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Révision du code minier : Pétition                                                        (!) Info minute – Revue de Presse

26 mai 2014 Observatoire des multinationales par Olivier Petitjean

Si les problèmes environnementaux associés à la fracturation hydraulique ne suffisaient pas déjà, ce sont désormais aussi les bienfaits économiques allégués du gaz de schiste qui apparaissent comme un mirage. Ce qui n’empêche pas les multinationales pétrolières et gazières d’en faire la promotion aux quatre coins du monde. Malgré le caractère quasi spéculatif de ces projets, ils bénéficient des financements et du soutien de nombreuses institutions financières – parmi lesquelles les grandes banques françaises. Interpellées par les Amis de la terre, les banques concernées se cachent derrière leur petit doigt. Une attitude qui contraste avec les initiatives prises dans d’autres pays, comme les Pays-Bas.

gaz de schiste les banquesMême si la France a fermé la porte au gaz de schiste sur son territoire, ses entreprises ne se privent pas d’en faire la promotion en Europe et ailleurs, et d’y investir des ressources parfois considérables. C’est le cas, bien sûr, pour les grands opérateurs gaziers, Total et GDF Suez, et pour les fournisseurs traditionnels du secteur des hydrocarbures. Mais c’est aussi le cas des banques. Selon une étude réalisée pour le compte des Amis de la terre Europe, dont nous avons pu prendre connaissance en exclusivité, les banques françaises figurent en bonne place parmi les institutions financières les plus actives dans le financement du gaz de schiste dans le monde.

Au vu du caractère extrêmement controversé de l’industrie des gaz et pétrole de schiste, on aurait pu s’attendre à un peu plus de prudence. La seule technique d’extraction viable à ce jour est la fracturation hydraulique, facteur de pollution des nappes phréatiques et d’aggravation des risques sismiques. Outre ces impacts locaux, l’attention se porte de plus en plus désormais sur les conséquences de l’extraction des hydrocarbures de schiste pour la pollution de l’air et pour le climat. Plusieurs études récentes ont montré que la fracturation hydraulique occasionne d’importantes émissions de méthane, un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le CO2. Et le gaz ou le pétrole extraits restent, en eux-mêmes, des sources d’énergie fossile, émettrices de carbone.

Le rapport commissionné par les Amis de la terre Europe identifie les banques et autres institutions financières qui soutiennent 17 entreprises actives dans la prospection et l’exploitation de gaz de schiste au niveau mondial, parmi lesquelles les majors Total, Shell et Chevron, les firmes pétrolières nord-américaines Cuadrilla, Marathon Oil et Talisman Energy, ou encore l’argentine YPF et la polonaise PGNiG. L’étude prend en compte différentes formes d’implication financière des banques dans les entreprises concernées (prêts, souscriptions d’actions ou d’obligations, garantie d’émission d’actions ou d’obligations) et évalue cette implication selon une échelle graduée : faible, moyenne ou haute.

Les grandes institutions financières françaises – BNP Paribas, Société générale, Amundi, Axa et Crédit agricole – non seulement financent toutes sans exception des entreprises actives dans le gaz de schiste, mais elles figurent aussi souvent parmi les plus impliquées dans le secteur, aux côtés de banques telles que Citi ou UBS. Les firmes polonaises, PGNiG et PKN Orlen, sont les premières bénéficiaires des largesses financières françaises : l’implication de BNP Paribas et de la Société générale dans ces deux entreprises est qualifiée de « haute » [1]. Mais c’est aussi le cas de firmes nord-américaines, très actives dans la promotion du gaz de schiste dans plusieurs pays, comme Marathon Oil [2] et Talisman Energy [3]. Les institutions financières françaises soutiennent également le développement du gaz de schiste en Argentine et en Afrique du Sud via leur implication dans, respectivement, les firmes Repsol et Sasol. Enfin, elles sont évidemment très présentes aussi aux côtés de Total, pour des sommes encore plus considérables [4].

Les critères sociaux et environnementaux mis en place par les banques sont-ils crédibles ?

Les Amis de la terre Europe ont écrit aux banques et compagnies d’assurances concernées pour les interpeller sur les risques du gaz de schiste et leur demander de se désengager du secteur. Seule la Société générale n’a pas daigné leur répondre. La réponse d’Amundi résume l’attitude générale : « Amundi (…) est particulièrement sensible aux questions environnementales et plus largement à l’ensemble des critères ESG (Environnemental, Sociétal, Gouvernance). Elle en tient compte dans ses processus d’analyse et de choix d’investissement (…) [Or] la notation résultant de nos critères d’analyse n’exclut pas à ce jour PGNiG de notre univers d’investissement. » Bref : ne vous inquiétez pas, nous avons déjà mis en place tous les critères de « responsabilité » et de « durabilité » nécessaires, vous n’avez qu’à nous faire confiance même si nous ne vous en dirons pas plus.

De la même manière, BNP Paribas affirme être « parfaitement conscient des risques et opportunités relatif [sic] à cette activité », ayant participé aux côtés d’autres institutions financières à l’élaboration d’un « guide pour les financiers », intitulé « Shale gas exploration and production : lire la suite ici

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Une journée qui prouve une mobilisation et un engagement intacts

Mille personnes se sont jointes au défilé qui a animé les rues de Bellegarde sur Valserine ce samedi à l’appel des collectifs de Rhône-Alpes et de Franche-Comté pour scander une fois de plus leur refus des forages pétroliers. Suite àManifestation non gaz de schiste bellegarde une conférence sur les énergies animée le matin par Jean-Claude Keller, habitants et citoyens se sont progressivement rassemblés sous le soleil pour écouter les animateurs des collectifs faire le point sur la situation administrative des permis et demandes en cours. Concernant le permis des Moussières, la demande de renouvellement pour une deuxième période a été instruite avec avis défavorable de la DREAL et de la Préfecture de l’Ain : Risque beaucoup trop important sur les aquifères, absence d’expérience du titulaire du permis, tels sont les motifs indiqués par l’administration territoriale qui a fait suivre le dossier à Paris. C’est au plus tard mi-juin qu’une décision doit être prise par la Ministre de l’Écologie et de l’Énergie. Il serait invraisemblable que l’administration centrale prenne le risque d’accorder ce renouvellement contre l’avis de la population, contre l’avis des élus locaux, contre l’avis de l’administration départementale, contre l’avis de l’administration régionale, contre l’avis des élus de la Région Rhône-Alpes, dont le vice-président pour l’environnement et la santé a relayé inquiétudes et motivation à la ministre la semaine dernière lors de la réunion de la commission développement durable de l’Association des Régions de France.

Non aux forages profonds!

Manifestation contre le gaz de schiste« Une vraie folie ! » C’est ce qu’affirment les géologues lorsqu’on leur fait part du projet de forage hydrocarbure en grande profondeur et en commençant à travers le karst. Ce projet que Celtique souhaite mener envers et contre tous. Ce projet qui fait l’objet d’une propagande purement mensongère de la part d’une firme qui souhaite faire un coup financier. Car lorsque son gérant répète à l’envie qu’il n’y aurait que « forage à l’eau claire » c’est vraiment prendre habitants, citoyens -dont certains sont forts compétents dans le domaine- pour des naïfs. « On nous prend pour des perdreaux de six semaines » affirmait Solange une militante à poigne qui a participé à tous les rassemblements depuis l’automne 2011 dans le Haut-Bugey. « Les forages profonds dans la région, qu’il s’agisse de forages pétroliers ou de géothermie, c’est non,  tout simplement!»  renchérit Guy spécialiste des forages et des aquifères. « La nature du sous-sol ne le permet pas, les risques sont nombreux et aucun opérateur ne peut les prévenir avec certitude. Vous savez, aucun  assureur n’est prêt à couvrir ces entreprises. Celles-ci s’auto-assurent ». Rassurant!

