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Article de publié sur son blog le 2 février 2020

La volonté gouvernementale d’exploiter rapidement en Algérie le gaz de schiste fait l’unanimité contre elle au sein de l’opposition.

Alger, 24 janvier 2019, 49ème vendredi de manifestation

Le Hirak, cette mobilisation populaire qui exige en Algérie une transition démocratique, depuis le 22 février 2019, vient de trouver un nouveau slogan fédérateur. Les vendredis 24 et 31 janvier, les cortèges de manifestants qui ont défilé dans de nombreuses villes du pays ont exprimé avec force leur opposition catégorique à la prospection et à l’exploitation du gaz de schiste. Ces slogans ont été aussi repris lors des marches de la jeunesse et des étudiants, qui se déroulent tous les mardis depuis près d’un an, avec, le 28 janvier à Alger, un débat en plein air sur le thème « Notre Sahara n’est pas à vendre ». Cette levée de boucliers répond à la détermination du président Tebboune, si mal « élu » en décembre dernier, à lancer les forages de gaz de schiste, suspendus en 2015 après des mois de protestation dans le Grand Sud, et ce dans la perspective d’un exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels dès 2022.

L’ADDICTION DU RÉGIME AUX HYDROCARBURES

Le régime algérien a développé depuis des décennies une addiction pathologique aux hydrocarbures, dont les ressources représentent 97% des exportations algériennes et deux tiers des rentrées fiscales (voire trois quarts lorsque les cours du baril connaissent une embellie). La rente pétrogazière permet à la clique dirigeante à la fois de s’enrichir par un détournement massif et d’entretenir des réseaux d’allégeance par un clientélisme profondément enraciné. C’est pourquoi les risques d’épuisement des gisements conventionnels à l’horizon d’une ou deux générations ont poussé la présidence Bouteflika et les « décideurs » militaires, dès 2015, à la fuite en avant de la prospection des gaz de schiste. Ces forages à In Salah sont significativement confiés à la multinationale américaine Halliburton, longtemps dirigée par Dick Cheney, le vice-président de George W. Bush. Or Halliburton avait dû dissoudre en 2007 sa filiale algérienne, du fait d’un scandale retentissant de corruption sur des contrats de gré à gré d’un montant cumulé de milliards de dollars, entre autres avec le ministère algérien de la Défense.

De telles ententes occultes, extrêmement profitables au premier cercle du pouvoir, se heurtent à In Salah à une mobilisation populaire sans précédent aux cris de « Halliburton, dégage ». Le risque de pollution irrémédiable des très rares ressources aquifères est en effet sérieux, du fait d’une prospection par fracturation hydraulique. C’est bientôt tout le Grand Sud algérien qui est traversé par une vague de protestation pacifique, le Soumoud, soit la résistance non-violente. Le gouvernement est contraint de suspendre les activités de forage, sans pour autant renoncer à l’exploitation du gaz de schiste, qualifié par Bouteflika de « don de Dieu ». C’est précisément cette expression que Tebboune a utilisée, le 22 janvier 2020, pour justifier la reprise d’une prospection aussi polémique, dans la perspective d’une exploitation au plus tard en 2022.

UNE TRANSITION DEMOCRATIQUE ET ECOLOGIQUE

Le blanc-seing accordé par Tebboune au gaz de schiste prouve, s’il en était besoin, l’adhésion entière du nouveau chef de l’Etat aux principes fondateurs de l’autoritarisme algérien. Pour les « décideurs », qui tiennent fermement les rênes du pays, il est hors de question d’envisager une alternative énergétique aux hydrocarbures, malgré le formidable potentiel de l’Algérie en énergie solaire, éolienne et hydrothermique. Les circuits de distribution de la rente pétrogazière irriguent en effet les différentes strates du régime, assurant la loyauté des uns envers les autres dans une logique verticale. A cela s’ajoutent les juteuses compensations qui accompagnent toute forme d’association avec des multinationales étrangères. Cette obsession de la rente éclate au grand jour, en octobre dernier, quand le chef d’état-major Gaïd Salah, véritable maître du pays jusqu’à sa mort deux mois plus tard, fait adopter une loi autorisant aussi bien l’exploitation du gaz de schiste que l’ouverture du secteur des hydrocarbures aux investissements étrangers.

