(!) Info minute – Revue de Presse

D’après info AFP -Washington – Les puits de pétrole et de gaz naturel abandonnés pourraient représenter une partie importante des émissions non prises en compte de méthane dans l’atmosphère aux États-Unis, un puissant gaz à effet de serre, selon une recherche effectuée en Pennsylvanie.

Des études précédentes ont estimé à environ trois millions le nombre de ces puits qui ne sont plus exploités sur l’ensemble du territoire américain. Ceux-ci puits orphelinspourraient représenter la deuxième plus importante source d’émissions de méthane du pays, des émissions jusqu’ici non comptabilisées par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Pour cette dernière recherche, les scientifiques dont Mary Kang, de l’Université de Princeton (New Jersey, est), ont effectué plusieurs dizaines de mesures directes des flux de méthane de 19 puits de pétrole et de gaz abandonnés en Pennsylvanie situés dans différents environnements (forestiers, marécageux, prairies et près de rivières) en juillet, août et octobre 2013 et en janvier 2014.

Les chercheurs ont constaté que tous ces puits émettaient du méthane, dont trois à des taux très élevés, trois fois plus importants que la moyenne de la totalité des puits où les émissions ont été mesurées.

En partant de l’hypothèse que les résultats de cette étude sont représentatifs de la situation de l’État, ces chercheurs estiment que les puits de brut et de gaz abandonnés pourraient compter pour 4 à 7% de toutes les sources de méthane résultant des activités humaines en Pennsylvanie (est).

Ces résultats suggèrent que l’on devrait sérieusement envisager de quantifier le méthane s’échappant des puits abandonnés surpuits l’ensemble des États-Unis car ce phénomène est peu connu, préconisent les auteurs dont les travaux paraissent dans les Comptes-rendus de l’académie des sciences (PNAS).

De plus, ces scientifiques relèvent que les puits examinés en Pennsylvanie datent au moins de 50 ans, ce qui laisse penser que ces émissions de méthane se produisent depuis de nombreuses décennies, peut-être même plus d’un siècle.

Ainsi, les flux cumulés de méthane provenant de ces vieux puits pourraient être beaucoup plus importants que les émissions liées aux fuites qui se produisent dans la production de pétrole et de gaz.

Avec la poursuite à un rythme élevé de l’accroissement de l’exploitation pétrolière et gazière aux États-Unis et dans le reste du monde, le nombre de puits abandonnés va continuer à augmenter, notent ces scientifiques.

Un meilleur recensement des émissions de méthane provenant des puits abandonnés permettra une meilleure compréhension de leur impact sur l’environnement ainsi que l’élaboration et la mise en œuvre de stratégies et de politiques efficaces pour le minimiser.

Nous ajoutons que:

  • d’autres études (lien ici) démontrent qu’il existe un volume très important de fuites non contrôlées de méthane dans l’exploitation des gaz de schiste.
  • la multiplication des forages nécessaires pour l’exploitation des gaz des schiste ainsi que leur abandon rapide -puisque la rentabilité est atteinte beaucoup plus rapidement de pour les réservoirs conventionnels- est un facteur de risque supplémentaire très élevé dans les pays exploitant le gaz de schiste.
  • Faute de solutions techniques économiquement rentables, les pratiques dans l’exploitation du pétrole de schiste en Amérique du Nord consistent à brûler le méthane (torchage voir les conclusions ici)

► La publication en anglais relative à cette étude est accessible ici (Document pdf de 131 pages)

 chantier pour exploitation hydrocarbures non conventionnel

(!) Info minute – Revue de Presse

L’exploitation des pétrole et gaz non conventionnels (PGNC) a le potentiel d’accroître la pollution de l’air et de l’eau des communautés vivant à proximité des sites d’exploitation. Chaque étape du processus d’exploitation des hydrocarbures non conventionnels (HNC) -du forage et de la construction du puits aux opérations d’extraction, en passant par le transport et la distribution- est source de pollution de l’air et de l’eau. Des centaines de produits chimiques sont associés au processus d’exploitation du pétrole non conventionnel et du gaz de schiste.

Dans ce travail, nous passons en revue la littérature scientifique qui fournit la preuve que l’exposition des adultes ainsi que des nouveaux nés à des produits chimiques associés aux opérations d’exploitation des PGNC peut engendrer des effets défavorables en matière de santé génésique (santé de la reproduction) ainsi que de développement chez les humains. Les composéspollution gaz de schiste organiques volatils (COV) [y compris le benzène, le toluène, l’éthylbenzène, et xylène (BTEX) et le formaldéhyde] et les métaux lourds (y compris l’arsenic, le cadmium et le plomb) sont quelques-uns des produits dont on connaît l’incidence sur la réduction de la qualité de l’air et de l’eau et qui constituent une menace pour le développement humain et la santé de la reproduction. Le fœtus en développement est particulièrement sensible aux facteurs environnementaux, qui comprennent la pollution de l’air et l’eau.

La recherche montre qu’il y a des périodes critiques de vulnérabilité dans le développement prénatal et postnatal précoce, au cours desquelles l’exposition aux produits chimiques peut causer des dommages potentiellement définitifs à l’embryon en croissance et au fœtus. Beaucoup des contaminants de l’air et de l’eau trouvés a proximité des sites d’exploitation de pétrole et gaz de schiste sont reconnus comme étant toxiques pour le développement et la reproduction; Il est donc absolument nécessaire d’accroître notre connaissance des conséquences potentielles de ces produits chimiques sur la santé pour les adultes, les nourrissons et les enfants à travers des enquêtes rapides et des recherches approfondies.»

Ce qui précède est le résumé (abstract) rédigé par ses propres auteurs d’une étude conduite aux États-Unis par six chercheurs issus du Center for Environmental Health (CEH), de l’Université du Missouri et de l’Institut pour la santé et l’environnement (Institute for Health and Environment). Comme conséquences potentielles des pollutions générées par l’exploitation des pétrole et gaz de schiste, ces travaux ont identifié la stérilité, les fausses couches, l’incidence sur la croissance du fœtus, les faibles poids de naissance, les naissances prématurées et les malformations congénitales. Et l’étude à trouvé que la prévalence de ces problèmes était élevée dans les zones où la fracturation hydraulique est pratiquée de manière intensive. Le même type de constat a été fait chez d’autres mammifères tels que les animaux de ferme et les animaux de compagnie vivant dans ces zones.

