Les opposants dénoncent, quant à eux, la ruée vers le gaz de schiste comme un prétexte pour retarder une transition énergétique rapide vers les énergies renouvelables.
La communauté scientifique reste divisée sur cette question aux enjeux et intérêts conflictuels. Alors que l’université de Cornell aux Etats-Unis est au cœur du développement du procédé de fracturation hydraulique, plusieurs de ses chercheurs font également partie des premiers « lanceurs d’alerte » sur les impacts environnementaux de cette pratique – grâce aux travaux, par exemple, d’Anthony Ingraffea sur le bilan carbone du gaz de schiste8, eux-mêmes sujet à controverses9. Face à un développement rapide de l’exploitation du gaz de schiste, les articles scientifiques sur les coûts environnementaux de cette extraction peinent à émerger dans les revues scientifiques spécialisées10. Une étude du Resources for the Future (RFF) intitulée « Des sentiers vers le dialogue. Ce que les experts disent des risques environnementaux du développement du gaz de schiste », publiée en 2013, démontrent que les inquiétudes des experts ne reflètent pas nécessairement les préoccupations qui alimentent le débat public11. Les chercheurs sont principalement concernés par les impacts environnementaux de la fracturation hydraulique à la surface, par exemple de la construction et du développement des infrastructures nécessaires à l’exploitation, du stockage et traitement des déchets ou encore des fuites et émissions de méthane.

Cadrage sanitaire. L’impact de la fracturation hydraulique sur la santé est étroitement lié au framing environnemental. Repris par les activistes, il renvoie aux conséquences de la contamination des sols et de l’eau sur la santé des communautés locales. Certains opposants aux gaz de schiste dénoncent également la présence de perturbateurs endocriniens et composants cancérigènes dans le fluide de fracturation.

Cadrage paysagé. Finalement, certains groupes ajoutent à leurs revendications les dégâts causés par l’exploitation du gaz de schiste sur les paysages alors « transformés en zones industrielles polluées », la perte de valeur immobilière des résidences installées aux alentours des zones exploitées ou les bruits causés par le forage de puits. Certains soulignent les risques de tremblements de terre associés à cette pratique et étayés par plusieurs études scientifiques12.

Une controverse comme les autres ?

Une analyse de cette controverse sur Internet, au moyen de méthodes numériques, révèle une utilisation ciblée par les différents acteurs des termes fracturation hydraulique – en anglais hydraulic fracturation – et fracking13. La fracturation hydraulique, définie en termes plus techniques et économiques, est principalement utilisée par les compagnies gazières et pétrolières, la communauté scientifique et les agences gouvernementales, alors que la notion de fracking renvoie plutôt aux impacts destructeurs de cette pratique. Elle contient une connotation émotive, plus souvent relayée par les médias, grand défenseur du principe de balance des opinions, et les activistes anti-gaz de schiste.
Ce bref plongeon au cœur de ce débat révèle aux yeux du lecteur toute l’étendue de l’entrelacement entre science et société. Cette controverse qui à première vue relève d’une question technoscientifique, la pratique de la fracturation hydraulique, et mobilise aujourd’hui des acteurs d’horizons scientifiques, économiques et sociaux très divers. Ces derniers maintiennent des arguments qui renvoient à des manières différentes, parfois conflictuelles, de cadrer la pratique de la fracturation hydraulique. Si les acteurs font toujours référence « aux faits », leurs positions sont dans certains cas déjà marquées politiquement et idéologiquement par leurs intérêts particuliers et se nourrissent de plusieurs autres controverses, comme celle sur le changement climatique anthropique ou la transition énergétique.
La controverse sur le gaz de schiste soulève également la question des barrières de communication entre le milieu scientifique et le public et des stratégies utilisées par certains acteurs économiques pour manipuler les  facts  à leur avantage, mais également du rôle des médias, partisans du principe de représentation équilibrée des opinions, dans le débat public. Ces inquiétudes ont été maintes fois exposées, par exemple, sur la question du changement climatique14.
Finalement, elle met la lumière sur la disparité croissante entre débat scientifique et débat public et le risque d’autonomisation de la controverse dans l’espace public, c’est-à-dire, une évolution indésirable vers « une situation de contestation qui se maintient ou se développe ‘indépendamment’ des avancées scientifiques touchant à la connaissance du risque collectif potentiel expertisé »15.

