Articles Tagués ‘fracturation hydraulique’

D’après un article paru le dans le New-York Times, le 16 décembre 2019

Le premier satellite conçu pour surveiller en permanence la planète à la recherche de fuites de méthane a fait une découverte surprenante l’année dernière : un accident de puits de gaz peu connu sur un site de fracturation hydraulique de l’Ohio a en fait constitué l’une des plus grandes fuites de méthane jamais enregistrées aux États-Unis.

 

Les résultats d’une équipe scientifique américano-néerlandaise, publiés dans les Actes de l’Académie Nationale des Sciences (National Academy of Sciences), constituent un pas en avant dans l’utilisation de la technologie spatiale pour détecter les fuites de méthane des sites d’exploitation de gaz et de pétrole dans le monde. Le méthane qui rappelons-le est un puissant gaz à effet de serre qui contribue au réchauffement climatique.

Les scientifiques ont déclaré que les nouvelles découvertes renforçaient l’opinion selon laquelle des rejets de méthane comme ceux-ci, qui sont difficiles à prévoir, pourraient être beaucoup plus répandus qu’on ne le pensait auparavant.

« Nous entrons dans une nouvelle ère. Avec une seule observation, un seul viaduc, nous pouvons voir des panaches de méthane provenant de grandes sources d’émission », a déclaré Ilse Aben, spécialiste de la télédétection par satellite et l’un des auteurs de la nouvelle recherche. « C’est quelque chose de totalement nouveau que nous ne pouvions pas faire auparavant depuis l’espace. »

L’explosion de février 2018 dans un puits de gaz naturel géré par une filiale d’Exxon Mobil dans le comté de Belmont, dans l’Ohio, a libéré plus de méthane que l’ensemble des industries pétrolières et gazières de nombreux pays en un an, a révélé l’équipe de recherche. L’épisode de l’Ohio avait déclenché l’évacuation d’une centaine de résidents dans un rayon de deux kilomètres tandis que les ouvriers se précipitaient pour boucher le puits.

À l’époque, la filiale d’Exxon, XTO Energy, avait déclaré qu’elle ne pouvait pas déterminer immédiatement la quantité de gaz qui avait fui. Mais l’Agence spatiale européenne vient de lancer un satellite avec un nouvel instrument de surveillance appelé Tropomi, conçu pour collecter des mesures plus précises du méthane.

La production de gaz naturel est de plus en plus surveillée en raison de la prévalence des fuites de méthane – le principal composant incolore et inodore du gaz naturel – provenant de la chaîne d’approvisionnement du carburant.

Lorsqu’il est brûlé pour l’électricité, le gaz naturel est plus propre que le charbon, produisant environ la moitié du dioxyde de carbone produit par le charbon. Mais si le méthane s’échappe dans l’atmosphère avant d’être brûlé, il peut réchauffer la planète plus de 80 fois plus que la même quantité de dioxyde de carbone sur une période de 20 ans.

Les mesures du satellite ont montré qu’en Ohio, dans les 20 jours qu’il aura fallu à Exxon pour boucher le puits, les rejets de méthane ont été d’environ 120 tonnes par heure. Cela représente deux fois le taux de la plus grande fuite de méthane connue aux États-Unis, provenant d’une installation de stockage de pétrole et de gaz à Aliso Canyon, en Californie, en 2015, bien que cet événement ait duré plus longtemps et ait eu des émissions globales plus élevées.

Les chercheurs estiment que la fuite de l’Ohio a libéré plus de méthane que les émissions des industries pétrolières et gazières de pays comme la Norvège et la France. Les scientifiques ont déclaré que les mesures du site de l’Ohio pourraient signifier que d’autres fuites importantes ne sont pas détectées.

« Lorsque j’ai commencé à travailler sur le méthane, il y a maintenant une dizaine d’années, la ligne standard était :« Tout est sous contrôle. Nous gérons », a déclaré le Dr Hamburg. « Mais en fait, ils n’avaient pas les données. Ils ne le contrôlaient pas, car ils ne comprenaient pas ce qui se passait réellement. Et vous ne pouvez pas gérer ce que vous ne mesurez pas. »

Un porte-parole d’Exxon, Casey Norton, indique que les propres scientifiques de l’entreprise avaient examiné des images et pris des mesures de pression du puits pour arriver à une estimation moindre des émissions consécutives à l’explosion. Exxon est en contact avec les chercheurs ayant fait les observations par satellite, a déclaré M. Norton, et « a accepté de s’asseoir et de discuter plus avant pour comprendre l’écart et voir s’il y a quelque chose que nous pouvons apprendre ». Avant d’ajouter « c’était une anomalie, ce n’est pas quelque chose qui se produit régulièrement. Et nous faisons de notre mieux pour éviter que cela ne se produise ».