Sans surprise l’industrie indique que ces études n’ont pas de valeur et ont toutes été contredites.

De leur coté, les chercheurs tirent la sonnette d’alarme et demandent la mise en œuvre immédiate d’enquêtes rapides et de recherches approfondies. Ils redoutent DANGER Pollution gaz de schisteque les conséquences sur le développement humain ainsi que l’apparition tardive d’autres affections comme les cancers se produisent dans dix ou vingt ans. A ce moment il sera trop tard. Et les opérateurs industriels auront plié bagages. 

En France où la fracturation hydraulique est interdite, la recherche et l’exploitation des pétrole et gaz de schiste continue à faire l’objet de la convoitises de spéculateurs ou grands industriels. Et alors que Paris (Le Bourget) doit accueillir la prochaine conférence internationale sur le climat en décembre 2015, on peut s’attendre à la poursuite d’un fort lobby des industriels au niveau Européen en faveur de la déréglementation et pour faire passer le gaz de schiste pour une énergie de transition.

► La publication en anglais relative à cette étude est accessible ici (Document pdf de 12 pages)

(!) Info minute – Revue de Presse

Les États-Unis misent sur des décennies abondantes en gaz naturel pour alimenter la reprise économique. Ce n’est peut-être qu’un vœu pieux. Après l’étude publiée par J. David Hugues du Post Carbon Institute dont nous rendions compte ici, c’est au tour de la revue Nature de s’interroger sur les prévisions publiées par les organismes d’État, les cabinets conseils et de les opposer à celles effectuées par une équipe pluridisciplinaire de l’Université du Texas à Austin. Le gaz abondant pendant des décennies est très probablement une chimère qui ne fait qu’alimenter la spéculation. Dans ce qui suit, seules les questions de prévisions sont examinées. Il ne s’agit pas ici d’évoquer les conséquences désastreuses de l’exploitation des gaz et pétrole de schiste.

Cet article est adapté d’une traduction par nos soins de l’article de Mason Inman publié le 03.12.2014 sur le site de la revue Nature.

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Jim Lo Scalzo/EPA/Alamy – Tour de forage pour l’exploitation de gaz de schiste par fracturation hydraulique en Pennsylvanie.

Lorsque le président américain Barack Obama parle de l’avenir, il prévoit une économie américaine florissante alimentée dans une large mesure par de vastes quantités de gaz naturel produites par les puits forés sur le sol des Etats-Unis : «En Amérique, nous disposons de quantités de gaz pouvant assurer un approvisionnement pour près de 100 ans» déclarait-il dans son discours sur l’État de l’Union en 2012.

La déclaration d’Obama reflète un optimisme qui imprègne les États-Unis. Et ce, parce que le développement de la fracturation hydraulique a permis de produire à un prix relativement bas du gaz naturel extrait de la roche compacte connue sous le nom de « schiste ». Dans tout le pays, des termes tels que «révolution du schiste» et «abondance énergétique» résonnent dans les conseils d’administration.

Les entreprises misent gros sur les prévisions de gaz naturel abondant et pas cher. Au cours des 20 prochaines années, l’industrie et les producteurs d’électricité des États-Unis devraient investir des centaines de milliards de dollars dans de nouvelles usines qui comptent sur le gaz naturel. Et des milliards de dollars de plus affluent dans la construction d’installations d’exportation qui permettront aux États-Unis d’acheminer le gaz naturel liquéfié vers l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Sud.

Or tous ces investissements sont basés sur l’hypothèse que la production de gaz des États-Unis va croitre pendant des décennies, en droite ligne avec les prévisions officielles de l’EIA (Agence américaine de l’énergie). Adam Sieminski, le directeur de l’agence déclarait l’année dernière: « Pour ce qui concerne le gaz naturel, à l’EIA nous n’avons absolument aucun doute que la production puisse continuer à croître continuellement jusqu’en 2040. »

Avec les entreprises qui tentent d’extraire le gaz de schiste en quantités importantes, aussi vite que possible et pour l’exportation, «nous assurons nous-mêmes la mise en place d’un fiasco majeur».

Mais un examen attentif des hypothèses soutenant de telles prévisions de croissance suggère qu’elles peuvent être trop optimistes, en partie parce que les prévisions du gouvernement s’appuient sur des études globales basées sur les grands gisements de schiste. A présent, les chercheurs font des analyses beaucoup plus fines de ces gisements et produisent des prévisions plus conservatrices. Ils calculent que ces grands gisements de schiste disposent de relativement peu de sites où il sera rentable d’extraire le gaz.

Pour Tad Patzek, chef du département pétrole, ingénierie et géo systèmes de l’Université du Texas à Austin, et membre de l’équipe qui effectue ses analyses approfondies, ces résultats sont de «mauvaises nouvelles». Avec les entreprises qui tentent d’extraire le gaz de schiste en quantités importantes, aussi vite que possible et pour l’exportation, «nous assurons nous-mêmes la mise en place d’un fiasco majeur».

Et cela pourrait avoir des répercussions bien au-delà des États-Unis. Si la production de gaz naturel des États-Unis tombe, les projets d’exportation de grandes quantités pourraient s’évaporer. Et les pays qui espèrent développer l’exploitation de leurs propres gisements de gaz de schiste pourraient bien changer leur fusil d’épaule. Pour Paul Stevens, économiste de Chatham House, un think tank basé à Londres « si on anticipe que tout cela va finir dans les larmes aux États-Unis, cela va certainement avoir un impact sur l’enthousiasme dans différentes parties du monde».

nature_fracking_projections_chartV2_04.12.14 FR stop gaz de schiste

Source: EIA/Univ. Texas/Goldman Sachs/Wood Mackenzie/Navigant

L’idée selon laquelle le gaz naturel sera abondant est un net changement des perspectives les plus pessimistes qui prévalaient jusqu’il y a environ cinq ans. Tout au long des années 1990, la production américaine de gaz naturel a plafonné en plateau. Avec le gaz qui alimente un quart des besoins énergétiques des États-Unis, l’idée selon laquelle l’approvisionnement domestique diminuerait et que le pays deviendrait dépendant des importations prévalait. Jusqu’en 2008, l’EIA, qui recueille des données sur l’énergie et fournit une perspective à long terme de l’énergie aux États-Unis, prévoyait que la production américaine de gaz naturel resterait très stable pour les prochaines décennies.

