Archives de la catégorie ‘forage d’hydrocarbures’

(!) Info minute – Revue de Presse
Par Olivier Petit Jean emprunté au site de l’observatoire des multinationales

Pour la COP21, Engie (ex GDF Suez) s’est lancée dans une campagne de communication de grande ampleur pour mettre en scène sa conversion à la cause du climat et de la transition énergétique. Le géant français a aussi annoncé qu’il renonçait à tout nouveau projet de centrale au charbon. Mais les militants du climat ne sont pas du tout convaincus. À preuve : la nomination d’Engie au prix Pinocchio du climat. Décryptage.

Aucune entreprise n’a autant misé qu’Engie sur la Conférence climat de Paris, qui doit s’ouvrir dans quelques jours. Sponsor officiel du Sommet, ainsi que de plusieursmultinationaleorg engie COP21 greenwashing événements connexes comme Solutions COP21, le géant français de l’énergie a lancé une grande campagne de communication pour vanter ses investissements dans les énergies vertes et se poser en « leader européen de la transition énergétique ». Ses dirigeants s’affichent aux côtés de Laurent Fabius et Ségolène Royal, et ne manquent pas une occasion de poser en défenseur du climat au sein des milieux économiques, et auprès de leurs employés. Engie a même fini par annoncer, il y a quelques semaines, l’abandon de tout nouveau projet de centrale à charbon, et en particulier de deux projets contestés par les ONG environnementalistes en Afrique du Sud et en Turquie.

Tout ceci, pourtant, ne semble pas suffire aux Amis de la terre et aux autres associations impliquées dans les « prix Pinocchio du climat », qui ont nominé une nouvelle fois Engie cette année, dans la catégorie « Greenwashing ». Pourquoi une telle défiance face à l’offensive verte de l’entreprise ? À vrai dire, les raisons ne manquent pas : il y en a au moins dix.

1. Les dirigeants d’Engie disent exactement le contraire de ce qu’ils disaient il y a quelques mois.

La conversion d’Engie à la cause de la transition énergétique est récente et particulièrement abrupte, puisqu’il y a quelques mois encore, le PDG de l’entreprise Gérard Mestrallet ne s’affichait pas en leader de la transition énergétique, mais en leader d’une « croisade » contre les énergies renouvelables en Europe, au motif que celles-ci portaient atteinte à la compétitivité des centrales au gaz et au charbon [1]. « J’ai été le premier, en mai 2013, à alerter [la Commission européenne] et à dire qu’on était allé trop vite et trop loin sur les renouvelables », se vantait-il au Monde.

Avec les PDG des autres géants européens de l’énergie, Gérard Mestrallet défendait alors une politique alternative : augmenter le prix du carbone, réduire les aides publiques aux énergies renouvelables afin de restaurer la compétitivité du gaz, soutenir la construction de gazoducs et de terminaux méthaniers, et lever tout obstacle à l’exploitation des gaz de schiste en Europe. Le lobbying d’Engie et de ses homologues européens a largement contribué à l’abandon par l’Union de tout objectif ambitieux et contraignant en matière d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique.

2. La « transformation » d’Engie est une opération de communication soigneusement organisée, avec peu de substance.

Le changement de nom de l’entreprise, de GDF Suez à Engie, au début de l’année, puis la campagne de communication actuelle à l’occasion de la COP21, ont été soigneusement orchestrés voici plusieurs mois avec des communicants. Engie s’affiche comme une entreprise totalement différente, mais elle n’a pas changé grand-chose concrètement à ses activités, ni à son mix énergétique. Pour les syndicats français, le but de la restructuration annoncée cette année est surtout de faire des économies et de supprimer des emplois. « De réforme en réforme, le principal objectif assigné à l’Europe et à la France, c’est de faire des économies », avait alors dénoncé la CGT, qui évoquait la perte de 3000 emplois dans le groupe [2].

3. Engie reste très impliquée dans le secteur du charbon.

Illustration de la conversion très récente d’Engie à la cause environnementale : l’entreprise vient d’ajouter plusieurs centrales à charbon flambant neuves à son portefeuille, notamment en Allemagne et aux Pays-Bas. En tout, selon un rapport des Amis de la terre et d’Oxfam France, Engie possède une flotte de 30 centrales au charbon dans le monde, laquelle émet 81 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère chaque année – l’équivalent de la consommation d’énergie des Philippines, un pays de 100 millions d’habitants.

Le charbon est la principale source globale de gaz à effet de serre. Outre son impact sur le climat, son extraction et sa combustion entraînent également une grave pollution de l’air et de l’eau, avec des conséquences souvent dramatiques pour les riverains des mines et des centrales. Le parc d’Engie a également été identifié comme le plus inefficient au monde, après deux petites firmes indiennes, en termes d’émissions de gaz à effet de serre, de pollution de l’air et d’utilisation de l’eau (lire cet article).

D’autres projets de centrales au charbon d’Engie en cours de construction, (comme à Safi au Maroc) ou en projet (comme en Mongolie ou au Brésil) ne semblent pas remis en cause.

4. La sortie d’Engie du charbon a des raisons économiques autant qu’environnementales.

Tout le secteur du charbon traverse actuellement une crise profonde, qui s’explique en partie par le pari manqué de nombreux industriels et acteurs financiers sur un boom ininterrompu des pays émergents et sur le fait que ces pays continueraient à privilégier le charbon. Pari qui était aussi jusqu’il y a quelques mois celui d’Engie.

L’entreprise française n’envisage d’ailleurs pas de fermer ses centrales à charbon existantes dans des conditions décentes pour les travailleurs et les riverains. Elle n’envisage que de les céder à d’autres. Les centrales indiennes (acquises il y a quelques mois à peine), australiennes et indonésiennes seraient sur la liste des cessions envisagées, mais Engie peine à trouver des repreneurs.

