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Le 1er décembre 2017 – L’Assemblée nationale vient d’adopter en nouvelle lecture le projet de loi Hulot visant à « mettre fin à l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures ». Depuis plusieurs mois, des ONG et collectifs citoyens ont souligné le caractère approprié et ambitieux des objectifs de ce projet de loi, mais aussi ses failles ne permettant pas de les atteindre. Malheureusement les opportunités de renforcer le texte ont toutes été manquées. En première lecture, de trop nombreuses exemptions avaient été introduites par le gouvernement, et elles ont été confirmées aujourd’hui : possibilité d’octroyer des concessions dépassant la date de 2040 sur critères purement économiques, absence d’interdiction des gaz de couche, qui sont pourtant des hydrocarbures non conventionnels, et dérogation pour Lacq malgré le scandale sanitaire.

Une loi de vidée de son sens
Vidée de son sens par le Sénat, la loi Hulot sur les hydrocarbures revenait en discussion en séance plénière de l’Assemblée nationale ce vendredi 1er décembre. Alors qu’ils avaient une nouvelle occasion de renforcer le texte, le gouvernement et la majorité se sont contentés, le plus souvent, de revenir au texte voté en première lecture, faiblesses et exemptions comprises.

Pour Isabelle Levy, du collectif du Pays Fertois “Non au pétrole de schiste” (77) : “Il a été beaucoup question d’équilibre tout au long de cette nouvelle lecture. Et pourtant le déséquilibre est clairement en faveur des droits acquis des industriels, présentés abusivement comme non négociables, alors que l’urgence climatique et sanitaire, qui nécessite pourtant des mesures bien plus courageuses et visionnaires, semble pouvoir, elle, être négociée !
Les contradictions du gouvernement entérinée par les députés
Le débat de ce matin a néanmoins permis de mettre en lumière les contradictions qui viennent mettre à mal la communication du gouvernement sur le caractère “exemplaire” et “historique” de cette loi sur les hydrocarbures. Ainsi, Nicolas Hulot a bien dû reconnaître que la date de 2040 n’était pas “une cloison étanche”, alors que cette date était pourtant érigée comme une limite infranchissable pour la fin de toute exploration et exploitation lors de la présentation du projet de loi.

Par ailleurs, le ministre a reconnu que le gouvernement n’a jamais souhaité interdire l’exploration et l’exploitation de l’ensemble des hydrocarbures non conventionnels comme il l’a pourtant revendiqué à plusieurs reprises. En effet, selon la définition des techniques non conventionnelles interdites par l’article 3, l’exploration et l’exploitation des gaz de couche restent autorisées, alors que l’ensemble de la communauté scientifique reconnaît leur caractère “non conventionnel”. La définition présente désormais dans l’article 3 de la loi Hulot se contente donc en réalité d’interdire la fracturation hydraulique… en en proposant enfin une définition.

Pour Juliette Renaud, des Amis de la Terre France : “Nous avons multiplié les interpellations à ce sujet (1), et depuis plus d’un mois le gouvernement se cache derrière des arguments techniques, alors qu’il s’agissait bien d’un choix politique : celui de céder aux pressions de la Française de l’Energie, qui détient des permis d’exploration de gaz de couche en Lorraine, de peur d’avoir à lui payer des compensations financières. Mais que sont ces éventuelles compensations au regard des impacts irréversibles de ces forages (2) ? Le gouvernement aurait-il ainsi protégé les industriels si la mobilisation avait été aussi forte en Lorraine qu’en Ardèche en 2011 au moment de la bataille des gaz de schiste ?

Les Lorrains valent-ils moins de les Ardéchois?
C’est à se demander si les Lorrains valent moins que les Ardéchois ou, pour le dire autrement, si la protection de la santé et de l’environnement est fonction de la capacité de mobilisation des populations locales. Une question également valable pour le bassin de Lacq qui avait été exempté de l’interdiction d’exploitation par le gouvernement lors de la première lecture. Des études, longtemps gardées secrètes ainsi que des articles de presse attestent désormais de la gravité du scandale sanitaire en cours, sur place.