Puis le boom du schiste a pris tout le monde de court. Il s’est développé par la mise en œuvre de la fracturation hydraulique, dont la technologie existait depuis des décennies – mais était considérée comme trop coûteuse lorsque les prix du gaz étaient faibles. Toutefois, dans les années 2000, les prix ont atteint un niveau suffisamment élevé pour inciter davantage d’entreprises à fracturer les formations de schiste. En combinant cette technologie à de nouvelles techniques de forage de longs puits horizontaux, les États-Unis ont poussé la production de gaz naturel à un niveau tel que le pays a retrouvé le rang qu’il avait déjà occupé quelques décennies auparavant à savoir celui de premier producteur mondial de gaz naturel.

Un riche sous-sol

Une grande partie de ce succès vient du gisement de schiste dit gisement de Marcellus, qui s’étend à travers la Virginie de l’Ouest, la Pennsylvanie et New York. A travers des collines couvertes de forêts denses, les entreprises ont investi dans plus de 8000 puits sur plusieurs années, et poursuivent leurs forages au rythme de 100 de plus chaque mois. Chaque puits se développe verticalement sur environ deux kilomètres de profondeur avant de bifurquer à l’horizontale et de serpenter sur plus d’un kilomètre à travers le schiste. Le gisement de Marcellus fournit désormais 385 millions de mètres cubes de gaz par jour, ce qui est plus que suffisant pour fournir la moitié du gaz brûlé dans les centrales américaines.

Une partie importante du reste de la production de gaz des États-Unis provient de trois bassins de schiste – celui de Barnett au Texas, le Fayetteville dans l’Arkansas et l’Haynesville, qui chevauche la frontière entre la Louisiane et le Texas. Ensemble, ces «quatre grandes» formations géologiques rasseblent plus de 30 000 puits et comptent pour les deux tiers de la production actuelle de gaz de schiste américain.

L’EIA – comme presque tous les autres organismes effectuant des prévisions – n’a pas vu venir le boom et a constamment sous-estimé la quantité de gaz qui proviendrait du schiste. Mais alors que le boom se développait, l’Agence a  revu très nettement à la hausse ses prévisions à long terme pour le gaz de schiste. Dans ses Perspectives Annuelles de l’Energie de 2014 (Annual Energy Outlook 2014), le «scénario de référence » – basée sur une perspective d’augmentation graduelle des prix du gaz, lesquels resteraient toutefois relativement faibles – montre une production américaine croissante jusqu’en 2040, tirée par de fortes augmentations dans le gaz de schiste.

L’EIA n’a pas publié ses projections réalisées pour chacun des différents gisements de gaz de schiste, mais elle a permis à la revue Nature d’y accéder. Dans les dernières prévisions de référence, la production des quatre grands gisements devrait continuer à augmenter rapidement jusqu’en 2020, puis se stabiliserait en plateau pendant au moins 20 ans. Les autres gisements de gaz de schiste permettraient de prolonger le boom jusqu’en 2040 (voir plus haut le schéma «bataille des prévisions»).

Les analystes de l’industrie pétrolière créent leurs propres prévisions de production de gaz de schiste qui tombent généralement dans les mêmes proportions que l’évaluation de l’Agence de l’Energie Américaine (EIA). A ce titre, l’économiste Guy Caruso du Centre d’études stratégiques et internationales de Washington DC, et qui est un ancien directeur de l’Agence déclare : « Les perspectives de l’EIA sont assez proches du consensus ». Cependant, ces consultants ne mettent que rarement à disposition les détails de leurs prévisions. « Il est donc difficile d’évaluer et de discuter de leurs hypothèses et méthodes», soutient Ruud Weijermars, un géologue à la Texas A&M University à College Station. Les études de l’industrie et des cabinets de conseil sont «entièrement différente de celles faisant l’objet d’une revue par les pairs (peer-review) dans le domaine », ajoute-t-il.

Pour fournir des prévisions rigoureuses et transparentes de la production gaz de schiste, une équipe d’une douzaine de géologues, d’ingénieurs pétroliers et d’économistes de l’Université du Texas à Austin a passé plus de trois ans à effectuer un revue systématique de l’ensemble des études des principaux gisements de schiste. La recherche a été financée par un don de 1,5 million de dollars de subvention de la Fondation Alfred P. Sloan à New York, et les résultats ont été publiés progressivement dans des revues académiques1 2 3 4 5 ainsi que dans des présentations lors de conférences. Ce travail est celui qui fait le « plus autorité » dans ce domaine jusqu’à présent, déclare Weijermars.

Si les prix du gaz naturel devaient suivre le scénario produit par l’EIA dans son rapport annuel 2014, l’équipe du Texas prévoit que la production des quatre grands gisements culminerait en 2020, puis déclinerait. En 2030, ces gisements produiraient alors seulement environ la moitié de ce que prévoit l’EIA. Même les scénarios les plus conservateurs de l’Agence semblent être plus élevés que les prévisions de l’équipe du Texas. « De toute évidence, elles ne sont pas vraiment en accord avec les résultats de l’EIA » ajoute Patzek.

L’équipe du Texas, en revanche, divise chaque gisement en blocs d’un mile carré (2,6 kilomètres carrés) – une résolution au moins 20 fois plus fine que celle de l’EIA.

La principale différence entre les prévisions de l’université texane et l’EIA peut venir du niveau de précision dans les recherches effectuées lors de chacune des évaluations. L’EIA décompose chaque gisement de schiste par comté, et calcule une productivité moyenne des puits de cette zone. Mais les comtés couvrent souvent plus de 1000 kilomètres carrés, une superficie assez grande pour contenir des milliers de puits horizontaux fracturés. L’équipe du Texas, en revanche, divise chaque gisement en blocs d’un mile carré (2,6 kilomètres carrés) – une résolution au moins 20 fois plus fine que celle de l’EIA.

