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(!) Info minute – Revue de Presse

Un accord commercial majeur, en cours de négociation, entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis (US) menace les pouvoirs dont disposent les gouvernements pour protéger les populations et l’environnement des nouvelles technologies à risque telles que la fracturation hydraulique (fracking en anglais). A la veille des rassemblements qui se tiendront le 11 octobre 2014, et suite aux parties 1 et 2, nous publions le troisième épisode qui porte sur la mobilisation des entreprises contre les interdictions en Europe et le mécanisme de règlement des différends investisseur-État prévu par les Accords.

PAS DE CADRE RÉGLEMENTAIRE EUROPÉEN POUR COMBUSTRILES FOSSILES NON CONVENTIONNELS
Les entreprises se mobilisent contre les interdictions en Europe

De puissantes entreprises se mobilisent en permanence contre les tentatives nationales et européennes de réglementation de la fracturation hydraulique. En 2011, suite au vote de la loi d’interdiction de la fracturation hydraulique en France, les permis de l’entreprise pétrolière et gazière américaine Schuepbach et de l’entreprise multinationale française Total ont été annulés. Chacune des deux entreprises a déposé un recours en justice contre l’État français afin de récupérer leurs permis respectifs. Total a affirmé qu’il respecterait la loi française et n’utiliserait pas la fracturation hydraulique. Les deux affaires judiciaires sont toujours en cours d’instruction par les tribunaux français. Schuepbach a par ailleurs contesté la loi d’interdiction pour non-conformité à la Constitution. Le Conseil constitutionnel français s’est prononcé contre l’entreprise, en faisant valoir que l’interdiction était un moyen valable et approprié de protection de l’environnement.

Les entreprises de l’énergie regardent déjà du côté de la justice pour revenir sur les interdictions de la fracturation hydraulique. L’inclusion d’un mécanisme de règlement des différends investisseur-État dans le PTCI leur donnerait un outil extra-juridique – et dans certains cas une seconde chance – pour contester des politiques d’intérêt public.

“Les entreprises transnationales du secteur extractif se tournent de plus en plus vers les tribunaux d’arbitrage internationaux pour résoudre les conflits portant sur les ressources naturelles.” [Institute for Policy Studies in its report Mining for Profits in International Tribunals (14)].

Le mécanisme de règlement des différends investisseur-État : le plan B du secteur privé pour briser la résistance contre la fracturation hydraulique

On peut s’attendre à ce que le chapitre sur l’investissement du PTCI inclut des droits considérables pour les investisseurs étrangers qui pourraient saper les décisions des gouvernements visant à interdire ou réglementer la fracturation hydraulique. Les entreprises américaines qui investissent en Europe pourraient contester directement les interdictions et réglementations de la fracturation hydraulique devant des tribunaux internationaux privés, ce qui pourrait ouvrir la voie à des dizaines de millions d’euros de compensation, payés par les contribuables européens. Les entreprises européennes qui investissent aux États-Unis pourraient également être en mesure de contester les réglementations fédérales ou des États américains portant sur la fracturation hydraulique.

Le mécanisme de règlement des différends investisseur-État est de plus en plus utilisé par les entreprises minières et de l’énergie pour contester les politiques de santé publique et environnementales, qu’elles considèrent comme responsables de la réduction de la valeur de leurs investissements, c’est à dire de leurs bénéfices attendus.
Le cas Lone Pine est inquiétant car il montre comment des gouvernements peuvent être vulnérables aux litiges investisseur-État liés à la fracturation hydraulique ou à d’autres projets énergétiques et miniers controversés. Les entreprises désireuses d’extraire des énergies fossiles non conventionnelles en Europe pourraient être en mesure de contester les mesures prises dans l’intérêt public dès lors qu’elles ont une filiale aux États-Unis. Plusieurs entreprises américaines, telles que Chevron et Conoco Philips, sont impliquées dans des projets d’extraction d’énergies fossiles non conventionnelles en Europe. Les entreprises qui investissent aux États-Unis avec une filiale dans un pays de l’UE auraient les mêmes droits. Un mécanisme de règlement des différends investisseur-État dans le PTCI mettrait en danger les populations européennes et américaines, et il compromettrait la capacité des pouvoirs publics de réglementer ou interdire les pratiques dangereuses telles que la fracturation hydraulique.

Un solide régime de protection des investissements nous permettrait, à nous et d’autres entreprises américaines, de mieux réduire les risques associés à des investissements étrangers à grande échelle, à forte intensité en capital et à long terme.” [Chevron, Réponse de Chevron au consultation par le gouvernement des ÉU sur le PTCI(17)]

DROITS DES INVESTISSEURS AU-DESSUS DE LA DÉMOCRATIE  LONE PINE CONTRE LE CANADA

⇒ à suivre prochain épisode sur la pression exercée par les pollueurs pour obtenir des droits spéciaux.

(10) http://europa.eu/legislation_summaries/glossary/subsidiarity_en.htm
(11) DG Environment study, 2012, “Support to the identification of potential risks for the environment and human health arising from hydrocarbons operations involving hydraulic fracturing in Europe” http://ec.europa.eu/environment/integration/energy/pdf/fracking%20study.pdf
DG Environment study, 2013, “Regulatory provisions governing key aspects of unconventional gas development in eight Member States” http://ec.europa.eu/environment/integration/energy/pdf/Final%20Report%2024072013.pdf
(12) European Parliament, 2012, “Own Initiative report on the environmental impacts of shale gas and shale oil extraction activities” http://www.europarl.europa.eu/oeil/popups/ficheprocedure.do?reference=2011/2308(INI)
European Parliament, 2012, “Own initiative report on industrial, energy and other aspects of shale gas and oil” http://www.europarl.europa.eu/oeil/popups/ficheprocedure.do?reference=2011/2309(INI)
(13) http://ec.europa.eu/environment/integration/energy/unconventional_en.htm
(14) http://www.ips-dc.org/files/6061/Mining%20for%20Profits%202013%20-%20ENGLISH.pdf, p1
(15) http://www.italaw.com/sites/default/files/case-documents/italaw1596.pdf
(16).http://www.theglobeandmail.com/globe-investor/quebecs-st-lawrence-fracking-ban-challenged-under-nafta/article5577331/
(17) Chevron Corporation: Comments on Proposed Transatlantic Trade and Investment Partnership, May 7, 2013, http://www.regulations.gov/#!documentDetail;D=US TR-2013-0019-0241