Affaire à suivre … d’ici le 15 Juin, au plus tard

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avec le Collectif du Haut-Bugey

Toujours dans l’attente de la décision du ministère sur le demande de renouvellement du permis de 24 MAI BELLEGARDE NON AUX FORAGES NDGSrecherche d’hydrocarbures (PERH) des Moussières, et dans l’incertitude par rapport à une éventuelle demande de renouvellement du PERH de Gex, citoyens, élus et associations se mobilisent aujourd’hui à Bellegarde sur Valserine pour exprimer à nouveau leur refus de voir leur terre spoliée et dégradée par des travaux dont l’impact pourrait être désastreux. La décision du Ministère de l’Écologie et de l’Énergie devrait intervenir avant le 15 juin prochain. Alors que Ségolène Royal reprend le même refrain qu’Arnaud Montebourg et Laurent Fabius sur un gaz de schiste propre, le barrage à ces projets doit  être ferme et sans détour.

 Que sait-on?
  • Le Préfet de l’Ain ainsi que les services de l’État (Dreal, ARS) ont émis des avis défavorables au renouvellement du permis des Moussières. Ces avis se fondent sur les éléments suivants :

–  Un forage conventionnel en 1989 a occasionné la perte partielle et la pollution de la source de la Moullaz à Outriaz privant deux communes de la Combe du Val d’eau potable.

–  La géologie karstique de notre région est trop sensible et fragile. Personne n’est à même de dire comment l’eau circule dans ce type de sous-sol.

–  Un forage pourrait compromettre définitivement l’approvisionnement en eau de toute la région

  • La compagnie titulaire de ce permis est la Celtique Energie, dont les actionnaires sont basés dans les paradis fiscaux du Delaware et des îles Caïman. Cette compagnie pétrolière très récente et très modeste (moins de 10 actionnaires) détient d’autres permis sur la région (permis de Pontarlier (pour du gaz de schiste), permis du Val de Travers en Suisse dans le canton de Neuchâtel). Elle a acheté les études complètes (sismiques et 4 forages) et les conclusions de la compagnie Esso Rep qui a foré dans les années 89/90 dans notre région : c’est d’après ces données très précises qu’Esso n’a pas jugé exploitables les hydrocarbures chez nous, et que Celtique a extrapolé de son côté de potentiels (et bien hypothétiques) gisements de pétrole conventionnel…
  •  Le Canton de Neuchâtel en Suisse vient d’adopter le 30 avril dernier un moratoire de 10 ans visant à interdire tous types de forages sur leur territoire, qu’ils soient conventionnels ou non (par fracturation hydraulique), au motif que :

–  le sous-sol du canton de Neuchâtel, karstique tout comme le nôtre, est trop complexe et vulnérable (plis, chevauchements géologiques, failles inconnus,…)

–  les études de la Celtique Énergie sont insuffisantes et basées sur des données trop anciennes (études sismiques de 1988)

–  tout forage quel qu’il soit met en danger les réserves et l’approvisionnement en eau des habitants du Canton.

  • La compagnie Celtique Énergie prétend ne vouloir rechercher que du pétrole brut conventionnel dans notre région, Or, le Courrier de Genève a  publié en juin 2013 deux articles relatifs aux permis d’explorer détenus par cette compagnie sur l’arc jurassien, tant en Suisse qu’en France.
  • Les éléments révélés par ce journal émanent d’un rapport de 2010, confidentiel et interne à la compagnie Celtique Energie. Dans ce document, Celtique ne cache pas ses intentions auprès de ses investisseurs. Sur les 273 pages d’études très techniques (sismique, géologie, bilans financiers), un chapitre de 38 pages est dédié aux « potentielles ressources non conventionnelles »  Le rapport confidentiel entre les mains du Courrier fait état  de 1274 milliards de m3 de gaz de schiste sur l’ensemble des permis,  français et suisses, il explique que les roches contenant de l’huile de schiste aux Moussières peuvent être facilement fracturées hydrauliquement. De même, le diaporama daté du 4 décembre 2012 que la compagnie a réalisé également à l’intention de ses investisseurs, indique noir sur blanc, sur une coupe stratigraphique du Jura, qu’elle vise les gaz de schiste dans les étages géologiques de l’Autunien, particulièrement favorables à leur formation, et du Toarcien. Elle va même jusqu’à comparer dans des tableaux le potentiel des gisements de schiste de l’ensemble de la chaîne jurassienne avec la situation de six sites de gaz de schiste aux États-Unis, le pays au monde qui en exploite le plus.
  • Ces éléments révélés par le Courrier correspondent en tous points aux termes de la demande de permis initiale de Celtique de septembre 2006 ; extrait : « De très bonnes roches-mères [hydrocarbures non conventionnels] ont été identifiées dans les niveaux clastiques de l’Autunien (Permo-carbonifère), présent dans la majorité de la zone d’intérêt et qui est considéré comme la-celtique- roche-mère du pétrole découvert à Chaleyriat et la Chandelière »  (communes de Lantenay et de Corcelles dans l’Ain) et « en ce qui concerne les dolomies du Muschelkalk….elles pourraient produire du gaz, mais la fracturation reste un paramètre très important pour l’amélioration de la perméabilité ». Tous ces éléments confirment les intentions de Celtique de rechercher et d’exploiter des hydrocarbures non conventionnels dans notre région. D’ailleurs, le rapport confidentiel dont le Courrier a fait état le 12 juin 2013 relate « Les nombreuses occurrences d’huile et de gaz ont été trouvées par forages dans la région du Jura [en 1989…], le plus important est le champ de pétrole de la Chandelière » (Corcelles).
L’art du double discours est employé par les dirigeants de la compagnie Celtique qui tente de convaincre certains acteurs locaux en leur promettant un développement économique de notre région.
  • En ce qui concerne l’emploi :

–  Celtique n’annonce aucun emploi local durable. Les forages de 89/90 n’en avaient créé aucun. Combien d’emplois pérennesAOC Bugey dans l’agriculture, le tourisme et la santé pouvons-nous en revanche perdre ? L’A.O.C. Comté compte à elle-seule 7 600 emplois directs. La région sera-t-elle encore attractive au tourisme et à de possibles nouveaux habitants lorsqu’elle sera couverte de forages pétroliers ?

–  D’après les statistiques américaines, 600 000 emplois ont été créés aux États-Unis pour 500 000 puits forés. Ce qui reviendrait à dire que s’il l’on veut créer 100 000 emplois en France, comme l’annoncent certains politiques,  il faudrait forer 83 000 puits, ceci sur les seuls territoires concernés par des permis ! Ces chiffres d’emplois relèvent de la plus pure fantaisie.

  • En ce qui concerne les redevances : aucune redevance n’est due pendant la phase d’exploration. Les permis des Moussières, de Gex, de Blyes sont des permis d’exploration ! L’arrêté ministériel du 9 août 2011 a revu à la baisse toutes les redevances dues en phase d’exploitation (Legifrance : JORF n°0206 page 15 008, texte n°29) : les « nouvelles » redevances ne représentent plus que le tiers des précédentes. De plus les propriétaires de terrain ne perçoivent que très peu d’argent en phase d’exploitation (env. 1800€/an/hectare).
  • Le TAFTA : actuellement se discute au sein de la Commission européenne le « Grand Marché Transatlantique », un accord de libre-échange entre les États-Unis et l’Europe afin de favoriser les investissements et les bénéfices des grandes compagniesTAFTA_TTIP gaz de schiste multinationales. Nos gouvernants perdraient entre-autres, si ce texte est adopté, le pouvoir de réglementer la recherche et l’exploitation des hydrocarbures. La fracturation hydraulique deviendrait un droit pour les sociétés qui la pratiquent et qui pourraient ainsi demander des dommages et intérêts, par simple arbitrage privé, aux nations qui l’interdiraient. On voit bien l’intérêt qu’ont les compagnies disposant d’un permis en France à commencer les forages sous couvert de conventionnel. Sitôt ce texte adopté, la fracturation pourrait avoir lieu…
Les citoyens opposés aux forages d’hydrocarbures et aux gaz de schiste œuvrent en dehors de toute appartenance politique, à :

–    l’information de ses concitoyens sur ces problématiques (nous tenons à votre disposition tous les documents ou statistiques évoqués ici appuyant notre argumentation)

–    la protection de l’eau, de l’air, de l’environnement pour nous-mêmes et pour les générations futures.