Le niveau de résolution est important car pour chaque gisement, il existe des zones plus faciles [the sweet spots] qui produisent beaucoup de gaz, et de vastes zones où les puits sont moins productifs. Les entreprises essayant de cibler d’abord les zones les plus faciles [sweet spots], les puits forés dans l’avenir risquent d’être moins productifs que ceux actuellement en production. Le modèle de l’EIA jusqu’à présent a supposé que les futurs puits seraient au moins aussi productifs que les puits en production ces dernières années dans le même comté. Mais pour M. Patzek cette approche «conduit à des résultats beaucoup trop optimistes».

La haute résolution des études du Texas permet à leur modèle de distinguer les zones faciles [sweet spots] des zones marginales. En conséquence, indique Scott Tinker, géologue de l’Université du Texas à Austin et co-responsable de l’étude, « nous avons été en mesure de dire, mieux que dans le passé, à quoi ressemblerait un futur puits ».

Les études du Texas et de l’EIA diffèrent également dans leur façon d’estimer le nombre total de puits pouvant être économiquement rentables à forer dans chaque gisement. L’EIA n’indique pas explicitement ce nombre, mais son analyse semble exiger plus de puits que l’évaluation du Texas, laquelle exclut les zones où les forages seraient difficiles, comme sous les lacs ou les grandes villes. Ces caractéristiques du modèle ont été choisies pour coller à la réalité des pratiques, indique Tinker. Elles sont basées sur la longue expérience des membres de l’équipe dans l’industrie du pétrole.

Alternative Futures

Les prévisions plus basses du Texas sont comparables à quelques autres études indépendantes qui utilisent des méthodes plus simples. Des études menées par Weijermars6 , ainsi que Mark Kaiser7 de l’Université d’État de Louisiane à Baton Rouge et du géologue David Hughes8 (à la retraite Commission géologique du Canada), suggèrent qu’une augmentation de la production, comme dans les prévisions de l’EIA, exigerait une augmentation significative et soutenue des forages dans les 25 prochaines années, ce qui ne peut pas être rentable.

Certains initiés de l’industrie sont impressionnés par l’évaluation effectuée par l’équipe du Texas. Richard Nehring, un analyste du pétrole et du gaz au Nehring Associates à Colorado Springs, qui gère une base de données des champs de pétrole et de gaz largement utilisée, dit que l’approche de l’équipe Texane correspond à ce qui doit être fait pour effectuer l’évaluation des ressources non conventionnelles.

«Nous mettons nous-mêmes en place un fiasco majeur »

Patzek et les autres ne souhaitent pas être trop durs avec l’EIA. Pour eux l’Agence fait «pour le mieux avec les ressources dont elle dispose et les délais qu’on lui impose». Son budget 2014 – qui couvre la collecte de données et la prévision pour tous les types d’énergie – s’élève à seulement $ 117 000 000, soit le coût du forage d’une douzaine de puits dans le schiste de Haynesville. L’EIA est « un bon rapport qualité prix », dit Caruso. «J’ai toujours senti que nous étions sous-financés. Il a été demandé à l’EIA de faire de plus en plus, avec de moins en moins ».

Patzek reconnaît que les prévisions des gisements de schiste « sont très, très difficiles à faire et incertaines», en partie parce que les technologies et les approches de forage évoluent rapidement. Dans les sites les plus récents, les entreprises travaillent encore sur les meilleurs endroits à forer [sweet spots]. Et il est encore difficile de savoir avec précision comment les puits vont se comporter et interférer significativement avec d’autres.

Les représentants de l’EIA défendent les évaluations de l’Agence et affirment qu’elles ne devraient pas être comparées avec les études du Texas car elles utilisent des hypothèses différentes et impliquent de nombreux scénarios. « Les deux efforts de modélisation sont précieux, et à bien des égards s’alimentent mutuellement, » dit John Staub, chef de l’équipe de l’EIA en charge de l’exploration et de l’analyse de la production pétrolière et gazière. « En fait, l’EIA a intégré des éléments de l’équipe de l’Université du Texas » ajoute-t-il.

Pourtant, dans un document de travail9 publié en ligne le 14 Octobre, deux analystes de l’EIA reconnaissent des problèmes avec les méthodes utilisées par l’agence. Ils font valoir qu’il serait préférable de s’appuyer sur des cartes géologiques à haute résolution. Ils soulignent que celles produites par l’équipe du Texas constituent un exemple sur la façon dont ces modèles pourraient améliorer les prévisions en délimitant spécifiquement les zones les plus faciles à exploiter. Le document en question mentionne que les opinions des auteurs ne reflètent pas nécessairement celles de l’EIA. Mais l’Agence envisage d’utiliser une nouvelle approche semblable à celle de l’équipe texane quand elle évaluera le gisement de Marcellus pour son rapport annuel 2015.

Boom ou fiasco

Les membres de l’équipe du Texas sont toujours en train de débattre des implications de leur propre étude. Tinker est relativement optimiste, arguant que les estimations de l’équipe sont «conservatrices», alors que la production réelle pourrait s’avérer plus élevée. Les quatre grands gisements de gaz de schiste, dit-il, fourniront « une contribution conséquente de gaz naturel au pays pour les prochaines décennies. Il nous donne un peu de temps ».

Patzek fait valoir que la production réelle pourrait s’avérer plus faible que les prévisions faites par l’équipe. Il parle d’un « pic de production au cours de la prochaine décennie qui serait suivi d’un déclin rapide. C’est à ce moment que les États-Unis connaîtront un réveil brutal ». Il s’attend à ce que les prix du gaz augmentent fortement, et que le pays finisse par construire plus d’usines et de véhicules qu’il sera en mesure de faire fonctionner. « Au fond peu importe ce qui se passe et comment ça se déroulera, dit-il, mais ça ne peut pas être bon pour l’économie américaine ».

Si la prévision est difficile pour les États-Unis qui peuvent s’appuyer sur des données de dizaines de milliers de puits de gaz de schiste, l’incertitude est beaucoup plus grande dans les pays qui ont foré moins de puits. L’EIA a commandé une estimations du potentiel mondial du gaz de schiste au cabinet de conseil Advanced Resources International (ARI) de Washington DC, lequel a conclu en 2013 que les formations de schiste dans le monde sont susceptibles de détenir un total de 220 ​​milliards de mètres cubes de gaz naturel récupérable10 . Au rythme de consommation actuel – avec le gaz naturel fournissant un quart de l’énergie mondiale – cette ressource fourniraient un approvisionnement pour 65 années. Toutefois, le rapport ne précise pas la marge d’incertitude sur ses estimations, ni la quantité de gaz qui pourrait être économiquement rentable à extraire.