Sauvegarde du principe de précaution j’écris à mon député            (!) Info minute – Revue de Presse

zurawlow occ chevrCela fait un an que le chemin d’accès au terrain que Chevron veut utiliser pour ses recherches de gaz de schiste à Zurawlow est bloqué. Rappelons les faits: ce 3 Juin 2013, à 6h00 du matin, une entreprise débarque sans les autorisations requises pour démarrer un chantier et clôturer un champ. Les paysans se mobilisent immédiatement et empêchent l’érection de cette clôture.

Un an de résistance par tous les temps. Un an de surveillance permanente des habitants par une société de sécurité privée payée par Chevron. Un an de brimade et pression de la part de la société Chevron qui écrit aux autorités locales et au habitants en les menaçant de pénalité énormes si les travaux ne peuvent être engagés librement par la multinationale. Un an que les habitants réclament un accès à tous les documents concernant les autorisations et projet de travaux prévus sur leurs terres. 365 jours pendant lesquels le gouvernement sourd à la mobilisation des agriculteurs pour la préservation de la terre nourricière poursuit son plan d’investissement dans la recherche de gaz de schiste. Alors même que de nombreuses majors ont quitté la Pologne après bien des déboires. Ces compagnies pétro-gazières ont trouvé la nature du sous-sol bien difficile à exploiter, la rentabilité n’est pas au rendez-vous.

Et pourtant Chevron persiste et signe en trainant les habitants au tribunal.

Et pourtant les habitants persistent dans leur résistance face à cet envahisseur qui n’a que faire des terres agricoles si ce n’est de les forer à la recherche d’un gaz naturel dont la population ne tirera pas profit au risque de polluer les ressources en eau.

Les habitants de Zurawlow sans protection, dans un combat légitime, ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se défendre.

OccupyChevron since June 3 2013 : Le blog en français de cette lutte polonaise

Révision du code minier : Pétition                                                        (!) Info minute – Revue de Presse

VARSOVIE , le 27 mai ( d’après Reuters ) – La société polonaise Baltic Ceramics Investments émet des actions pour aider à financer la construction d’une usine qui devrait fabriquer des produits de haute technologie utilisés dans la fracturation hydraulique. Une telle usine viendrait renforcer le potentiel de développement du gaz de schiste en Europe de l’Est.

ceramique fracturation hydrauliqueLa société prévoit de produire des agents de soutènement en céramique, des billes sphériques minuscules et presque indestructibles qui sont injectées sous terre lors des opérations de fracturation hydraulique mises en œuvre pour libérer les hydrocarbures (pétroles ou gaz de schiste) piégés dans la roche mère.

«Nous aurons la première usine de ce type dans l’Union européenne ,  » a déclaré Dariusz Janus, dirigeant d’IndygoTech Minerals , la holding qui contrôle Baltic Ceramics Investments . Ces agents de soutènement en céramique, qui peuvent résister à des températures et des pressions très élevées, sont utilisés pour maintenir ouvertes les fractures dans la roche de schiste, ce qui est nécessaire dans les gisements difficiles à exploiter, ce qui est le cas en Pologne selon les experts.

Plus de 50 puits exploratoires de gaz de schiste ont été forés jusqu’à présent en Pologne, et les experts indiquent que des dizaines d’autres sont nécessaires pour déterminer si la production commerciale à grande échelle du gaz de schiste est viable. Ceci représente des millions de dollars de dépenses d’exploration, ce qui amené United Oilfield Services à ouvrir une base logistique en Pologne en Août dernier. Le géant américain Halliburton est également en train de construire un centre pour ses opérations polonaises.

Baltic Ceramics souhaite voir l’usine fonctionner l’année avant la fin de l’année 2015. Elle a réussi des essais aux États-Unis ce qui l’a amenée à commander des équipements pour l’usine. La société a reçu un financement de 11 millions de dollars de l’Union européenne , et un autre de 4 millions de dollars de fonds publics de la Pologne « pour stimuler l’innovation ». L’émission de 3,4 millions de dollars en actions viendra compléter le financement du projet dont le montant total est estimé à  plus 33 Millions d’Euros.

D’autres pays d’Europe orientale, comme la Roumanie et l’Ukraine , cherchent à développer le gaz de schiste , ce qui ajoute à la demande potentielle de services et de fournitures.

PERSPECTIVES

gaz de schiste fracking fracturation hydrauliqueBaltic Ceramics vise la production de 135 000 tonnes de produits de soutènement par an , soit environ 5 pour cent de la demande mondiale. La société affirme posséder suffisamment de matières premières pour couvrir jusqu’à 80 années de production.  » Nous avons déjà des demandes venant de compagnies de recherche de gaz de schiste en Pologne, en Roumanie, en Ukraine et en Grande-Bretagne » ajoute le dirigeant de Baltic Ceramics. La demande pour ces agents de soutènement en céramique a fortement augmenté ces dernières années suite au boom du pétrole et gaz de schiste aux États-Unis. Pour la société polonaise, la rentabilité sera atteinte si la production annuelle reste au dessus de 25 000 tonnes. Cette usine sera installée à Lubsko à l’Ouest de la Pologne non loin de la frontière avec l’Allemagne.