Kari De Pryck est doctorante au CERI, sa thèse porte sur Le GIEC face aux controverses climatiques (direction Bruno Latour et François Gemenne)

1. 1 Refrains de The Fracking Song (My Water’s On Fire Tonight) sortie en 2011 par Explainer Music, LLC.
2. Trevor Pinch, « Scientific Controversies » for International Encyclopedia of Social and Behavioral Sciences
3. Voir par exemple les articles de l’Huffingtonpost, Le Monde ou Le Figaro.
4. Page personnelle de John B. Larson, « Larson Calls His NAT GAS Act Solution to Rising Gas Prices ». 2011 http://larson.house.gov/index.php/news/press-release-archive/2011-press-releases/1260–larson-calls-his-nat-gas-act-solution-to-rising-gas-prices-
5. Nafeez Mosaddeq Ahmed, « Gaz de schiste, la grande escroquerie », Le Monde Diplomatique, mars 2013 et Coleman, J. L. et al, « Assessment of Undiscovered Oil and Gas Resources of the Devonian Marcellus Shale of the Appalachian Basin Province », 2011. US Geological Survey Fact Sheet 2011–3092 (2011).
6. Voir le rapport « Perspectives énergétiques mondiales 2012 » de l’AIE.
7. Robert W. Howarth, Anthony Ingraffea et Terry Engelder, « Natural gas: Should fracking stop? », Nature 477, 271–275 (15 septembre 2011)
8. Robert W. Howarth, Renee Santoro, Anthony Ingraffea, « Methane and the greenhouse-gas footprint of natural gas from shale formations », Climatic Change, June 2011, Volume 106, Issue 4, pp 679-690.
9. Lawrence M. Cathles III, Larry Brown, Milton Taam, Andrew Hunter, « A commentary on “The greenhouse-gas footprint of natural gas in shale formations” by R.W. Howarth, R. Santoro, and Anthony Ingraffea », Climatic Change, July 2012, Volume 113, Issue 2, pp 525-535.
10. Robert W. Howarth, Renee Santoro, Anthony Ingraffea, ibid.
11. Alan Krupnick, Hal Gordon, and Sheila Olmstead, « Pathways to Dialogue. What the Experts Say about the Envrionmental Risks of Shale Gas Development », Resources for Future, février 2013
12. Voir par exemple Nicholas J. van der Elst, Heather M. Savage, Katie M. Keranen, and Geoffrey A. Abers, « Enhanced Remote Earthquake Triggering at Fluid-Injection Sites in the Midwestern United States », Science, 12 juin 2013: 164-167.
13. Voir http://www.whatthefrack.eu/14. Voir par exemple les travaux de James Hoggan, « Climate Cover-Up: The Crusade to Deny Global Warming » et Naomi Oreskes et Erik M. M. Conway sur les marchants de doute.
15. Ignace Adant, Olivier Godard et Thierry Hommel, « Expertise scientifique et gestion de la contestabilité sociale       English

4. Les outils d’influence énergétique appliqués au gaz de schiste aux Etats-Unis
Auteur(s) : François Damerval

Ces dernières années, l’industrie américaine a développé un argumentaire et un vocabulaire destinés aux députés européens pour défendre les gaz de schiste et le nucléaire et influencé les futures législations européennes1

Cette tactique stylistique, concrétisée depuis quatre ans et demi dans un lobbying très actif auprès du Parlement européen, se manifeste par l’utilisation de noms d’influence, tels que « énergie décarbonnée » pour donner au nucléaire une image d’énergie de l’avenir susceptible de transformer demain ses déchets en matière réutilisable ; le charbon n’est plus sale mais du « charbon propre » ; les agrocarburants deviennent des « biocarburants », nom plus valorisant et vendeur.