«C’est une sorte d’estimation au doigt mouillé»

Ces chiffres sont «extrêmement discutables», affirme Stevens. «C’est une sorte d’estimation au doigt mouillé». Il cite les évaluations du cabinet ARI faites pour la Pologne, qui estime qu’il s’agit du pays disposant des plus larges ressources en Europe. Entre 2011 et 2013, IRA a revu à la baisse son estimation pour les zones les plus prometteuses de la Pologne d’un tiers, indiquant que certains puits d’essai avaient produit moins que prévu. Au même moment, l’Institut géologique polonais faisait sa propre étude11 , concluant que les mêmes régions détenaient moins d’un dixième du volume de gaz de schiste estimé par le cabinet ARI.

Si la production de gaz aux États-Unis s’épuise plus rapidement que prévu – ou que l’opposition à son exploitation se renforce – des pays comme la Pologne seront moins susceptibles de connaître un boom du schiste, disent les experts.

Cependant et pour le moment, l’optimisme sur le gaz de schiste règne particulièrement aux États-Unis. Et c’est bien ce qui inquiète certains experts en énergie. « Il existe une énorme incertitude», dit Nehring. « Le problème c’est que les gens disent, ‘Donnez-moi un certain chiffre’. Et les chiffres, même s’ils sont faux, sont beaucoup plus réconfortants ».

Source: Nature 516, 28–30 (04 décembre 2014)

  1. Patzek, T. W., Male, F. & Marder, M. Proc. Natl Acad. Sci. USA 110, 19731–19736 (2013). Article PubMed ChemPort Show context
  2. Browning, J. et al. Oil Gas J. 111 (8), 62–73 (2013). ISI
  3. Browning, J. et al. Oil Gas J. 111 (9), 88–95 (2013). ISI
  4. Browning, J. et al. Oil Gas J. 112 (1), 64–73 (2014). ISI ChemPort
  5. Gülen, G., Browning, J., Ikonnikova, S. & Tinker, S. W. Energy 60, 302–315 (2013). Article ISI
  6. Weijermars, R. Appl. Energy 124, 283–297 (2014). Article ISI Show context
  7. Kaiser, M. J. & Yu, Y. Oil Gas J. 112 (3), 62–65 (2014). ISI Show context
  8. Hughes, J. D. Drilling Deeper (Post Carbon Institute, 2014); available at http://go.nature.com/o84xwk Show context
  9. Cook, T. & Van Wagener, D. Improving Well Productivity Based Modeling with the Incorporation of Geologic Dependencies (EIA, 2014); available at http://go.nature.com/dmwsdd Show context
  10. US Energy Information Administration Technically Recoverable Shale Oil and Shale Gas Resources (EIA, 2013); available at http://go.nature.com/mqkmwx Show context
  11. Assessment of Shale Gas and Shale Oil Resources of the Lower Paleozoic Baltic–Podlasie–Lublin Basin in Poland — First Report (Polish Geological Institute, 2012); available at http://go.nature.com/lw8fg7 Show context

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Traduit par nos soins d’après l’article de Ben Bryant publié le 02.12.2014 sur le site du journal Vice News

D’après les courriels obtenus par le journal VICE News, le seul puits de gaz de schiste ayant subi une fracturation hydraulique au Royaume-Uni a connu « une défaillance de structure». Cet accident n’avait fait l’objet d’aucune déclaration pendant six mois.

fracking-equipment gaz de schisteLes dégâts découverts plus tôt cette année sur le site de Preese Hall dans la Lancashire se limitent à l’intérieur du puits. Il n’existe actuellement aucune preuve que cela ait causé des fuites de méthane ou de fluides dans l’atmosphère ou dans la formation rocheuse environnante. Cependant, depuis que cette information a été rendue publique, elle a suscité des réactions pour que le Royaume-Uni reconsidère son industrie naissante de la fracturation hydraulique.

Caroline Lucas élue du parti vert a renouvelé son appel pour que le Royaume-Uni abandonne la fracturation. Elle a déclaré à VICE News que ces révélations « jettent de sérieux doutes » sur les assurances données par le gouvernement sur la sécurité [de la fracturation hydraulique].

Une série de courriels échangés en Avril 2014 entre le Health and Safety Executive (HSE) – l’organisme public responsable de la surveillance de l’intégrité des puits- et la compagnie Cuadrilla Resources et communiqués en vertu de la loi sur la liberté de l’information, détaille ce que des ingénieurs ont décrit à VICE News comme une perte d’intégrité du puits de forage, laquelle a nécessité la mise en œuvre de mesures spécifiques.

Une défaillance d’’intégrité sur un puits peut être grave. Elle peut causer des fuites de gaz ou de fluides de fracturation. Dans ce cas, les e-mails montrent qu’il ya eu une fuite de gaz dans le puits; Cependant, il n’y a aucune preuve de fuites à l’extérieur du tubage de production ni dans le milieu environnant.

La compagnie Cuadrilla a nié que les courriels parlaient d’une perte d’intégrité du puits de forage. Toutefois, trois ingénieurs indépendants consultés par VICE News ont confirmé que les courriels démontrent que l’intégrité du puits a bien été affectée. De son côté un porte-parole du HSE a admis qu’ils pouvaient être interprétés comme tel.

Également consulté par VICE News, Anthony Ingraffea, professeur de génie émérite, enseignant et chercheur à l’Université Cornell, a déclaré qu’ »Il est tout à fait évident que le langage utilisé [dans les courriels entre le HSE et Cuadrilla] indique qu’il y avait effectivement une perte d’intégrité du puits de forage suivie par des tentatives d’y remédier.  » Avant d’ajouter que « chaque échec concernant l’intégrité d’un puits est un cas particulier en termes d’impact environnemental, puisqu’il y a tellement de facteurs à considérer. »

Pour John Bissett, leader de la discipline en matière de construction de puits à l’Université Robert Gordon, « Il est tout à fait clair que l’intégrité du puits a été atteinte, techniquement. Seule l’ampleur de cet échec peut prêter à discussion. » Par ailleurs cet échec est « potentiellement important pour tout les puits futurs planifiés ainsi que les activités de fracturation ».