Selon Maxime Combes, d’ATTAC France : “Nicolas Hulot a refusé de remettre en cause l’exemption accordée à Lacq au motif qu’il ne disposerait pas de “faits scientifiquement établis” : mourir plus jeune et vivre en plus mauvaise santé que la moyenne des Français sont pourtant des faits incontestables ! La présence de rejets dangereux pour la santé à proximité des sites industriels, établie et connue de tous, constitue un faisceau d’éléments sérieux suffisants qui devrait conduire le gouvernement à mettre en œuvre urgemment un processus de reconversion industrielle sur le territoire concerné plutôt que prolonger les autorisations d’exploitation au-delà de 2040.

A peine 15 jours après la nouvelle alerte des 15 000 scientifiques attestant de l’urgence d’agir, nos organisations déplorent la frilosité et le manque de détermination du gouvernement et de la majorité présidentielle. Quand on écarte des amendements modestes visant à réglementer les importations d’hydrocarbures les plus polluants, comme les sables bitumineux, ou à ne plus autoriser l’État à apporter son concours direct aux activités des pétroliers à l’exportation, au motif qu’ils sont prématurés, comme l’a fait Nicolas Hulot, le slogan #MakeThePlanetGreatAgain a bien été supplanté par le #BusinessAsUsual.

A quelques jours du sommet “One Planet Summit”, le message envoyé au reste du monde est celui d’un gouvernement passé maître dans l’art du hashtag … et des promesses inabouties. Cette riche et noble ambition qui consiste à “laisser les énergies fossiles dans le sol” mérite définitivement mieux. Nous donnons rendez-vous le 12 décembre pour une grande mobilisation citoyenne, en marge du sommet organisé par Emmanuel Macron, intitulée “Pas un euro de plus pour les énergies du passé” (3).

(1) Voir notre analyse du texte adopté en première lecture et nos deux lettres ouvertes aux députés cette semaine : Communiqué du 4 octobre 2017 : http://www.amisdelaterre.org/Loi-Hulot-sous-l-impulsion-du-gouvernement-l-Assemblee-nationale-vote-une-loi.html Lettre du 28 novembre 2017 : http://www.amisdelaterre.org/Loi-Hulot-quel-sort-pour-les-gaz-de-schiste-et-de-couche.html Lettre du 30 novembre 2017 http://www.amisdelaterre.org/Gaz-de-couche-gaz-de-schiste-les-Lorrains-valent-ils-moins-que-les-Ardechois.html

(2) Les gaz de couche sont les seuls hydrocarbures non conventionnels qui font actuellement l’objet de forages exploratoires, en Lorraine. Leur extraction présente pourtant des risques tout aussi voir plus importants que celle des gaz et huiles de schiste, tant en termes de contamination des nappes phréatiques (qui sont plus proches des veines de charbon que de la roche-mère emprisonnant le gaz ou le pétrole de schiste), et de fuites de méthane (car le charbon est plus friable). Ces risques pour l’environnement ne sont pas hypothétiques. Partout où sont actuellement exploités les gaz de couche, aux États-Unis ou en Australie, des pollutions d’envergure ont été constatées, avec des conséquences graves pour les populations locales et les territoires.

 (!) MANIFESTATION Noville Suisse 9 septembre 2017                    (!) Info minute – Revue de Presse

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Article de Coralie Schaub publié dans Libération et repris avec l’aimable autorisation de son auteure

Le texte transmis à l’Assemblée nationale mercredi, qui diffère de la version précédente, ne change pas réellement la donne par rapport à la situation actuelle, s’inquiète Juliette Renaud, de l’ONG les Amis de la Terre.

Petit coup de théâtre. Le texte du projet de loi censé être destiné à «laisser les énergies fossiles dans le sous-sol» a changé. La version soumise pour avis le 23 août au Conseil national de la transition écologique (CNTE) et commentée par l’ensemble des observateurs, ONG ou médias, n’a rien à voir avec celle qui a été effectivement enregistrée à l’Assemblée nationale mercredi, le jour où Nicolas Hulot présentait le texte en Conseil des ministres. Pour Juliette Renaud, chargée de campagne sur les industries extractives aux Amis de la Terre, il s’agit là d’un quasi retour au statu quo.

Qu’est-ce qui a bougé dans la nouvelle version du texte ?