Dans son ouvrage,  La Fabrique du mensonge2, Stéphane Foucart décrit les techniques d’influence utilisées par des industriels. Il y affirme  que  « l’instrumentalisation de la science est la forme la plus subtile de propagande ». En novembre dernier, à Varsovie, lors de la conférence des Nations-Unies sur le changement climatique, les questions énergétiques ont pris le dessus sur les questions climatiques. Il est vrai qu’organiser le sommet mondial du charbon propre en même temps que la conférence onusienne montre la volonté du pays hôte de brouiller, voire torpiller, les négociations, comme il l’avait déjà fait deux ans plus tôt en tant que Président du Conseil de l’Union européenne.

Face au changement climatique et aux défis énergétiques, les intérêts des différents Etats sont difficilement compatibles, de même qu’entre les producteurs pétroliers, gaziers, charbonniers ou d’uranium et les consommateurs : ceux qui voient un avantage dans le changement climatique (libération d’espace, accès à de nouvelles routes à de nouveaux espaces touristiques…) et ceux qui sont directement et violemment confrontés à ses conséquences. Depuis le choc pétrolier de 1973, les intérêts et stratégies géopolitiques sont devenus prédominants dans l’accès aux énergies disponibles et la prise en compte du changement climatique a donné une plus grande réalité et intensité à ces enjeux. Outre les oppositions entre émission de gaz à effet de serre au jour le jour et émission historique (cumul dans le temps), les Etats utilisent la diplomatie environnementale pour accroître des avantages concurrentiels sur leurs adversaires et les chiffres des émissions par énergie deviennent des enjeux majeurs.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir le Canada se mobiliser sur les sables bitumineux extraits de son sous-sol et pour l’émission desquels l’UE souhaite mettre un coefficient multiplicateur. De leur côté, les Etats-Unis utilisent l’essor du gaz de schiste comme outil de diplomatie internationale, alors que sur l’ensemble de son territoire la situation est contrastée, voire totalement opposée entre certains Etats comme la Pennsylvanie et l’Etat de New-York.

L’un a banni complètement l’extraction (New York) ; la Pennsylvanie, le Dakota du Nord (plus fort taux de chômage des USA) et le Texas exploitent les gaz de schistes ; certains Etats n’ont pas de gaz de schiste et peuvent être ou ne pas être concernés par un système de management en eau inter-Etat ; les droits miniers ne sont pas identiques dans tous les Etats et la question de propriété, chère aux Américains, est constitutionnellement garantie. Et cela est cumulatif avec les règles de qualité de l’air, d’occupation des sols, les risques de proximité et les problématiques liées au sous sol (contaminations…). Si de nombreuses zones sont faiblement peuplées avec des terres appartenant à un seul propriétaire, la question est simple. En revanche, s’il y a un découpage en plusieurs parcelles, le fait de forer transversalement pose des problèmes de propriété. Ainsi, le Colorado qui a une législation hybride soulève de nombreuses questions.

A Ithaca, l’université de Cornell, qui compte quarante et un lauréats du prix Nobel, s’est spécialisée dans les sciences, les technologies, l’ingénierie et l’agriculture. Le professeur Anthony R. Ingraffea3, physicien, spécialiste de la mécanique des structures y enseigne. Cette ville et ses comtés ont été ces derniers mois des zones d’affrontements sévères sur les conséquences environnementales de la fracturation hydraulique.

Suite à des événements climatiques majeurs (notamment Sandy en 2012), de nombreuses contaminations dans l’environnement sont révélées. En dehors de ces cas d’événements climatiques, les relevés des études4 faites au Colorado montrent plus de trois cent cinquante cas de contamination des eaux souterraines résultant de plus de deux mille déversements de pétrole et de gaz au cours des cinq dernières années. En juin, l’université Duke a publié une étude5 reliant la fragmentation à des niveaux élevés de méthane, d’éthane et de propane dans les eaux souterraines. En octobre 2013, la revue Environmental Science and Technology publie des chiffres de concentration de radium dans des eaux usées deux cents fois au-dessus de la norme6. Ces informations devraient d’autant plus inquiéter quand on sait que l’eau de Pennsylvanie approvisionne la capitale Washington DC.

Au-delà de la question de la composition de l’eau après la fracturation, c’est celle de son stockage qui pose problème. L’entreposage de millions de litres entraîne des modifications des sols causant glissements de terrain et tremblements de terre. Là où on se focalisait sur la période de fragmentation, il faudrait aussi se pencher sur l’état des terres et des sous-sols après intervention.