Quant à Mike Hill, ingénieur agréé indépendant basé dans le Lancashire, il déclare que «l’échec de l’intégrité» peut signifier une fuite à l’extérieur du puits ou celle contenue dans le puits. Toute défaillance dans l’intégrité du puits comporte un risque avéré et très sérieux d’aller dans les formations rocheuses. Tout dépend où est situé la fuite ».

Incidence des séismes sur la structure des puits

Le site de Preese Hall où ont été pratiqués le forage et la fracturation n’est plus opérationnel. Une décision avait déjà été prise d’abandonner le puits en Décembre 2013 après deux tremblements de terre en 2011. Les scientifiqufrack free lancashirees pensent que ces séismes ont été causés par la fracturation sur le site. Les tremblements de terre ont provoqué une déformation dans le tubage du puits – un accident moins grave qu’une défaillance dans l’intégrité du puits. Après l’incident, Cuadrilla avait été réprimandé pour ne pas avoir à admis son importance et pour avoir omis de signaler durant six mois l’incident au ministère de l’énergie et du changement climatique.

L’année dernière, selon The Guardian, Charles Hendry, alors ministre de l’énergie, avait déclaré dans une lettre à la compagnie que l’«échec» avait mis en lumière les « faiblesses dans la performance de Cuadrilla en tant que titulaire [du permis] « 

Aucune fracturation hydraulique n’a eu lieu depuis les tremblements de terre; Toutefois, un rapport sur les incidents publiés en Juin 2012 par la Royal Academy and Royal Society of Engineering a conclu que le risque était minime. En janvier 2014, l’Union européenne a approuvé la pratique de la fracturation hydraulique sous certaines conditions.

Même avec une réglementation forte les problèmes sont incontournables

Le boom de la fracturation hydraulique aux États-Unis a entraîné la production de gaz à un niveau jamais connu avant. Cependant, les scientifiques ont exprimé leurs préoccupations concernant les risques potentiels pour la santé ainsi que la sécurité pour les personnes vivant à proximité des sites de fracturation.

Vendredi dernier, un rapport commandé par le gouvernement britannique [voir ici sur notre site] au conseiller scientifique en chef du Royaume-Uni, Mark Walport, a comparé les risques de fracturation à ceux posés par le thalidomide, le tabac et l’amiante. Le rapport indique que la fracturation hydraulique offre sans doute un exemple contemporain « de ces trajectoires d’innovation qui se sont révélées plus tard être problématiques. »

Un porte-parole de l’Agence de l’Environnement a déclaré à VICE News qu’ «il n’y a pas de fuite de fluide incontrôlée dans le puits de Preese Hall , et [qu’] il n’existe aucune preuve à ce jour que le gaz se soit échappé dans l’environnement. Le gaz est contenu par la structure de la tête de puits. La surveillance des eaux souterraines est toujours en place sur le site » « .

Pour Lucas, membre du Parti Vert au Parlement « La machine de propagande du gouvernement a tourné à plein pour convaincre les gens d’ignorer les risques environnementaux et sanitaires de la fracturation hydraulique. Mais ces nouvelles révélations jettent un sérieux doute sur leurs tentatives de rassurer l’opinion».

«Les ministres affirment que les fuites de gaz et de fluide de fracturation qui ont affecté la réputation de l’industrie du fracking aux États-Unis, ça ne peut pas se produire ici à cause de la forte réglementation. Mais à présent il semble qu’avant même que la fracturation hydraulique soit mise en œuvre de manière significative, il y a eu des problèmes avec le tubage du puits, et des experts indépendants disent que l’intégrité du puits a été affectée.

« En fin de compte, quelque soit le niveau de surveillance, rien ne peut rendre la fracturation hydraulique sure. La seule chose sûre et responsable avec le gaz de schiste, c’est de le laisser dans le sous-sol.« 

(!) Info minute – Revue de Presse

Traduction par nos soins d’après un article publié par le site de promotion de l’industrie du gaz naturalgaseurope

L’agenda pro- gaz de schiste» du gouvernement Cameron a pris un coup venant directement de son propre expert scientifique en chef. En effet, le Conseiller scientifique en chef du gouvernement britannique s’oppose à la fracturation hydraulique.

Dans le rapport annuel du conseiller scientifique en chef du gouvernement, le professeur Sir Mark Walport avertit que le gouvernement n’a pas pris correctement en considération les risques potentiels générés par le processus de fracturation hydraulique utilisé pour l’extraction du gaz de schiste.

Sir Walport précise que le processus de fracturation pourrait avoir des impacts négatifs sur la santé et l’environnement pour les décennies à venir et qu’il comporte des risques potentiels comparables à ceux du thalidomide[1] , du tabac et de l’amiante.

«L’histoire est riche d’exemples de processus d’innovation qui se sont révélées plus tard être problématiques – par exemple l’amiante, le benzène, le thalidomide, les dioxines, le plomb dans l’essence, le tabac, de nombreux pesticides, le mercure, le chlore et les composés perturbateurs endocriniens … » indique le rapport publié le 28 novembre 2014.

fracking gaz de schiste Royaume Uni« Dans tous ces cas et bien d’autres, la reconnaissance tardive des effets néfastes a non seulement causé de sérieux impacts sur l’environnement ou la santé, mais aussi engendré un coût massif et une sérieuse perte de compétitivité pour les entreprises et les économies qui persistaient dans la mauvaise voie. »

Plus tôt ce mois, un rapport produit par le réputé Centre britanique de recherche sur l’énergie avait indiqué que le gouvernement avait promu de manière exagérée le potentiel du gaz de schiste au Royaume-Uni.