–    La transition énergétique par l’économie d’énergie, et par l’isolation des habitations et des bâtiments qui à elle seule pourrait créer des centaines de milliers d’emplois artisanaux et industriels

–    La prise en compte du réchauffement climatique, des maladies environnementales (cancers, maladies auto-immunes, allergies,…), de l’état déjà très dégradé de notre planète…

 

Le pétrole est une énergie rétrograde et mortifère qui retarde notre entrée dans une réelle transition énergétique : Diminuons notre consommation et allons vers les énergie propres et renouvelables.

fracking free Europe

 MANIF BELLEGARDE 24 MAI                                                           (!) Info minute – Revue de Presse

Traduit par nos soins, d’après l’article de Zach Carter et Kate Sheppard publié dans l’Huffingtonpost sous le titre “Read The Secret Trade Memo Calling For More Fracking and Offshore Drilling

WASHINGTON – L’Union européenne (ndt la commission européenne) pousse l’administration Obama à l’augmentation de la production d’hydrocarbures par fracturation hydraulique aux États-Unis, l’augmentation des forages de pétrole offshore et l’exploration de gaz naturel selon les termes d’une négociation secrète dont Huffington Post a obtenu le texte.

van_rompuy_obama_barroso_nov_2011 TAFTA TTIPLe document controversé est une première ébauche de la politique énergétique que les négociateurs de l’UE espèrent voir adoptée dans le cadre du Partenariat pour le commerce et l’investissement transatlantique (TTIP) accord commercial actuellement en cours de négociation . Le texte a été partagé avec les autorités américaines au mois de Septembre. Le Bureau du représentant américain au Commerce a refusé de commenter le document.

Les associations environnementales craignent que les termes généraux proposés pour l’accord n’éliminent les restrictions essentielles concernant l’exportation de pétrole brut et de gaz naturel, ces combustibles fossiles qui contribuent au changement climatique. Le document marque la première pomme de discorde dans la négociation avec l’UE, en plein tollé provoqué par des écologistes au sujet d’une autre fuite sur le Partenariat Trans-Pacifique, un autre pacte également en cours de négociation entre les États-Unis et 11 nations du Pacifique.

« Les exportations de produits énergétiques à l’autre Partie doivent être considérées comme automatiques pour se conformer à toutes les conditions et essais prévus dans la législation respective des parties et pour l’octroi des licences d’exportation » indique la note qui définit les « biens énergétiques » comme « le charbon, le pétrole brut , les produits pétroliers, le gaz naturel liquéfié ou non, et l’énergie électrique ».

Le gouvernement américain traite les textes de négociations commerciales comme des informations à ne pas divulguer au public[1]. Les fuites précédentes concernant l’accord avec l’UE avaient porté sur des sujets plus légers, questionnant par exemple la possibilité pour les producteurs de fromage américains d’appeler leurs produits « feta » ou « parmesan ».

En encourageant ainsi les exportations de pétrole brut et de gaz naturel vers l’Union Européenne – une puissance économique massive qui utilise une énorme quantité de l’énergie mondiale – cet accord pourrait stimuler le développement de plus de forages de pétrole et de gaz aux États-Unis et décourager le développement des énergies propres dans l’UE, représentant un coup dur aux efforts visant à limiter le changement climatique. Des associations environnementales et collectifs citoyens contestent la pratique de la fracturation hydraulique elle-même – par laquelle un mélange de produits chimiques, d’eau et de sable est injecté sous haute pression dans des formations rocheuses pour la fracturer et libérer le gaz naturel- et ceci en raison des conséquences que fait porter cette technique sur l’intégrité des nappes d’eau souterraines.

«Encourager le commerce des combustibles fossiles sales signifierait plus de fracturation hydrauliques dangereuses ici aux États-Unis et plus de combustibles perturbant le climat dans l’Union européenne » déclare Ilana Solomon , directrice du Programme Commerce responsable au Sierra Club. « L’industrie du pétrole et du gaz est la seule gagnante dans une telle situation ».

Les États-Unis ont interdit les exportations de pétrole brut en 1975, et imposent une série de restrictions à l’exportation de gaz naturel pour des raisons économiques et de sécurité nationale. Mais le président peut délivrer des autorisations spéciales pour lever l’interdiction portant sur les exportations de pétrole brut, et le ministre de l’Énergie Ernest Moniz a déclaré ce mois-ci qu’il envisage d’assouplir cette disposition.

De plus en plus de pressions sont déployées pour alléger les contraintes sur les exportations de gaz naturel des États-Unis vers l’Europe, en particulier depuis l’escalade du conflit entre la Russie et l’ Ukraine, mettant en exergue la dépendance de l’Europe vis à vis de l’énergie russe. Bien que la combustion du gaz naturel produise moins d’émissions que le pétrole ou le charbon, le stockage et le processus d’expédition – la liquéfaction du gaz et l’acheminement par méthaniers – élimine bon nombre de ses avantages. Pour les opposants au gaz, l’augmentation des exportations ne ferait qu’accroître la dépendance aux combustibles fossiles plutôt que d’accélérer la transition vers les énergies renouvelables. Ceci entrainerait également l’augmentation des prix de l’énergie aux États-Unis, alors même que les bénéfices supposés de l’accord ne pourraient se faire sentir avant plusieurs années.

Grand-Marche-Transatlantique_Illustration TAFT TTIPLes accords de libre-échange lient souvent les signataires à un régime de réglementation spécifique, ce qui condamne d’avance le développement de futures réglementations en réponse à de nouveaux problèmes. La mise en application des accords commerciaux est gérée par les tribunaux internationaux, lesquels peuvent émettre des sanctions économiques contre les pays qui en violent les principes. Ce que propose la Commission Européenne irait à l’encontre des normes environnementales existantes qui limitent le développement de l’industrie des combustibles fossiles.

« La tendance dominante dans les négociations commerciales c’est l’élimination du pouvoir de décision politique des gouvernements nationaux et locaux et la consécration de la suprématie des lois du commerce international », indique Sarah Burt , avocate de l’organisation juridique écologiste Earthjustice qui a vu le document . « Ces négociations , déclare Burt , se produisent en dehors de tout contrôle du public et sont un processus opaque où le commerce et l’économie sont élevés au-dessus toutes autres valeurs »

Lire le document complet ici 

 

[1] Informations classifiées

Révision du code minier : Pétition       MANIF BELLEGARDE 24 MAI      (!) Info minute – Revue de Presse

Vite dit, avec « l’Echo des Forages » Haute-Savoie, Bulletin N°11

Allez comprendre !

En France, la cohérence n’est pas au rendez-vous.

