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(!) Info minute – Revue de Presse

La Fondation Goodplanet créée par le photographe Yann Arthus-Bertrand et reconnue d’utilité publique vole-t-elle au secours de l’industrie engagée dans la promotion et le développement de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures extrêmes ? Cette fondation qui souhaite « mettre l’écologie au cœur des consciences et susciter l’envie d’agir concrètement » publie dans quelques jours un livre intitulé « Gaz de schiste, le vrai du faux ».

Nous ne ferons pas la critique d’un livre que nous n’avons pas lu. Nous noterons simplement deux choses :

1. La Fondation Goodplanet dépend de « partenaires et mécènes » tels que BNP Paribas (grand financeur de la recherche de gaz de schiste dans le monde), Antargaz (Premier distributeur de gaz bouteille en France), Vallourec (Leader mondial des solutions tubulaires – leader sur le marché des forages horizontaux pour l’exploitation des gaz de schiste), Veolia (Entreprise engagée dans le marché du traitement de l’eau de reflux de fracturation).

goodplanet partenaires et mecenes

2. La Fondation Goodplanet annonce dans la promotion de son ouvrage que « si le lobby pétrolier présente une version tronquée de la situation, de l’autre côté, certains militants déforment eux aussi la réalité. Les amalgames trompeurs s’ajoutent aux approximations tandis que persistent de très nombreuses inconnues ». Comme si les recherches menées ne prouvaient pas déjà la nocivité de l’exploitation de ces hydrocarbures. Comme s’il n’était pas déjà démontré que leur extraction et leur utilisation était facteur de pollution majeure avec une incidence sur la santé des populations vivant à proximité des forages. Comme s’il n’était pas déjà démontré que le méthane est un puissant gaz à effet de serre (pire que le charbon).

Arrêtons ici la litanie de « certains militants (qui) déforment eux aussi la réalité, tandis que persistent de très nombreuses inconnues ». Et posons-nous la question : Cette fondation souhaite-elle participer à la promotion de l’idée des industriels selon laquelle, le gaz de schiste serait un mal nécessaire pour faire le pont avec les énergies décarbonnées ? Veut-elle donner un petit coup d’accélérateur au massacre avant de passer au renouvelable, lorsque ça sera déjà trop tard? Ou promeut-elle un débat « indépendant »?

A ce stade, accordons-lui le bénéfice du doute et restons vigilants face à l’apparition des faux nez qui viennent faire le job de promoteurs du gaz de schiste au prétexte que « le débat n’aurait pas eu lieu ».

Rappelons aussi qu’un débat à eu lieu suite à la mobilisation populaire du printemps 2011. Qu’il s’est tenu dans les enceintes de notre démocratie pour accoucher d’une loi (très imparfaite) interdisant la fracturation hydraulique, seule technique permettant l’exploitation des pétroles et gaz de schiste. Rappelons toutefois que c’est en maintenant la pression que l’on pourra empêcher le pillage et l’épuisement des ressources pour ne pas laisser une planète dévastée à nos enfants. Il est de notre devoir d’empêcher l’exploitation des hydrocarbures compactés en grandes profondeurs et nécessitant des techniques polluantes, consommatrice d’eau et d’énergie et très coûteuses. Demandons plutôt l’orientation des investissements vers la recherche et le développement des solutions et énergies nouvelles et propres.

Le débat est bon. Il est nécessaire. Mais focaliser le débat sur le gaz de schiste, n’est-ce pas occuper les esprits au détriment d’autres enjeux majeurs que connaissent nos sociétés? Ne s’agit-il pas de participer au processus d’acceptation sociale tant voulu par les industriels?