Cette loi alimente déjà en octobre 2019 la mobilisation du Hirak. La question des hydrocarbures, conventionnels et non-conventionnels, est désormais au centre de la dénonciation du régime algérien, accusé d’accaparer la richesse nationale, voire de la « brader » à des multinationales occidentales. Nul doute que le refus massif du gaz de schiste n’insuffle à la mobilisation populaire une nouvelle vitalité, notamment dans le Grand Sud, où les leçons de 2015 ont été bien retenues par les militants locaux. Un consensus populaire émerge pour que les hydrocarbures non conventionnels ne soient pas exploités tant qu’une technologie plus respectueuse de l’environnement ne sera pas opérationnelle. Plus généralement, le Hirak peut désormais faire le lien entre, d’une part, son exigence d’une transition démocratique enfin effective et, d’autre part, la perspective d’une transition écologique qui permettrait à l’Algérie de se désintoxiquer des hydrocarbures. Même l’écrivain Kamel Daoud vient d’amender ses récents emballements pro-régime pour assigner à la contestation algérienne de nouveaux horizons de mobilisation, dont « l’écologie ».

Une telle dynamique, aussi originale que vertueuse, pourrait susciter au moins l’intérêt, à défaut de la solidarité, au-delà des frontières de l’Algérie.

(!) Info minute – Revue de Presse

Soutien des collectifs français anti-schiste aux citoyens d’In Salah

Dans le sud algérien la population d’InSalah s’oppose depuis deux mois à la fracturation hydraulique.

Samedi 28 février 2015, suite à des informations qui feraient état de la volonté de la compagnie Halliburton de procéder à la fracturation hydraulique sur le deuxième puits d’exploration d’Ahnet (AHT-2), le mouvement citoyen d’In-Salah a poursuivi sa mobilisation en se rendant à la base de vie de la compagnie américaine pour manifester son opposition au projet d’expérimentation.

En réaction à ce mouvement de protestation, les unités anti-émeutes de la gendarmerie ont répriméIn-Salah2 violemment, faisant des blessés et  procédant à plusieurs arrestations. Cette répression s’est poursuivie jusqu’au centre ville d’In-Salah par le saccage de la Place de la Résistance, lieu symbolique du mouvement citoyen qui a démarré le 31 décembre 2014. Dimanche, dès les premières heures, des participants à cette manifestation citoyenne ont été blessés au cours d’affrontements violents. 

Les collectifs français opposés aux gaz et pétrole de schiste et au gaz de houille condamnent vivement ces violences exercées à l’encontre de la population d’In-Salah qui a cherché légitimement et pacifiquement à se préserver des conséquences sanitaires et environnementales de telles expérimentations. 

Nous dénonçons ce passage en force au moment même où la société civile d’In Salah a tenté de renouer le dialogue avec les autorités en adressant la semaine dernière, au chef de l’État, une demande de moratoire sur le gaz de schiste cosignée par des experts algériens en énergie, stop gaz de schiste Algeriedémarche qui est restée sans réponse. Le mutisme des autorités algériennes s’est transformé en répression cherchant à discréditer les actions légitimes de protestation.

Nous refusons qu’en Algérie et ailleurs, les gouvernements soutiennent les compagnies pétrolières et gazières nationales ou internationales, publiques ou privées, pour imposer leurs choix au détriment de l’intérêt des populations et détruire leurs territoires.

Les collectifs français expriment toute leur solidarité avec les citoyens d’In-Salah et leur détermination sans faille à mettre un terme définitif à ces expérimentations.

Ni ici ni ailleurs, ni aujourd’hui ni demain!