Une enquête interne a révélé que la pression élevée avait provoqué la défaillance du tubage ou du revêtement interne du puits, a déclaré M. Norton. Après avoir travaillé avec les régulateurs de l’Ohio sur les améliorations de la sécurité, le puits est maintenant en service.

Miranda Leppla, responsable de la politique énergétique au Conseil Environnemental de l’Ohio (Ohio Environmental Council), indique que des plaintes concernant des problèmes de santé tels qu’irritation de la gorge, vertiges, problèmes respiratoires – avaient été enregistrées parmi les résidents les plus proches du puits. « Les émissions de méthane, malheureusement, ne sont pas rares, mais elles constituent une menace constante qui aggrave le changement climatique et peut nuire à la santé des Ohioiens », a-t-elle déclaré.

Les scientifiques précisent qu’une tâche critique consiste désormais à pouvoir parcourir plus rapidement les dizaines de millions de points de données que le satellite recueille chaque jour pour identifier les « points chauds » d’émission de méthane. Des études sur les gisements de pétrole en exploitation aux États-Unis ont montré qu’un petit nombre de sites à fortes émissions sont responsables de l’essentiel des rejets de méthane.

Jusqu’à présent, la détection et la mesure des fuites de méthane ont nécessité des études de terrain coûteuses à l’aide d’avions et de caméras infrarouges qui permettent de détecter ce gaz invisible.

Dans un article séparé publié en octobre, les chercheurs ont détaillé l’utilisation de deux satellites pour détecter et mesurer une fuite de méthane à plus long terme d’une station de compression de gaz naturel au Turkménistan, en Asie centrale. Les chercheurs ont estimé que les émissions du site étaient à peu près comparables au rejet global de l’événement d’Aliso Canyon. A présent, selon les observations effectuées par satellites, la fuite a maintenant cessé, et ceci après que les chercheurs aient sonné l’alarme par la voie diplomatique.

« C’est l’avantage des satellites. Nous pouvons regarder presque partout dans le monde », a déclaré le Dr Aben, chercheur principal à l’Institut spatial néerlandais d’Utrecht et auteur des deux articles. Il existe toutefois des limites à la chasse aux fuites de méthane avec la technologie satellite. Les satellites ne peuvent pas voir sous les nuages. Les scientifiques doivent également effectuer des calculs complexes pour tenir compte du méthane de fond qui existe déjà dans l’atmosphère terrestre.

Pourtant, les satellites seront de plus en plus capables à la fois de détecter rapidement de gros rejets et de faire la lumière sur l’augmentation des niveaux de méthane dans l’atmosphère, qui est particulièrement prononcée depuis 2007 pour des raisons qui ne sont pas encore entièrement comprises. La production de gaz naturel par fracturation hydraulique qui s’est accélérée au moment où les niveaux atmosphériques de méthane ont augmenté, a été étudiée comme une cause possible.

« Pour le moment, vous avez des rapports ponctuels, mais nous n’avons aucune estimation globale de la fréquence de ces événements » précise le Dr Hamburg du Fonds de défense environnemental (Environmental Defence Fund). « A-t-on affaire à des événements annuels ? Hebdomadaires, quotidiens ? Savoir cela fera une grande différence en essayant de bien comprendre quelles sont les émissions globales liées à l’exploitation du pétrole et du gaz. »

Schuepbach, l’opérateur choisi en Ardèche et en Aveyron obtient une indemnité d’1M€ revue à la baisse.

Comme le rapporte le quotidien Midi Libre, « le 4 décembre 2019, la cour administrative d’appel de Versailles a signé l’épilogue du long feuilleton du gaz de schiste en France, marqué par les autorisations d’exploiter en octobre 2010, les grandes manifestations qui ont suivi, jusqu’aux revirements successifs de l’État, de 2011 à 2017.

La justice devait se prononcer sur la demande de la société Schuepbach, titulaire du permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux à Villeneuve-de-Berg, en Ardèche et Nant, en Aveyron, qui avait demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise de condamner l’État à lui verser plus de 117 millions d’euros, en réparation du préjudice qu’elle estime avoir subi  » après l’arrêt des perspectives d’exploitation en France.