Il ne définit plus les hydrocarbures non conventionnels et n’interdit plus clairement leur exploration et leur exploitation «par quelque technique que ce soit», contrairement à ce qui figurait dans la précédente version. Donc on en reste à la loi du 13 juillet 2011, qui interdit leur exploration et exploitation par la technique de fracturation hydraulique, la seule disponible aujourd’hui. Cela veut dire que si les industriels parviennent un jour à développer une nouvelle technique, ils vont pouvoir exploiter les gaz et pétrole de schiste. La majorité des permis visant ces hydrocarbures non conventionnels n’ont pas été abrogés en 2011, la porte ne leur est donc pas totalement fermée. La seule différence par rapport à la loi de 2011, avec ce nouveau texte, est que les dispositions qui concernaient les possibilités de recherche à titre expérimental sur ces hydrocarbures non conventionnels sont abrogées.

Deuxième point : dans cette nouvelle version du texte, seule la prolongation des concessions d’exploitation d’hydrocarbures au-delà de 2040 est interdite. Toutes celles qui devaient arriver à échéance ces prochaines années, à partir de 2018, pourront donc être prolongées jusqu’en 2040. Ce qui consacre le statu quo par rapport à aujourd’hui.

Troisième chose, quid des demandes de permis de recherche en cours d’instruction ? Il en existait 132 au 31 décembre 2015. Avec ce nouveau texte, de nombreux permis, pour lesquels les industriels ont déjà obtenu des décisions judiciaires favorables, risquent en fait d’être accordés et de déboucher potentiellement sur des concessions d’exploitation.

Comment expliquez-vous ce changement de texte ?

Le gouvernement a modifié son texte en fonction de lavis du Conseil d’Etat sur le projet de loi, rendu le 1er septembre. Par exemple, au sujet des demandes de permis de recherche en attente, le Conseil d’État «incite» le gouvernement «à accélérer l’instruction de ces dossiers et, si besoin, à atténuer au cas par cas les effets de l’intervention de la loi nouvelle». Les industriels ont déposé des recours sur les permis en attente et l’État a déjà payé un million d’euros d’astreintes, il se peut que le gouvernement se soit dit qu’il allait en délivrer un certain nombre pour «apurer» la situation. En fait, ce nouveau texte est au minimum un statu quo. Je ne vois pas bien ce qu’il change par rapport à la situation actuelle, à part qu’il interdit l’octroi de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures.

Vous êtes déçue ?

En juin, quand Nicolas Hulot a annoncé qu’il présenterait ce projet de loi, nous avons bien sûr anticipé qu’il serait mis en difficulté par les lobbies. Ce texte était pour lui une sorte de test. Or l’essentiel de ce qui figurait dans la première version a été retoqué par le Conseil d’État. Mardi, quand Emmanuel Macron et Nicolas Hulot ont rencontré les ONG, le président des Amis de la Terre a demandé à ce dernier si le texte avait changé, il a répondu : «Non, juste des petits détails.» C’est faux.

Le texte tel qu’il est aujourd’hui ne menace aucun intérêt industriel, l’État reste pieds et poings liés face à ces derniers, parce que personne n’arrive à toucher au code minier, qui leur est favorable. Sur la forme, il s’agit au final d’une jolie opération de communication. Nous aimerions être reçus par le gouvernement pour avoir une explication, y compris sur le fait de ne pas avoir été consultés en amont. Et nous allons essayer d’alerter des députés. La bataille sera dure.

Oupsss Hulot loi hydrocarbures gaz de schiste

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(!) Info minute – Revue de Presse

La compagnie britannique Cuadrilla spécialisée dans l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste a confirmé le 18 août 2017 que les opérations de forage commençaient sur le site de Preston New Road à Little Plumpton près de Blackpool dans le Lancashire, Royaume-Uni. Ce site devrait accueillir bientôt les premiers drains horizontaux d’exploration de gaz de schiste au Royaume Uni. C’est dans cette même région que la fracturation hydraulique avait généré des séismes en 2011.