Lire le rapport (en anglais) annuel du conseiller scientifique en chef du gouvernement ICI

[1] « Le thalidomide est un médicament utilisé durant les années 1950 et 1960 comme sédatif et anti-nauséeux, notamment chez les femmes enceintes. Or, on découvrit qu’il provoquait de graves malformations congénitales. » Voir ici

(!) Info minute – Revue de Presse

Article traduit par nos soins publié le 23.11.2014 dans sa version originale sur le site  desmogblog

Alors que l’industrie pétrolière et gazière aime à répéter que la fracturation hydraulique n’est pas un procédé particulièrement gourmand en eau, un nouveau rapport[1] indique qu’il existe aux États-Unis plus de 250 sites de fracking chacun ayant nécessité de 38 à 95 millions de litres d’eau.

fracturationDe son côté l’Institut du Pétrole Américain suggère[2] que le puits typique de fracturation utilise « l’équivalent du volume de trois à six piscines de taille olympique », ce qui correspond à 7 à 15 millions de litres d’eau.

Pourtant, à partir des informations officiellement déclarées par l’industrie elle-même et disponibles sur le site FracFocus.org, l’Environmental Working Group (EWG) a déterminé qu’il existe au moins 261 puits de fracturation dans huit États qui ont utilisé une moyenne de 48 millions de litres d’eau chacun, correspondant à un total de 12,5 milliards de litres (douze milliards cinq cents millions), entre 2010 et 2013. Dans cette même période, quatorze puits ont utilisé plus de 75 millions de litres d’eau chacun (voir tableau ci-dessous).

Selon EWG, environ deux tiers de ces puits à très haute consommation d’eau sont situés dans les zones frappées par la sécheresse. Alors que de nombreuses parties du Texas souffrent de sécheresses graves et durables, c’est précisément dans cet État que l’on trouve ce que EWG qualifie de « puits monstres ». On en dénombre 149 et 137 d’entre eux se situent dans des zones frappées par des sécheresses exceptionnelles .

Le Texas détient également le triste record d’avoir la plupart de ses puits fracturés à l’eau potable. Pour la seule année 2011, c’est plus de 80 milliards de litres d’eau douce qui ont été utilisés pour fracturer les puits texans. Par ailleurs, l’augmentation du pompage dans les nappes[3] par les entreprises qui cherchent à extraire le pétrole et le gaz dans le gisement de schiste d’Eagle Ford a quant à elle été citée comme une cause majeure de la baisse rapide des niveaux d’eau souterraine.

Les autres États opérant ce type de « puits monstre » sont la Pennsylvanie (avec 39 puits ayant requis un total de plus d’1,5 milliards de litres d’eau), le Colorado (avec 30 puits ayant utilisés 1,8 milliards de litres), l’Oklahoma (avec 24 puits ayant utilisés plus d’1,2 milliards de litres), et le Dakota du Nord (avec 11 puits ayant utilisés près d’un demi milliard de litres d’eau). La Louisiane et le Mississippi ont chacun trois « puits monstres », et le Michigan a deux.

Voici les plus grands « puits monstres » dans le pays:

Environmental Working Group - les puits monstres de fracturation hydraulique

Cliquer sur l’image pour l’agrandir

Et pourtant, il n’y a pas moyen de connaître précisément les quantités d’eau utilisées pour la fracturation hydraulique, puisque cette technique controversée de stimulation des puits est connue pour être mise en œuvre dans 36 États alors que seulement 15 d’entre eux exigent des compagnies de faire leur déclaration à FracFocus. Et aucun des chiffres déclarés n’est examiné par quelque organisme de réglementation ou autorité indépendante que ce soit.

Même les données faisant l’objet de rapport sont incomplètes. EWG indique que pour 38 des 261 « puits monstres », FracFocus n’est même pas en mesure de fournir les informations aussi simples que la nature des hydrocarbures visés (pétrole ou le gaz), ou la source de l’eau utilisée pour les opérations de fracturation.

La fracturation hydraulique a également été fortement critiquée comme contribuant à exacerber la sécheresse extrême en Californie, même si la fracturation dans cet État ne nécessite pas autant d’eau que dans des États comme le Texas et la Pennsylvanie. Un organisme de réglementation de l’État a récemment confirmé que neuf puits d’injection avaient contaminé les aquifères protégés par la loi de l’État et fédérale en y déversant des fluides de fracturation.

Une fois que l’eau est contaminée par les produits chimiques utilisés dans la fracturation hydraulique, elle doit être définitivement retirée du cycle de l’eau.

[1] « Malgré la sécheresse des centaines de sites de fracking exigent plus de 38 millions de litres d’eau chacun »   http://www.ewg.org/research/monster-wells
[2] Hydraulic Fracturing, Unlocking America’s Natural Gas Resources, July 2014 http://www.api.org/oil-and-natural-gas-overview/exploration-and-production/hydraulic-fracturing/~/media/Files/Oil-and-Natural-Gas/Hydraulic-Fracturing-primer/Hydraulic-Fracturing-Primer-2014-highres.pdf
[3] Forte baisse du niveau des eaux souterraines au Texas selon une étude http://www.texastribune.org/2013/05/07/texas-groundwater-dropped-sharply-amid-droughtstud/

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 COMMUNIQUE DE PRESSE DES COLLECTIFS FRANÇAIS OPPOSES A LA RECHERCHE ET L’EXPLOITATION DES PÉTROLE ET GAZ DE SCHISTE ET DE HOUILLE

 LYON, LE 23 NOVEMBRE 2014

Les collectifs français opposés à la recherche et l’exploitation des pétrole et gaz de schiste et de houille se sont réunis en coordination nationale à Lyon les 22 et 23 novembre 2014.

Malgré les récentes annonces rassurantes de la ministre de l’écologie, de l’énergie et du développement durable, les collectifs constatent que l’opacité sur la délivrance des permis de recherche hydrocarbure et autorisations de travaux persiste. Ils constatent aussi que les nombreuses interpellations des collectifs, de la société civile et des élus sont restées jusqu’à ce jour sans réponse.

Il existe actuellement en France 119 demandes de permis en cours d’instruction et 54 permis de recherche d’hydrocarbures liquides ou gazeux dont plus de la moitié font l’objet de demande de renouvellement, prolongation « exceptionnelle » et / ou demande de mutation.