En mars 2016, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise avait rejeté la demande de la compagnie texane. Au début du mois, la cour d’appel de Versailles lui a finalement accordé une indemnisation, mais elle s’avère inférieure à ce qui était demandé, soit 1 M€.

 » C’est la fin de l’aventure du gaz de schiste en France. On imaginait que la décision de l’État coûterait des fortunes, ce n’est finalement pas si élevé « , se félicite l’avocate montpelliéraine Hélène Bras, spécialiste en droit de l’environnement, qui rappelle qu’un autre revirement de l’État, l’annulation des portiques écotaxes, a coûté 800 M€ d’indemnisations. Sur place, « le climat est apaisé » depuis longtemps, après sept années de mobilisation. Le 26 février 2011, 15 000 personnes ont manifesté à Villeneuve-de-Berg. Le 17 avril 2011, 7 000 à Nant. Le 28 février 2016, encore 15 000 à Barjac.

« Un feuilleton de dix ans »

C’est Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie, qui délivre les permis autorisant la prospection de gaz de schiste en France à partir de mars 2010. La société Total se voit ainsi délivrer un permis dit « de Montélimar », dans la Drôme. On découvre alors que ne nombreux permis ont été accordés et que d’autres sont à l’étude partout en France.

La loi du 13 juillet 2011, toujours sous le gouvernement Fillon, signe de début de la fin de l’aventure gaz de schiste en France, de fait, abroge les permis exclusifs de recherche.Les collectifs citoyens demandent leur annulation pure et simple et l’arrêt de la délivrance de nouveaux permis.

En 2017, la loi Hulot, met fin à la délivrance de tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbure en France. Une loi en demi-teinte qui ne verrouille pas l’exploitation de permis déjà délivrés, ceux-ci étant maintenus au moins jusqu’à 2040.

Volte-face du gouvernement conservateur : Alors qu’il soutenait les projets de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels, le gouvernement interdit le « fracking » avec effet immédiat.

La décision a été prise après qu’une nouvelle étude scientifique ait indiqué qu’il n’était « pas possible d’exclure des conséquences « inacceptables » pour les personnes vivant à proximité de sites de fracturation« .

Ce rapport, établi par l’Office du pétrole et du gaz britannique (OGA) mentionne également qu’il est impossible de prédire l’ampleur des tremblements de terre générés par la fracturation hydraulique.

La fracturation hydraulique, également connue sous le nom de fracking, consiste à injecter de l’eau, des produits chimiques et du sable sous terre à haute pression pour fracturer le schiste argileux et libérer les hydrocarbures qui y sont piégés.

Le gouvernement a déclaré qu’il n’accepterait aucune future fracturation « jusqu’à ce que de nouvelles preuves convaincantes soient fournies« . Le seul site de fracking actif du Royaume-Uni à Preston New Road, dans le Lancashire, a été suspendu immédiatement cet été après que la fracturation ait déclenché de multiples tremblements de terre qui ont dépassé les limites fixées par les normes britanniques.

Andrea Leadsom , secrétaire d’État chargée des Affaires et de l’Énergie, a déclaré que le gouvernement avait toujours été clair sur le fait que l’exploration du gaz de schiste au Royaume-Uni devait être effectuée en toute sécurité.

«Après avoir examiné le rapport de l’OGA sur les récentes activités sismiques à Preston New Road, il est clair que nous ne pouvons pas exclure de futurs impacts inacceptables sur la communauté locale. Pour cette raison, j’ai conclu que nous devrions mettre en vigueur un moratoire sur la fracturation en Angleterre avec effet immédiat », a-t-elle déclaré.

Craig Bennett, directeur général des Amis de la Terre, a déclaré: «Ce moratoire est une victoire énorme pour les communautés et le climat. Pendant près de dix ans, des habitants de tout le pays ont mené une bataille à la David et Goliath contre cette puissante industrie. Nous sommes fiers d’avoir participé à ce combat. « 

 

Source : The Guardian

Le 1er décembre 2017 – L’Assemblée nationale vient d’adopter en nouvelle lecture le projet de loi Hulot visant à « mettre fin à l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures ». Depuis plusieurs mois, des ONG et collectifs citoyens ont souligné le caractère approprié et ambitieux des objectifs de ce projet de loi, mais aussi ses failles ne permettant pas de les atteindre. Malheureusement les opportunités de renforcer le texte ont toutes été manquées. En première lecture, de trop nombreuses exemptions avaient été introduites par le gouvernement, et elles ont été confirmées aujourd’hui : possibilité d’octroyer des concessions dépassant la date de 2040 sur critères purement économiques, absence d’interdiction des gaz de couche, qui sont pourtant des hydrocarbures non conventionnels, et dérogation pour Lacq malgré le scandale sanitaire.