Mais aussi l’article paru dans le Canard enchainé le 29/01/2014   (!) Info minute – Revue de Presse

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Lettre ouverte des collectifs français Non aux pétrole et gaz de schiste et de houille* Le 28 janvier 2014 

À ARNAUD MONTEBOURG 

 Ministre du Redressement productif

Gaz de schiste : Réfléchissons ensemble de manière réellement raisonnable

Monsieur le Ministre,

C’est avec une grande indignation que nous avons entendu vos propos sur les « gaz de schiste », le 23 janvier dernier sur Europe 1 (1)

Alors que, par ces propos, vous reconnaissez l’existence d’un problème environnemental et affirmez qu’ « aux États-Unis les dégâts sont très importants« , vous préconisez à nouveau la recherche des hydrocarbures dits de schiste dans notre pays, et ce malgré la loi qui interdit l’usage de la fracturation hydraulique. Vous voulez donc que l’on y « réfléchisse ensemble de manière raisonnable« . Mais qu’est-ce qui est « raisonnable » pour vous ?

  • Est-ce raisonnable de vouloir extraire des hydrocarbures en utilisant des techniques dont on sait pertinemment qu’elles impactent inévitablement et irrémédiablement le sous-sol, l’eau, le sol et l’air? 
  • Est-ce raisonnable d’extraire ces hydrocarbures « de la fin des haricots », alors qu’ils impactent très négativement le climat ?
  • Est-ce raisonnable de faire passer les intérêts des industriels avant ceux des populations qui y perdront leur santé, leur tranquillité, leurs moyens de subsistance, voire leurs droits et libertés élémentaires?
  • Est-ce raisonnable de faire la sourde oreille à toutes les études médicales, géologiques, hydrologiques, toxicologiques, radiologiques, et même économiques qui montrent qu’à court, voire à moyen terme, les forages utilisant la fracturation hydraulique (ou autres) pour extraire ces hydrocarbures non-conventionnels sont une catastrophe ? 
  • Est-ce  raisonnable de penser qu’une croissance infinie dans un monde fini est possible ?

transition énergie propresMême si la situation est certes difficile dans notre pays (elle est difficile partout), nous bénéficions de ressources et d’un patrimoine naturels inestimables – l’eau, la terre, les paysages – qui nous permettent de vivre et qui sont valorisés économiquement, notamment par le tourisme et l’agriculture. Comme  vous l’avez vous même soulevé, aux États-Unis, du fait de l’exploitation intensive des gaz de schiste, de vastes territoires sont devenus invivables pour les populations, suite à la pollution irréversible du sol, de l’eau et de l’air. Ce pays  devra faire face, dans les années à venir, à l’impossibilité d’approvisionner en eau potable une grande partie de ses populations, y compris pour l’agriculture, et à des problèmes majeurs de santé publique. Est-ce cette forme de raison que vous voulez faire entendre aux Françaises et aux Français?

Pourquoi vouloir commettre avec le sous-sol français les mêmes erreurs que celles qui sont commises aux Etats-Unis, en Australie, au Canada, en Roumanie ou en Pologne? En Pologne, où San Leon Energy Plc (SLE) se vante d’avoir réussi à essorer le sous-sol pour récolter 1,700 m3 de gaz par jour à Lewino (2) ce qui est ridicule ( (0.34%) comparé aux 500,000 m3/jour supposés être le minimum pour un puits « normal ». 

Il y a cependant un point sur lequel nous sommes presque d’accord, mais pour des raisons inverses : vous déplorez le fait que la France, par l’entremise de ses fleurons industriels que sont TOTAL et GDF-SUEZ, mais aussi Vallourec, ou Véolia, pour ne citer qu’elles, en soit réduite à aller forer à l’étranger – dans des pays où les industriels ont de forts soutiens des gouvernements, tels que la Grande-Bretagne et la Pologne – pour faire de la recherche, pour valoriser et pour améliorer « ses » technologies.

Nous le déplorons également. En effet, nous ne pouvons accepter que ces entreprises participent à l’effort de destruction massive de notre planète. Nous dénonçons cette hypocrisie qui consiste à faire ailleurs ce que l’on ne peut pas faire chez soi, tout en en connaissant les impacts environnementaux et sociaux désastreux. Nous ne pouvons en aucun cas souscrire à cette nouvelle forme de colonialisme qui consiste à détruire l’environnement, à contrevenir aux droits des populations et à mettre en danger leur santé, que ce soit chez nos voisins anglais ou italiens ou ailleurs, pour le profit d’entreprises multinationales basées en France.