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »

Les premiers signataires ce jour: Collectif viganais contre les gaz et huile de schiste (30), Collectif Carmen (02 Sud de l’Aisne), Collectif Orb-Jaur non au gaz de schiste (34), Collectif Stop gaz de schiste 69, Collectif du Haut-Bugey non aux forages pétroliers (01), Collectif Non au gaz de schiste Pays de Savoie et de l’Ain (01. 73. 74), Collectif Stop au Gaz de Schiste Anduze (30), Collectif Valgorge (07), Collectif du Pays-Fertois (77), Collectifs Isérois Stop GHRM (38), Collectif IdF Non au gaz et pétrole de schiste (75, 93), Collectif 07 Stop au Gaz et Huile de Schiste (07), Collectif Houille ouille ouille 59 /62, Convergence citoyenne pour la transition énergétique, Collectif Garrigue-Vaunage (30), Collectif Stop Gaz de Schiste 39, Collectif Bastagaz!Ales(30), Collectif de vigilance Plaine d’Ales, Camis’Gaz (30), NOGANINA 07, collectif de Barjac (30), Collectif de campagnan (34), Collectif « non gaz de schiste » Florac (48), Collectif citoyen de Pézenas, Castelnau de Guers ( 34 ), Collectif du Céressou (34), Collectifs Montpeyroux, Arboras, Aniane (34), Collectif Gignac et Environs (34), Collectif Local de St Maurice d’Ibie, Collectif Stop GdS de St Paul le jeune 07, Collectif Touche pas à mon schiste (07), Intercollectif Gardéchois (07,30), Collectif Béziers non au gaz de schiste (34), Collectif du Grand Valentinois (26), Collectif du Pays de Coulommiers (77), Collectif Citoyen du Narbonnais Non Gaz et Pétrole de Schiste (11), Collectif91 Non au gaz et huile(pétrole)de schiste, collectif Hautes Cévennes(30),  collectif Auzonnet,Cèze et Ganière (30)

(!) Info minute – Revue de Presse

Après avoir soutenu l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste sur le territoire national, le gouvernement français pousse très activement au développement de la recherche et de l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels en Algérie. Selon l’Ambassadeur de France, le renforcement du partenariat français avec l’Algérie dans ce domaine est l’une des priorités de l’Hexagone.

L’interdiction en France

La pratique de la fracturation hydraulique –seule technique permettant l’exploitation des gaz et pétrole de schiste- a été interdite en France par la loi du 13 Juillet 2011. Votée et publiée moins d’un an avant les élections présidentielles et législatives de 2012, sa mise en application a conduit le gouvernement Fillon (UMP) à décider de l’abrogation de (seulement) 3 permis de recherche de gaz de schiste dans le Sud de la France. Puis lors de la première « conférence environnementale », le président Hollande (PS) a annoncé le rejet de 7 demandes de permis de recherche hydrocarbure (PERH). Il indiquait au même moment que tant qu’il serait président, l’exploitation du gaz de schiste n’aurait pas lieu en France.

Relance du lobbying pro recherche de gaz de schiste en France

Depuis, sur le territoire national, le lobby pro gaz de schiste qui avait perdu cette première et essentielle bataille met tout en œuvre pour convaincre parlementaires, gouvernements et population de la nécessité de lancer « la France » dans l’«inventaire de ses ressources en hydrocarbure» par l’octroi de permis de recherche. Entendons-nous bien: D’une part les « réserves » « conventionnelles » sont pratiquement épuisées -donc la recherche dont on parle est bien celle d’ hydrocarbures « non conventionnels » la plupart issus des roches mères- d’autre part l’investissement effectué par le titulaire (privé) d’un permis de recherche nécessite un retour, donc l’accord tacite de pouvoir exploiter la «ressource» qui aura pu être identifiée. De ce point de vue, le code minier permet la conversion aisée d’un permis de recherche en permis d’exploitation. Rappelons par ailleurs que la durée d’un PERH est de 5 ans renouvelable deux fois ouvrant ainsi un droit de 15 ans au titulaire !

Forons et fracturons … mais en Algérie

Quelques semaines seulement après la conférence environnementale de 2012, on apprenait que la France et l’Algérie allaient signer un accord permettant des recherches françaises sur le territoire algérien dans le domaine de l’exploitation des gaz de schiste. Naturellement, cette information était accompagnée de démentis et enfouie pour ne point tropfrance algerie gaz de schiste éveiller les soupçons.