  • frack frack frackLa mission parlementaire (une de plus sur le sujet, mais volontairement limitée aux possibles retombées économiques !) conduite par le député PS Philippe Barbier reconnait qu’en Europe l’enjeu d’une exploitation n’en vaut pas la chandelle. Produire du gaz de schiste « conduirait en effet à un taux de dépendance en gaz hors UE de 80 % en 2035 contre 90 % sans production de gaz de schiste », selon une analyse réalisée par Bruxelles et reprise dans le rapport[1]. Pour l’Hexagone, il souhaite néanmoins le « lancement d’un petit bout de recherche », juste pour faire un « petit bout » de plaisir à Arnaud Montebourg ?
  • Pendant ce temps, le président de la République propose de concert avec le Premier Ministre Polonais, grand partisan des gaz de schiste, une initiative commune pour une Europe «plus indépendante, plus cohérente et plus solidaire dans sa politique énergétique».[3] Indépendante, mais avec quoi ?
  • Pas le gaz de schiste polonais : après les Américains Marathon Oil, Talisman Energy, Exxon Mobil et les Italiens d’Eni, c’est le Français Total qui jette l’éponge. Seul Chevron continue de forer le sous-sol polonais. Les réserves de gaz y ont été surévaluées, les premiers forages n’ont pas enthousiasmé les compagnies pétrolières qui doivent aussi tenir compte de normes environnementales européennes plus strictes[4]…et de l’opposition des populations qui à Zurawlow bloquent le chantier de Chevron depuis plus de 330 jours.
  • Peut-être du gaz de schiste russe ? Selon le responsable «exploration & production» de Total pour l’Europe continentale et l’Asie centrale « La Russie est un pays qui a des ressources importantes, du pétrole et du gaz conventionnel et non conventionnel. Nous avons de bons partenariats« [5]. Total pense que la Russie représentera d’ici 2020 sa première source de production de pétrole et de gaz. Et la crise en Ukraine ? Michael Borrell a déclaré qu’en dépit du regain de tension de ces derniers jours, il ne sentait «aucune menace de la part de ses partenaires russes». Les affaires sont les affaires, à Paris comme à Moscou !
Et pourtant, ailleurs il y en a qui sont plus clairs
  • « La fracturation sans danger est simplement impossible, que ce soit avec la technologie actuelle ou avec les règles inadaptées que l’on propose » c’est ce qu’affirme Louis Allstadt, ancien vice-président exécutif de Mobil[6].
ALORS MAINTENANT ON ARRÊTE !
… et on se retrouve tous à Bellegarde / Valserine le 24 mai 2014
  • 24 MAI BELLEGARDE NON AUX FORAGES NDGSA 10h avec JC Keller : Pourquoi sortir des énergies fossiles ? Théatre Jeanne d’Arc Bellegarde
  • A 14h grande manifestation dans les rues, départ Place Carnot Bellegarde

Les dernières informations pratiques seront publiées ici ou également là.

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1 http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/04/30/l-europe-victime-du-boom-americain-du-gaz-de-schiste_4409910_3244.html
2 http://www.rtl.fr/actualites/info/environnement/article/gaz-de-schiste-segolene-royal-ferme-toujours-la-porte-a-de-nouvelles-recherches-7771655050
3 http://www.romandie.com/news/Initiative-de-Paris-et-Varsovie-pour-une-communaute/471005.rom
4 http://www.franceinter.fr/depeche-total-renonce-au-gaz-de-schiste-en-pologne
5 http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20140423.REU3662/total-voit-la-russie-comme-sa-1e-source-de-production-d-ici-2020.html
6 http://www.timesunion.com/business/article/Former-Mobil-Oil-exec-urges-brakes-on-gas-fracking-5422292.php
7 http://www.rts.ch/info/regions/neuchatel/5812531-neuchatel-vote-un-moratoire-de-10-ans-sur-les-forages-d-hydrocarbures.html
8 http://ecologie.blog.lemonde.fr/2014/04/30/proces-sur-le-gaz-de-schiste-une-famille-texane-obtient-3-millions-de-dollars-dindemnites/

      (!) Info minute – Revue de Presse

[Ce témoignage a été recueilli dans l’État du Queensland au Nord-Est de l’Autralie, bordé par la mer de corail. Cet article a été publié en anglais sur un site Internet australien le 22 avril 2014. Il en a été retiré au bout de quelques heures. Suite à des pressions ? Nous conservons l’anonymat de l’auteur et du site source – mais lisez donc!]

J’ai contacté le groupe de soutien communautaire (Gasfield Community Support group)[1] après avoir entendu L. S.[2] dire sur la radio qu’aucun travailleur dans l’industrie du gaz de houille n’était tombé malade et que les analyses indiquaient que la qualité de l’air et de l’eau était bonne.

Bassin_recup_eau_salee-J’ai commencé dans l’industrie en 2008, et j’ai travaillé pendant 3 ans et demi sur une tour de forage mobile. Au début, j’étais employé par Forages M[3], société qui a ensuite été reprise par A. J’ai travaillé d’abord comme assistant avant de passer à foreur principal adjoint. L’une des tâches consistait à mélanger les produits chimiques dans la fosse à boue avant le pompage vers la colonne de forage. Différents polymères étaient utilisés. On injectait la boue, composée d’eau salée, de Chlorure de potassium (KCl) et d’un polymère (le JK261) comme lubrifiant de la colonne de forage. En moyenne, s’il n’y avait pas de pertes, vous deviez utiliser 12 tonnes de chlorure de potassium et 15 palettes (720 bidons / 10800 kg) de polymère pour maintenir la viscosité et lubrifier la tête de forage. Les polymères étaient envoyés dans la fosse par l’intermédiaire d’une trémie. Les polymères devaient être pulvérisés dans la trémie et nous revenaient en pleine figure, dans les yeux; nous respirions cela constamment. Cela pouvait durer des heures de suite. Nous portions des masques, quelquefois de sécurité (à filtre), sinon de simples masques en papier.

Les masques étaient également nécessaires lors du mélange du ciment pour la fabrication du tubage (casing) lorsqu’Halliburton ne venait pas et que nous avions à faire le boulot nous-mêmes.

forage gaz de couche charbonLors de la foration au travers des couches très perméables du Permien ou du Jurassique, parfois, les boues de forage disparaissaient. Il pouvait s’agir d’énormes pertes de boue. Nous prenions des échantillons de carottage lorsque l’opérateur nous le demandait. En fait nous prenions des échantillons sur chaque puits de forage, habituellement à environ 600 mètres de profondeur. 80% du temps, ça se passait bien, le retour était correct. Mais dans 20% des cas, en particulier à Fairview, à l’Est d’Injune, on ne pouvait pas arrêter les pertes.

On pouvait utiliser environ 20 tonnes de KCl (un semi-remorque complet) avec de l’eau. Il y avait 50 000 litres d’eau dans chacune des trois fosses. Sur une plateforme de forage, lors d’un quart de 12 heures, nous utilisions 27 tonnes de KCl avec 100 000 litres d’eau et d’autres produits chimiques. Pour l’équipe de quart suivante, c’était la même chose, et ça pouvait durer des jours à faire exactement la même chose, jusqu’à ce que les pertes soient stoppées.. Ils utilisaient des solutions de KCl, et de polymères JK261 et CR650 à très forte concentration. Le KCl servait à lutter contre les remontées de gaz. Pour lutter contre les fuites ils utilisaient un « bouche trou » composé de papier d’aluminium et de sciure grossière, pour essayer de remplir le trou et de le boucher.

Iforage -ls essayaient de stopper la perte et de colmater le trou. Pour cela ils utilisaient peut-être 10 produits chimiques différents en plus de la bentonite, ils continuaient les injections, essayant de combler les pertes. Si les boues disparaissaient le gaz pouvait remonter ; ils essayaient de le bloquer par différents moyens et continuaient d’injecter la boue dans la colonne de forage pour colmater le trou. Ils essayaient d’empêcher les remontées de gaz. Ils avaient la trouille des remontées de gaz et du risque d’explosion; c’était une phase très dangereuse et ça arrivait souvent (peut-être 20% du temps).