En décembre 2012, une autre étude7 a montré la présence de cinquante substances chimiques dans l’air, dont quarante-quatre ont des effets nocifs sur la santé. En janvier 2013, la National Oceanic and Atmospheric Administration a identifié les émissions provenant des champs de pétrole et de gaz dans le Colorado, comme une source importante de polluants qui contribuent à produire de l’ozone, qui est un gaz toxique pour l’homme8.

L’impact de la présence de produits Cancérogènes, Mutagènes et toxiques pour la Reproduction (CMR) ne pourra être constaté que dans de nombreuses années et sera sans doute soumis à contestation. En revanche, l’impact sur les travailleurs devrait se manifester rapidement même s’il s’agit d’une population jeune n’étant plus dans une période de croissance.

Sur le plan économique, les chiffres avancés sont aussi soumis à incertitude. En effet, l’industrie annonce quarante-huit mille emplois créés alors que le centre de recherche de Keystone n’en recense que cinq mille sept cent. Chesapeake Energy, grand producteur de gaz et de pétrole situé à Oklahoma city, se trouve dans une situation financière compliquée. Il doit étaler les paiements pour les droits des propriétaires des terrains situés en Virginie de l’ouest, droits dus aux atteintes à l’environnement et aux conflits sur les compensations entre propriétaires et foreurs. De même la valeur des terrains varie en fonction de la période de forage avec un effondrement en post forage.

L’exploitation des gaz de schiste est de facto interdite dans quatre pays de l’Union européenne : en France et en Bulgarie, c’est la fracturation hydraulique qui est interdite ; en Allemagne (accord de gouvernement CDU SPD) et aux Pays-Bas, c’est un moratoire sur la technique de fracturation qui l’empêche. Dans l’Union européenne, cette exploitation est soumise au respect des réglementations en cours sur l’air, l’eau, les émissions et les risques entre autres. Le but d’une future législation, en cours d’élaboration, sera de s’exonérer d’une partie de ces règles. En décembre 2013, malgré l’avis du Parlement européen, le trilogue sur la directive des études d’impact a décidé, en regard des fortes pressions polonaises et britanniques, d’exclure les exploitations de gaz de schiste de cette réglementation.

Pour changer cette législation et trouver une majorité, les messages et études utilisés seront essentiels. Aujourd’hui, nombre de législations sont soumises à l’intense activité des lobbys, faite pour influencer les parlementaires et arriver à contourner les règles de droit commun. Mais ces influences peuvent également s’exercer sur les traités de libre échange (EU/Canada et USA) qui pourraient détricoter les législations existantes : les pressions pour la création de tribunaux arbitraux qu’une entreprise pourra saisir contre une législation en sont un bon exemple.

François Damerval est assistant parlementaire européen

1. 1Voir http://www.rue89.com/2013/11/03/voyage-coeur-lobbies-gaz-schiste-nucleaire-247165
2. Stéphane Foucart, La fabrique du mensonge. Comment les industriels manipulent la science et nous mettent en danger, Denoël, 2013, 304p
3. Dernier ouvrage Fracture mechanics of concrete, Springer, 2013
4. http://www.denverpost.com/environment/ci_22154751/drilling-spills-reaching-colorado-groundwater-state- mulls-test#ixzz2EihHU2fg
5. http://www.ernstversusencana.ca/new-duke-university-study-increased-stray-gas-abundance-in-a-subset-of-drinking-water-wells-near-marcellus-shale-gas-extraction)
6. http://www.businessweek.com/news/2013-10-02/radiation-in-pennsylvania-creek-seen-as-legacy-of- fracking-waste
7. http://www.nature.com/news/methane-leaks-erode-green-credentials-of-natural-gas-1.12123
8. http://www.epa.gov/airtrends/2011/report/fullreport.pdf         English

5. Transition énergétique ou hydrocarbures de schiste ?
Auteur(s) : Maxime Combes

Le débat sur les hydrocarbures de schiste esquive le plus souvent les enjeux que constituent les défis climatiques. Comme si l’exploration de nouveaux hydrocarbures allait de soi et comme si la lutte contre les dérèglements climatiques ne devaient pas influencer les choix d’investissement privés dans les énergies fossiles. Pourtant, la prise en compte des exigences climatiques devrait inciter gouvernements et législateurs à instaurer un moratoire général sur toute nouvelle exploration d’énergie fossile, à faciliter le basculement des investissements privés vers les politiques de sobriété et d’efficacité énergétique, et à instituer des mécanismes permettant d’amortir la bulle carbone qui s’est progressivement constituée dans le secteur financier.