Depuis décembre 2014, on parle à nouveau (si peu dans les media français) des projets de recherche de gaz de schiste en Algérie. La population du Sud algérien se mobilise en effet massivement et sans relâche contre les forages et les opérations de fracturation testées par la compagnie nationale SONATRACH avec la participation technique de compagnies étrangères comme Halliburton. Alors que cette mobilisation populaire dans le Sahara pour la préservation des ressources en eau et contre ce qui risque de se transformer en véritable écocide de désenfle pas, l’ambassadeur de France en Algérie déclare ouvertement que la compagnie française TOTAL présentera un dossier pour exploiter le gaz de schiste après la fin de la phase des essais entrepris par Sonatrach et que «le renforcement du partenariat français avec l’Algérie dans ce domaine est l’une des priorités de l’Hexagone pour hisser les relations économiques entre les deux pays ».

Les collectifs français sont solidaires de la population algérienne en lutte contre ces projets dont le gouvernement français se rend complice. Les déclarations de l’ambassadeur de France contribuent à jeter de l’huile sur le feu. Elles sont le reflet de l’action d’un gouvernement qui n’a aucune préoccupation pour la question environnementale. Et c’est ce même gouvernement qui organise le sommet mondial sur le climat en décembre 2015.

algérie hydrocarbures stop gaz de schiste

le 17/01/2015                                                                   (!) Info minute – Revue de Presse


Les dangers de l’exploitation des gaz et des huiles de schistes par fracturation hydraulique dans les pays qui en ont fait l’expérience, ainsi que la quasi-unanimité des scientifiques et de nombreux experts nationaux et internationaux à ce sujet, suscitent l’inquiétude, légitime, des populations du Sud Algérien, notamment les habitants de In Salah, ainsi que la préoccupation de la majorité des Algériens. 

Il est formellement établi que la technique d’exploitation des gaz de schistes par fracturation hydraulique est nocive, forage gaz de schisteaussi bien sur les équilibres environnementaux que sur la santé. Les conclusions des expériences actuelles dans les pays qui ont fait le choix de l’exploitation des gaz de schiste sont alarmantes, ce qui a fait interdire définitivement cette technique en France et plus récemment (décembre 2014), dans l’État de New York et au Canada, sans oublier le désenchantement en Pologne.

Sont incriminés la toxicité des produits utilisés dans le fluide de fracturation (agents de soutènement, réducteurs de friction, surfactants, gélifiants, inhibiteurs de corrosion, antimousses…) dont certains sont cancérogènes (benzène, formaldéhyde, naphtalène…), neurotoxiques (aluminium, hexane, acrylamide, toluène, xylène…), ou toxiques pour la reproduction (acide borique, toluène). Certaines substances considérées comme des perturbateurs endocriniens sont également utilisées (phtalates, butoxyéthanol…)». Est également mentionnée la toxicité de certains éléments naturels, remontés en surfaces, par les boues et la difficulté de traiter ces dernières (métaux lourds, produits hautement radioactifs, bactéries anaérobies qui au contact de l’air produisent un gaz asphyxiant), en plus de la pollution de l’air et des nappes phréatiques.

Un autre inconvénient et non des moindres ; cette technique nécessite l’utilisation de quantités astronomiques d’eau qui, en Algérie, ne pourront être puisées que dans la nappe albienne fossile et non renouvelable. Cette eau pourrait servir au développement d’autres secteurs tels que l’agriculture, le tourisme, pourvoyeurs d’un plus grand nombre de postes de travail pour les populations locales, de façon durable et respectueuse de leur lieu de vie.

Pour finir, il est de plus en plus établi que l’investissement dans les gaz de schistes ne soit pas rentable et qui a crée une véritable bulle spéculative. Il est important de signaler que les coûts secondaires à l’impact sur la santé et l’environnement ne sont toujours pas intégrés dans l’investissement.

En ce qui nous concerne en Algérie, n’oublions pas Reggane, B2 Namous, Haoud Berkane Haoud Berkaoui (OKN32 et voir note ici) et le risque que représente actuellement l’enfouissement du CO2 dans la région de In Salah. N’oublions pas, également, que l’eau sera notre or bleu après l’ère de l’or noir. Dire Non à l’exploitation de gaz de schistes c’est dire OUI à une Algérie responsable.