En cédant certaines de ses centrales, Engie se débarrasserait aussi opportunément de certains passifs juridiques, comme en Australie, où elle est sous la menace de poursuites au pénal suite à un incendie désastreux dans sa mine et centrale de charbon de Hazelwood en 2014. Sa centrale de Vado Ligure en Italie a été fermée par la justice, et plusieurs dirigeants locaux d’Engie sont sous le coup de poursuites pour leur contribution à un « désastre environnemental ».

5. Remplacer le charbon par du gaz (de schiste) est un jeu de dupes pour le climat.

Malgré ses publicités sur les énergies renouvelables, le scénario privilégié par Engie comme par toute l’industrie des hydrocarbures est celui d’un remplacement des centrales électriques au charbon par des centrales au gaz. Le gaz est ainsi présenté comme une énergie « propre » indispensable à la transition énergétique. Ou, comme l’affirme le site web d’Engie : « De combustion bien moins polluante que l’équivalent charbon ou fuel lourd, le gaz naturel est un choix idéal pour une production énergétique plus respectueuse de l’environnement. »

En réalité, non seulement le gaz demeure une énergie fossile source d’émissions de dioxyde de carbone, mais certaines formes de gaz – notamment le gaz de schiste et les autres gaz dits « non conventionnels » extraits au moyen de la fracturation hydraulique – sont probablement tout aussi nocives pour le climat que le charbon. Le recours à la fracturation hydraulique entraîne en effet des risques accrus de fissuration des puits de forage, avec pour résultat des fuites importantes dans l’atmosphère de méthane, un gaz 84 fois pire pour le climat que le dioxyde de carbone.

Engie est impliquée dans le gaz de schiste au Brésil et au Royaume-Uni. Elle a aussi récemment signé un contrat d’approvisionnement auprès de la firme Cheniere, de sorte que les usagers français consommeront bientôt du gaz de schiste américain (lire cet article).

6. Engie est aussi lourdement impliquée dans les autres énergies fossiles.

Engie est également directement impliquée dans l’extraction de pétrole et de gaz. À ses opérations historiques en Europe du Nord (Pays-Bas, Royaume-Uni, Norvège) s’ajoutent désormais des projets extractifs menés en partenariat avec un fonds souverain chinois en Indonésie, en Malaisie, en Algérie, au Qatar, au Brésil et même dans l’Arctique !

Selon les calculs de Fossil Free Indexes, Engie détient des réserves de pétrole et de gaz qui, si elles étaient extraites, entraîneraient l’émission de 155 millions de tonnes de carbone supplémentaires dans l’atmosphère, ce qui en fait l’une des 100 premières entreprises mondiales en termes de réserves prouvées de pétrole et de gaz.

7. Les énergies « vertes » dont se prévaut Engie sont souvent problématiques.

Au titre de son engagement dans les énergies renouvelables, Engie cite ses investissements dans les grands barrages et la biomasse. Or les grands barrages sont très contestés en raison de leurs impacts sociaux et environnementaux. Leurs bénéfices pour le climat sont également à relativiser dans la mesure où les grands barrages en zone tropicale entraînent des émissions de méthane, du fait de la décomposition de la végétation dans l’eau. Le barrage de Jirau construit par Engie en Amazonie brésilienne en constitue un exemple particulièrement saisissant puisqu’il a été associé – pour ne parler que des conséquences à court terme, seules connues à ce jour – à des déplacements forcés de tribus indigènes non contactées, à une augmentation de la criminalité et de la déforestation dans la région, à la disparition des poissons pêchés traditionnellement dans la région, à des inondations désastreuses en 2014, à des cas de travail esclave et à deux grandes émeutes ouvrières sur son chantier.

Quant à la biomasse – le bois -, elle est de plus en plus brûlée (comme les déchets) dans les centrales électriques européennes en complément du charbon, ce qui permet de justifier la prolongation de leur existence. Comme la classification de la biomasse comme énergie verte par l’Union européenne ne s’accompagne pas des garde-fous nécessaires, la demande croissante de biomasse du vieux continent commence à faire sentir ses effets négatifs sur les forêts européennes, mais aussi nord-américaines.

8. Les activités d’Engie dans l’éolien et le solaire proviennent du rachat d’entreprises plus petites plutôt que de développements propres.

Engie détient des actifs dans le solaire et dans l’éolien, mais il s’agit d’acquisitions récentes d’entreprises plus petites. Engie a ainsi acquis opportunément en juillet dernier l’entreprise Solairedirect, ce qui lui a permis de se poser immédiatement en leader français du solaire, et d’inaugurer en grande pompe un parc solaire en septembre en Corrèze en présence de François Hollande.

Il y a quelques années, Engie avait acquis similairement la Compagnie du Vent pour répondre aux appels d’offres français dans le domaine de l’éolien offshore. Une opération qui a fini par occasionner un conflit judiciaire entre Engie et le fondateur et ancien président de la Compagnie du Vent, lequel a remporté deux de ses procès contre le géant de l ’énergie. Une enquête pour corruption a également été ouverte dans ce cadre.

9/ La filiale d’ « efficacité énergétique » d’Engie, Cofely, fait en réalité beaucoup d’autres choses.

Les dirigeants d’Engie évoquent volontiers les activités de leur filiale Cofely dans les « services énergétiques », qui consistent à conseiller des collectivités locales ou d’autres organisations publiques et privées pour les aider à mieux gérer leur utilisation
d’énergie, afin de réduire à la fois leurs factures et leurs émissions de gaz à
effet de serre. Mais peut-on vraiment à la fois vendre de l’énergie d’un côté et se voir confier de l’autre l’essentiel de l’effort de réduction de nos consommations énergétiques ? Une enquête de Mediapart a mis en lumière plusieurs exemples où Cofely avait joué un rôle ambigu, contribuant à réduire les objectifs d’économies d’énergie initialement requis par les collectivités. Il y a quelques mois, la presse évoquait un litige opposant une petite ville de l’Essonne à Engie, qui lui réclamait plusieurs milliers d’euros pour n’avoir pas suffisamment consommé de gaz...

Par ailleurs, Cofely a bien d’autres activités sur lesquelles Engie s’étend peu et qui n’ont rien à voir avec l’efficacité énergétique, comme les caméras de vidéosurveillance, la protection incendie, la gestion d’équipements et les services collectifs, ou encore l’éclairage public.