Par ailleurs la crise Russie – Ukraine produit une pression sur la Pologne et le reste de l’Union européenne pour réduire la dépendance aux importations de gaz russe. Janus affirme que cette situation politique est « très favorable » pour l’entreprise. Il ajoute que le principal atout de Baltic Ceramics est sa localisation en Pologne, ce qui lui permettra de fournir aux opérateurs en Europe des agents de soutènement en céramique nettement plus rapidement et à meilleur prix que les sociétés telles que Carbo Ceramics ou Imerys qui les produisent aux États-Unis.

La Pologne avait l’ambition de reproduire le boom du schiste américain, mais une révision à la baisse des estimations de ses réserves de gaz, des conditions géologiques plus difficiles qu’aux États-Unis et le départ de nombreuses majors mettent en doute ses perspectives de « révolution du gaz de schiste ».

Article repris ici avec la très aimable autorisation de son auteure, la journaliste

Un ancien dirigeant du groupe pétrolier américain Mobil Oil explique son opposition radicale aux forages de gaz et d’huile de schiste. Il pointe les pollutions massives, l’impact important sur le climat, les ressources limitées et appelle à sortir des énergies fossiles.

Au temps de la guerre froide, on l’aurait qualifié de transfuge. Ancien vice-président exécutif du groupe pétrolier Mobil Oil, Louis Allstadt est devenu un opposant résolu à l’exploitation des gaz et des pétroles de schiste (voir par exemple ici cette audition publique). Aujourd’hui retraité, il a dirigé des opérations d’exploration et de production de l’entreprise après avoir été en charge de ses activités d’approvisionnement, de commerce et de transport pour le monde. Il a également supervisé, côté Mobil, la fusion de son entreprise avec la société Exxon – Exxon Mobil est aujourd’hui l’un des plus grands groupes mondiaux. Au total, Louis Allstadt a travaillé trente et un ans dans les hydrocarbures.

Mediapart a pu l’interroger pendant près d’une heure, par Skype et en public, dans le cadre d’une discussion qui a suivi la projection du film de Lech Kowalski Holy Field Holy War (voir ici), début avril. Nous publions ci-dessous la retranscription de cette conversation, complétée par un échange par email.

Dans cet entretien, il s’inquiète en particulier des fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre, lors des forages de gaz de schiste. Des chercheurs viennent de mesurer des taux de fuite très supérieurs aux estimations de l’agence américaine de protection de l’environnement (voir ici leur article).

Pourquoi vous opposez-vous à l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, vous, un ancien cadre dirigeant de l’industrie pétrolière ?  

Louis Allstadt. J’ai pris ma retraite de l’industrie pétrolière et gazière en 2000. Je n’ai aucune intention de travailler de nouveau dans ce secteur. Il y a six ans environ, des amis m’ont demandé s’il était possible de forer en toute sécurité des puits de gaz à seulement 150 mètres du lac qui fournit l’eau potable de notre village. J’ai d’abord trouvé très étrange de vouloir forer aussi près.

Puis je me suis plongé dans les différences technologiques entre la fracturation hydraulique et les méthodes des forages conventionnels. La fracturation hydraulique utilise de 50 à 100 fois plus d’eau et de produits chimiques que les anciens forages conventionnels. Son infrastructure industrielle est aussi beaucoup plus importante. Le problème des déchets est majeur : il faut environ 20 millions de litres d’eau et environ 200 000 litres de produits chimiques pour fracturer. Un tiers environ de ces liquides ressort du puits chargé de métaux lourds. Ce sont des déchets toxiques et pour une part radioactifs. Le lien a été fait entre leur stockage sous pression, dans les puits d’injection, et des tremblements de terre à proximité. La moindre fuite crée un sérieux problème aux réserves d’eau potable.

Les riverains de forages par fracturation hydraulique sont victimes de nuisances importantes. Il existe des procédés de recyclage de l’eau usée qui permettent de consommer 30 % d’eau « fraîche » en moins. Mais il faut quand même énormément d’eau. Des progrès ont aussi été accomplis dans la réalisation des puits, permettant de réduire les fuites de méthane. Mais ces améliorations sont bien faibles au regard de la force brutale de cette technologie.

Au bout de quelques années, je suis arrivé à la conclusion que cette technologie ne peut pas être utilisée sans dommage, en particulier à proximité de là où des gens vivent et travaillent. Or je me suis rendu compte que les réglementations étaient très limitées. La loi américaine autorise par exemple les exploitants à garder secrète la composition des produits chimiques qu’ils utilisent pour forer. Elle autorise également les forages très près des écoles et des bâtiments publics. J’espère donc que vous aurez de bien meilleures lois que nous.

À quoi servent les gaz et huile de schiste aux États-Unis ?

Le gaz de schiste n’est pas différent du gaz conventionnel. C’est chimiquement la même chose. Pareil pour le pétrole. Le gaz, qu’il provienne d’un forage par fracturation hydraulique ou d’un forage conventionnel, passe par les mêmes tuyaux, les mêmes gazoducs et sert de la même manière au chauffage des logements, à produire de l’électricité, à cuisiner. Aujourd’hui les principales sources d’énergie aux États-Unis sont le pétrole, qui sert principalement dans les transports (essence, diesel, carburant aérien) et un peu pour le chauffage. Le charbon est utilisé pour produire de l’électricité. Les pourcentages des unes et des autres varient en fonction des régions américaines.

L’électricité est beaucoup produite à partir de charbon aux États-Unis, ressource qui émet énormément de gaz à effet de serre, plus que le gaz. Or l’un des arguments des pro-gaz de schiste est d’affirmer que cette méthode réduit l’impact climatique de la production d’énergie. Que leur répondez-vous ? 