Dans le bassin sud de Gunnedah Coonabarrabin, ils ont foré un trou et touché la nappe phréatique. L’eau douce coulait hors du trou, diluant la teneur en sel. Ils ont du faire venir des camions pour évacuer l’eau plus loin; ils ont installé le tubage et essayé de le sceller avec du ciment. Il y avait de sacrés problèmes dans le bassin de Gunnedah parce que les aquifères étaient proches de la surface, ils ont dû passer à travers les aquifères et continuer à forer pour accéder à la veine de charbon. Une fois c’est une tête de forage qui s’est coincée dans un trou. Ils ont amené une substance noire dans un conteneur de 1000 litres. Ils appelaient ce produit « pipe free » (conduite libre). Je ne sais pas comment cela a fonctionné. Je pense qu’ils ont pompé vers le bas de la colonne de forage pour essayer de libérer et récupérer ce matériel qui coûte une fortune. Ca puait à mort ! Ca sentait mauvais et c’était dangereux: on nous a dit de ne surtout pas en mettre sur notre peau. C’est arrivé lors d’un forage à Fairview près d’Injune. C’est arrivé à peu près lors d’un forage sur cinq. Mouse_holeMais avec un peu de patience ils pouvaient récupérer le matériel avec cette méthode. Quand l’outil cassait il fallait essayer de le « repêcher » puis cimenter le trou, se déplacer de quelques mètres, pour recommencer un nouveau forage. (Çà s’est passé environ trois fois quand j’étais là, mais il y a qu’une seule fois où ils ont utilisé ce déboucheur « pipe free ») Pour eux la perte de matériel de forage dans le puits est un grand problème et de plus très coûteux. La société W. faisait les enregistrements (logging). Ils utilisaient du matériel radioactif. J’ai entendu dire qu’ils avaient perdu des outils dans le puits, mais pas à l’époque où j’étais là.

Parfois il y avait des problèmes avec le bouchon terminal, des bulles de gaz traversant le ciment sans qu’ils puissent les arrêter. Les bulles sortaient de l’eau qui se trouvait au-dessus du ciment dans la cavité. Je l’ai vu trois ou quatre fois. A Fairview, il y avait tellement de forages qu’on aurait dit un porc-épic. Les forages pouvaient être espacés de 150 mètres par moment. En d’autres endroits la distance entre les puits était de plusieurs kilomètres. Maintenant, il y a plein de puits en production là-bas.

J’ai commencé à tomber malade, avec des saignements de nez sur une base régulière en 2011. Avant ça, je n’avais jamais eu un saignement de nez de ma vie. Mon horaire de travail était dehors pendant 18 jours, à la maison pour 9 jours avec deux jours de voyage. (Je suis un agriculteur en bio, totalement autonome et à l’énergie solaire, et j’étais en train de me préparer aussi pour mes vieux jours. Je travaillais là-bas pour l’argent. J’étais prudent et je la fermais – j’avais déjà perdu un emploi après avoir dit ce que je pensais). J’allais mieux lorsque j’étais à la maison et pendant les jours de congé; Quand j’y retournais (au boulot), il y avait encore du sang qui coulait de mon nez. J’avais des saignements de nez dans la douche.

On a arrêté le boulot plus tôt que prévu à la fin de 2011, en raison du temps humide. Je toussais et ne je pouvais vider mes poumons. Je suis allé chez le médecin fin Novembre / début Décembre. Il a écouté à mes poumons et m’a envoyé faire une radio pulmonaire.

J’ai eu un terrible sentiment d’angoisse et je me sentais très mal. L’angoisse était là toute la journée à partir de la minute où je me réveillais jusqu’au soir en me couchant. On m’a également envoyé faire un scanner pour trouver que j’avais un emphysème modéré. Pourtant je n’avais fumé qu’une paire d’années à 19/20 ans et pas depuis. J’ai regardé l’Internet et vu le Dr R. près de Wesley. J’ai fait des tests pendant six heures et eu une biopsie au poumon. On m’a dit que j’avais une inflammation, une infection du poumon, la bronchite. Je voulais une compensation, et j’insistais pour faire reconnaître cette affection comme maladie professionnelle. Le Dr R. ne pouvait s’engager fermement sur l’origine du mal. J’ai eu des indemnités de maladie pour quelques mois – j’ai été arrêté pendant quelques mois puis ils m’ont dit que j’étais apte à retourner travailler. Je ne voulais pas retourner mélanger des produits chimiques; ils m’ont dit qu’il n’y avait rien d’autre pour moi – je n’ai rien obtenu. Ils s’en sont lavé les mains.

Maintenant, je suis de retour à la ferme. Je ne tousse plus toujours autant, mais je n’ai pas récupéré 100% de ma capacité pulmonaire. J’ai de la toux, des glaires et une perte de fonction pulmonaire. Quand je travaillais sur les plates-formes, j’avais des spasmes dans les mains. Quand j’attrapais une clé Stillson pour serrer un joint de forage, en essayant de la déposer je n’arrivais pas à ouvrir ma main. Je devais utiliser l’autre main pour ouvrir les doigts.

graisse forageIl y avait de la graisse au plomb, de la graisse très épaisse, utilisée sur les joints de forage. Il y avait également une graisse à base de zinc appelée ZN50. Les jeunes gens avec qui je travaillais ici s’en mettait partout. Elle est cancérigène.

Ils en passaient un seau de 20 kg tous les 10 jours. Un autre foreur, âgé de 27 ans, avait la peau dans un sale état. Ca avait l’air d’une dermatite. Il avait l’épiderme rouge autour des yeux et des cheveux. Il allait mieux à chaque fois qu’il revenait de ses périodes de repos. Nous avons perdu le contact.

Avec la baisse de l’activité industrielle beaucoup de gens n’ont pas de travail. Il s’agissait d’une plate-forme fonctionnant 24 heures sur 24 avec des rotations de 12 heures et des équipes de 4 : un foreur qualifié, deux ouvriers qualifiés et un ouvrier non qualifié (« offsider ») . Il y avait toujours une équipe au repos. A part les gens avec qui vous travailliez, vous ne connaissiez personne.

Il y avait de grands camps. Nous vivions dans des camps ou des chambres d’hôtel, jusqu’à 80% du temps dans des camps.

boues de forage bassin rétensionLes gens se sont plaints de l’eau à mainte reprise. Le camion n’avait tout simplement pas l’air hygiénique. L’eau était stockée à côté de la fosse septique qui a débordé à plusieurs reprises. Les gens avaient des maux de ventre. Je ne suis pas sûr que l’eau de boisson était de l’eau puisée par forage. A cause de plaintes, deux ou trois fois, l’opérateur est allé chercher l’eau potable plus loin.
L’eau dans les bassins de décantation était recyclée pour le prochain forage. Les déblais de forage retournaient dans les fosses. Dans le bassin Gunnedah ils ont commencé à garnir les fosses avec de grandes bâches en plastique. Ils n’ont pas fait la même chose dans la région de Queensland. Il y avait des centaines de tonnes de déblais. C’était un vrai problème. Je ne sais pas ce qui a finalement été fait de ces fosses. Ni du plastique. Ni des déblais.

Quand nous étions là-bas, s’il y avait 10 cm de pluie, de l’eau saumâtre commençait à déborder des bassins de rétention.

S’ils savaient que la pluie venait, ils essayaient de pomper les boues dehors et de les balancer ailleurs.

La compagnie a planté des espèces fourragères, et non des espèces végétales indigènes australiennes.Je pense qu’ils les ont plantés pour se débarrasser de l’eau issue des veines de charbon en l’utilisant pour l’irrigation. La compagnie en a planté peut-être 4000 ha. C’est alors devenu un problème. Des graines ont été emportées et poussent sur le bord des routes et des voies navigables. Cette espèce est devenue un vrai ravageur.

L’activité industrielle a décollé très rapidement; passant d’une industrie australienne contrôlée avec une poignée d’entreprises et de tours de forage australiennes, à une multitude de forages opérés par des sociétés venant du Canada, du Mexique et d’ailleurs. Quel que soit les contrôles dont ils faisaient l’objet dans le passé, ceux-ci semblent avoir disparu d’un coup.