Un porte-parole de la compagnie a indiqué que le forage avait commencé tôt dans l’après-midi, sans donner d’heure précise. Les opérations devraient se poursuivre 24 heures sur 24 et devraient être terminées pour la fin de l’année. Les fracturations devraient être conduites en début d’année prochaine.
Ce même porte-parole a indiqué que le puits témoin serait foré verticalement jusqu’à environ 3 500 mètres de profondeur. À partir d’analyses d’échantillons prélevés dans les couches de pélite (schistes) Cuadrilla décidera du niveau de percement de deux drains horizontaux entre -2 000 et  -3 500 mètres.

Une voisine du site a indiqué dans l’après-midi qu’elle pouvait entendre le forage  de chez elle: «c’était comme un ascenseur allant et venant sans discontinuité» a t-elle déclaré. Un militant mobilisé contre les activités de Cuadrilla a qualifié la nouvelle «de triste jour pour le Lancashire et la démocratie».

Malgré une procédure d’appel, le forage a commencé

Les autorités du comté de Lancashire avaient dans un premier temps refusé les autorisations mais cette décision avait été dépassée après une enquête publique initiée par le représentant des communautés locales, Sajid Javid. Cette décision fait l’objet d’un recours devant la Cour d’appel qui fera l’objet d’une audience … à la fin de ce mois.
Un porte-parole des opposants locaux déclare de son côté : «Le groupe de Preston New Road est amèrement déçu que Cuadrilla ait commencé son forage malgré la procédure d’appel. Il apparait que la compagnie a un profond mépris pour la communauté locale, malgré le fait qu’elle ait, en de multiples occasions, déclaré vouloir être un bon voisin. A partir du début du forage les locaux vont subir les nuisances des opérations 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Puisque la foreuse a été acheminée la nuit dernière et est cours de montage, Cuadrilla n’a déjà pas respecté le cahier des charges initial, ce qui n’augure rien de bon à l’avenir. »

Forons sans trembler, la terre tremblera toute seule

Rappelons que c’est précisément dans cette région de Blackpool alors que le même opérateur effectuait des opérations de fracturation hydraulique en 2011 que la terre avait tremblé. Après l’interruption des opérations, les géologues avaient estimé que c’était l’injection d’eau sous pression dans la roche après le forage qui était en cause. Ce fluide aurait en quelque sorte lubrifié une faille existante, fragile, prête à rompre. Il s’agirait cependant d’une petite faille, d’environ 100 mètres sur 100 mètres, qui aurait bougé d’environ 1 cm. Si les experts estimaient que ce cas de figure avait peu de chances de se reproduire, c’était la première fois que la fracturation hydraulique était directement liée à un événement sismique dans le cadre de l’exploitation du gaz de schiste. Pourtant deux cas de secousses provoquées par cette même technique mais pour la géothermie avaient déjà été établis. Et malgré son interruption depuis 2006 l’ancien projet de géothermie profonde de Bâle (Suisse) continue plus de dix ans après à présenter des risques et inquiéter les autorités.

Depuis il est avéré aux États-Unis où l’exploitation d’hydrocarbures par fracturation hydraulique est intensive que celle-ci est largement responsable de l’augmentation de l’activité sismique.

Acheter l’acceptation sociale à vil prix

Dans son communiqué du 18 août Cuadrilla a déclaré : «Il n’y a pas de précédents au Royaume Uni sur la durée de percements de drains horizontaux, mais néanmoins Cuadrilla estime qu’ils seront achevés avant la fin 2017.»
Avant le recours, l’opérateur avait l’autorisation de forer et de fracturer 4 puits sur ce site. Ces déclarations coïncident avec l’annonce par la compagnie du premier versement de 100 000 £ ( environ 109 810 Euros) au bénéfice des communautés locales.
Le Directeur général de Cuadrilla, Francis Egan a déclaré : «Ce jour est une étape importante pour l’industrie énergétique du Royaume Uni aussi bien que pour la population du Lancashire. En plus des emplois créés et presque 3 millions de livres investis localement à ce jour à travers les opérations d’exploration, les habitants du Lancashire vont maintenant être également directement bénéficiaires. A l’issue de ce versement abondant un fonds créé pour les populations, une consultation locale va s’engager afin que la communauté attribue ce payement au profit de « projets humanitaires » (sic!). Nous sommes très fiers d’être le premier opérateur de gaz de schiste britannique à accomplir un tel geste.»
Cuadrilla a déclaré que les bénéficiaires locaux seraient suivis par Membership Engagement Services (MES), un consultant indépendant qui s’assurera du bon emploi de ces sommes. Le Fonds local sera géré par la Fondation Communautaire pour le Lancashire. Les locaux seront aussi consultés sur la destination des autres versements correspondants aux trois autres puits ; au profit du Fonds ou directement aux résidents par l’intermédiaire d’un nouveau programme. Si les trois autres puits sont forés ce sont 300 000 £ supplémentaires qui seront versées.