10/ Le modèle financier d’Engie a-t-il changé ?

Ces trois dernières années, Engie a distribué dix milliards d’euros de dividendes, soit deux fois plus que ses profits sur la même période. Ce chiffre en dit long sur la réalité de l’entreprise, qui reste un conglomérat d’entreprises privatisées (dont Gaz de France ou l’opérateur belge Electrabel) et qui paraît – au contraire sans doute d’EDF ou de Total – gouvernée par une logique plus financière qu’industrielle. Qu’il s’agisse de la reprise des anciens services publics français et belge ou désormais de projets d’énergies renouvelables abondamment soutenus par les pouvoirs publics, comme les grands projets d’éolien offshore, la stratégie d’Engie repose-t-elle sur autre chose que l’accaparement de « rentes » énergétiques, abondées en dernière instance par les pouvoirs publics, les citoyens et les usagers ?

Les votes pour le prix Pinocchio du climat sont ouverts jusqu’au 2 décembre.

- Sauf mention contraire, toutes les informations de cet article sont issues du « contre-rapport annuel » de l’Observatoire des multinationales sur Engie

[1] Voir ici.
[2] Voir aussi ici.

(!) Info minute – Revue de Presse
Article d’Olivier Petit Jean publié sur le site de l’observatoire des multinationales

Face au changement climatique – dont elle n’admet encore la réalité qu’avec une certaine réticence [1] -, la firme pétrolière américaine Chevron a déjà trouvé la solution idéale (pour elle) : le gaz de schiste. Et elle n’hésite pas à l’imposer par tous les moyens à sa disposition. En témoignent ses pratiques agressives en Argentine, qui lui valent une nomination aux « prix Pinocchio du climat ».

Aux États-Unis et même parfois en Europe, l’industrie pétrolière vante le gaz de schiste comme une « énergie de transition » permettant à nos économies de se défairemultinationaleorg gaz de schiste argentine chevron de leur dépendance envers les énergies fossiles plus sales, comme le charbon. Or cet argument – volontiers mis en avant par une entreprise comme Chevron lorsqu’elle se trouve interpellée sur sa responsabilité climatique – est largement discrédité. De nombreuses études scientifiques suggèrent que le gaz de schiste pourrait être tout aussi nocif pour le climat que le charbon, en raison des fuites accrues de méthane – un gaz 84 fois plus puissant dans l’atmosphère que le dioxyde de carbone [2].

L’Argentine est le seul pays du monde en dehors de l’Amérique du Nord où Chevron ait pour l’instant réussi à imposer sa vision du défi climatique. En Europe de l’Est, ses velléités de développer le gaz de schiste ont fait long feu. La firme pétrolière a dû abandonner ses concessions en Pologne, Roumanie et Ukraine les unes après les autres au cours des derniers mois du fait de forages décevants. En Argentine, en revanche, Chevron est en première lignée de la ruée des multinationales (comme Total et Shell [3]) sur la province de Neuquén, en Patagonie. Elle a été la première à obtenir une concession avec l’entreprise nationalisée YPF en 2013 et s’est accaparée les gisements les plus prometteurs.

Chantage à l’investissement

En brandissant la promesse d’un investissement de plusieurs milliards de dollars dans le pays. Chevron a aussi réussi à convaincre les autorités argentines de lui accorder des conditions d’exploitation et un régime fiscal extrêmement favorables. La firme a même obtenu la mise en place d’un mécanisme de résolution des litiges État-investisseurs sur mesure, proche de ce qui est souhaité dans le cadre du projet de traité de libre-échange Tafta entre Europe et États-Unis… alors même que l’Argentine est le pays le plus ciblé par les procédures de ce type [4].

Pour couronner le tout, Chevron a aussi menacé de renoncer à tous ses investissements au cas où les procédures intentées en Argentine par les victimes de ses crimes environnementaux en Équateur n’étaient pas rejetées [5]. Au moment où la Cour suprême argentine devait examiner la demande des Équatoriens de gel des avoirs de Chevron dans le pays, le PDG d’YPF et le procureur fédéral ont pesé de tous leur poids en faveur de la firme américaine, en invoquant une menace pour l’emploi et l’investissement.

Quelques jours à peine après que la Cour suprême ait finalement rendu un arrêt favorable à Chevron, son PDG John Watson signait en grande pompe son contrat de concession patagonien avec YPF, en présence de la présidente argentine Cristina Kirchner. Les manifestations qui s’en sont immédiatement suivies en Patagonie ont été violemment réprimées (lire ici). Ce comportement de Chevron en Argentine lui vaut une nomination au « prix Pinocchio du climat » organisé par les Amis de la terre et leurs alliés.

Jeu de dupes pour le climat

Au-delà du cas Chevron, la question du gaz de schiste suscite de nombreuses questions sur la position des États-Unis en matière climatique et sur leur capacité à se dissocier véritablement des intérêts de leur secteur pétrolier. Une enquête du magazine américain Mother Jones avait ainsi révélé comment la diplomatie américaine, sous l’égide d’Hilary Clinton, avait activement soutenu les efforts de Chevron pour faire accepter le gaz de schiste à des populations et des dirigeants réticents en Bulgarie et en Roumanie.

Plus fondamentalement, la mise en lumière du véritable impact climatique du gaz de schiste a de quoi tempérer quelque peu l’optimisme affiché par nombre d’observateurs suite aux annonces récentes de l’administration Obama, qui mettent l’accent sur la sortie du charbon [6]. Si l’on tient compte des fuites de méthane, le simple passage du charbon au gaz (de schiste) risque fort de se révéler un jeu de dupes pour le climat. Pour Chevron et plus largement pour l’industrie pétrolière américaine, en revanche, c’est une source potentielle de profits considérables.

Les votes sont ouverts jusqu’au 2 décembre 2015.