Une loi de vidée de son sens
Vidée de son sens par le Sénat, la loi Hulot sur les hydrocarbures revenait en discussion en séance plénière de l’Assemblée nationale ce vendredi 1er décembre. Alors qu’ils avaient une nouvelle occasion de renforcer le texte, le gouvernement et la majorité se sont contentés, le plus souvent, de revenir au texte voté en première lecture, faiblesses et exemptions comprises.

Pour Isabelle Levy, du collectif du Pays Fertois “Non au pétrole de schiste” (77) : “Il a été beaucoup question d’équilibre tout au long de cette nouvelle lecture. Et pourtant le déséquilibre est clairement en faveur des droits acquis des industriels, présentés abusivement comme non négociables, alors que l’urgence climatique et sanitaire, qui nécessite pourtant des mesures bien plus courageuses et visionnaires, semble pouvoir, elle, être négociée !
Les contradictions du gouvernement entérinée par les députés
Le débat de ce matin a néanmoins permis de mettre en lumière les contradictions qui viennent mettre à mal la communication du gouvernement sur le caractère “exemplaire” et “historique” de cette loi sur les hydrocarbures. Ainsi, Nicolas Hulot a bien dû reconnaître que la date de 2040 n’était pas “une cloison étanche”, alors que cette date était pourtant érigée comme une limite infranchissable pour la fin de toute exploration et exploitation lors de la présentation du projet de loi.

Par ailleurs, le ministre a reconnu que le gouvernement n’a jamais souhaité interdire l’exploration et l’exploitation de l’ensemble des hydrocarbures non conventionnels comme il l’a pourtant revendiqué à plusieurs reprises. En effet, selon la définition des techniques non conventionnelles interdites par l’article 3, l’exploration et l’exploitation des gaz de couche restent autorisées, alors que l’ensemble de la communauté scientifique reconnaît leur caractère “non conventionnel”. La définition présente désormais dans l’article 3 de la loi Hulot se contente donc en réalité d’interdire la fracturation hydraulique… en en proposant enfin une définition.

Pour Juliette Renaud, des Amis de la Terre France : “Nous avons multiplié les interpellations à ce sujet (1), et depuis plus d’un mois le gouvernement se cache derrière des arguments techniques, alors qu’il s’agissait bien d’un choix politique : celui de céder aux pressions de la Française de l’Energie, qui détient des permis d’exploration de gaz de couche en Lorraine, de peur d’avoir à lui payer des compensations financières. Mais que sont ces éventuelles compensations au regard des impacts irréversibles de ces forages (2) ? Le gouvernement aurait-il ainsi protégé les industriels si la mobilisation avait été aussi forte en Lorraine qu’en Ardèche en 2011 au moment de la bataille des gaz de schiste ?

Les Lorrains valent-ils moins de les Ardéchois?
C’est à se demander si les Lorrains valent moins que les Ardéchois ou, pour le dire autrement, si la protection de la santé et de l’environnement est fonction de la capacité de mobilisation des populations locales. Une question également valable pour le bassin de Lacq qui avait été exempté de l’interdiction d’exploitation par le gouvernement lors de la première lecture. Des études, longtemps gardées secrètes ainsi que des articles de presse attestent désormais de la gravité du scandale sanitaire en cours, sur place.

Selon Maxime Combes, d’ATTAC France : “Nicolas Hulot a refusé de remettre en cause l’exemption accordée à Lacq au motif qu’il ne disposerait pas de “faits scientifiquement établis” : mourir plus jeune et vivre en plus mauvaise santé que la moyenne des Français sont pourtant des faits incontestables ! La présence de rejets dangereux pour la santé à proximité des sites industriels, établie et connue de tous, constitue un faisceau d’éléments sérieux suffisants qui devrait conduire le gouvernement à mettre en œuvre urgemment un processus de reconversion industrielle sur le territoire concerné plutôt que prolonger les autorisations d’exploitation au-delà de 2040.

A peine 15 jours après la nouvelle alerte des 15 000 scientifiques attestant de l’urgence d’agir, nos organisations déplorent la frilosité et le manque de détermination du gouvernement et de la majorité présidentielle. Quand on écarte des amendements modestes visant à réglementer les importations d’hydrocarbures les plus polluants, comme les sables bitumineux, ou à ne plus autoriser l’État à apporter son concours direct aux activités des pétroliers à l’exportation, au motif qu’ils sont prématurés, comme l’a fait Nicolas Hulot, le slogan #MakeThePlanetGreatAgain a bien été supplanté par le #BusinessAsUsual.