L’union des opérateurs pétroliers, l’UK Onshore Oil and Gas (UKOOG), qui a créé le «Community Benefit Fund», un fonds pour les populations touchées par les projets pétroliers, s’est félicité du premier payement de Cuadrilla et son P-DG, Ken Cronin, a déclaré : «Je me réjouis de ce premier payement effectué sous couvert de notre programme et attends avec impatience de constater les voies novatrices par lesquelles cette somme sera utilisée localement dans les mois à venir.» Sous couvert du programme de l’UKOOG, les communautés locales devraient recevoir 100 000 £ par sites accueillant des puits d’exploration où des fracturations auront lieu et 1% des revenus de ces sites lorsqu’ils produiront commercialement.

Un porte-parole des pro-fracturation ; Backing Fracking, se présentant comme un résident local favorable à l’exploitation de gaz de schiste déclarait de son côté: «Les sous-traitant locaux du Lancashire ont déjà bénéficié des retombées de ces opérations, mais il est important que les résidents profitent eux-même de ces retombées. Les 100 00 £ sont un pas dans la bonne direction et seront espérons le utilisées à bon escient».

Qu’adviendra-t-il de la prise en charge des pollutions et de leur impact sur l’environnement, la santé humaine et animale dans le futur? Ce n’est certainement pas la question du moment.

D’après Drill or Drop et avec antischistegv

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Québec, le 16 août 2017 – Dans la foulée du démantèlement des barricades qui ont bloqué l’accès au site Galt de Junex du 8 au 14 août dernier, près de Gaspé, le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) apprend avec satisfaction que le Camp de la rivière York, établi en appui aux manifestants, sera maintenu. Les citoyennes et citoyens qui avaient organisé le camp de soutien ont en effet annoncé hier soir qu’ils demeureront sur place pour continuer à s’opposer aux travaux d’exploration de Junex, prévus pour le début de septembre. Le RVHQ encourage les gens qui le peuvent à rejoindre le camp, situé aux abords de la route 198 à 20 km de Gaspé, ou à soutenir autrement l’action en cours. L’information à ce sujet se trouve sur la page Facebook du Camp de la rivière – Galt-Junex.

« L’une après l’autre, toutes les consultations ont démontré sans équivoque que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous, a souligné Carole Dupuis, coordonnatrice générale et porte-parole du RVHQ. La population n’a plus le choix des moyens face à l’aveuglement du gouvernement Couillard qui s’entête quand même à favoriser cette industrie et à y engloutir des fonds publics. » Rappelons que Junex a obtenu à la fin de juillet 5,5 millions $ pour le rachat de ses permis sur l’île d’Anticosti et que Ressources Québec a annoncé le 4 août un investissement de 8,4 millions $ dans les travaux d’exploration maintenant envisagés au site Galt.

À l’instar des groupes gaspésiens Environnement Vert Plus et Tache d’huile, qui participent aux activités du Camp de la rivière York, le RVHQ s’oppose à tout projet d’exploitation ou de transit de pétrole ou de gaz fossile au Québec. Il s’oppose avec une intensité toute particulière aux projets d’exploration en cours en Gaspésie, qui mènent selon toute vraisemblance à des opérations de fracturation hydraulique, comme l’ont démontré les études du gouvernement lui-même. En effet, qu’il s’agisse du site Galt de Junex ou des sites Haldimand ou Bourque de Pétrolia, l’Institut national de la recherche scientifique a montré que les formations géologiques analogues sont exploitées au moyen de forages horizontaux avec fracturation hydraulique (1).