[1] Voir ici et .
[2] Lire ici et , ainsi qu’ici en français.
[3] Lire les enquêtes ici et .
[4] Lire par exemple cette enquête sur la procédure intentée par Suez contre l’Argentine.
[5] Sur l’histoire de la bataille juridique entre Chevron et ses victimes équatoriennes, et le sens de la procédure en Argentine, lire cet article-entretien avec Pablo Fajardo, avocat principal des parties équatoriennes.
[6] La politique énergétique récemment annoncée par le gouvernement britannique repose elle aussi sur la substitution du gaz de schiste (et du nucléaire) au charbon.

(!) Info minute – Revue de Presse

En 2011, des associations et élus dont les députés européens José Bové et Michèle Rivasi saisissaient la justice d’une demande d’annulation des Permis de Nant et de Montelimar délivrés en 2010 dès que l’existence de ces autorisations a été révélée.  Fin 2011, au lendemain de l’abrogation des permis de gaz de schiste du Sud-Est, les compagnies pétrolières entamaient une série de recours demandant notamment l’annulation de la décision d’abrogation de leur titre minier. Ces recours seront examinés par le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise le mardi 8 décembre.

Au moment même où Paris hébergera la conférence mondiale sur le climat (COP21), quel serait le message de la France pour la transition énergétique et la réduction des gaz-à-effet-de-serre si l’exploitation des gaz de schiste revenaient sur le devant de la scène ? Le gouvernement doit réaffirmer son opposition à la fracturation hydraulique et stopper immédiatement la délivrance de nouveaux permis de recherche.

En 2010, les habitants du Sud-Est découvraient que leur territoire était menacé par une nouvelle industrie pétrolière, l’extraction du gaz de schiste. global frackdown since feb 2011Trois permis avaient été accordés à l’entreprise texane Schuepbach (permis de Nant et permis de Villeneuve de Berg) et au français TOTAL (permis de Montélimar), couvrant plusieurs milliers de km2, et impactant les régions PACA, Rhône-Alpes, Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.

La découverte de cette future industrie particulièrement destructrice avait conduit à une mobilisation sans précédent des citoyens, associations et élus locaux. L’opacité de l’octroi de ces titres miniers, l’immensité du territoire concerné, la menace de pollution des sous-sols et de l’eau, les ravages que les forages ont gaz de schiste mobilisation elus et citoyen villeneuve de berg 2011déjà provoqués de part le monde mais aussi la volonté de voir les moyens de la recherche orientés vers des solutions plus sobres pour la production d’énergies renouvelables et décarbonées : tels étaient quelques uns des arguments repris par ceux qui se sont levés contre ces permis. Ils obtenaient victoire le 14 juillet 2011, alors que l’assemblée nationale votait une loi interdisant la fracturation hydraulique, technique d’extraction utilisée, et abrogeait de ce fait les permis.

Alors que les ex-titulaires de ses permis appuyés par un solide lobby souhaitent voir revenir ces permis dans leur giron afin d’y mener des expériences et des forages et fracturations grandeur nature, il ne fait pas de doute que cette mobilisation sera de nouveau au rendez-vous si, par malheur, une décision juridique ranimait la menace des gaz de schiste!

Pétrole et gaz de schiste ou de houille, NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN!

(!) Info minute – Revue de Presse

L’incidence et les effets de la fracturation hydraulique sont bien documentés, qu’il s’agisse de la contamination des eaux souterraines (voir [1] [2] [3] [4] [5] ), des fuites de méthane (voir [6] [7] [8] [9]), de l’apparition soudaine de tremblements de terre dans des régions où te tels phénomènes n’existaient pas (voir [10] ). Il faut maintenant ajouter à cette liste de nouveaux dangers sur la santé humaine : Il s’agit du risque de naissance prématurée.

Selon une récente étude de l’Université Johns Hopkins aux États-Unis (source[11]), les femmes enceintes qui vivent près des puits de gaz de schiste ont à un risque accru de complications pendant la grossesse. Lesbebe prema risque gaz de schiste fracturation chercheurs ont analysé les données de 40 comtés de Pennsylvanie, un état où l’exploitation des hydrocarbures de schiste s’est développée de manière exponentielle : On comptait moins de 100 (cent) sites de fracturation en 2006 contre plus de 8.000 (huit mille) aujourd’hui. Les scientifiques rapportent que pour les femmes vivant à proximité des sites de forage actifs on constate une augmentation de 40 pour cent des naissances avant terme et une augmentation de 30 pour cent des grossesses « à haut risque », (caractérisée par des complications comme l’hypertension, la prise de poids excessive, la tension artérielle etc.).

Selon le Centres de Contrôle et de Prévention des maladies des États-Unis (CDC), les décès de prématurés représentaient 35 pour cent de tous les décès de nourrissons en 2010, plus que toute autre cause de décès chez les nourrissons. Les naissances prématurées sont également cause majeure de handicaps neurologiques à long terme chez les enfants. Le coût financier en est égelement énorme. A titre d’illustration en 2005 la prématurité a coûté plus de 26 milliards de dollars au système de soins de santé des États-Unis.

Bien qu’à ce stade la recherche n’a pas déterminé précisément pourquoi les femmes enceintes vivant à proximité des puits les plus actifs étaient victimes de telles affections, le chef de l’étude M. Brian S.Schwartz indique que chaque étape du processus de forage a un impact environnemental. Lorsque les plateformes de forage sont construites, les engins et équipements fonctionnant au diesel sont utilisés pour défricher et apprêter de grandes surfaces. Il en va de même concernant le matériel de transport ainsi que pour le forage des puits également fort émetteurs de pollutions. Les forages profonds descendant verticalement puis progressant horizontalement à des milliers de mètres de profondeurs nécessitent un équipement lourd pour briser le schiste où est logé le gaz. La fracturation hydraulique (fracking) consiste ensuite à injecter des millions de litres d’eau mélangés avec des produits chimiques et du sable pour fracturer le schiste. Les fluides sont ensuite pompés vers la surface. Le gaz lui-même libère également des polluants.

On pourrait penser que la multiplication des tremblements de terre, la contamination avérée de l’eau potable justifieraient l’abandon de cette industrie. Faut-il attendre la multiplication des pathologies et des décès pour réellement décider l’interdiction de ces pratiques?