A quelques jours du sommet “One Planet Summit”, le message envoyé au reste du monde est celui d’un gouvernement passé maître dans l’art du hashtag … et des promesses inabouties. Cette riche et noble ambition qui consiste à “laisser les énergies fossiles dans le sol” mérite définitivement mieux. Nous donnons rendez-vous le 12 décembre pour une grande mobilisation citoyenne, en marge du sommet organisé par Emmanuel Macron, intitulée “Pas un euro de plus pour les énergies du passé” (3).

(1) Voir notre analyse du texte adopté en première lecture et nos deux lettres ouvertes aux députés cette semaine : Communiqué du 4 octobre 2017 : http://www.amisdelaterre.org/Loi-Hulot-sous-l-impulsion-du-gouvernement-l-Assemblee-nationale-vote-une-loi.html Lettre du 28 novembre 2017 : http://www.amisdelaterre.org/Loi-Hulot-quel-sort-pour-les-gaz-de-schiste-et-de-couche.html Lettre du 30 novembre 2017 http://www.amisdelaterre.org/Gaz-de-couche-gaz-de-schiste-les-Lorrains-valent-ils-moins-que-les-Ardechois.html

(2) Les gaz de couche sont les seuls hydrocarbures non conventionnels qui font actuellement l’objet de forages exploratoires, en Lorraine. Leur extraction présente pourtant des risques tout aussi voir plus importants que celle des gaz et huiles de schiste, tant en termes de contamination des nappes phréatiques (qui sont plus proches des veines de charbon que de la roche-mère emprisonnant le gaz ou le pétrole de schiste), et de fuites de méthane (car le charbon est plus friable). Ces risques pour l’environnement ne sont pas hypothétiques. Partout où sont actuellement exploités les gaz de couche, aux États-Unis ou en Australie, des pollutions d’envergure ont été constatées, avec des conséquences graves pour les populations locales et les territoires.

 (!) MANIFESTATION Noville Suisse 9 septembre 2017                    (!) Info minute – Revue de Presse

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Article de Coralie Schaub publié dans Libération et repris avec l’aimable autorisation de son auteure

Le texte transmis à l’Assemblée nationale mercredi, qui diffère de la version précédente, ne change pas réellement la donne par rapport à la situation actuelle, s’inquiète Juliette Renaud, de l’ONG les Amis de la Terre.

Petit coup de théâtre. Le texte du projet de loi censé être destiné à «laisser les énergies fossiles dans le sous-sol» a changé. La version soumise pour avis le 23 août au Conseil national de la transition écologique (CNTE) et commentée par l’ensemble des observateurs, ONG ou médias, n’a rien à voir avec celle qui a été effectivement enregistrée à l’Assemblée nationale mercredi, le jour où Nicolas Hulot présentait le texte en Conseil des ministres. Pour Juliette Renaud, chargée de campagne sur les industries extractives aux Amis de la Terre, il s’agit là d’un quasi retour au statu quo.

Qu’est-ce qui a bougé dans la nouvelle version du texte ?

Il ne définit plus les hydrocarbures non conventionnels et n’interdit plus clairement leur exploration et leur exploitation «par quelque technique que ce soit», contrairement à ce qui figurait dans la précédente version. Donc on en reste à la loi du 13 juillet 2011, qui interdit leur exploration et exploitation par la technique de fracturation hydraulique, la seule disponible aujourd’hui. Cela veut dire que si les industriels parviennent un jour à développer une nouvelle technique, ils vont pouvoir exploiter les gaz et pétrole de schiste. La majorité des permis visant ces hydrocarbures non conventionnels n’ont pas été abrogés en 2011, la porte ne leur est donc pas totalement fermée. La seule différence par rapport à la loi de 2011, avec ce nouveau texte, est que les dispositions qui concernaient les possibilités de recherche à titre expérimental sur ces hydrocarbures non conventionnels sont abrogées.

Deuxième point : dans cette nouvelle version du texte, seule la prolongation des concessions d’exploitation d’hydrocarbures au-delà de 2040 est interdite. Toutes celles qui devaient arriver à échéance ces prochaines années, à partir de 2018, pourront donc être prolongées jusqu’en 2040. Ce qui consacre le statu quo par rapport à aujourd’hui.