Si vous brûlez tout le gaz, vous émettez moins de dioxyde de carbone qu’avec le charbon. Le problème, c’est qu’une grande partie de ce gaz fuit et s’échappe dans l’atmosphère sous forme de méthane, qui est 80 à 100 fois pire, en pouvoir de réchauffement, que le CO2 pendant les vingt ans qui suivent son rejet. Ces fuites sont un gros problème. Et elles rendent en réalité le gaz pire que le charbon. Des études sur les champs de production indiquent un taux de fuite dans l’atmosphère qui peut atteindre 6 %. Sous les rues des grandes villes, les vieux tuyaux qui fournissent le gaz aux logements et aux bâtiments fuient quant à eux de 3 à 5 %. S’y ajoutent les fuites des stations de compression, et celles qui se produisent chaque fois que vous allumez votre gazinière. Or il suffit de 1 à 1,5 % de fuite pour que le recours au gaz soit aussi mauvais que le charbon en matière d’émission de gaz à effet de serre.

Donc, même s’il semble que brûler du gaz soit plus propre que brûler du charbon, c’est faux. On ne le sait que depuis ces dernières années. Je dois dire que cela m’a surpris lorsque je l’ai découvert. Tous les tests réalisés jusqu’ici indiquent que nous avons un très gros problème.

L’exploitation du gaz et des huiles de schiste constitue une activité importante aux États-Unis aujourd’hui. L’Europe peut-elle être un nouvel eldorado ?

Action Dindons Jouarre pétrole de schisteVous pouvez probablement apprendre de ce qui s’est passé aux États-Unis. Au départ, les entreprises gazières prétendaient que là où il y a du gaz de schiste, vous pouvez bâtir un puits et en extraire du gaz. Pendant quelques années, des puits de forage sont effectivement apparus là où se trouvaient des gisements de gaz. Ce qu’on a découvert, c’est que ce gaz n’est pas présent partout dans le sous-sol, mais seulement en quelques endroits d’un potentiel gisement, ce qu’on appelle des « sweet spots », des « parties tendres ». Donc l’exploitant qui tombe sur une « partie tendre » peut très bien s’en sortir. Mais ceux qui ne les ont pas trouvées ne s’en sortent pas si bien.

Par ailleurs, les premières estimations de l’étendue des réserves gazières ont été très surestimées. Au départ, il se disait que les États-Unis pouvaient avoir dans leur sous-sol l’équivalent de cent ans de consommation de gaz. Maintenant, on ne parle plus que de vingt ans ou moins. Je ne connais pas précisément la situation des réserves européennes. Mais je crois qu’il va se passer la même chose que pour le reste des extractions de minerais : le produit est concentré en certains rares endroits, et il ne sera pas rentable d’exploiter le reste. Regardez la décision que vient de prendre Shell, un des plus gros groupes pétroliers au monde : ils réduisent leur engagement financier et en main-d’œuvre aux États-Unis dans le pétrole de schiste. C’est emblématique des difficultés rencontrées par d’autre majors (voir ici à ce sujet, ndlr).

Autre argument des défenseurs des forages de gaz et de pétrole de schiste : permettre l’indépendance énergétique des États-Unis. N’est-ce pas à vos yeux un horizon qui compte ?

Prise de vue depuis le campement d'Occupy Chevron en Pologne.C’est ce que disaient les entreprises au départ. Elles le disent toujours parfois. Mais cet argument ne se justifie vraiment pas. Les puits de pétrole et de gaz de schiste s’épuisent très vite. En un an, la rentabilité peut décliner de 60 %, alors que les gisements conventionnels de gaz déclinent lentement et peuvent rester productifs 40 ans après le début du forage.

L’autre aspect, c’est que les forages visent les « parties tendres ». Quand elles sont épuisées, d’autres emplacements moins productifs doivent être forés. Cela ne semble pas promettre des horizons d’indépendance énergétique aux États-Unis. Au contraire, je pense qu’ils vont recommencer à importer du gaz d’ici la fin de la décennie. Les États-Unis ne sont pas indépendants énergétiquement et ne le deviendront pas grâce aux forages de gaz et d’huile de schiste. Même s’ils deviennent le plus gros producteur mondial de pétrole, ils continueront à en importer d’énormes quantités.

Quant aux emplois créés, ils ne bénéficient pas aux riverains des forages, mais profitent à des spécialistes venus du Texas ou d’Oklahoma ou d’ailleurs, qui ne restent que tant que dure le forage, et partent ensuite. Ils sont en général de courte durée. 

Si le bilan des gaz et huile de schiste est si mauvais, pourquoi l’exploitation se poursuit-elle aux États-Unis et pourquoi Barack Obama en fait-il une telle promotion, notamment lors de son voyage officiel en Europe le mois dernier ?

Je pense que la position du président Obama est fortement influencée par son nouveau secrétaire à l’énergie, Ernest Monizqui est favorable à la fracturation hydraulique. Par ailleurs, l’information sur la quantité des fuites de méthane dans l’atmosphère et leur impact sur le climat est relativement récente. Il faut du temps aux gouvernements pour absorber l’information et changer de stratégie.

C’est aussi une question géopolitique en lien avec ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine. Je serais surpris que les États-Unis exportent de grandes quantités de gaz. Certaines entreprises veulent en exporter, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), parce que le prix du gaz est plus élevé en Europe et en Asie. Mais je n’y crois pas. Nous n’avons pas à ce jour de terminal d’exportation gazière. Peut-être un ou deux seront construits un jour, mais ils coûteraient beaucoup d’argent. Le transport par mer de gaz liquéfié coûte aussi très cher. Ce serait donc un investissement très risqué. Il n’y aura pas assez de gaz pour maintenir une activité d’exportation sur le long terme.

En France et en Europe on parle beaucoup de transition énergétique. Les États-Unis pourraient-ils répondre à leurs besoins d’énergie sans les gaz et huiles de schiste ?