[1] L’EPA confirme l’impact de la fracturation hydraulique sur l’eau potable
[2] Gaz de schiste, c’est confirmé: Les aquifères de Californie contaminés par des milliards de litres d’eaux usées de fracturation … en pleine sécheresse
[3] Gaz de schiste : La contamination de puits liée à des défauts de cimentation et de mauvais forages
[4] En Pennsylvanie, une région pionnière du boom du gaz de schiste, 243 cas de contamination confirmés par l’administration de l’environnement
[5] Texas : « Les tests qui prouvent la contamination de l’eau par la fracturation hydraulique »
[6] Étude : Les fuites de méthane sont telles qu’elles annulent l’ « avantage » du gaz sur le climat
[7] Gaz de schiste et fracturation hydraulique : multiplication des fuites de méthane
[8] États-Unis: les puits d’hydrocarbures abandonnés rejettent beaucoup de méthane
[9] Pourquoi le gaz de schiste n’est pas une énergie de transition
[10] Avec le gaz de schiste, 300 fois plus de tremblements de terre!
[11] Fracking linked to premature births, study finds

(!) Info minute – Revue de Presse

Voilà ce que diraient à la Ministre de l’Écologie, si elle prenait 15 minutes pour les écouter, des citoyens engagés depuis 2011 dans des collectifs locaux de France. A la veille de la Conférence Mondiale sur le Climat c’est business as usual, le gouvernement délivre des permis de recherche d’hydrocarbures et communique pour dire qu’il ne souhaite pas qu’on autorise les travaux…

Madame la Ministre,

Le 21 septembre dernier, vous et Mr le Ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, avez accordé trois nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux (permis de Champfolie en Seine-et-Marne, d’Herbsheim dans le Bas-Rhin et d’Estheria dans la Marne). Vous avez également décidé d’en prolonger deux autres jusqu’à fin 2018 (permis de Bleue Lorraine en Moselle et de Juan de Nova Maritime Profond dans « les Iles Eparses » au large de Madagascar). Vous aviez déjà, quelques jours auparavant, accordé une autorisation de prospection au large de St Pierre et Miquelon.

Pour mémoire, entre 2009 et 2011, plusieurs documents déposés par les entreprises pétrolières concernées, évoquaient sans ambiguïté la recherche d’hydrocarbures non conventionnels et faisaient état de leur savoir-faire en matière d’exploitation de pétrole ou de gaz de schiste. Certes, ces mêmes entreprises ont signé, depuis la loi Jacob de juillet 2011, un document par lequel elles s’engagent à respecter la loi, en ne procédant pas à des fracturations hydrauliques.

Mais les objectifs géologiques, eux, n’ont pas changé ! Avant la loi Jacob, la plupart de ces projets avaient des objectifs géologiques non conventionnels. Par quel artifice, en 2015, ces objectifs non conventionnels sont-ils devenus conventionnels ?

En 2014, lors des débats de la Commission spéciale de l’Assemblée nationale, chargée d’examiner le projet de loi relatif à la transition énergétique, vous aviez évoqué au sujet des hydrocarbures nonS ROYAL gaz de schiste bulle spéculative conventionnels, les “dommages graves en terme de santé publique causés aux riverains” et la “dégradation de l’environnement avec l’abandon des puits de gaz de schiste lorsqu’ils seront épuisés”. Le 28 septembre 2014, sur Europe 1, vous déclariez : “Pas d’exploitation de gaz de schiste tant que je serai là”. Vous aviez alors qualifié cette énergie de “bulle spéculative” qui “ne va rien rapporter du tout”. Vous aviez dit que “les experts américains en reviennent du gaz de schiste, d’abord à cause des dégâts environnementaux et ensuite parce que les entreprises ne referment pas les puits qu’ils creusent. Vous aviez ajouté: “Tant que je serai ministre de l’Écologie, il n’y aura pas d’exploitation de gaz de schiste en France. Tout doit être dirigé vers l’économie d’énergie et les énergies renouvelables.” Vous aviez également exprimé (en 2007) votre attachement à la parole et à l’expertise citoyennes affirmant que “l’expertise citoyenne est précieuse si l’on veut prendre les bonnes décisions…” tout en précisant que les citoyens sont “les meilleurs experts de ce qu’ils vivent”. Mais, concrètement, qu’en est-il ?

Déjà en septembre 2014, plusieurs collectifs citoyens, ayant acquis une réelle expertise depuis 5 ans sur le dossier des « pétrole, gaz de schiste et gaz de couche », afin de vous alerter, vous ont adressé des courriers. Vous n’avez jamais donné suite ! Pourquoi déjà à cette époque, ni pour les demandes d’attributions de nouveaux permis (Dormans, Gastins, etc…), ni pour les demandes de renouvellement des permis de Mairy, Château-Thierry, etc. ni pour la demande de mutation de la Folie de Paris, n’aviez-vous accepté de rencontrer ces citoyens qui vous proposaient de partager leurs expertises ?

En septembre 2015, un an plus tard, l’Histoire se répète ! Sur France 5, le 3 octobre 2015, vous déclarez même, en seule réponse aux protestations des collectifs citoyens et d’autres associations à propos de ces attributions: « Ma conviction profonde et ma volonté, c’est que ces autorisations ne soient pas transformées en travaux… Une autorisation de recherche n’est pas une autorisation de travaux : entre les deux, il va falloir une étude d’impact sur l’effet sur l’environnement, une enquête publique auprès de la population ».

Mais savez-vous, Madame la Ministre, que tous les forages récemment autorisés par les préfets ont été précédés d’une notice d’impact (et pas d’une étude d’impact) et d’une enquête publique qui n’a qu’un rôle consultatif ?

Allez-vous donner, Madame la Ministre, les directives au Préfet de l’Essonne, afin qu’il n’autorise pas les 10 nouveaux forages demandés par la société Vermilion et prendre ainsi, en considération, l’avis de la population, des élus et du commissaire enquêteur qui se sont déclarés largement défavorables à ces forages ?