Troisième chose, quid des demandes de permis de recherche en cours d’instruction ? Il en existait 132 au 31 décembre 2015. Avec ce nouveau texte, de nombreux permis, pour lesquels les industriels ont déjà obtenu des décisions judiciaires favorables, risquent en fait d’être accordés et de déboucher potentiellement sur des concessions d’exploitation.

Comment expliquez-vous ce changement de texte ?

Le gouvernement a modifié son texte en fonction de lavis du Conseil d’Etat sur le projet de loi, rendu le 1er septembre. Par exemple, au sujet des demandes de permis de recherche en attente, le Conseil d’État «incite» le gouvernement «à accélérer l’instruction de ces dossiers et, si besoin, à atténuer au cas par cas les effets de l’intervention de la loi nouvelle». Les industriels ont déposé des recours sur les permis en attente et l’État a déjà payé un million d’euros d’astreintes, il se peut que le gouvernement se soit dit qu’il allait en délivrer un certain nombre pour «apurer» la situation. En fait, ce nouveau texte est au minimum un statu quo. Je ne vois pas bien ce qu’il change par rapport à la situation actuelle, à part qu’il interdit l’octroi de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures.

Vous êtes déçue ?

En juin, quand Nicolas Hulot a annoncé qu’il présenterait ce projet de loi, nous avons bien sûr anticipé qu’il serait mis en difficulté par les lobbies. Ce texte était pour lui une sorte de test. Or l’essentiel de ce qui figurait dans la première version a été retoqué par le Conseil d’État. Mardi, quand Emmanuel Macron et Nicolas Hulot ont rencontré les ONG, le président des Amis de la Terre a demandé à ce dernier si le texte avait changé, il a répondu : «Non, juste des petits détails.» C’est faux.

Le texte tel qu’il est aujourd’hui ne menace aucun intérêt industriel, l’État reste pieds et poings liés face à ces derniers, parce que personne n’arrive à toucher au code minier, qui leur est favorable. Sur la forme, il s’agit au final d’une jolie opération de communication. Nous aimerions être reçus par le gouvernement pour avoir une explication, y compris sur le fait de ne pas avoir été consultés en amont. Et nous allons essayer d’alerter des députés. La bataille sera dure.

Oupsss Hulot loi hydrocarbures gaz de schiste

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(!) Info minute – Revue de Presse

La compagnie britannique Cuadrilla spécialisée dans l’exploration et l’exploitation de gaz de schiste a confirmé le 18 août 2017 que les opérations de forage commençaient sur le site de Preston New Road à Little Plumpton près de Blackpool dans le Lancashire, Royaume-Uni. Ce site devrait accueillir bientôt les premiers drains horizontaux d’exploration de gaz de schiste au Royaume Uni. C’est dans cette même région que la fracturation hydraulique avait généré des séismes en 2011.

Un porte-parole de la compagnie a indiqué que le forage avait commencé tôt dans l’après-midi, sans donner d’heure précise. Les opérations devraient se poursuivre 24 heures sur 24 et devraient être terminées pour la fin de l’année. Les fracturations devraient être conduites en début d’année prochaine.
Ce même porte-parole a indiqué que le puits témoin serait foré verticalement jusqu’à environ 3 500 mètres de profondeur. À partir d’analyses d’échantillons prélevés dans les couches de pélite (schistes) Cuadrilla décidera du niveau de percement de deux drains horizontaux entre -2 000 et  -3 500 mètres.

Une voisine du site a indiqué dans l’après-midi qu’elle pouvait entendre le forage  de chez elle: «c’était comme un ascenseur allant et venant sans discontinuité» a t-elle déclaré. Un militant mobilisé contre les activités de Cuadrilla a qualifié la nouvelle «de triste jour pour le Lancashire et la démocratie».

Malgré une procédure d’appel, le forage a commencé

Les autorités du comté de Lancashire avaient dans un premier temps refusé les autorisations mais cette décision avait été dépassée après une enquête publique initiée par le représentant des communautés locales, Sajid Javid. Cette décision fait l’objet d’un recours devant la Cour d’appel qui fera l’objet d’une audience … à la fin de ce mois.
Un porte-parole des opposants locaux déclare de son côté : «Le groupe de Preston New Road est amèrement déçu que Cuadrilla ait commencé son forage malgré la procédure d’appel. Il apparait que la compagnie a un profond mépris pour la communauté locale, malgré le fait qu’elle ait, en de multiples occasions, déclaré vouloir être un bon voisin. A partir du début du forage les locaux vont subir les nuisances des opérations 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Puisque la foreuse a été acheminée la nuit dernière et est cours de montage, Cuadrilla n’a déjà pas respecté le cahier des charges initial, ce qui n’augure rien de bon à l’avenir. »