C’est pourquoi, Monsieur le Ministre, nous vous demandons de vous pencher, de manière réellement raisonnable, sur la nécessité absolue de développer sans délai toutes les pistes visant à entamer la transition écologique et énergétique. Nous vous demandons de ne pas oublier l’engagement du président Hollande, lors de son discours du 14 juillet 2013, à ne pas faire de fracturation hydraulique ni pour explorer ni pour exploiter les hydrocarbures. Nous vous demandons de regarder, comme vous le dites, la réalité en face et de comprendre qu’en aucun cas, les hydrocarbures non-conventionnels n’apporteront, ni à court terme, ni à long terme, une solution viable aux problèmes de la France, pas plus qu’à ceux de l’Europe. Nous vous exhortons à encourager les industriels français à engager toute forme de recherche dans le domaine technologique et industriel pour un fonctionnement énergétique économe, à veiller à ce que les ressources non renouvelables, en particulier fossiles, soient utilisées avec la plus grande parcimonie, à assurer une protection maximale de la ressource en eau, et à  favoriser dans tous les domaines la mise en place de solutions alternatives propres et recyclables, non impactantes pour l’environnement.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en notre vigilante considération

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »

NON AUX HYDROCARBURES DE SCHISTE ET DE HOUILLE,

NON AUX ÉNERGIES EXTRÊMES,

NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN

 (1) http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Europe-soir-nicolas-poincare/Videos/EXTRAIT-Gaz-de-schiste-il-faut-travailler-a-trouver-des-techniques-propres-pour-Montebourg-1780691/
(2) http://www.bloomberg.com/news/2014-01-23/san-leon-nears-first-commercial-european-shale-gas-in-poland.html

Collectifs signataires : Association non au gaz de schiste des Pays de Savoie et de  l’Ain, Association Stop au gaz de schiste-Non al gas d’esquist (47), C.R.I Nonville (77), Coillectif Stop au gaz de schiste Anduze (30), Collectif « Eco’lectif Dégaze de Gignac et Environs  » (34), Collectif « Montpellier Littoral contre les gaz, pétrole de schiste! »(34), Collectif « non gaz de schiste » Florac (48), Collectif 07 Stop au Gaz et Huile de Schiste (07), Collectif 32 Non au gaz de schiste, Collectif 91 non au gaz et huile(petrole) de schiste (91), Collectif Basta! Gaz Alès (30), Collectif Causse Méjean – Gaz de schiste NON! » (48), Collectif citoyen Pézenas, Castelnau de Guers et environs ( 34 ), Collectif de RIVIERES, Collectif de vigilance CAMIS’GAZ (30), Collectif des Arcs Sur Argens (83), Collectif des taupes énervées, Collectif du Ceressou (34), Collectif du Pays de Coulommiers – Non aux gaz et pétrole de schiste (77), Collectif du Pays Fertois – Non aux pétrole et gaz de schise (77), Collectif du Valromey pour la sauvegarde de l’eau, contre les forages  d’hydrocarbures (01), Collectif Garrigue Vaunage (30), Collectif Gaz de Schsite Non Clapiers (34), Collectif GAZPART (02), Collectif Grand Valentinois (26), Collectif Hainaut 59 ( Nord), Collectif Haut-Bugey, non aux forages d’hydrocarbures (01), Collectif Hautes Cévennes (30), Collectif Houille ouille ouille (59/62), Collectif Ile-de-France Non aux gaz et pétrole de schiste (75 et IDF), Collectif non au gaz et huile de schiste 47, Collectif non au gaz et huiles(petrole)de schiste des 3 vallées(91 et alentour), Collectif NPGDS du Bocage gâtinais (77-89-45), Collectif Roquedur-Le Vigan (30), Collectif Stop gaz de schiste 69, Collectif stop GDHC d’Alsace et de Lorraine, Collectif viganais (30), Collectif  Auzonnet Cèze et Ganière, Collectifs Isérois STOP aux GHRM (38), Gard Rhodanien « Garrhodstopgaz » (30), Les Dindons de la Farce, Non gaz de schiste ouest-Aveyron (Villefranche de Rouergue) (12), Stop au gaz de schiste 39, Stop Pétrole De Schiste Sud 77,  Touche pas à mon schiste (07)