La clé à long terme, c’est le passage aux énergies renouvelables : éolien, solaire, hydraulique. C’est la seule solution. Les hydrocarbures faciles et bon marché ont déjà été exploités. Il ne reste plus que les gaz et huile de schiste – mais leur production va décliner – et les gisements non conventionnels, en eau profonde et dans l’Arctique – mais ils coûtent extrêmement cher. Les renouvelables doivent donc très vite commencer à remplacer les fossiles. 

Si vous prenez en compte les externalités des carburants fossiles (le coût de leurs impacts sur l’environnement, ndlr), le coût important de la protection des régions côtières, des inondations, et des autres effets du dérèglement climatique, les énergies renouvelables sont d’ores et déjà compétitives. Car avec les hydrocarbures, il faut payer deux fois : une fois à l’achat, et ensuite en impôts pour rembourser les dommages qu’ils causent.

L’opinion publique américaine est-elle favorable ou opposée aux gaz et huiles de schiste ?

Aux États-Unis, les sondages peuvent dire tout et son contraire. Sur les études les plus crédibles, il semble qu’environ 40 % des personnes interrogées sont opposées à la fracturation hydraulique, environ 40 % y sont favorables et 20 % indécises. Il faut comprendre qu’aux États-Unis, les propriétaires fonciers sont aussi les détenteurs des droits miniers. Si bien que les propriétaires de terres ont tendance à être favorables aux forages des gaz de schiste car ils y peuvent toucher des droits et des recettes grâce à la location de leurs terres. C’est différent dans la plupart des autres pays. Les voisins de forages de gaz de schiste qui ne possèdent pas beaucoup de terrain ont tendance à s’inquiéter du sort des déchets issus de ces forages. Ainsi que du trafic routier intense des camions qui vont et viennent des puits. 

Vous considérez-vous comme un lanceur d’alerte ?

Je ne m’étais pas formulé les choses ainsi. Peut-être. Sauf que je ne dis rien qui ne soit déjà bien connu dans l’industrie des hydrocarbures, ce qui ne correspond donc pas à la définition exacte de ce qu’est un lanceur d’alerte.

Comment l’industrie énergétique a-t-elle réagi à vos déclarations ?

Ils ont été étonnamment silencieux. Ils n’ont rien répondu, en fait.

Vous semblez être passé d’une critique des gaz et huiles de schiste à une critique plus générale de l’utilisation des énergies fossiles en raison de leurs effets néfastes sur le climat.  

Tout à fait. Je me suis d’abord inquiété des effets locaux des exploitations des gaz de schiste là où j’habitais. Puis au fil des ans, je me suis beaucoup moins inquiété pour les forages car les recherches indiquent que les réserves ne sont vraisemblablement pas si importantes. Je suis aujourd’hui beaucoup plus inquiet des effets des gaz et huiles de schiste sur le dérèglement climatique. Peu importe où vous forez, peu importe d’où vous émettez : les gaz rejetés vont dans l’atmosphère et créent un problème pour nous tous, quel que soit votre lieu de vie.

Pensez-vous qu’il faut aujourd’hui sortir du pétrole ?

Ce n’est pas si simple d’en sortir. Cela prendra du temps. Mais nous devons commencer à emprunter cette voie. Les coûts des renouvelables baissent. Leur viabilité augmente assez vite. Notre approvisionnement énergétique doit changer. Nous devons remplacer les énergies fossiles aussi vite que possible par les renouvelables.

Cet entretien a eu lieu par skype et en public le 2 avril dernier, au cinéma l’Entrepôt à Paris.

Remerciements à Lech Kowalski, Odile Allard et au cinéma l’Entrepôt pour l’organisation de cette discussion. Merci également à Émilie Saada pour la traduction. 

ARTICLE PUBLIE ICI SUR MEDIAPART.

Révision du code minier : Pétition                                                                   (!) Info minute – Revue de Presse

LA POLOGNE « ELDORADO DU GAZ DE SCHISTE »?

europe-full-a-pologne-enTotal n’a pas renouvelé son unique permis d’exploration de gaz de schiste en Pologne, devenant ainsi la cinquième compagnie pétrolière internationale à renoncer, a annoncé le ministère polonais de l’Environnement. « Total avait un permis d’exploitation dans l’est de la Pologne, près de Chelm, qui a expiré le 1er avril« , a déclaré à Reuter Pawel Mikusek, porte-parole du ministère de l’Environnement. « Ils ne l’ont pas renouvelé. »

On s’en souvient la Pologne avait lancé il y a trois ans déjà son offensive dans le gaz de schiste. Le Premier ministre Donald Tusk promettait à l’époque, non sans avoir bafoué la réglementation européenne en matière d’attribution de marché, une exploitation à l’échelle commerciale pour 2014,

Que ne promettait-on pas il y a trois ans : La Pologne « première réserve de gaz de schiste d’Europe« , suivie de la France. De véritable gisements hydrocarbures dignes du pétrole du Qatar sous nos pieds!

Mais la révision à la baisse des réserves de gaz, un environnement réglementaire flou et les premiers résultats médiocres des quelques forages effectués ont eu raison de l’engagement des compagnies américaines Marathon Oil, Talisman Energy et Exxon Mobil ainsi que de l’italienne Eni.

tumblr_occupychevronzurawlowCes défections successives laissent Chevron seul en lice pour explorer le sous-sol polonais à la recherche de gaz de schiste. Dans l’Est de la Pologne dans des régions agricoles, comme à Zurawlow, il existe des paysans qui résistent contre l’intrusion de Chevron sur leurs terres.

A l’heure où le GIEC sort son 5° rapport encore plus alarmant que les 4 premiers, il est grand temps que la plaisanterie cesse et que la riche Europe serve de modèle en engageant tout de suite une vigoureuse et vitale transition énergétique.