Plus que jamais, devant l’effondrement des cours des hydrocarbures qui nous met face a notre réalité économique et à sa fragilité, une réflexion large et stratégique s’impose afin d’impulser une véritable vision quant à la politique économique et énergétique de notre pays : nécessité de diversifier notre économie pour qu’elle devienne créatrice de richesses, et nécessité de diversifier nos ressources énergétiques hors fossiles. Il est de notre responsabilité à tous de réfléchir en termes d’équité intergénérationnelle et de se projeter vers l’avenir de nos enfants et des enfants de nos enfants.

Par devoir citoyen et en soutien aux populations du Sud qui nous ont donnés une leçon de citoyenneté, notamment par leurs refus de toute récupération ou manipulation, nous faisons l’appel suivant :

– La nécessité d’un moratoire en attendant des process plus respectueux de l’environnement et de la biodiversité, et rentable économiquement.- L’urgence de réactiver le Conseil national de l’Énergie- Impulser un débat national, serein, sur l’avenir économique et énergétique de l’Algérie, impliquant tous les acteurs de la société algérienne dans la transparence la plus totale.

L’Algérie est à un tournant décisif de son histoire, celui de la deuxième indépendance, économique celle-là, qui risque d’être compromise par des décisions précipitées et pas assez concertées. Les citoyennes et les citoyens, au nom de la responsabilité, doivent imposer l’ouverture d’un champ de réflexion à toutes les bonnes volontés du pays, pour sauver l’Algérie du péril.

Dr Sabrina RAHMANI

P/Le Collectif “Non à l’exploitation de gaz de schiste en Algérie”

(!) Info minute – Revue de Presse

Depuis le 31 décembre 2014, des milliers de personnes se mobilisent dans le sud algérien pour réclamer un moratoire sur les hydrocarbures non conventionnels. La colère fait suite à la décision du gouvernement algérien de lancer la recherche active de gaz de schiste et à l’inauguration d’un puits d’extraction dont la torchère, symbole de son activité, a été allumée et inaugurée par les officiels. Des femmes ont rejoint les protestataires dont les rangs initialement formés par les écologistes de l’Ong In Salah Sun & Power se sont rapidement élargis à la population. Le mouvement s’est étendu à plusieurs villes de la région comme Tamanrasset, Ghar, Tit et El Mena. Des collectifs et associations de France, d’Espagne et d’ailleurs en Europe expriment leur solidarité aux habitants.

Marche des femmes 8 janvier 2014 à In Salah – Photo El Watan

Nous, citoyennes et citoyens d’Europe et d’ailleurs, résolument opposés à l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste, et de tous les hydrocarbures non-conventionnels, exprimons notre très forte solidarité aux habitants d’In Salah et aux acteurs sociaux locaux en Algérie qui, depuis le  31 décembre, sont en résistance active contre la coalition des entreprises TOTAL, PARTEX et SONATRACH, compagnie étatique algérienne et acteur international majeur dans l’industrie des hydrocarbures.

Nous nous souvenons de cette funeste période, dans les années 60, durant laquelle les Français ont procédé à des essais de tirs nucléaires impactant très fortement et durablement ce territoire ; dans la même zone où le gouvernement algérien et les sociétés transnationales veulent désormais exploiter le gaz de schiste.

Nous nous souvenons du propos du ministre des affaires étrangères français, Laurent Fabius, qui, à son retour d’un séjour en Algérie en juin 2014, déclarait son soutien aux entreprises françaises qui iraient explorer le gaz de schiste ailleurs, alors que la fracturation hydraulique est interdite en France.

Nous dénonçons l’hypocrisie du gouvernement français qui consiste à interdire dans son pays la seule technique possible pour extraire du gaz de schiste en raison de ses impacts négatifs sur l’environnement et la santé, tout en la soutenant ailleurs et en s’assurant une large part du même gaz qui pourrait être extrait du sous-sol algérien.

En aucune manière, nous ne pourrions tolérer l’usage de la répression décidé par le gouvernement algérien pour protéger les intérêts d’entreprises prédatrices.

Nous saluons l’exemplarité de la détermination des habitants d’In Salah, confrontés depuis toujours à des conditions de vie très difficiles, leur combat existentiel et leur intransigeance à vouloir préserver leur territoire et leurs nappes phréatiques, alors que rien n’est fait par les autorités algériennes pour les aider à maintenir leurs activités.