19 octobre Global Frackdown – Journée Mondiale contre le fracking      (!) Info minute – Revue de Presse

… parcequ’ils sont nombreux à y avoir déjà de gros intérêts

Sylvain Lapoix, journaliste qui a vulgarisé auprès du lectorat francophone de nombreuses informations sur la mise en œuvre de la fracturation hydraulique ainsi que l’émergence d’une véritable bulle financière aux États-Unis (voir notamment le site OwniSchiste) dresse pour Reporterre la liste des grosses entreprises françaises ayant un intérêt direct dans le développement de la recherche et des l’exploitation des pétroles et gaz de schiste. Nous reprenons ici in extenso son article publié sur le site Reporterre et invitons également les férus de bande dessinées à se procurer la Revue Dessinée(1) dans laquelle il publie avec le dessinateur Daniel Blancou une saga sur les gaz de schiste très bien documentée.

Si le lobby en faveur de l’exploitation du gaz de schiste est si fort en France, c’est que plusieurs grandes entreprises sont engagées dans cette activité aux États-Unis : de Vallourec à Vinci en passant par Veolia, Lafarge et Suez, elles sont nombreuses à en tirer déjà profit.

Une leçon du vieil Ouest est revenue à la mode avec le boom des gaz de schiste aux États-Unis  : « Durant la ruée vers l’or, les seuls à être sûr de faire fortune étaient les vendeurs de pioche. » Passé de l’artisanat du tamisage des rivières à l’ère industrielle, les chercheurs d’or gris ont désormais besoin de la fracturation hydraulique et du forage horizontal pour faire cracher les schistes profonds. Mais si les méthodes ont changé, il y a toujours des quincaillers pour profiter de la manne, dont plusieurs d’entreprises françaises du Cac 40 spécialisées dans des segments clefs de ces techniques : tubage, béton, chimie, services pétroliers et eau. Au delà d’une vision « industrielle » par laquelle ils encouragent une exploitation tous azimuts des ressources énergétiques, les majors françaises défendent avec les gaz de schiste des relais de croissance pour leurs propres activités. Des retombées bien plus certaines qu’une baisse des prix de l’énergie pour les ménages.

Vallourec et Lafarge déjà leader aux États-Unis

D’un point de vue industriel, la fracturation hydraulique et les forages horizontaux sont des techniques intensives en matériel comme en compétence. La phase de forage mobilise trois ingrédients principaux  : un « rig » (la plateforme de forage), du tubage (canalisations insérées dans le puits sur toute sa longueur), et du béton (sous forme de « manteau  » coulé le long du tubage pour assurer son étanchéité et la résistance à la pression).

GDS1Sous la marque VAM USA, la société Vallourec s’est imposée comme un des leaders des tubages traités et des joints filetés qui garnissent chaque puits de gaz de schiste sur un minimum de cinq kilomètres [1]. Fin 2012, l’entreprise a inauguré une usine spécialisée à Youngstown (Ohio) d’un coût de 1,05 milliards de dollars. Une adaptation judicieuse pour l’entreprise dont le directeur des affaires industrielles espère doubler le business « dans les deux ans qui viennent  ». Philippe Crouzet, le patron de l’entreprise Vallourec, est l’époux Sylvie Hubac, directrice du cabinet du président de la République. Il avait pesé publiquement, en juin dernier, pour le limogeage de la ministre de l’Écologie Delphine Batho, jugée trop opposée aux gaz de schiste.

Pour le coffrage, la société Lafarge qui est sur les rangs  : sponsors du congrès « Global WellCem » regroupant les experts du bétonnage de puits, le cimentier français dispose d’une unité de production de ciment technique à Allentown, en Pennsylvanie, livrant les forages du gisement de gaz de schiste de Marcellus.