« La confusion que Philippe Couillard entretient autour de la fracturation hydraulique n’est que de la poudre aux yeux, a fait valoir Jacques Tétreault, coordonnateur général adjoint. Quand il investit dans Junex ou Pétrolia, il sait parfaitement que leurs projets mènent à la fracturation hydraulique et menacent deux des plus belles rivières à saumons du monde, la York et la Darthmouth, sans oublier la Baie de Gaspé et l’eau potable de nombreux résidents. C’est intolérable. »

Comme le remarquent les militantes et militants du Camp de la rivière York dans leur communiqué, une large part de la population gaspésienne a des activités économiques et des modes de vie qui dépendent de la préservation d’écosystèmes sains, telles que la pêche, la chasse, l’agriculture et le tourisme. Selon Carole Dupuis, « Il est grand temps que le gouvernement du Québec renonce à son rêve pétrolier et gazier, qui est une voie sans issue, et investisse dans les véritables richesses de la Gaspésie : sa population, sa culture, son territoire, ses cours d’eau, sa faune et sa flore uniques au monde. »

De manière plus générale, le RVHQ demande une fois de plus au premier ministre d’interdire la fracturation hydraulique et de cesser toute injection de fonds publics dans les énergies fossiles. « Les règlements de la Loi sur les hydrocarbures sont attendus d’un jour à l’autre et la mise à jour obligatoire du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) est en cours, a noté Jacques Tétreault. Espérons que le gouvernement saisira cette dernière occasion de mettre fin à la pénible aventure pétrolière et gazière du Québec. »

Rappelons que le RVHQ a lancé en avril 2017 l’opération #VousNEpasserezPAS invitant la population à afficher son opposition aux divers projets d’hydrocarbures au Québec et à suivre des formations en résistance citoyenne.

(1) ÉTUDE GENV– ESTIMATION DES INTENSITÉS D’ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE DE DIFFÉRENTS BASSINS GÉOLOGIQUES AU QUÉBEC, Étude réalisée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique sur les hydrocarbures au Québec, 28 octobre 2015, Ministère du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques du Québec

RENSEIGNEMENTS Carole Dupuis 438 884-8200 Jacques Tétreault 450 261-6151 communications@rvhq.ca

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Une victoire amère pour la population québécoise

Montréal, le 28 juillet 2017 – Le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) a appris avec soulagement aujourd’hui la décision du gouvernement du Québec de soustraire définitivement l’île d’Anticosti à l’exploration pétrolière et gazière – et félicite tout particulièrement le maire de L’Île-d’Anticosti John Pineault ainsi que le chef de la communauté innue d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, pour la vigueur avec laquelle ils ont défendu ce territoire. Le RVHQ dénonce toutefois le paiement de 41,4 M$ à des compagnies pétrolières et gazières pour le rachat de permis dont le coût d’achat a été dérisoire et dont la valeur commerciale s’est avérée inexistante.
 
« C’est une victoire au goût très amer pour la population québécoise, d’autant plus que la plupart des compagnies concernées risquent d’utiliser ce cadeau du gouvernement Couillard pour financer d’autres projets tout aussi désastreux pour l’environnement ailleurs au Québec, en commençant par la Gaspésie », a déclaré Carole Dupuis, coordonnatrice générale et porte-parole du Regroupement.
 
Junex, qui possède des permis dans les Basses-Terres du Saint-Laurent et en Gaspésie, a obtenu un paiement de 5,5 M$ pour rétrocéder ses permis sur l’île d’Anticosti; elle se dirige présentement vers une production commerciale à son projet Galt, situé dans le bassin versant de la rivière à saumons York, à environ 20 km en amont de la ville de Gaspé. Corridor Resources Inc. détient pour sa part des permis dans le golfe du Saint-Laurent, au gisement Old Harry; elle a obtenu 19,5 M$ du gouvernement du Québec pour renoncer à son intérêt de 21,7 % dans d’Hydrocarbures Anticosti. Maurel & Prom, qui détenait aussi 21,7% d’intérêt du projet sur l’île d’Anticosti (via Saint-Aubin Energie), a reçu une « compensation » de 16,2 M$; l’entente annoncée aujourd’hui met fin à sa présence au Québec.