Savez-vous, Madame la Ministre, qu’une fois un permis octroyé, il est reconductible deux fois (par vous-même ou votre successeur) engageant ainsi l’État pendant 15 ans ?

Savez-vous que lorsque vous octroyez un permis, il est suivi d’un permis à exploiter (également appelé concession) quasi automatiquement ?

Savez-vous, Madame la Ministre, que pour octroyer un permis il faut que l’entreprise soit capable financièrement et techniquement ? “Nul ne peut obtenir un permis exclusif de recherches s’il nechamp-gaz-schiste possède les capacités techniques et financières nécessaires pour mener à bien les travaux de recherches” (Article L122-2 du Code Minier nouveau). Or, savez-vous que la Sté BlueBach, bénéficiaire du permis d’Herbsheim, est une entreprise à 8378 € de capital social, n’ayant jamais pris la responsabilité d’aucun forage jusqu’à maintenant ? Savez-vous que vous avez octroyé par mutation un permis (La Folie de Paris) à Concorde Energie, entreprise à 1000 € de capital social et que vous auriez pu refuser de signer cette mutation ?

Vous avez indiqué également sur France 5 que « le projet de loi sur la réforme du code minier qui sera débattu à l’assemblée nationale au mois de janvier, donnera des bases juridiques permettant au gouvernement de s’opposer à des recherches d’hydrocarbures qui ne sont absolument pas fondées ».

Mais savez-vous, Madame la Ministre, qu’il n’y a nulle part, dans ce nouveau code minier, de définition pour « les recherches d’hydrocarbures qui ne sont pas fondées » ?

Savez-vous, Madame la Ministre, que dans le projet de loi relatif au nouveau code minier, en l’état actuel du texte, le droit de suite n’est pas remis en cause et que tout pétitionnaire qui a obtenu un permis pour rechercher des substances, aurait automatiquement le permis pour les exploiter s’il trouve quelque chose ?

Savez-vous également que le projet de ce nouveau code minier prévoit de permettre au gouvernement de demander au parlement l’autorisation de légiférer par ordonnance pour tout ce qui est relatif à l’amodiation, la mutation et la fusion des titres miniers ?

Vous avez également indiqué sur France 5 que quatre permis avaient été refusés. Pouvez-vous nous indiquer de quels permis il s’agit ? Nous aurions ainsi la possibilité d’avoir des dossiers les plus à jour possible, car nous prenons très à cœur la qualité des informations que nous collectons. Ces refus de permis ne nous semblent pas avoir fait l’objet d’une publication officielle par les services de votre Ministère.

A la veille de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique à Paris, le gouvernement encourage donc la poursuite des investissements dans la recherche de nouveaux gisements hollande ONU 2015d’hydrocarbures sur le territoire français. Une décision qui entre en contradiction avec les recommandations des scientifiques, qui ont clairement établi qu’il fallait geler 80 % des réserves actuelles prouvées d’hydrocarbures, pour avoir une chance raisonnable de ne pas dépasser les 2°C de réchauffement climatique d’ici la fin du siècle.

Partout dans le monde, l’urgence climatique est à l’ordre du jour. Que valent donc les promesses du Président François Hollande et des négociateurs français d’obtenir un « accord historique » à Paris et de « tout faire » pour rester en deçà des 2°C, si c’est pour entretenir cette fuite en avant extractiviste et les crimes climatiques qui en découlent ?

La France doit montrer l’exemple en décembre à Paris lors du sommet pour le climat. Le signal que vous et le gouvernement français donnez, n’est pas celui que nous, collectifs citoyens opposés à l’exploitation des gaz et pétrole de schiste et gaz de couche, sommes en droit d’attendre.

Madame la Ministre,
les collectifs citoyens français contre l’exploitation des pétrole, gaz de schiste et gaz de couche vous demandent instamment, une nouvelle fois :
– de ne signer plus aucun nouveau permis d’exploration,
– de ne signer aucune autorisation de prolongation,
– de ne signer aucun renouvellement de permis,
– de ne signer aucune mutation de permis exclusif de recherches d’hydrocarbures.

Bien évidemment, cette lettre reste imaginaire, elle n’a jamais existé, elle n’est pas envoyée à  la ministre qui n’aurait pas eu le temps de la lire. Elle vous permet chers lecteurs de rester informés sur notre état d’esprit notre détermination et cette mascarade perpétuée par un gouvernement qui prépare un avenir … pollué par les intérêts financiers et le manque d’ambition pour engager la véritable transition écologique que souhaitent de nombreux citoyens, ici et ailleurs!

(!) Info minute – Revue de Presse

Un rapport du bureau recherche géologique des États-Unis (US Geological Survey – USGS) paru mardi (6 octobre 2015) déclasse le potentiel en pétrole de schiste du vaste gisement de Monterey en Californie. Cette étude met à jour en l’abaissant considérablement la dernière estimation du département américain de l’Énergie datant de 2011 et qui présentait le gisement de Monterey comme un élément clé de la production pétrolière des États-Unis. Les réserves étaient alors estimées à 13,7 milliards de barils de pétrole récupérable.

Le grand mensonge spéculatif des prévisions

En lieu et place de ces prévisions mirifiques, la nouvelle étude de l’US Geological Survey indique que la partie la plus riche en pétrole de la formation schisteuse de Monterey détiendrait seulement 21pschitt millions de barils de pétrole récupérables par des méthodes intensives, telles que la fracturation hydraulique ! Soit … 0,2% des prévisions globales pour ce bassin. Ce rapport se concentrait sur le bassin de San Joaquin, l’un des quatre bassins qui composent les 2800 kilomètres carrés du gisement de Monterey. Les prochains rapports de l’USGS fourniront une estimation du pétrole récupérable dans les trois autres bassins.

L’estimation de 2011 avait déclenché des fortes spéculations sur un boom pétrolier en Californie. Toutefois en 2014, les autorités fédérales de l’énergie avaient dégonflé les prévisions faites pour le gisement de Monterey, réduisant l’estimation globale de pétrole récupérable de 96 pour cent.