Dans son rapport annuel World Energy Outlook 2012, l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) préconise de laisser dans le sol plus des deux tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles. Pour l’AIE « notre consommation, d’ici à 2050, ne devra pas représenter plus d’un tiers des réserves prouvées de combustibles fossiles » afin de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement global maximal d’ici la fin du siècle. Un objectif fixé par la communauté internationale, validé par les Etats aussi bien lors des conférences climat de l’ONU de Copenhague et des suivantes, que lors des G8, G20, assemblées générales de l’ONU ou Conseils européens.

C’est en prenant à la lettre cet objectif que le Potsdam Institute for Climate Impact Research avait calcul1 la quantité maximum de carbone que l’humanité pouvait émettre sur la période 2000-2050 pour avoir quatre chances sur cinq de ne pas dépasser la barre fatidique. Sur cette période, le budget carbone de l’humanité est de 886 gigatonnes de dioxyde de carbone (Gt CO2). En 2011, nous en avions déjà émis un tiers, ce qui ramène ce budget à 565 Gt CO2 pour la période 2012-2050. Or, la combustion de toutes les réserves prouvées de pétrole, charbon et gaz de la planète engendrerait 2 795 gigatonnes de CO2, soit 5 fois plus.

Dit autrement, selon ces données, 80 % des réserves d’énergies fossiles actuelles ne doivent pas être extraites et consommées si l’on veut respecter les objectifs de stabilisation du climat fixés par la communauté internationale. Soit la majorité des réserves conjointes de pétrole, de gaz et de charbon. Bien entendu, les résultats peuvent être discutés et précisés. Mais les ordres de grandeur et le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) ont confirmé qu’il fallait laisser une proportion importante de réserves actuelles d’énergies fossiles dans le sol.

Au regard des enjeux climatiques, l’humanité ferait donc face à un trop-plein d’énergies fossiles d’ici 2050 et non à une pénurie comme le laisse entendre, trop souvent, le débat public. A moins d’être climato-sceptique il y a donc aujourd’hui trop de pétrole, de gaz et de charbon sous nos pieds. Pour être tout à fait exact, l’AIE suspend cette conclusion à la possibilité « d’un déploiement à grande échelle de la technologie de captage et de stockage du carbone (CSC) ». A ce jour, ces techniques sont non maîtrisées, peu fiables, délaissées par le secteur industriel et incapables de s’occuper de l’essentiel des émissions de CO2 liées aux transports, au bâti et aux petites unités de production industrielle. En ce sens, il est donc raisonnable de les écarter.

Pourtant les entreprises extractrices de pétrole, de gaz et de charbon poursuivent une recherche très active de nouveaux champs, gisements et filons. Des records d’investissements sont franchis chaque année. Selon une récente étude de l’IFP Energies Nouvelles2, les investissements d’exploration-production de pétrole et de gaz vont dépasser les 750 milliards de dollars (550 milliards d’euros) en 2014, en croissance de 8 % par rapport à l’année précédente, principalement en Amérique du Nord et Asie-Pacifique, contre à peine 220 milliards de dollars dans les énergies renouvelables en 2012. Ces mêmes investissements ne dépassaient pas les 250 milliards de dollars en 2004. Sur les 104 000 nouveaux puits forés en 2013, 58 % l’auront été en Amérique du Nord, principalement dans l’exploitation des hydrocarbures de schiste.