Selon le communiqué gouvernemental, on ne connaît pas encore le montant qui sera octroyé à Pétrolia, dont la participation à Hydrocarbures Anticosti est également de 21,7 %. Pétrolia, qui se targue d’être la seule société québécoise engagée dans Hydrocarbures Anticosti mais est en voie d’être absorbée par la pétrolière albertaine Pieridae Energy Limited, a admis envisager des opérations de fracturation hydraulique pour ses deux projets les plus avancés en Gaspésie, Haldimand et Bourque. Haldimand se situe à quelques centaines de mètres d’un quartier résidentiel de Gaspé; Bourque se trouve dans des sous-bassins des rivières à saumons Darthmouth et York.
 
« En s’appuyant sur la candidature de l’île d’Anticosti au patrimoine mondial de l’UNESCO pour justifier le retrait des permis, plutôt que de confronter les partenaires à la non viabilité commerciale de ce projet, le gouvernement Couillard s’est donné un prétexte pour « compenser » un manque à gagner imaginaire, a déploré Carole Dupuis. Et c’est encore une fois la population du Québec qui va payer cette subvention déguisée à des compagnies dont elle ne veut pas sur son territoire. ».

RENSEIGNEMENTS
Carole Dupuis
communications@rvhq.ca
438 884-8200

https://vousnepasserezpas.quebec/

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USA : L’EPA CONCLUT À UN RISQUE DE POLLUTION DE LA FRACTURATION HYDRAULIQUE SUR LES RESSOURCES EN EAU

Un rapport de l’EPA (Agence de protection de l’environnement américaine) conclut que la technique d’extraction par la fracturation hydraulique peut avoir des effets néfastes sur la qualité et la disponibilité des réserves d’eau.

Néanmoins, Thomas Burke, conseiller scientifique de l’EPA, souligne que cette évaluation est incomplète du fait que manquent des données sur l’état de l’eau « avant et après la fracturation » (état zéro de l’eau) sur les sites de fracturation.

Ce rapport fournit toutefois des preuves scientifiques que cette technique d’extraction peut avoir des effets indésirables fréquents et importants sur les réserves d’eau situées à proximité des puits de gaz et de pétrole de schiste.

Le rapport souligne également une importante diminution de la disponibilité de l’eau du fait de la grande consommation de cette ressource par la technique de la fracturation hydraulique.

Le rapport souligne encore la pollution engendrée par la concentration de substances chimiques toxiques contenues dans le fluide de « fracking », tant lors de la fracturation que lors du stockage de la partie récupérée lors du flux de retour. Aux États-Unis le mode de traitement des eaux usées du fracking consiste généralement à les stocker dans des puits. Elles sont ainsi abandonnées sous terre.

Le rapport souligne enfin la faiblesse des structures des puits qui engendrent une pollution des sols mais aussi de l’air.
Lire: https://www.epa.gov/hfstudy

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Traduction et adaptation par nos soins de l’article Oil And Gas Companies Dump Fracking Wastewater Directly Into Oceans With EPA Approval

Dans le Golfe du Mexique, les compagnies pétrolières et gazières déversent des quantités illimitées d’eaux usées et de produits chimiques directement dans l’océan avec l’approbation de l’EPA, l’autorité environnementale fédérale des États-Unis.

284 milliards de litres de fluide de fracturation hydraulique rejetés en mer

Six ans après la marée noire provoquée par l’explosion en 2010 de la plateforme « Deepwater Horizon» opérée par BP, bien que beaucoup pensent que la situation the-gulf-of-mexicos-dead-zone-with-an-offshore-fracking-well-in-the-horizon-credit-oceandoctor-orgdans le Golfe du Mexique soit de « retour à la normale », l’écosystème a continué de souffrir en silence pendant ces dernières années. En effet, les compagnies pétrolières et gazières, avec la pleine approbation de l’EPA, ont poursuivi le rejet de quantités illimitées d’eaux usées de forage et de produits chimiques dans l’océan. Pour la seule année 2014, on estime ces rejets à 75 milliards de gallons (soit 284 milliards de litres !). Bien que ces énormes volumes d’eaux usées ne puissent pas contenir d’huile et soient soumis à des normes de toxicité, les opérateurs pétroliers et gaziers ne sont contraints qu’à quelques tests annuels de toxicité de ces déchets, et ceci sans surveillance. Lorsque le Centre pour la diversité biologique (Center for Biological Diversity) a contacté l’EPA pour plus d’informations, l’EPA a répondu qu’elle «ne savait pas vraiment quels types de produits chimiques étaient déversés dans le Golfe du Mexique ». En dépit de ce manque évident de connaissances et de son incapacité à assurer une véritable surveillance de l’activité des compagnies pétrolières, l’EPA a annoncé un projet de plan … lequel poursuivra cette même «politique» en vigueur depuis des années.