Dans le Nord/Pas-de-Calais, deux autorisations de travaux pour des forages d’exploration sur les gaz de couche ont été délivrés à Avion et Divion. Les travaux de forage pourraient commencer d’un moment à l’autre si l’on en juge par la campagne de promotion qui est faite dans les journaux locaux. L’entreprise EGL qui conduira les travaux a déjà réalisé quatre forages en Lorraine qui sont des fiascos, alors que la géologie y est supposée être plus favorable que dans le Nord. Alors  que 6 millions d’euros ont déjà été dépensés il n’y a toujours pas de résultats probants. Pourquoi donc autant de précipitation à forer dans le Nord ? Rassurer les actionnaires ? Mettre au point une méthode de « fracturation light » pour contourner la loi et déposer un brevet sur cette technique ? L’inquiétude et la mobilisation des populations grandissent face à l’opacité qui règne là aussi autour de ces projets déclenchés sans enquête publique préalable. Nous ne comprenons pas le soutien actif de certains élus locaux à ce projet, ni la logique qui a conduit l’état à accorder ces autorisations de forage.

Comme pour le tabac et les OGM, des moyens colossaux vont être dépensés par les industriels pour tenter de retourner l’opinion publique toujours largement opposée à la recherche et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

Les collectifs réaffirment leur vigilance, aussi bien contre les tentatives d’extraction locales  comme dans le Nord/Pas-de-Calais, la Région Parisienne ou le Haut-Bugey, que contre les projets nationaux (Projet de révision du Code Minier) ou européens (recommandations communautaires sur les études d’impact).

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(!) Info minute – Revue de Presse

     Bien que certains considèrent qu’il n’y a pas de raisons scientifiques pour interdire la fracturation hydraulique, le gaz de schiste n’est pas une solution face aux problème de « sécurité de l’approvisionnement en énergie » de l’Union Européenne. C’est la conclusion d’un nouveau rapport publié par le Conseil consultatif des académies des sciences européennes (EASAC).

A l’image de l’académie des sciences en France, l’EASAC n’est pourtant pas réputé être opposé à l’extraction des hydrocarbures de roche mère par la fracturation hydraulique puisque qu’il affirme que les meilleures pratiques ont « considérablement réduit l’empreinte environnementale de la fracturation du gaz de schiste », et que « les risques peuvent être gérés de façon appropriée ». Ce que nous pouvons nous permettre de remettre en cause au regard des constats faits au États-Unis sur les impacts  sanitaires et environnementaux.

L’EASAC justifie sa position par le fait que « les systèmes réglementaires [seraient] déjà en place dans la plupart des pays pour minimiser l’impact sur la santé, la sécurité et l’environnement ». Ce qui, selon le représentant de l’ONG les Amis de la Terre à Bruxelles, est faux puisque « l’analyse juridique de la Commission européenne conclut invariablement que le cadre juridique actuel ne répond pas adéquatement aux impacts spécifiques, cumulatifs et destructifs de l’industrie de la fracturation hydraulique ». Ont sait également que nos États n’ont pas la capacité de surveiller ce genre d’opérations à grande échelle.

Pourtant, EASAC étant constitué de la réunion des académies nationales des sciences des 28 États membres de l’UE, ce rapport pourrait avoir une certaine autorité auprès des décideurs.

Du gaz de schiste exploitable en Europe, un mirage qui s’éloigne

Le potentiel de l’extraction de gaz de schiste dans l’UE est «incertain» en raison de ici ce n'est pas l'amerique gaz de schistedonnées géologiques limitées sur l’accessibilité au gaz, ajoute le rapport, freinant « l’espoir » que le gaz de schiste puissent un jour être exploité à grande échelle sur le continent.

Au sujet des réserves, rien de nouveau que les affirmations de l’Agence Américaine de l’Énergie (dont on peut fortement douter comme ceci a été démontré tout récemment par le Post Carbon Insitute). Les plus grandes réserves « seraient situées en Pologne et en France, avec 4,19 et 3,88 trillions de mètres cubes respectivement », selon la US Energy Information Administration (EIA). Ceci « en comparaison des soit disant 16tcm des États-Unis ».

Mais toujours selon le rapport, la géologie européenne est « plus compliquée » que celle des États-Unis, avec des formations rocheuses plus anciennes et « plus fracturées » ce qui a « des implications pour la viabilité technique et économique de l’extraction de gaz ». Cela signifie « qu’une fraction » des réserves sont considérées économiquement récupérables en Pologne, tandis que la présence supposée de gaz dans le bassin parisien n’est tout simplement pas confirmée par les dernières études géologiques. Nous ajouterons toutefois ici que la présence de pétrole de schiste a été démontrée aiguisant l’appétit des chercheurs d’or noir.

Le recours au gaz de schiste n’est pas une solution face au réchauffement climatique

En outre, le rapport EASAC remet en cause la théorie soutenue par les promoteurs de l’utilisation du méthane selon laquelle le gaz de schiste peut aider à atténuer le réchauffement climatique. Le rapport questionne la qualité du processus d’extraction et notamment « l’intégrité des puits« .

Acceptation sociale

L’EASAC suggère ensuite que le gaz de schiste « pourrait offrir une alternative intéressante aux schiste usa fracking impactimportations de gaz russe dans le contexte géopolitique tendu actuel » ce qui est invraisemblable lorsque l’on sait, du dire même des industriels, que l’exploitation, si elle était techniquement et économiquement viable, ne pourrait pas intervenir avant plusieurs années. Laissant par là même le temps aux relations internationales d’évoluer. Le rapport note ensuite l’existence de nouvelles techniques de forage horizontal qui pourraient avoir un impact plus limité concernant l’empreinte au sol des forages avec des puits horizontaux ayant une portée de 12 km sont possibles. Toutefois ces techniques seraient à l’heure actuelle non rentables. Le rapport affirme qu’avec des grappes de seulement 3 km de rayon, il deviendrait viable de produire du gaz non conventionnel dans les zones fortement peuplées! Pour finir l’EASAC indique que l’acceptation des populations est essentielle en évoquant la nécessite la transparence sur les « additifs utilisés » dans le processus de fracturation. Et d’ajouter que « les résultats de la surveillance afin de détecter toute contamination de l’eau ou des fuites de gaz avant, pendant et après l’exploitation du gaz de schiste», doit être transmis aux organismes de réglementation et rendues accessibles à la communauté.

En d’autres termes, la technique est sûre mais elle n’est pas sûre !

L’acceptation sociale, c’est bien à ça que les industriels travaillent.