Cette logique exploratrice et extractive n’est pas sans lien avec le monde de la finance. Les valorisations boursières des multinationales de l’énergie et les notations qui leur sont délivrées par les agences sont pour partie fonction des réserves prouvées qu’elles peuvent annoncer en fin d’exercice. Pour maintenir leur situation boursière, les multinationales n’ont d’autres choix que d’explorer et forer. L’ensemble des réserves actuelles de pétrole, gaz et charbon est valorisé aux environs de 4 600 milliards de dollars sur les principales places boursières de la planète, faisant des entreprises de l’énergie les poids lourds des indices boursiers. La part des énergies fossiles tend même à se renforcer, notamment sur les marchés financiers de Londres (pétrole) et de New York (charbon) selon Carbon Tracker3 au point d’évoquer une véritable « bulle carbone ». qui ne tiendrait pas compte de l’objectif climatique maximal fixé par la communauté internationale.

Un groupe de soixante-dix investisseurs mondiaux, représentant un capital de financement de l’ordre de 3000 milliards de dollars, a ainsi interpellé4 quarante-cinq des plus importantes entreprises productrices de pétrole, de gaz, de charbon et d’électricité sur leur exposition à ce risque « climatique ». La directrice générale d’un fonds de pension des fonctionnaires californiens a affirmé que son entreprise avait besoin d’une « stratégie robuste à long terme qui reflète la réalité à laquelle nous faisons face » et qu’il n’était pas « possible d’investir dans une catastrophe climatique ». Une démarche encouragée par Carbon Tracker, qui considère qu’« il faudrait que les régulateurs imposent une évaluation du business model des entreprises extractives en fonction du volume de carbone maximum que nous devons émettre pour ne pas dépasser les deux degrés ». Ce n’est pas encore le cas. Le ratio énergies fossiles / énergies renouvelables des indices boursiers est généralement de 1 à 255. Pour chaque dollar investi dans les énergies renouvelables sur les marchés action, il y en a quatre dans les énergies fossiles : ainsi, les investisseurs institutionnels (assureurs, banques, fonds d’investissement etc.) orientent l’épargne vers le secteur des énergies fossiles, non vers le secteur des énergies renouvelables.

Sans nouvelles régulations contraignantes, la stabilité à court terme de la valorisation boursière et de la rentabilité financière des entreprises pétrolières, gazières et charbonnières suppose qu’elles poursuivent sans limite de nouvelles explorations et de nouveaux forages – ou qu’elles encouragent celles des entreprises juniors – sans tenir compte des exigences climatiques. A cette pratique, correspond une bulle « carbone » globale, pouvant se transformer en bulle financière. Ces entreprises constituent donc un secteur structurellement climato-sceptique, dont les incitations boursières, économiques et financières vont à l’encontre des exigences fixées par la communauté internationale. En ce sens, la recherche et l’extraction de ressources énergétiques fossiles peuvent-elles être laissées à la seule appréciation du secteur privé alors que de leurs décisions dépend la possibilité d’assurer une certaine stabilité climatique, bien commun de l’humanité ?

En poursuivant ce raisonnement, il n’y aurait donc aucune raison de continuer les explorations et forages pour extraire du pétrole, du gaz ou du charbon toujours plus loin, toujours plus profond. Extrêmement coûteuses et dangereuses, les explorations d’hydrocarbures non conventionnels, comme les gaz et pétrole de schiste, semblent bien incompatibles avec les objectifs climatiques. D’ailleurs, le secteur industriel favorable à l’exploitation de ces énergies fossiles ne s’aventure guère sur ce terrain. Par exemple, le Groupement des entreprises parapétrolières et paragazières et des professionnels du pétrole et du gaz (GEP-AFTP) a identifié6 quatre types de « risques » liés à ces extractions: la pollution des sous-sols, l’approvisionnement en eau, la composition des fluides de fracturation et les impacts sociétaux. Les défis climatiques n’y figurent pas. Pas plus qu’ils ne figurent dans le débat public français qui se limite bien souvent aux effets, aujourd’hui bien documentés, de la fracturation hydraulique.