1.500 opérations de fracking dans l’océan exemptées de contrôle

Bien que de nombreux opposants à la fracturation hydraulique (« fracking ») se concentrent principalement sur les forages terrestres, la fracturation hydraulique offshore dans les écosystèmes océaniques a également été en plein essor ces dernièresstop-gaz-de-schiste-offshore-fracking-credit-ib-times années. Pour les quatre années de 2010 à 2014, alors que l’écosystème du Golfe était encore fort impacté  par la marée noire provoquée par l’accident de la plateforme BP Deepwater Horizon, l’administration Obama a approuvé 1.500 opérations de fracking offshore dans 630 puits différents. Ces puits ont bénéficié d’autorisations de l’EPA les exemptant des tests de contrôle complets d’impact environnemental. Mais alors pourquoi l’EPA ferait cela? Tout a commencé en 2005 avec l’adoption de la Loi sur la politique énergétique (Energy Policy Act), aussi connu comme « la faille de Cheney ».

La fracturation hydraulique exemptée de l’application de la  Loi sur l’assainissement de l’eau

Ce dispositif législatif exempte de façon permanente les fluides de fracturation de l’application de la Loi sur l’assainissement de l’eau. Celle-ci a été adoptée en grande partie grâce aux efforts de lobbying de Dick Cheney, vice-président à l’époque et ancien PDG d’Halliburton. A cause de cette exemption, l’EPA est incapable et ne veut pas réglementer sur les eaux usées de fracturation hydraulique. Et même si l’EPA pouvait réglementer le contenu des eaux de rejets du fracking, les sociétés pétrolières pourraient refuser de divulguer la liste des produits chimiques utilisés en application du secret commercial et industriel. La politique actuelle n’impose pas aux compagnies pétrolières de divulguer la liste des produits chimiques qu’elles utilisent pour la fracturation, seuls certains opérateurs ont fourni quelques informations sur une base volontaire via le site internet FracFocus. Même si ni le gouvernement ni les citoyens sont en mesure de connaître précisément la composition des fluides de fracturation, des recherches indépendantes ont montré qu’ils sont pleins de composants chimiques toxiques et cancérigènes. Des produits chimiques tels que le benzène, le formaldéhyde et le sulfure d’hydrogène ont été trouvés autour des puits terrestres, certains d’entre eux dépassant cinq fois les limites autorisées par la réglementation fédérale.

Malgré le désastre environnemental… on continue

Malgré cela, les compagnies pétrolières et l’EPA maintiennent que le rejet des fluides devrait continuer à ne pas être réglementé, affirmant que ces liquides de fracturation hydraulique sont suffisamment dilués par l’océan. Or la science utilisée pour soutenir ce point de vue remonte aux années 1980, période à laquelle la fracturation était encore rare et alors que le Golfe du Mexique était beaucoup moins pollué qu’à présent. Or tout indique que ces opérations ont un impact sur la biodiversité du Golfe du Mexique. En fait, il existe une «zone morte» de la taille du Connecticut, où il n’y a plus suffisamment  d’oxygène dissous dans l’eau pour assurer la vie. Or comme par hasard la plupart des puits de fracturation se situent dans cette zone. Il est difficile de dire si cela est dû aux retombées de la marée noire de 2010, à la présence de puits de fracturation, ou d’autres contaminants, mais clairement le rejet des eaux usées toxiques et cancérigènes ne fera rien pour restaurer ce magnifique écosystème océanique.

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(Gauche) puits de fracturation offshore dans le Golfe du Mexique | (Droite) La zone morte du Golfe du Mexique