On ne saurait bien sûr oublier Total, directement engagée dans l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis, notamment à travers sa filiale Chesapeake.

Quant aux sociétés de services pétroliers, les maîtres d’ouvrages sont le plus souvent des multinationales (Schlumberger, Baker Hughes et Halliburton) sous-traitant l’exécution à des maîtres d’ouvrages locaux. Pour le forage pétrolier de Jouarre, c’est une foreuse de la société Cofor (filiale de Vinci) qui est utilisée par Schlumberger, chargée du chantier par la société Hess, producteur titulaire du permis. La société de certification CGG Veritas (présente sur le forage deep offshore en Guyane) bénéficie aussi de l’appel d’air en matière d’expertise.

Relais de croissance pour Suez et Veolia

La fracturation hydraulique, par laquelle les gaz ou huiles présents en microbulles dans la couche de schiste sont « libérés », mobilise quant à elle des grandes quantités de matériau  : dix à vingt millions de litres d’eau, cinq cents tonnes de proppant (granulé chargé de « bloquer » les fissures, le plus souvent du sable) et cinquante tonnes de produits chimiques.

GDS2<–  Camion de transport de solution liquide pour la fracturation.

Sur ce dernier volet, la société SNF capte un tiers du marché américain des polymères solubles, utilisés pour rendre l’eau plus visqueuse et à même d’amener le proppant dans les fissures. Ce segment (en hausse de 20% par an) constitue désormais 100 millions de dollars de chiffre d’affaires pour la société.

Du côté des grandes entreprises, les sociétés Arkema (issue de la branche chimie de Total) et Saint-Gobain proposent toute une gamme de produits, notamment des alternatives au sable (dont le prix explose) sous forme de billes de céramique. A l’occasion de sa journée des investisseurs du 18 septembre 2012, Arkema présentait comme facteurs clefs de croissance de son activité le secteur pétrolier et gazier via le « enhanced recovery of oil ». Un terme décrivant dans le domaine les nouvelles techniques d’extraction intensive, à commencer par le fracking.

Suez et Veolia, enfin, placent de grands espoirs dans les déchets de ce procédé  : pour chaque puits 60 à 80% de l’eau utilisée pour fracturer la couche de schiste remonte à la surface, soit des millions de litres d’eau usée. Si la réglementation américaine autorise l’enfouissement dans des « puits poubelles », les normes environnementales européennes, plus strictes, ouvrent un boulevard pour le retraitement massif de ces déchets chargés de polymères, acides et autres dérivés de pétrole.

GDS3Veolia(2) mène ainsi une expérience conjointe avec la société Chevron en Californie visant à une gestion plus efficace de l’eau dans la fracturation hydraulique et a remporté en avril dernier un contrat pour le traitement des eaux usées issues de l’exploitation des gaz de houille du bassin de Surat, en Australie, d’un montant de 650 millions d’euros. L’occasion pour son PDG Antoine Frérot de s’enthousiasmer dans le rapport annuel du groupe  : « L’extraction des gaz de schiste constitue pour nous un autre secteur d’avenir. Veolia se range parmi les très rares entreprises au monde maîtrisant la chaîne des techniques nécessaires pour exploiter proprement ces gaz, sans pollution hydrique et en recyclant la totalité des volumes d’eau utilisés ».

(1) La Revue Dessinée, 4 fois par an dans toutes les bonnes librairies

(2) Voir aussi notre article « Des gaz de schiste propres puisqu’on vous le dit!« 

Source : Reporterre

Cette semaine en Rhône-Alpes: Agenda ici                                                                            (!) Info minute
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J.C. 21.11.2012

Décidément, l’interdiction de la fracturation hydraulique en France, et la pénurie d’eau aux USA, stimulent tous les « Géotrouvetout » d’ici et d’ailleurs ! Et ils focalisent sur l’aspect « hydraulique », sans doute pour nous faire oublier que l’aspect « fracturation » est dangereux en lui-même. Car même en débordant d’imagination, on ne voit pas du tout comment on pourrait extraire le gaz sans détruire la roche, physiquement ou chimiquement. Et cette destruction présente des risques sismiques et de pollution (ne serait-ce que par migration des gaz le long des failles présentes naturellement), quel que soit le procédé de fragmentation de la roche. Alors on nous amuse en prétendant minimiser les impacts sur l’eau.