Forons sans trembler, la terre tremblera toute seule

Rappelons que c’est précisément dans cette région de Blackpool alors que le même opérateur effectuait des opérations de fracturation hydraulique en 2011 que la terre avait tremblé. Après l’interruption des opérations, les géologues avaient estimé que c’était l’injection d’eau sous pression dans la roche après le forage qui était en cause. Ce fluide aurait en quelque sorte lubrifié une faille existante, fragile, prête à rompre. Il s’agirait cependant d’une petite faille, d’environ 100 mètres sur 100 mètres, qui aurait bougé d’environ 1 cm. Si les experts estimaient que ce cas de figure avait peu de chances de se reproduire, c’était la première fois que la fracturation hydraulique était directement liée à un événement sismique dans le cadre de l’exploitation du gaz de schiste. Pourtant deux cas de secousses provoquées par cette même technique mais pour la géothermie avaient déjà été établis. Et malgré son interruption depuis 2006 l’ancien projet de géothermie profonde de Bâle (Suisse) continue plus de dix ans après à présenter des risques et inquiéter les autorités.

Depuis il est avéré aux États-Unis où l’exploitation d’hydrocarbures par fracturation hydraulique est intensive que celle-ci est largement responsable de l’augmentation de l’activité sismique.

Acheter l’acceptation sociale à vil prix

Dans son communiqué du 18 août Cuadrilla a déclaré : «Il n’y a pas de précédents au Royaume Uni sur la durée de percements de drains horizontaux, mais néanmoins Cuadrilla estime qu’ils seront achevés avant la fin 2017.»
Avant le recours, l’opérateur avait l’autorisation de forer et de fracturer 4 puits sur ce site. Ces déclarations coïncident avec l’annonce par la compagnie du premier versement de 100 000 £ ( environ 109 810 Euros) au bénéfice des communautés locales.
Le Directeur général de Cuadrilla, Francis Egan a déclaré : «Ce jour est une étape importante pour l’industrie énergétique du Royaume Uni aussi bien que pour la population du Lancashire. En plus des emplois créés et presque 3 millions de livres investis localement à ce jour à travers les opérations d’exploration, les habitants du Lancashire vont maintenant être également directement bénéficiaires. A l’issue de ce versement abondant un fonds créé pour les populations, une consultation locale va s’engager afin que la communauté attribue ce payement au profit de « projets humanitaires » (sic!). Nous sommes très fiers d’être le premier opérateur de gaz de schiste britannique à accomplir un tel geste.»
Cuadrilla a déclaré que les bénéficiaires locaux seraient suivis par Membership Engagement Services (MES), un consultant indépendant qui s’assurera du bon emploi de ces sommes. Le Fonds local sera géré par la Fondation Communautaire pour le Lancashire. Les locaux seront aussi consultés sur la destination des autres versements correspondants aux trois autres puits ; au profit du Fonds ou directement aux résidents par l’intermédiaire d’un nouveau programme. Si les trois autres puits sont forés ce sont 300 000 £ supplémentaires qui seront versées.

L’union des opérateurs pétroliers, l’UK Onshore Oil and Gas (UKOOG), qui a créé le «Community Benefit Fund», un fonds pour les populations touchées par les projets pétroliers, s’est félicité du premier payement de Cuadrilla et son P-DG, Ken Cronin, a déclaré : «Je me réjouis de ce premier payement effectué sous couvert de notre programme et attends avec impatience de constater les voies novatrices par lesquelles cette somme sera utilisée localement dans les mois à venir.» Sous couvert du programme de l’UKOOG, les communautés locales devraient recevoir 100 000 £ par sites accueillant des puits d’exploration où des fracturations auront lieu et 1% des revenus de ces sites lorsqu’ils produiront commercialement.

Un porte-parole des pro-fracturation ; Backing Fracking, se présentant comme un résident local favorable à l’exploitation de gaz de schiste déclarait de son côté: «Les sous-traitant locaux du Lancashire ont déjà bénéficié des retombées de ces opérations, mais il est important que les résidents profitent eux-même de ces retombées. Les 100 00 £ sont un pas dans la bonne direction et seront espérons le utilisées à bon escient».

Qu’adviendra-t-il de la prise en charge des pollutions et de leur impact sur l’environnement, la santé humaine et animale dans le futur? Ce n’est certainement pas la question du moment.