A-drill-pipe-at-a-shale-Quand je travaillais dans le bassin Gunnedah, il y avait beaucoup de protestations de la part des gens du coin, il fallait passer à travers des barrages routiers. Il y avait aussi des concessions de mines de charbon à ciel ouvert qui autorisaient les acheteurs étrangers (en particulier les Chinois) à acquérir des terrains. Les agriculteurs n’appréciaient pas ça. En raison des protestations, l’industrie a du améliorer son image et il y a eu plus de contrôles que dans la région de Queensland. Les problèmes avec les agriculteurs dans le Queensland occidental étaient moins importants. Il y avait bien un puits par propriété et disons jusqu’à 10 puits sur les grandes propriétés. La compagnie construisait un grand aéroport. Je n’ai pas vu de protestation de la part des agriculteurs dans le Queensland. Ce n’était pas un problème sur les grandes propriétés. Et puis la compagnie elle-même était propriétaire de grandes surfaces.

arcadia-valley-La vallée de l’Arcadie, au nord d’Injune est un pays vierge, magique et de grande importance pour les autochtones aborigènes. Il s’agit d’une vallée du Rift, avec d’énormes escarpements et des grottes. Elle n’aurait pas du être touché, elle devrait être patrimoine classé.

La compagnie avait une plate-forme dans la vallée de l’Arcadie et qui a perturbé les sites sacrés aborigènes. Il y avait peut-être six forages. Il n’y avait ni plus ni moins de soins pris qu’à Fairview. Pour moi, c’est une véritable honte.

Le gaspillage était immense. En un quart de 12 heures, 2000 litres de gas-oil étaient utilisés, seulement pour une plate-forme d’exploration. (Pour un puits de production pour extraire le gaz du sous-sol, la consommation de carburant serait astronomique.)

En plus du forage, il y avait des climatiseurs et des générateurs qui fonctionnaient tout le temps. Il y avait des centaines de plates-formes dans la région. Il y avait des déversements et des fuites de gas-oil.

Et puis d’autres déchets, des poubelles industrielles remplies de fûts en plastique vidées deux fois par semaine; Il y avait aussi un énorme gaspillage de nourriture.

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[1] Le Groupe de soutien communautaire a été mis en place pour les résidents qui vivent dans des zones de gisement de gaz, qui se sentent en détresse ou inquiets face à l’industrie d’extraction de gaz de couche, qui ont du mal à traiter avec les sociétés impliquées dans d’extraction de gaz de couche, qui subissent les impacts depuis l’arrivée de l’extraction de gaz de couche sur leurs terres. De nombreux membres sont victimes de problèmes de santé depuis le lancement de l’extraction du gaz de couche dans la région. http://westerndowns.group-action.com/about-2/

[2] Le nom des personnes n’est pas publié. Le fait qu’il l’ait été dans le texte original est peut-être la cause du retrait de l’article du site Internet australien.

[3] Le nom des sociétés n’est pas publié. Le fait qu’il l’ait été dans le texte original est peut-être la cause du retrait de l’article du site Internet australien.

Révision du code minier : Pétition                                                      (!) Info minute – Revue de Presse

24 MAI BELLEGARDE NON AUX FORAGES NDGSFaut-il se méfier de l’eau qui dort ? Dans nos massifs et vallées, l’eau ne dort pas. Elle circule dans le karst à travers une multitude de réseaux connus de l’homme ou pas et finit par rejaillir pour alimenter sources, torrents et rivières. Une eau précieuse, un bien commun, mais trop souvent victime de pollution et marchandisation.

Une eau que le titulaire du permis des Moussières[1] voudrait puiser dans les réserves communautaires pour stimuler un réservoir de pétrole.

La Chandelière ça vous dit quelquechose? Ce site est mentionné dans les documents du permis des Moussières accordé par l’administration en mars 2008. C’est là, près de Hauteville Lompnes, sur les communes de Corcelles et Lantenay que la société britannique Celtique voudrait aller forer pour tirer un hypothétique pétrole qu’il faudrait ensuite transporter par camion jusqu’à la raffinerie de Lyon/Feyzin distante de plus d’une centaine de kilomètres !

Ce permis, tout comme celui de Gex[2] avait été accordé par le ministère de l’industrie sans aucune consultation de la population ni des élus, qu’ils soient municipaux, départementaux ou régionaux. Depuis, que ça soit dans l’Ain, dans le Jura, dans les pays de Savoie, population et élus se sont constitués en collectifs pour examiner des projets soumis par les titulaires de ces permis[3] et finalement exprimer leur ferme opposition[4] à leur développement.

pétrolier gaziers industriels twPromesses et mensonges[5] se sont multipliés depuis plus de cinq ans et à de nombreuses reprises nous avons dit NON à ces projets[6], dangereux pour notre environnement, pauvres en création d’activités et revenus, dévalorisant pour le foncier, alors que nos pays se sont engagés dans des politiques de préservation de la nature, de développement touristique et agricole raisonnés et ambitionnent une véritable transition énergétique qui a démarré dans les faits[7]. Investir dans l’énergie, bien évidemment, mais pas dans le pompage de produits fossiles aux stocks limités et producteur de carbone.

Le 24 Mai à Bellegarde disons à nouveau Non au renouvellement des permis des Moussières et de Gex !

lantenay3CHB AixA de nombreuses reprises, populations et élus ont exprimé leur refus de ces permis., lors de rassemblements, sous la pluie à Lantenay en octobre 2011[8], dans le froid à Saint-Julien-en-Genevois en février 2012[9] à Bourg-en-Bresse[10] au printemps 2012 , au bord du Lac d’Aix-les-Bains[11] à l’automne 2012, à Nantua en mars 2013[12] pour s’opposer déjà à la demande de renouvellement ainsi qu’à Saint-Claude en octobre dernier[13].

NON c'est NON forage pétrole gaz de schiste -Saint Julien Fev 2012 2Cette opposition a par ailleurs été clairement signifiée aux autorités préfectorales[14] puis ministérielles lors d’un rendez-vous au ministère de l’Écologie fin 2012.

Le permis des Moussières à fait l’objet d’une demande de renouvellement pour une deuxième période. Le dossier a été jugé recevable par l’administration centrale et transmis au préfet de l’Ain pour coordonner son instruction. La DREAL[15][16] tout comme le Préfet a donné un avis défavorable[17]. Le Préfet jugeant publiquement que « les inconvénients seraient plus importants que les avantages[18] ».

+  L’administration doit se prononcer d’ici mi-juin 2014 : En effet le ministère de l’Ecologie devra décider s’il rejette cette demande de prolongation de permis. Demandons donc à Ségolène Royale nouvelle est quatrième ministre du quinquennat se signer le rejet de ses permis.+  La manifestation du 24 Mai à Bellegarde sur Valserine sera aussi l’occasion de demander le rejet de l’ensemble des demandes de permis de recherche hydrocarbure toujours en attente.
 Alors que le GIEC sortait ce dimanche de nouvelles conclusions de ses travaux[19], il est plus qu’urgent d’agir et ne point s’enferrer dans le fossile ! Mobilisons-nous !