Les requins nettoient en eau trouble

Il y a les requins du traitement de l’eau, toujours à l’affut, et qui nous proposent de retraiter l’eau que les foreurs auront polluée pour, selon Veolia, « créer une source durable d’eau et d’énergie pour les générations futures ». Rien que ça ! En réalité il s’agit de faire transiter la fraction des eaux de fracturation pompée en surface au travers d’une batterie de toutes les technologies actuelles de traitement (ultrafiltration sur céramique, échange d’ion, osmose inverse) ; On espère ainsi enlever un maximum des polluants qu’on y aura introduit. La publicité du procédé OPUS ® II[1] ne parle pas des éléments volatils ou radioactifs, mais Veolia se propose de venir sur votre champ gazier pour faire des essais, et ils vous rajouteront sans problème quelques traitements supplémentaires du genre tour de lavage acide/base ou colonne d’adsorption pour compléter la panoplie… Pour « créer » quoi ? Un effluent industriel, de toute façon de moins bonne qualité que l’eau prélevée à l’origine, et en quantité bien moindre puisque près de la moitié de l’eau injectée reste dans le sous-sol. Et puis surtout des boues de traitement concentrant tous les polluants extraits, et dont on ne saura que faire. Elles vont être gâtées « les générations futures » !

Les chimistes et la chimère de l’hélium

Il y a aussi les chimistes qui disent « remplaçons l’eau par autre chose ». Par exemple un gaz liquéfié ! Le canadien Gasfrac expérimente une technique de fracturation au gel de propane : et pourquoi pas du gaz de schiste liquéfié pour extraire le gaz de schiste ? On pourrait fonctionner en circuit fermé sans rien produire! La solution la plus avancée serait celle de l’américain Chimera Energy Corporation (ça ne s’invente pas comme nom) qui a inventé la fracturation pneumatique : Le procédé consisterait à injecter de l’hélium liquéfié dans la roche cible ; grâce à la chaleur du sous- sol celui-ci repasserait en phase gazeuse en augmentant son volume de 700 fois et crac boum hue la roche est fracturée. Mais l’hélium terrestre est une ressource non renouvelable (on l’extrait… du gaz naturel !) en voie d’épuisement selon Robert Richardson, Prix Nobel de Physique. Et avant d’injecter ces gaz, on mettra quoi dans les boues de forage ? Et après, pour permettre au gaz de schiste de remonter, on n’aura plus besoin des additifs indispensables quand la fracturation était faite avec de l’eau ?

Alors pourquoi tant de bruit ?

Alors tout ce bruit pourquoi ? Pour permettre au Gouvernement de faire machine arrière, en cédant aux pressions des industriels, sans perdre la face. Et pour tromper les citoyens en essayant de leur faire croire qu’il peut y avoir une exploitation non polluante des gaz de schiste. La machine à décerveler est en marche et selon les bons conseils prodigués  l’été dernier par (des étudiants de) l’Ecole de Guerre Économique (si, ça existe en France !) dans une « étude fictive » intitulée « L’intérêt du gaz de schiste pour la France » : celle-ci explique comment nous imposer les gaz de schiste en nous faisant croire que nous le décidons volontairement. Plus que jamais nous devons rester fermes : la seule solution, c’est la transition énergétique. Il n’y aura pas de solution propre pour les gaz de schiste : «  on ne peut pas récupérer la confiture sans casser la gaufrette[2] ».


[1] OPUS ® II http://www.vwsoilandgas.com/en/
[2] Cécile Duflot, Ministre de l’égalité des territoires et du logement, Metz le 16 novembre 2011

22.11.2012: Lire aussi cette désintox au sujet du miracle de la surabondance pétrolière aux USA.