Malgré le dérèglement climatique un lobbying pro-gaz de schiste très actif

En Europe, en France, il existe encore un lobby très actif pour pousser à la recherche d’hydrocarbures non conventionnels. Dans un contexte actuel très peu propice aux investissements dans la recherche pétrolière et malgré les très nombreuses déconvenues en Pologne (qui devait être l’Eldorado européen du gaz de schiste) mais aussi en Roumanie, d’où les majors pétrolières se sont retirées les unes après les autres faute de résultats satisfaisants(voir 1 2 et 3), les puissantes compagnies pétrolières poursuivent lors lobbying pour freiner et saper l’établissement de réglementations européennes pour la protection des citoyens et de l’environnement. Pariant sur la remontée des cours des hydrocarbures ainsi que sur des changements politiques, ils pressent les gouvernements de leur délivrer des permis de recherche d’hydrocarbures.

Le pari de la déréglementation

En France, à la veille de la conférence internationale sur le climat (COP21), le gouvernement vient ainsi de délivrer de nouveaux permis de recherche de pétrole et de gaz autorisant ainsi les opérateurs à s’installer pour une durée de 15 ans (5 ans renouvelable deux fois). Ces derniers font le pari que la réglementation française interdisant de facto la prospection de pétrole et gaz de schiste (loi d’interdiction de la fracturation hydraulique) sera assouplie après les prochaines échéances électorales en 2017.

Encore une fois, c’est la mobilisation citoyenne qui permettra de bloquer ces projets. C’est la mobilisation citoyenne qui concourra au développement d’alternatives. Restons mobilisés dans la durée !

sources: KQOED Science  Stopgazdeschiste.org

(!) Info minute – Revue de Presse

À quelques semaines du lancement de la COP 21, la ministre de l’Écologie et celui de l’Économie ont autorisé de nouvelles concessions de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux en métropole. Le 29 septembre 2015, le journal officiel publiait trois arrêtés ministériels signés par Ségolène Royal octroyant trois nouveaux permis exclusifs de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux. (1) (2) (3)

Il s’agit des permis de Champfolie (en Seine-et-Marne), d’Esthéria (dans la Marne) et d’Herbsheim (dans le Bas-Rhin). Les bénéficiaires de ces permis sont respectivement les entreprises Vermilion, Lundin et Bluebach.

Le permis de Champfolie avait été demandé par Vermilion en 2009, à une époque où la fracturation hydraulique n’était pas remise en question. Il est accordé aujourd’hui. La géologie a-t-elle changévermilion champotran entre temps ? Quel est l’intérêt d’un permis de recherche de 120 km2 pour une entreprise qui détient déjà 13 permis ? Pourquoi Vermilion dépose-t-il régulièrement de nouvelles demandes de permis (26 à ce jour). Comment expliquer la nouvelle autorisation faite à Vermilion par le préfet de Seine-et-Marne de procéder à 30 nouveaux forages (4) sur une concession (Champotran) ne faisant que 90 km2 ? Comment expliquer la demande d’autorisation faite par Vermilion de 10 nouveaux forages sur la concession de Vert-le-Grand ? Comment expliquer l’autorisation de deux nouveaux forages sur le permis de Saint-Just-en-Brie (5) malgré les oppositions exprimées des membres du conseil municipal sur les registres de l’enquête publique au printemps dernier ? (6)

Vermilion, premier producteur d’hydrocarbures sur le sol français a les moyens d’attendre que « les temps changent » en produisant quelques milliers de barils par jour ! Cela lui permet surtout de dire haut et fort qu’il respecte la loi (c’est bien le minimum qu’on puisse attendre d’une entreprise) mais que si la loi change… il suivra encore et toujours la loi, quelle qu’elle soit!

Par ailleurs, à la frontière allemande, le permis d’Herbsheim vient d’être octroyé à l’entreprise Bluebach..
Le décret signé par S.Royal précise que l’engagement minimal de l’entreprise Bluebach devra être de 1,98 millions d’euros. Comment cette entreprise va-t-elle s’y prendre alors qu’il s’agit d’unepetrole--Champotran- entreprise uninominale, dont le capital social est de 8378 euros, avec zéro salarié (7). Pas de problème! Bluebach a été racheté en 2010 par Moore Energy. Sur le site de Moore (Norvège) on peut lire que le sous-sol français regorge de ressources non conventionnelles (8), raisons qui ont donné envie à Moore de demander des permis de recherche. Moore convient bien du fait que pour l’instant la fracturation hydraulique est interdite en France…

Rappelons que le code minier actuel ne permet pas vraiment à un gouvernement de revenir sur un permis de recherche préalablement octroyé. Ce même code minier rend quasi-automatique la transformation d’un permis de recherche en une concession (exploitation). Obtenir un permis de recherche, pour une entreprise pétrolière, revient à “mettre le pied dans la porte”. Il faut garder en mémoire que le code minier ne fait pas la distinction entre hydrocarbures conventionnels (sans fracturation) et non conventionnels. Tout permis obtenu aujourd’hui sera valide encore dans quatre ou cinq ans. Le prix du pétrole bas aujourd’hui, remontera un jour ; la fracturation hydraulique interdite aujourd’hui, …

Un gouvernement qui prétend refuser l’exploration et l’exploitation des ressources non conventionnelles ne devrait pas accepter que les gaz de couche soient exploités en Lorraine et dans le Nord-Pas-de-Calais en entretenant une confusion entre gaz de houille (le grisou) et gaz de couche (CBM) qui fait des ravages en Australie. (9)

Vue la précipitation avec laquelle S. Royal signe des prolongations et des octrois de permis, va-t-on voir dans les jours prochains de nouveaux arrêtés ministériels concernant les permis de Dicy, Gastins, et une dizaine d’autres dossiers propulsés dans les tuyaux il y a un an par la ministre? Permis, rappelons-le, dont l’objectif initial était le pétrole de schiste ?