D’après Drill or Drop et avec antischistegv

(!) Info minute – Revue de Presse

Québec, le 16 août 2017 – Dans la foulée du démantèlement des barricades qui ont bloqué l’accès au site Galt de Junex du 8 au 14 août dernier, près de Gaspé, le Regroupement vigilance hydrocarbures Québec (RVHQ) apprend avec satisfaction que le Camp de la rivière York, établi en appui aux manifestants, sera maintenu. Les citoyennes et citoyens qui avaient organisé le camp de soutien ont en effet annoncé hier soir qu’ils demeureront sur place pour continuer à s’opposer aux travaux d’exploration de Junex, prévus pour le début de septembre. Le RVHQ encourage les gens qui le peuvent à rejoindre le camp, situé aux abords de la route 198 à 20 km de Gaspé, ou à soutenir autrement l’action en cours. L’information à ce sujet se trouve sur la page Facebook du Camp de la rivière – Galt-Junex.

« L’une après l’autre, toutes les consultations ont démontré sans équivoque que l’acceptabilité sociale n’est pas au rendez-vous, a souligné Carole Dupuis, coordonnatrice générale et porte-parole du RVHQ. La population n’a plus le choix des moyens face à l’aveuglement du gouvernement Couillard qui s’entête quand même à favoriser cette industrie et à y engloutir des fonds publics. » Rappelons que Junex a obtenu à la fin de juillet 5,5 millions $ pour le rachat de ses permis sur l’île d’Anticosti et que Ressources Québec a annoncé le 4 août un investissement de 8,4 millions $ dans les travaux d’exploration maintenant envisagés au site Galt.

À l’instar des groupes gaspésiens Environnement Vert Plus et Tache d’huile, qui participent aux activités du Camp de la rivière York, le RVHQ s’oppose à tout projet d’exploitation ou de transit de pétrole ou de gaz fossile au Québec. Il s’oppose avec une intensité toute particulière aux projets d’exploration en cours en Gaspésie, qui mènent selon toute vraisemblance à des opérations de fracturation hydraulique, comme l’ont démontré les études du gouvernement lui-même. En effet, qu’il s’agisse du site Galt de Junex ou des sites Haldimand ou Bourque de Pétrolia, l’Institut national de la recherche scientifique a montré que les formations géologiques analogues sont exploitées au moyen de forages horizontaux avec fracturation hydraulique (1).

« La confusion que Philippe Couillard entretient autour de la fracturation hydraulique n’est que de la poudre aux yeux, a fait valoir Jacques Tétreault, coordonnateur général adjoint. Quand il investit dans Junex ou Pétrolia, il sait parfaitement que leurs projets mènent à la fracturation hydraulique et menacent deux des plus belles rivières à saumons du monde, la York et la Darthmouth, sans oublier la Baie de Gaspé et l’eau potable de nombreux résidents. C’est intolérable. »

Comme le remarquent les militantes et militants du Camp de la rivière York dans leur communiqué, une large part de la population gaspésienne a des activités économiques et des modes de vie qui dépendent de la préservation d’écosystèmes sains, telles que la pêche, la chasse, l’agriculture et le tourisme. Selon Carole Dupuis, « Il est grand temps que le gouvernement du Québec renonce à son rêve pétrolier et gazier, qui est une voie sans issue, et investisse dans les véritables richesses de la Gaspésie : sa population, sa culture, son territoire, ses cours d’eau, sa faune et sa flore uniques au monde. »

De manière plus générale, le RVHQ demande une fois de plus au premier ministre d’interdire la fracturation hydraulique et de cesser toute injection de fonds publics dans les énergies fossiles. « Les règlements de la Loi sur les hydrocarbures sont attendus d’un jour à l’autre et la mise à jour obligatoire du Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) est en cours, a noté Jacques Tétreault. Espérons que le gouvernement saisira cette dernière occasion de mettre fin à la pénible aventure pétrolière et gazière du Québec. »

Rappelons que le RVHQ a lancé en avril 2017 l’opération #VousNEpasserezPAS invitant la population à afficher son opposition aux divers projets d’hydrocarbures au Québec et à suivre des formations en résistance citoyenne.

(1) ÉTUDE GENV– ESTIMATION DES INTENSITÉS D’ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE DE DIFFÉRENTS BASSINS GÉOLOGIQUES AU QUÉBEC, Étude réalisée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique sur les hydrocarbures au Québec, 28 octobre 2015, Ministère du Développement durable, de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques du Québec

RENSEIGNEMENTS Carole Dupuis 438 884-8200 Jacques Tétreault 450 261-6151 communications@rvhq.ca