(!) Info minute – Revue de Presse

COMMUNIQUE DE PRESSE DES COLLECTIFS FRANÇAIS NON AUX PÉTROLE ET GAZ DE SCHISTE ET DE HOUILLE*

Violente répression policière contre les opposants à un forage CHEVRON visant du gaz de schiste à PUNGESTI en Roumanie

Roumanie repression gaz de schisteCe 2 décembre, en pleine nuit, plusieurs centaines de policiers anti-émeute, venus de toute la Roumanie ont envahi le camp de résistance à Pungesti, camp installé sur des terrains privés pour lutter contre un forage de la compagnie Chevron visant du gaz de schiste. Ils ont arrêté ou chassé les occupants, y compris femmes, vieillards et enfants, avec une extrême violence, qui a nécessité des hospitalisations et semé la frayeur dans le camp et le village. Relâchés dans la matinée, les manifestants ont écopé d’amendes. Des charges pénales pèsent sur deux d’entre eux, selon nos dernières informations.

Les routes sont bloquées, la zone est déclarée « zone spéciale d’intervention », interdisant à tout journaliste d’y accéder. Comme les faits se sont passé nuitamment, il a été difficile pour les occupants du camp de filmer afin de rapporter la violence de ces faits (1) et (2).

Pendant ce temps la police fait un travail de désinformation, criminalisant les opposants à ce forage, et permettant l’installation sur place du matériel de forage, sous haute garde.

 Pourquoi un tel déploiement guerrier, qui fait suite à un précédent assaut, le 16 octobre dernier – lequel avait déjà fait plusieurs blessés parmi les habitants du village – et à la décision de Chevron de suspendre ses activités sur le site, sous la pression internationale ? Tout simplement parce que cette multinationale, première responsable des émissions mondiales de gaz à effet serre (3), veut faire quelques bénéfices supplémentaires en forant des puits de gaz de schiste à Pungesti et que les habitants ne l’entendent pas ainsi. De quel droit cette multinationale violente-t-elle ainsi les habitants, avec le soutien du gouvernement d’un pays membre de l’Europe ? N’ont-ils plus le droit de vivre parce qu’ils habitent sur des réserves supposées d’hydrocarbures ? Les quelques futurs bénéfices de Chevron valent-ils plus que les vies de tous les habitants de la région ?

 L’impunité des multinationales est totalement inacceptable et doit être condamnée. Les hommes, les femmes et les enfants de Pungesti ont toute légitimité de ne pas accepter les forages, pour toutes les raisons connues concernant les multiples impacts avérés de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, alors qu’il est prouvé que cette exploitation n’apporte ni les emplois promis, ni les

Nous demandons à nos élus responsables : eurodéputés, députés, sénateurs, élus des collectivités locales, et à nos diplomates, de se mobiliser fermement contre de tels agissements et d’exiger de l’Union Européenne une intervention diplomatique d’urgence pour faire cesser cette situation

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »

NON AUX HYDROCARBURES DE SCHISTE ET DE HOUILLE, NON AUX ÉNERGIES EXTRÊMES, NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN

1) http://www.vrn.ro/chevron-si-jandarmeria-au-pornit-in-toiul-noptii-un-nou-asalt-la-pungesti

2) http://www.youtube.com/watch?v=iP6UG2yqhKc&feature=youtu.be

3) http://www.bastamag.net/article3576.html

* Collectifs citoyens opposés à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures « non conventionnels », à la fracturation du sous-sol, aux forages extrêmes et appelant à une véritable transition énergétique pérenne.

(!) Info minute – Revue de Presse

19 10 2013 Saint Claude manifestationDeux mille à deux mille cinq cents personnes ont participé samedi 19 octobre à la manifestation organisée à Saint-Claude (Jura) par les collectifs franc-comtois et rhône-alpins, dans le cadre de la 2e journée internationale contre la fracturation hydraulique et l’extractivisme. Six mois après Nantua (16.03.2013), qui avait réuni 3000 personnes, c’est une nouvelle démonstration de la mobilisation des citoyens de ces deux régions contre les projets pétroliers. De mémoire de Sanclaudien, ce fut samedi la plus grosse manifestation qu’ait connu la cité pipière…

Saint Claude le mirage du gaz de schiste 19 octobre 2013 Thomas Porcher Jacques CambonDans la matinée, la conférence de l’économiste Thomas Porcher a fait salle comble. Plus de 250 personnes sont venues écouter l’auteur du « Mirage du gaz de schiste » démonter un à un les arguments économiques avancés en faveur de l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels.
Saint Claude France Zurawlow Pologne Duplex 19 octobre 2013Deux liaisons par video conférence ont ensuite été établies avec des femmes d’agriculteurs polonais en lutte contre Chevron à Zurawlow. Puis avec une représentante des indiens Mapuche, en Patagonie argentine, opposés aux projets d’exploitation de gaz de schiste de Chevron et Total… Deux entretiens très émouvants, qui rappellent combien les compagnies pétrolières développent leurs activités au mépris des populations locales.