 PLUS D’INFO PRATIQUES A VENIR ICI ==> MANIFESTATION

fracking free Europe

[1] https://stopgazdeschiste.org/permis-moussieres
[2] https://stopgazdeschiste.org/permis-gex
[3] Rencontre régionale des collectifs contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux 15-16 décembre 2012
[4] Forages hydrocarbures, non au renouvellement du permis des Moussières le 16 mars 2013 à Nantua
[5] Permis des Moussières lorsque les pétroliers désinforment
[6] Le collectif écrit aux députés et sénateurs
[7] Vers 25 territoires à énergie positive en Rhône-Alpes
[8] Le Progrès : Lantenay, les opposants aux forages pétroliers se font entendre
[9] En Haute-Savoie les gens ne veulent pas des gaz de schiste
[10] Samedi 14 avril 2012: 1500 personnes à Bourg-en-Bresse pour dire non aux forages hydrocarbures
[11] 2500 personnes à Aix-les-Bains pour dire non aux forages hydrocarbures et autres gaz de schiste
[12] Manifestant de Nantua trois mille citoyens entendus jusqu’à Paris
[13] Saint-Claude rassemblement interrégional massif pour la journée contre la fracturation hydraulique et l’extractivisme
[14] Permis des Moussières non aux forages soutenons nos élus convoqués en sous-préfecture de Nantua
[15] Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement
[16] Renouvellement du permis de recherche d’hydrocarbures des Moussières avis défavorable du préfet
[17] Voix de l’Ain : Le préfet de l’Ain a émis un avis négatif au projet de la Celtique petroleum
[18] Le Progrès : Le préfet fait un premier pas vers le refus d’exploration des gaz de schiste
[19] Le Monde : Réchauffement, une révolution économique est nécessaire

Article repris ici avec la très aimable autorisation de son auteure, la journaliste

Un ancien dirigeant du groupe pétrolier américain Mobil Oil explique son opposition radicale aux forages de gaz et d’huile de schiste. Il pointe les pollutions massives, l’impact important sur le climat, les ressources limitées et appelle à sortir des énergies fossiles.

Au temps de la guerre froide, on l’aurait qualifié de transfuge. Ancien vice-président exécutif du groupe pétrolier Mobil Oil, Louis Allstadt est devenu un opposant résolu à l’exploitation des gaz et des pétroles de schiste (voir par exemple ici cette audition publique). Aujourd’hui retraité, il a dirigé des opérations d’exploration et de production de l’entreprise après avoir été en charge de ses activités d’approvisionnement, de commerce et de transport pour le monde. Il a également supervisé, côté Mobil, la fusion de son entreprise avec la société Exxon – Exxon Mobil est aujourd’hui l’un des plus grands groupes mondiaux. Au total, Louis Allstadt a travaillé trente et un ans dans les hydrocarbures.

Mediapart a pu l’interroger pendant près d’une heure, par Skype et en public, dans le cadre d’une discussion qui a suivi la projection du film de Lech Kowalski Holy Field Holy War (voir ici), début avril. Nous publions ci-dessous la retranscription de cette conversation, complétée par un échange par email.

Dans cet entretien, il s’inquiète en particulier des fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre, lors des forages de gaz de schiste. Des chercheurs viennent de mesurer des taux de fuite très supérieurs aux estimations de l’agence américaine de protection de l’environnement (voir ici leur article).

Pourquoi vous opposez-vous à l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, vous, un ancien cadre dirigeant de l’industrie pétrolière ?  

Louis Allstadt. J’ai pris ma retraite de l’industrie pétrolière et gazière en 2000. Je n’ai aucune intention de travailler de nouveau dans ce secteur. Il y a six ans environ, des amis m’ont demandé s’il était possible de forer en toute sécurité des puits de gaz à seulement 150 mètres du lac qui fournit l’eau potable de notre village. J’ai d’abord trouvé très étrange de vouloir forer aussi près.

Puis je me suis plongé dans les différences technologiques entre la fracturation hydraulique et les méthodes des forages conventionnels. La fracturation hydraulique utilise de 50 à 100 fois plus d’eau et de produits chimiques que les anciens forages conventionnels. Son infrastructure industrielle est aussi beaucoup plus importante. Le problème des déchets est majeur : il faut environ 20 millions de litres d’eau et environ 200 000 litres de produits chimiques pour fracturer. Un tiers environ de ces liquides ressort du puits chargé de métaux lourds. Ce sont des déchets toxiques et pour une part radioactifs. Le lien a été fait entre leur stockage sous pression, dans les puits d’injection, et des tremblements de terre à proximité. La moindre fuite crée un sérieux problème aux réserves d’eau potable.

Les riverains de forages par fracturation hydraulique sont victimes de nuisances importantes. Il existe des procédés de recyclage de l’eau usée qui permettent de consommer 30 % d’eau « fraîche » en moins. Mais il faut quand même énormément d’eau. Des progrès ont aussi été accomplis dans la réalisation des puits, permettant de réduire les fuites de méthane. Mais ces améliorations sont bien faibles au regard de la force brutale de cette technologie.

Au bout de quelques années, je suis arrivé à la conclusion que cette technologie ne peut pas être utilisée sans dommage, en particulier à proximité de là où des gens vivent et travaillent. Or je me suis rendu compte que les réglementations étaient très limitées. La loi américaine autorise par exemple les exploitants à garder secrète la composition des produits chimiques qu’ils utilisent pour forer. Elle autorise également les forages très près des écoles et des bâtiments publics. J’espère donc que vous aurez de bien meilleures lois que nous.

À quoi servent les gaz et huile de schiste aux États-Unis ?

Le gaz de schiste n’est pas différent du gaz conventionnel. C’est chimiquement la même chose. Pareil pour le pétrole. Le gaz, qu’il provienne d’un forage par fracturation hydraulique ou d’un forage conventionnel, passe par les mêmes tuyaux, les mêmes gazoducs et sert de la même manière au chauffage des logements, à produire de l’électricité, à cuisiner. Aujourd’hui les principales sources d’énergie aux États-Unis sont le pétrole, qui sert principalement dans les transports (essence, diesel, carburant aérien) et un peu pour le chauffage. Le charbon est utilisé pour produire de l’électricité. Les pourcentages des unes et des autres varient en fonction des régions américaines.

L’électricité est beaucoup produite à partir de charbon aux États-Unis, ressource qui émet énormément de gaz à effet de serre, plus que le gaz. Or l’un des arguments des pro-gaz de schiste est d’affirmer que cette méthode réduit l’impact climatique de la production d’énergie. Que leur répondez-vous ? 

Si vous brûlez tout le gaz, vous émettez moins de dioxyde de carbone qu’avec le charbon. Le problème, c’est qu’une grande partie de ce gaz fuit et s’échappe dans l’atmosphère sous forme de méthane, qui est 80 à 100 fois pire, en pouvoir de réchauffement, que le CO2 pendant les vingt ans qui suivent son rejet. Ces fuites sont un gros problème. Et elles rendent en réalité le gaz pire que le charbon. Des études sur les champs de production indiquent un taux de fuite dans l’atmosphère qui peut atteindre 6 %. Sous les rues des grandes villes, les vieux tuyaux qui fournissent le gaz aux logements et aux bâtiments fuient quant à eux de 3 à 5 %. S’y ajoutent les fuites des stations de compression, et celles qui se produisent chaque fois que vous allumez votre gazinière. Or il suffit de 1 à 1,5 % de fuite pour que le recours au gaz soit aussi mauvais que le charbon en matière d’émission de gaz à effet de serre.

Donc, même s’il semble que brûler du gaz soit plus propre que brûler du charbon, c’est faux. On ne le sait que depuis ces dernières années. Je dois dire que cela m’a surpris lorsque je l’ai découvert. Tous les tests réalisés jusqu’ici indiquent que nous avons un très gros problème.

L’exploitation du gaz et des huiles de schiste constitue une activité importante aux États-Unis aujourd’hui. L’Europe peut-elle être un nouvel eldorado ?