Sur la base de la réflexion présentée ci-dessus, mêler les débats « faut-il extraire les pétroles et gaz de schiste » et « que faire pour stopper le réchauffement climatique » revient à clore définitivement le premier. « Oui mais le gaz est moins émetteur de gaz à effets de serre que le charbon », est-il parfois répondu pour réhabiliter l’exploitation des gaz de schiste. En plus de ne pas réhabiliter le pétrole de schiste – ce qui devrait donc disqualifier définitivement toute une série de projets – cet argument comporte trois erreurs manifestes : il confond l’absolu et le relatif, car c’est la majorité des réserves conjointes de pétrole, de gaz et de charbon qui doivent être laissées dans le sol, qu’importe leur substitution relative au sein du budget carbone qui est alloué d’ici 2050 ; il préconise des investissements financièrement non robustes au regard des engagements climatiques ; enfin, il ne tient pas compte des études scientifiques7 qui raisonnent à partir du cycle complet du gaz de schiste et démontrent qu’il émet plus de gaz à effets de serre que le charbon.

Lors de la dernière conférence environnementale, François Hollande s’est engagé à réduire de 30 % la consommation d’énergies fossiles du pays d’ici 2030. « La transition énergétique, ce n’est pas d’aller chercher de nouveaux hydrocarbures » a-t-il été dit par plusieurs ministres, publiquement ou en off. Au regard des exigences climatiques, une telle phrase fait mouche. Simple, concise et fondée. Et partagée si l’on en croit un sondage8selon lequel moins d’un Français sur trois (30 %) et moins d’un dirigeant d’entreprise sur quatre (23 %) jugent l’exploitation du gaz de schiste « compatible » avec la transition énergétique. En effet, à quoi bon explorer de nouveaux gisements s’il faut laisser 80 % de ces nouvelles ressources dans le sol d’ici 2050 ? Mieux vaudrait allouer ces ressources financières, techniques et humaines dans des politiques de sobriété et d’efficacité énergétique qui font défaut.9

Laisser pétrole, gaz et charbon dans le sol : une idée à creuser

De quoi donner une feuille de route au gouvernement dans l’optique de la conférence de l’ONU sur le climat que la France a décidé d’accueillir en 2015. A défaut d’un miracle techno-scientifique ou industriel qui puisse résoudre les défis énergétiques de manière soutenable sur le plan écologique, juste socialement, égalitaire entre les populations de la planète et durable dans le temps, la prise en charge des défis climatiques semble passer par un moratoire international sur toute nouvelle recherche d’énergies fossiles, à commencer par les hydrocarbures non conventionnels comme les gaz et pétrole de schiste. Un tel moratoire pourrait même apparaître comme une condition sine qua non à toute possibilité de transition énergétique qui soit à la hauteur des défis climatiques, si l’on en croit le dernier rapport du GIEC. Enfin, il serait l’occasion de ralentir considérablement les extractions actuelles, de faire basculer d’importants moyens financiers et humains sur des politiques de sobriété et d’efficacité énergétiques, et sur le développement des énergies renouvelables, dans l’optique d’une transformation profonde des modèles de consommation et de production.

Maxime Combes est économiste, membre d’Attac France et de l’Association internationale de techniciens, experts et chercheurs (Aitec), engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org) et Co-auteur de La nature n’a pas de prix, les méprises de l’économie verte. Attac France, 2012, Editions Les Liens qui Libèrent.

1. http://www.nature.com/nature/journal/v458/n7242/full/nature08017.html2. http://www.ifpenergiesnouvelles.fr/content/download/73836/1553159/file/IFPEN%20-%20Les%20investissements%20en%20exploration-production%20et%20raffinage%20en%202013.pdf
3. http://www.carbontracker.org/
4. https://www.ceres.org/files/car-mats/car-release/carbon-asset-risk-initiative-investor-signatories-as-of-october-2013/at_download/file5. 0,5 % de la valorisation du CAC40 s’appuie sur les énergies renouvelables, contre 12 % sur les énergies fossiles.
6. http://www.usinenouvelle.com/article/les-petroliers-affirment-maitriser-le-risque-sur-les-gaz-de-schiste.N187052?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed:+a-la-une+(Usine+nouvelle+-+A+la+une)#xtor=RSS-215
7. Voir http://www.eeb.cornell.edu/howarth/web/Marcellus.html et www.naeshalegas.com/pdf/18Petron.pdf? par exemple
8. http://www.harrisinteractive.fr/news/2013/13062013.asp
9. http://www.france.attac.org/articles/la-transition-energetique-dans-une-perspective-altermondialiste
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