Rassemblement stop gaz de schiste Saint claude 19 octobre 2013Comme à Nantua, l’ambiance de la manifestation fut festive, familiale et bon enfant, malgré la gravité de l’enjeu…
Étaient ainsi réunis:
– des citoyens jurassiens, doubistes, savoyards, isérois, de l’Ain, du Rhône, de Saône-et-Loire, de la Loire, d’Ardèche, de Suisse
des associations engagées dans ce combat contre les forages d’hydrocarbures: Jura nature Environnement, les Amis de la Terre, Humeur Bio, CPIE du Haut-Jura, la FRAPNA, Attac, Greenpeace, No Gazaran…
– des élus, conseillers municipaux, conseillers généraux, conseillers régionaux, parlementaires, des partis politiques, des syndicats
– des grand-parents, des parents, des enfants
– des paysans, des pêcheurs, des apiculteurs, des commerçants, des artistes, des artisans, des spéléologues, des professionnels du tourisme, des enseignants, des élèves, des collégiens, des lycéens et des étudiants, des retraités, des fonctionnaires, des professions libérales, des chômeurs, des ouvriers, des patrons…
Une centaine de bouilles à lait de Bidons sans frontières ouvraient le cortège, une vache le fermait, rappelant que la région a bénéficié de l’une des premières A.O.C. fromagères -le Comté- et qu’elle a aujourd’hui une très forte vocation agricole…

19 10 2013 Saint Claude ouverture de manifestation AOCUne délégation des représentants des collectifs et d’élus -Francis Lahaut (maire de Saint-Claude), Hervé Leroy (maire de Lantenay), Brigitte Monnet (conseillère régionale), Jean-Gabriel Nast (président du Parc naturel régional du Haut-Jura), Raphaël Perrin (conseiller général), Barbara Romagnan (députée du Doubs)- a été reçue par Joël Bourgeot, sous-préfet de Saint-Claude. Elle a fait part de ses inquiétudes quant à l’attribution de nouveaux permis d’exploration (dans le Bas Rhin et en Meurthe-et-Moselle au mois de septembre), quant aux objectifs inavoués des pétroliers qui, depuis la loi Jacob qui leur interdit la fracturation hydraulique, ne cherchent plus que du « pétrole conventionnel ». Les élus ont exprimé leur étonnement quant à Saint Claude manif globalfrackdown soirée slam maison du peuplel’octroi de permis sur des zones karstiques, alors qu’ils sont eux-même soumis à de fortes contraintes de protection des ressources en eau. Il a été demandé le rejet de toutes les demandes de permis de recherche d’hydrocarbures, l’abrogation de tous les permis en vigueur, et la mise en œuvre de la politique de transition énergétique annoncée par le gouvernement.

Cette mobilisation générale fut une réussite. Comme à Nantua, elle a bénéficié d’un important soutien logistique de la ville de Saint-Claude, qui fait partie de ces collectivités qui ont voté une motion contre les forages d’hydrocarbures. Elle s’est achevée tard dans la nuit après une belle soirée Slam « Ya d’leau dans l’gaz » à la Maison du Peuple de Saint-Claude.

Il y aura d’autres rendez-vous: la lutte continue!

J.V.

  • Revue de presse

Compte-rendus de la manifestation de Saint-Claude
France 3 Franche-Comté: Lire le reportage
Regarder le 19/20 du 19.10.2013: cliquer ici

Le Progrès: Brève Internet ici (avec les commentaires des Internautes qui valent leur pesant de cacahuètes) et compte-rendu en pièce jointe.
Les Echos du Jura: reportages et photos ici
Reporterre : un article complet ici publié ce jour
Radio Plein Air: une brève par là

La dépêche AFP sur Global Frackdown 2, citant la manifestation de Saint-Claude, a été reprise par de nombreux médias (il n’est pas nécessaire de cliquer sur tous les liens: c’est le même texte):
La Croix, Libération, Le Nouvel Observateur, maville.com, L’Express, Boursorama, Nice Matin, La Nouvelle République, Mediapart, Le Télégramme

D’autres médias ont fait un zoom sur la manifestation de Montélimar uniquement:
France Info (« Gaz de schiste: des milliers d’opposants mobilisés »), Le Figaro, Midi Libre (« Nos pâturages valent mieux que vos forages »), Le Télégramme
Vidéo de l’AFP: à regarder .

Pour ceux qui ont manqué les annonces:
La Voix du Jura: version en ligne
Le Monde: « La contestation contre le gaz de schiste essaime dans le monde »
Médiapart – Le blog de Maxime Combes

A voir: le débat sur La Chaîne Parlementaire
Gaz de schiste : la bataille est-elle vraiment gagnée ?
Avec:

  • Christian Bataille, Député PS du Nord, vice-président de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques
  • Michèle Rivasi, Députée européenne EELV
  • Philippe Chalmin, Économiste, Spécialiste du marché des matières premières, auteur de Crises 1929, 1974, 2008 Histoire et espérances, éditions Bourin, 2013
  • Thomas Porcher, Professeur en Marchés des matières premières à l’ESG, management School, auteur de Le mirage du gaz de schiste, mai 2013
 

19 octobre Global Frackdown – Journée Mondiale contre le fracking      (!) Info minute – Revue de Presse

… parcequ’ils sont nombreux à y avoir déjà de gros intérêts

Sylvain Lapoix, journaliste qui a vulgarisé auprès du lectorat francophone de nombreuses informations sur la mise en œuvre de la fracturation hydraulique ainsi que l’émergence d’une véritable bulle financière aux États-Unis (voir notamment le site OwniSchiste) dresse pour Reporterre la liste des grosses entreprises françaises ayant un intérêt direct dans le développement de la recherche et des l’exploitation des pétroles et gaz de schiste. Nous reprenons ici in extenso son article publié sur le site Reporterre et invitons également les férus de bande dessinées à se procurer la Revue Dessinée(1) dans laquelle il publie avec le dessinateur Daniel Blancou une saga sur les gaz de schiste très bien documentée.

Si le lobby en faveur de l’exploitation du gaz de schiste est si fort en France, c’est que plusieurs grandes entreprises sont engagées dans cette activité aux États-Unis : de Vallourec à Vinci en passant par Veolia, Lafarge et Suez, elles sont nombreuses à en tirer déjà profit.