Action Dindons Jouarre pétrole de schisteVous pouvez probablement apprendre de ce qui s’est passé aux États-Unis. Au départ, les entreprises gazières prétendaient que là où il y a du gaz de schiste, vous pouvez bâtir un puits et en extraire du gaz. Pendant quelques années, des puits de forage sont effectivement apparus là où se trouvaient des gisements de gaz. Ce qu’on a découvert, c’est que ce gaz n’est pas présent partout dans le sous-sol, mais seulement en quelques endroits d’un potentiel gisement, ce qu’on appelle des « sweet spots », des « parties tendres ». Donc l’exploitant qui tombe sur une « partie tendre » peut très bien s’en sortir. Mais ceux qui ne les ont pas trouvées ne s’en sortent pas si bien.

Par ailleurs, les premières estimations de l’étendue des réserves gazières ont été très surestimées. Au départ, il se disait que les États-Unis pouvaient avoir dans leur sous-sol l’équivalent de cent ans de consommation de gaz. Maintenant, on ne parle plus que de vingt ans ou moins. Je ne connais pas précisément la situation des réserves européennes. Mais je crois qu’il va se passer la même chose que pour le reste des extractions de minerais : le produit est concentré en certains rares endroits, et il ne sera pas rentable d’exploiter le reste. Regardez la décision que vient de prendre Shell, un des plus gros groupes pétroliers au monde : ils réduisent leur engagement financier et en main-d’œuvre aux États-Unis dans le pétrole de schiste. C’est emblématique des difficultés rencontrées par d’autre majors (voir ici à ce sujet, ndlr).

Autre argument des défenseurs des forages de gaz et de pétrole de schiste : permettre l’indépendance énergétique des États-Unis. N’est-ce pas à vos yeux un horizon qui compte ?

Prise de vue depuis le campement d'Occupy Chevron en Pologne.C’est ce que disaient les entreprises au départ. Elles le disent toujours parfois. Mais cet argument ne se justifie vraiment pas. Les puits de pétrole et de gaz de schiste s’épuisent très vite. En un an, la rentabilité peut décliner de 60 %, alors que les gisements conventionnels de gaz déclinent lentement et peuvent rester productifs 40 ans après le début du forage.

L’autre aspect, c’est que les forages visent les « parties tendres ». Quand elles sont épuisées, d’autres emplacements moins productifs doivent être forés. Cela ne semble pas promettre des horizons d’indépendance énergétique aux États-Unis. Au contraire, je pense qu’ils vont recommencer à importer du gaz d’ici la fin de la décennie. Les États-Unis ne sont pas indépendants énergétiquement et ne le deviendront pas grâce aux forages de gaz et d’huile de schiste. Même s’ils deviennent le plus gros producteur mondial de pétrole, ils continueront à en importer d’énormes quantités.

Quant aux emplois créés, ils ne bénéficient pas aux riverains des forages, mais profitent à des spécialistes venus du Texas ou d’Oklahoma ou d’ailleurs, qui ne restent que tant que dure le forage, et partent ensuite. Ils sont en général de courte durée. 

Si le bilan des gaz et huile de schiste est si mauvais, pourquoi l’exploitation se poursuit-elle aux États-Unis et pourquoi Barack Obama en fait-il une telle promotion, notamment lors de son voyage officiel en Europe le mois dernier ?

Je pense que la position du président Obama est fortement influencée par son nouveau secrétaire à l’énergie, Ernest Monizqui est favorable à la fracturation hydraulique. Par ailleurs, l’information sur la quantité des fuites de méthane dans l’atmosphère et leur impact sur le climat est relativement récente. Il faut du temps aux gouvernements pour absorber l’information et changer de stratégie.

C’est aussi une question géopolitique en lien avec ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine. Je serais surpris que les États-Unis exportent de grandes quantités de gaz. Certaines entreprises veulent en exporter, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), parce que le prix du gaz est plus élevé en Europe et en Asie. Mais je n’y crois pas. Nous n’avons pas à ce jour de terminal d’exportation gazière. Peut-être un ou deux seront construits un jour, mais ils coûteraient beaucoup d’argent. Le transport par mer de gaz liquéfié coûte aussi très cher. Ce serait donc un investissement très risqué. Il n’y aura pas assez de gaz pour maintenir une activité d’exportation sur le long terme.

En France et en Europe on parle beaucoup de transition énergétique. Les États-Unis pourraient-ils répondre à leurs besoins d’énergie sans les gaz et huiles de schiste ?

La clé à long terme, c’est le passage aux énergies renouvelables : éolien, solaire, hydraulique. C’est la seule solution. Les hydrocarbures faciles et bon marché ont déjà été exploités. Il ne reste plus que les gaz et huile de schiste – mais leur production va décliner – et les gisements non conventionnels, en eau profonde et dans l’Arctique – mais ils coûtent extrêmement cher. Les renouvelables doivent donc très vite commencer à remplacer les fossiles. 

Si vous prenez en compte les externalités des carburants fossiles (le coût de leurs impacts sur l’environnement, ndlr), le coût important de la protection des régions côtières, des inondations, et des autres effets du dérèglement climatique, les énergies renouvelables sont d’ores et déjà compétitives. Car avec les hydrocarbures, il faut payer deux fois : une fois à l’achat, et ensuite en impôts pour rembourser les dommages qu’ils causent.

L’opinion publique américaine est-elle favorable ou opposée aux gaz et huiles de schiste ?

Aux États-Unis, les sondages peuvent dire tout et son contraire. Sur les études les plus crédibles, il semble qu’environ 40 % des personnes interrogées sont opposées à la fracturation hydraulique, environ 40 % y sont favorables et 20 % indécises. Il faut comprendre qu’aux États-Unis, les propriétaires fonciers sont aussi les détenteurs des droits miniers. Si bien que les propriétaires de terres ont tendance à être favorables aux forages des gaz de schiste car ils y peuvent toucher des droits et des recettes grâce à la location de leurs terres. C’est différent dans la plupart des autres pays. Les voisins de forages de gaz de schiste qui ne possèdent pas beaucoup de terrain ont tendance à s’inquiéter du sort des déchets issus de ces forages. Ainsi que du trafic routier intense des camions qui vont et viennent des puits. 

Vous considérez-vous comme un lanceur d’alerte ?

Je ne m’étais pas formulé les choses ainsi. Peut-être. Sauf que je ne dis rien qui ne soit déjà bien connu dans l’industrie des hydrocarbures, ce qui ne correspond donc pas à la définition exacte de ce qu’est un lanceur d’alerte.

Comment l’industrie énergétique a-t-elle réagi à vos déclarations ?

Ils ont été étonnamment silencieux. Ils n’ont rien répondu, en fait.

Vous semblez être passé d’une critique des gaz et huiles de schiste à une critique plus générale de l’utilisation des énergies fossiles en raison de leurs effets néfastes sur le climat.  

Tout à fait. Je me suis d’abord inquiété des effets locaux des exploitations des gaz de schiste là où j’habitais. Puis au fil des ans, je me suis beaucoup moins inquiété pour les forages car les recherches indiquent que les réserves ne sont vraisemblablement pas si importantes. Je suis aujourd’hui beaucoup plus inquiet des effets des gaz et huiles de schiste sur le dérèglement climatique. Peu importe où vous forez, peu importe d’où vous émettez : les gaz rejetés vont dans l’atmosphère et créent un problème pour nous tous, quel que soit votre lieu de vie.

Pensez-vous qu’il faut aujourd’hui sortir du pétrole ?

Ce n’est pas si simple d’en sortir. Cela prendra du temps. Mais nous devons commencer à emprunter cette voie. Les coûts des renouvelables baissent. Leur viabilité augmente assez vite. Notre approvisionnement énergétique doit changer. Nous devons remplacer les énergies fossiles aussi vite que possible par les renouvelables.

Cet entretien a eu lieu par skype et en public le 2 avril dernier, au cinéma l’Entrepôt à Paris.

Remerciements à Lech Kowalski, Odile Allard et au cinéma l’Entrepôt pour l’organisation de cette discussion. Merci également à Émilie Saada pour la traduction. 

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