Nous refusons qu’en Algérie et ailleurs, la vie des habitants et des territoires soit sacrifiée et les ressources naturelles indéfiniment accaparées par des entreprises privées.

Votre résistance est la nôtre, votre lutte transcende les frontières !

Gaz et huile de schiste, gaz de houille : ni ici, ni ailleurs !

(!) Info minute – Revue de Presse

Article de Nordine Grim publié le 15.12.2014 sur le site du quotidien El Watan. Nous le reprenons avec l’aimable autorisation de la rédaction.

Depuis que le Conseil des ministres a donné son feu vert à l’exploitation du gaz de schiste dans le Sahara algérien, Sonatrach a entrepris avec une célérité déconcertante les premiers essais de compression à In Salah, où se trouve l’un des plus prometteurs gisements de gaz non conventionnel.

Si le test s’avère concluant, notamment au plan de l’importance des réserves, l’exploitation commerciale de ce puits pilote ne devraitLE PÉTROLE DE SCHISTE AMÉRICAIN RÉDUIT LA MARGE DE L'OPEP pas tarder à être engagée en même temps que l’exploration des gisements potentiels de Hassi Berkine, Gadamès, Timimoun, Reggane et Tindouf, desquels on prétend déjà tirer pas moins de 19 000 milliards de m3 de gaz. Cette précipitation est pour le moins troublante, et l’on se pose la question de savoir pourquoi dans ce contexte de chute vertigineuse des prix d’hydrocarbures l’Algérie s’entête à aller au pas de charge dans cette voie semée d’embûches, plutôt que vers celle, beaucoup plus aisée et gratifiante, des énergies renouvelables (énergie solaire, éolienne) dont le pays regorge.

Il n’échappe aujourd’hui à personne que c’est surtout la France, où l’exploitation du gaz de schiste est interdite, qui pousse l’Algérie à aller dans cette voie, gaz-de-schiste-algerienotamment depuis que la Russie avait menacé à la faveur de la crise ukrainienne de ne plus approvisionner l’Europe en gaz naturel. On se souvient que la première réaction de certains pays d’Europe, parmi lesquels la France, fut de relancer le projet de gazoduc sous-marin Galsi, en veillant à lui assurer les réserves dont l’Algérie risquait de manquer à terme en raison du déclin de sa production et de la consommation intérieure en constante augmentation. Le gaz de schiste avait vocation à pallier ce probable manque de réserves susceptible de nuire aux livraisons de gaz naturel au moyen du Galsi.

La France semble donc avoir eu gain de cause. Les autorités politiques, tout comme les dirigeants de Sonatrach, ont, depuis quelques mois, concentré toute leur énergie dans l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste avec pour objectif de passer, dans les délais les plus courts possibles, à leur commercialisation. Les capitaux qui y seront engagés seront colossaux, à en croire le président de Sonatrach qui promet d’intensifier les investissements dans la filière, l’objectif étant d’atteindre au minimum 30 milliards de m3 à l’horizon 2025.

Mais, à l’excès d’optimisme des officiels algériens, on ne peut qu’opposer un sérieux doute quant à la mise en œuvre d’un projet aussi ambitieux dont l’Algérie, ni du reste la France qui l’a inspiré, n’ont pas du tout l’expérience, aujourd’hui détenue uniquement par les USA et le Canada. Au risque de très graves dangers pour les populations limitrophes et l’environnement, l’exploitation de gaz non conventionnel requiert une technologie et des moyens matériels que les Algériens n’ont pas et que les pays expérimentés ne seront disposés à leur fournir qu’au prix fort. Ce que l’Algérie n’oserait logiquement pas faire dans le contexte de forte baisse des prix des hydrocarbures qu’elle est en train de subir et subira sans doute durablement. A 60 dollars le baril de pétrole, est-il vraiment rentable de se lancer dans la production d’hydrocarbures non conventionnels dont le coût d’extraction dépasserait allègrement le prix commercial actuel.

Quid des énergies renouvelables ?