Une leçon du vieil Ouest est revenue à la mode avec le boom des gaz de schiste aux États-Unis  : « Durant la ruée vers l’or, les seuls à être sûr de faire fortune étaient les vendeurs de pioche. » Passé de l’artisanat du tamisage des rivières à l’ère industrielle, les chercheurs d’or gris ont désormais besoin de la fracturation hydraulique et du forage horizontal pour faire cracher les schistes profonds. Mais si les méthodes ont changé, il y a toujours des quincaillers pour profiter de la manne, dont plusieurs d’entreprises françaises du Cac 40 spécialisées dans des segments clefs de ces techniques : tubage, béton, chimie, services pétroliers et eau. Au delà d’une vision « industrielle » par laquelle ils encouragent une exploitation tous azimuts des ressources énergétiques, les majors françaises défendent avec les gaz de schiste des relais de croissance pour leurs propres activités. Des retombées bien plus certaines qu’une baisse des prix de l’énergie pour les ménages.

Vallourec et Lafarge déjà leader aux États-Unis

D’un point de vue industriel, la fracturation hydraulique et les forages horizontaux sont des techniques intensives en matériel comme en compétence. La phase de forage mobilise trois ingrédients principaux  : un « rig » (la plateforme de forage), du tubage (canalisations insérées dans le puits sur toute sa longueur), et du béton (sous forme de « manteau  » coulé le long du tubage pour assurer son étanchéité et la résistance à la pression).

GDS1Sous la marque VAM USA, la société Vallourec s’est imposée comme un des leaders des tubages traités et des joints filetés qui garnissent chaque puits de gaz de schiste sur un minimum de cinq kilomètres [1]. Fin 2012, l’entreprise a inauguré une usine spécialisée à Youngstown (Ohio) d’un coût de 1,05 milliards de dollars. Une adaptation judicieuse pour l’entreprise dont le directeur des affaires industrielles espère doubler le business « dans les deux ans qui viennent  ». Philippe Crouzet, le patron de l’entreprise Vallourec, est l’époux Sylvie Hubac, directrice du cabinet du président de la République. Il avait pesé publiquement, en juin dernier, pour le limogeage de la ministre de l’Écologie Delphine Batho, jugée trop opposée aux gaz de schiste.

Pour le coffrage, la société Lafarge qui est sur les rangs  : sponsors du congrès « Global WellCem » regroupant les experts du bétonnage de puits, le cimentier français dispose d’une unité de production de ciment technique à Allentown, en Pennsylvanie, livrant les forages du gisement de gaz de schiste de Marcellus.

On ne saurait bien sûr oublier Total, directement engagée dans l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, notamment à travers sa filiale Chesapeake.

Quant aux sociétés de services pétroliers, les maîtres d’ouvrages sont le plus souvent des multinationales (Schlumberger, Baker Hughes et Halliburton) sous-traitant l’exécution à des maîtres d’ouvrages locaux. Pour le forage pétrolier de Jouarre, c’est une foreuse de la société Cofor (filiale de Vinci) qui est utilisée par Schlumberger, chargée du chantier par la société Hess, producteur titulaire du permis. La société de certification CGG Veritas (présente sur le forage deep offshore en Guyane) bénéficie aussi de l’appel d’air en matière d’expertise.

Relais de croissance pour Suez et Veolia

La fracturation hydraulique, par laquelle les gaz ou huiles présents en microbulles dans la couche de schiste sont « libérés », mobilise quant à elle des grandes quantités de matériau  : dix à vingt millions de litres d’eau, cinq cents tonnes de proppant (granulé chargé de « bloquer » les fissures, le plus souvent du sable) et cinquante tonnes de produits chimiques.

GDS2<–  Camion de transport de solution liquide pour la fracturation.

Sur ce dernier volet, la société SNF capte un tiers du marché américain des polymères solubles, utilisés pour rendre l’eau plus visqueuse et à même d’amener le proppant dans les fissures. Ce segment (en hausse de 20% par an) constitue désormais 100 millions de dollars de chiffre d’affaires pour la société.

Du côté des grandes entreprises, les sociétés Arkema (issue de la branche chimie de Total) et Saint-Gobain proposent toute une gamme de produits, notamment des alternatives au sable (dont le prix explose) sous forme de billes de céramique. A l’occasion de sa journée des investisseurs du 18 septembre 2012, Arkema présentait comme facteurs clefs de croissance de son activité le secteur pétrolier et gazier via le « enhanced recovery of oil ». Un terme décrivant dans le domaine les nouvelles techniques d’extraction intensive, à commencer par le fracking.

Suez et Veolia, enfin, placent de grands espoirs dans les déchets de ce procédé  : pour chaque puits 60 à 80% de l’eau utilisée pour fracturer la couche de schiste remonte à la surface, soit des millions de litres d’eau usée. Si la réglementation américaine autorise l’enfouissement dans des « puits poubelles », les normes environnementales européennes, plus strictes, ouvrent un boulevard pour le retraitement massif de ces déchets chargés de polymères, acides et autres dérivés de pétrole.

GDS3Veolia(2) mène ainsi une expérience conjointe avec la société Chevron en Californie visant à une gestion plus efficace de l’eau dans la fracturation hydraulique et a remporté en avril dernier un contrat pour le traitement des eaux usées issues de l’exploitation des gaz de houille du bassin de Surat, en Australie, d’un montant de 650 millions d’euros. L’occasion pour son PDG Antoine Frérot de s’enthousiasmer dans le rapport annuel du groupe  : « L’extraction des gaz de schiste constitue pour nous un autre secteur d’avenir. Veolia se range parmi les très rares entreprises au monde maîtrisant la chaîne des techniques nécessaires pour exploiter proprement ces gaz, sans pollution hydrique et en recyclant la totalité des volumes d’eau utilisés ».

(1) La Revue Dessinée, 4 fois par an dans toutes les bonnes librairies

(2) Voir aussi notre article « Des gaz de schiste propres puisqu’on vous le dit!« 

Source : Reporterre