Enfin, une question plus générale, la seule action réelle d’un gouvernement qui prétend vouloir participer à la lutte contre le réchauffement climatique ne serait-elle pas de refuser systématiquement l’octroi de nouveaux permis de recherche d’hydrocarbures (une énergie du passé) ?

____________________________

(1) Arrêté du 21 septembre 2015 accordant un permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux, dit « permis de Champfolie » (Seine-et-Marne), au profit de la société Vermilion REP SAS
(2) Arrêté du 21 septembre 2015 accordant un permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux, dit « permis d’Estheria » (Marne), à la société Lundin International SA
(3) Arrêté du 21 septembre 2015 accordant un permis exclusif de recherches de mines d’hydrocarbures conventionnels liquides ou gazeux, dit « permis de Herbsheim » (Bas-Rhin), au profit de la SARL Bluebach Ressources
(4) Arrêté préfectoral N°2015/DCSE/M/008 autorisant l’ouverture de travaux miniers sur la concession d’hydrocarbures de « Champotran » – Société Vermilion Rep.
(5) Arrêté préfectoral N°2015/DCSE/M/009 autorisant l’ouverture de travaux miniers sur le permis exclusif de recherche d’hydrocarbures de « Saint-Just-en-Brie » depuis les emplacements de la concession de « Champotran » – Société Vermilion Rep.
(6) Registre de l’enquête publique de Saint-Just-en -Brie
(7) Société.com Présentation de la société BLUEBACH RESSOURCES
(8) More Energy: Opérations
(9) Le gaz de couche: le nouveau filon http://www.terraeco.net/Le-gaz-de-couche-nouveau-filon,53299.html

____________________________

Article d’Isabelle Levy – Collectif du pays fertois  à paraître également sur Reporterre

(!) Info minute – Revue de Presse

Aux États-Unis, les zones d’exploitation pétrolières du Texas – l’un des principaux États où l’on exploite le schiste – sont aujourd’hui désertées par les aventuriers qui étaient venus chercher fortune dans la ruée vers l’or noir (le pétrole de schiste). Depuis la chute du prix du pétrole, bon nombres de puits ne sont plus rentables, compte tenu de leur condition d’exploitation qui est plus coûteuse que les techniques traditionnelles. Par rapport au pic d’octobre 2014, quand la bulle du schiste était la plus gonflée, on a donc fermé 40% des puits aux États-Unis.

Une bulle de crédit qui inquiète …

Le mouvement de désinvestissement qui touche le secteur des pétroles de roche aux États-Unis prend des proportions importantes: c’est en effet près de 30 milliards de dollars de capitaux qui krach stop gaz de schiste petroleont été retirés par les investisseurs du secteur sur le seul 1er semestre. Les sociétés qui ont multiplié les forages et les projets, alors que le baril était encore à 100 dollars l’année dernière, ont contracté pour des dizaines de milliards de dollars de prêts et de crédits auprès du secteur financier américain. Des créances désormais considérées comme quasiment toxiques, avec un baril qui chute de moitié. L’ensemble de la dette du secteur américain du pétrole de schiste est estimé désormais à 170 milliards de dollars à fin juin, le double du montant enregistré à la fin de l’année passée. Une aggravation de la situation qui suit sur les mêmes multiples la baisse des capacités de production, et la baisse des cours.

… et des défauts de paiement en augmentation

Comme ceci avait été annoncé, aujourd’hui énormément de sociétés de forage spécialisées, naguère chouchoutées par les investisseurs, sont à présent dans une situation financière déplorable. Depuis le début de l’année, 6 d’entre elles ont été obligées de se placer sous protection du Chapitre 11, la loi américaine sur les faillites. Ce qui pour les banques et les créanciers concernés constitue un nouveau fardeau de créances très à risques, à l’image des crédits sub-prime ou autres. Le gaz de schiste qui était censé devenir une manne pour le pays ressemble de plus en plus à une situation industrielle critique, doublé d’une bulle financière en cours d’explosion.

Les éphémères emplois des pétrole et gaz de schiste disparaissent

Alors que le « boom «  des pétrole et gaz de schiste faisait dire à leurs admirateurs que le développement d’une telle activité était une garantie de la relance et génératrice de milliers d’emplois (que n’a-t-on entendu sur les possibilités en France ! lire ici   et là), depuis le début de l’année, c’est près de 20.000 emplois disparaissent chaque mois dans le secteur de l’énergie au Texas ou dans le Dakota du Nord. L’éphémère flambée de l’activité d’extraction des hydrocarbures non conventionnels montre son vrai visage : celui d’une activité spéculatrice basé sur des montages financiers malsains. Et ce n’est pas terminé puisque l’Agence internationale de l’Énergie (AIE) annonce déjà que la chute des cours du pétrole entraînera en 2016 un net déclin de la production pétrolière des pays hors OPEP, surtout aux États-Unis.

Chute de production

La production des pays non membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole devraitpetrole gaz de schiste krach connaître son repli le plus fort en 24 ans, avec une baisse de près de 0,5 million de barils par jour (mbj) à 57,7 mbj, dont 0,4 mbj pour le seul pétrole de schiste américain, estime l’AIE dans son rapport mensuel publié vendredi. « L’effondrement des prix du pétrole entraîne la fermeture des sites de production coûteux, d’Eagle Ford au Texas à la Russie en passant par la mer du Nord« , explique-t-elle.

… mais on est encore loin de la fin des énergies fossiles !

Toutefois, ceci ne doit pas masquer une autre réalité, la poursuite de la course à la consommation d’énergies fossiles : L’AIE prévoit en effet que la consommation mondiale d’or noir continuera à croître. L’agence qui a relevé ses prévisions pour 2015 et 2016 anticipe désormais une demande de 94,4 mbj cette année, contre 94,2 mbj auparavant, et une augmentation un peu plus modérée l’an prochain, à 95,8 mbj pour 2016, contre 95,6 mbj. Et en Europe, le lobby est on ne peut plus actif pour forcer la déréglementation du secteur et lancer la recherche et l’exploitation du gaz de schiste. La mobilisation citoyenne ne doit pas faiblir.

Sources AFP, bfm tv, rtl,