On s’interroge également sur le fait qu’une question aussi importante que l’exploitation d’hydrocarbures non conventionnels n’ait pas été examsolaireinée par le Conseil national de l’Énergie, ni même donné lieu à un débat parlementaire. Les experts concernés par la question n’ont, par ailleurs, jamais été consultés à en croire le témoignage de l’un d’entre eux. La décision a, de toute évidence, été prise en vase clos par le président de la République et quelques très proches conseillers, avec pour consigne de s’y atteler au plus tôt. Les moyens à déployer dans le cadre de ce périlleux projet et les conséquences négatives qui pourraient résulter de l’exploitation des puits de gaz non conventionnels sont renvoyées aux opérateurs chargés, chacun en ce qui le concerne, de mettre en œuvre cette directive.

Les moyens à mettre en œuvre seront, à l’évidence, très coûteux et à bien des égards peu efficaces compte tenu de notre manque d’expérience, les incidences sur l’environnement très fragile du sud algérien seront, à n’en pas douter, catastrophiques. Nonobstant les énormes quantités d’eau qui en seront pompées pour être injectées dans les roches qui renferment les hydrocarbures à extraire, la nappe phréatique, non renouvelable, pourrait subir d’irrémédiables contaminations occasionnées par divers produits toxiques. Les dégâts environnementaux occasionnés par l’exploitation du gaz de schiste n’est plus à démontrer, il suffit de visionner les nombreux reportages tournés à proximité des puits américains, canadiens et polonais pour s’en convaincre.

Au vu de tous ces risques majeurs que comporte l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, on se pose évidemment la question de savoir pourquoi le gouvernement algérien n’a pas opté pour ce qui paraît être un pari gagné d’avance et à moindre frais, celui des énergies renouvelables.  Le pays dispose pourtant d’atouts indéniables pour construire une industrie prospère de l’énergie renouvelable : un très vaste territoire ensoleillé plus de 15  heures par jour et de nombreuses régions traversées par des vents permanents (Djelfa, M’sila, Naâma, etc.).

De très vastes surfaces de panneaux solaires pourraient y être installées, de même que des milliers d’éoliennes. Contrairement à l’exploitation du gaz de schiste dont les Algériens n’ont aucune expérience, on peut se targuer d’en avoir au moins le minimum dans le domaine des énergies renouvelables et, notamment, l’énergie solaire. De grandes installations existent déjà dans le Sud algérien et de nombreux projets attendent d’être mis en chantier. On ne comprend cependant pas pourquoi le gouvernement algérien manifeste peu d’empressement à aller dans cette voie. Le rejet du projet Desertec et de nombreux autres programmes initiés par des opérateurs publics et privés algériens constitue un bon exemple de la frilosité des autorités algériennes à l’égard des énergies autres que fossiles. 

Nordine Grim

(!) Info minute – Revue de Presse

Traduction libre de l’article de Paul Reig , Tianyi Luo et Jonathan N. Proctor – Septembre 2014 publié par le World Resource Institute

 Ce rapport analyse la disponibilité de l’eau dans toutes régions du monde où le gaz de schiste serait potentiellement exploitable. Il révèle également que la disponibilité de l’eau pourrait limiter l’exploitation du gaz de schiste sur tous les continents l’Antarctique excepté. Les conclusions qu’il formule sur la nécessité d’une collaboration entre les compagnies pétro gazières, les services locaux et la population pour limiter les dégâts sur l’environnement ne sont pas celles que nous soutenons face aux autres risques majeurs induits par l’exploitation et la consommation de ces ressources fossiles. Nous restons opposés à toutes formes d’exploitation d’hydrocarbures non-conventionnels.

WWRI shale gas gaz de schiste eau et risques Rapport résumé

télécharger le rapport résumé (en anglais) en cliquant sur l’image. (4 Mo)

Les ressources d’hydrocarbures de schiste sont inégalement réparties dans le monde et, pour la plupart, ne se trouvent pas là où l’eau douce est abondante. Par exemple, des pays comme la la Chine, le Mexique et l’Afrique du Sud abritent parmi les plus importantes ressources de gaz de schiste techniquement récupérables (basées sur les estimations de l’Agence américaine de l’énergie), mais sont confrontés à un stress hydrique extrêmement élevé particulièrement à où se situent les « réserves » de gaz de schiste.

Ce rapport révèle que le manque d’eau pourrait réduire le développement de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels dans de nombreuses régions à travers le monde:

  • 38% des ressources de gaz et pétrole de schiste se trouvent dans les zones qui sont soit arides soit avec des niveaux extrêmement élevés de stress hydrique,
  • 19% de ces « ressources » sont dans des zones à forte et très forte variabilité saisonnière ou extrêmement élevé, et
  • 15% sont situées dans des régions exposées à de forte ou très sévères sécheresses.

De plus 386 millions de personnes vivent au dessus de ces gisement de schistes, et dans 40% des cas, l’agriculture irriguée y est le plus grand utilisateur d’eau. Ainsi les forages et la fracturation hydraulique sont souvent en concurrence avec d’autres activités nécessitant des ressources en eau douce, ce qui peut entraîner des conflits avec les autres usagers de l’eau. Cela est particulièrement vrai dans les zones de stress hydrique élevé, où plus de 40% des réserves d’eau disponibles sont déjà consacrées à l’agriculture, la consommation des ménages ou l’industrie.

Les 20 pays ayant les plus grandes réserve de gaz de schiste ou de pétrole non conventionnel (tight oil) qui sont récupérables à l’aide de la technologie actuellement disponible sont présentés dans le tableau ci-dessous.

WWRI

  • 8 des 20 premiers pays ayant les plus grandes ressources de gaz de schiste sont confrontés à des conditions arides ou des tensions élevées ou très élevées sur les aquifères là où se trouvent les ressources de gaz de schiste; ce qui inclut la Chine, l’Algérie, le Mexique, l’Afrique du Sud, la Libye, le Pakistan, l’Egypte et l’Inde.
  • 8 des 20 premiers pays les riches en ressources pétrolières de type tight oil doivent faire face à des conditions arides ou des tensions élevées ou très élevées sur les aquifères là où se trouvent où se trouvent les gisements d’hydrocarbure; ce qui comprend la Chine, la Libye, le Mexique, le Pakistan, l’Algérie, l’Egypte, l’Inde et la Mongolie.

Les conditions hydrologiques varient dans l’espace et selon les saisons, avec des variations au sein même des régions schisteuses, et tout au long de l’année. Cette variation rend la capacité des entreprises à répondre aux besoins en eau douce -pour la fracturation hydraulique et le forage, hautement incertaines, et les estimations de disponibilité qui ont pu être faites par le passé ne se révèlent pas toujours correctes sur les nouveaux gisements de schiste. Ce niveau élevé d’incertitude engendre un risque économique pour les entreprises impliquées dans l’exploration de nouveaux gisements. En outre, les préoccupations du public sur la concurrence accrue et les impacts sur la disponibilité de l’eau douce constituent un risque supplémentaire pour les entreprises et peuvent conduire à des changements dans les réglementations nationales et locales, ce qui pourrait avoir une incidence sur les investissements à court et à long terme.

Les conclusions formulées par l’étude du WRI indiquent que les compagnies pétrolières et gazières impliquées des l’exploitation des hydrocarbures non-conventionnels au plan international auront à relever de grands défis pour l’accès à l’eau douce dans de nombreuses régions du monde. Ces défis mettent en évidence une solide analyse de rentabilisation pour la société engagement stratégique dans la gestion durable de l’eau au niveau local et régional. Le rapport souligne également la nécessité pour les entreprises de travailler avec les gouvernements et d’autres secteurs afin de limiter les impacts sur l’environnement et éviter l’épuisement des ressources en eau.

  • 38% des gisements de gaz et pétrole de schiste dans le monde sont situés dans des régions arides ou devant faire face à stress hydrique élevé ou très élevé.
  • 386 millions de personnes vivant au-dessus de gisements de schiste sont en compétition pour l’eau et l’inquiétude du public face à la fracturation hydraulique est plus probable dans les zones densément peuplées.
  • En Chine, 61% des gisements de gaz et pétrole de schiste sont situés dans des régions arides ou devant faire face à stress hydrique élevé ou très élevé.
  • En Argentine, 72% des gisements de gaz et pétrole de schiste sont situés dans des régions arides ou devant faire face à stress hydrique élevé ou très élevé.
  • Au Royaume-Uni, 34% des gisements de gaz et pétrole de schiste sont situés dans des régions arides ou devant faire face à stress hydrique élevé ou très élevé.

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