Gaz de schiste : Les rendements décroissants suite à la fracturation hydraulique obligent les forages en série

Publié: 30 juin 2014 dans énergie climat, forage d'hydrocarbures, gaz de schiste
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Sauvegarde du principe de précaution j’écris à mon député            (!) Info minute – Revue de Presse
Article emprunté au site de nos cousins québécois Les Ami(e)s du Richelieu – Traduction d’un reportage d’Andrew Nikiforuk publié dans le quotidien The Tyee

La rentabilité à long terme de l’industrie est très discutable, selon des études.
Après avoir étudié les données de production de 65,000 puits forés dans 31 formations géologiques différentes de schiste non conventionnel en 2012, David Hugues prédit que l’industrie sera dans le gros pétrin à cause de sa révolution d’hydrocarbures non conventionnels en Amérique du Nord. L’éminent géologue, qui étudie les ressources énergétiques du Canada depuis 4 décennies, nous prévient que les opérations de pétrole et de gaz de schiste ont 4 gros défis à relever: les coûts d’investissements à la hausse, un rendement inégal et une empreinte environnementale croissante, le tout menant vers un épuisement rapide (de la ressource). « Le gaz de schiste peut continuer à prendre de l’ampleur, mais seulement avec des coûts plus élevés, et cette croissance exigera une série de forages en escalade accompagnée de coûts financiers collatéraux et environnementaux – et sa durabilité à long terme est très discutable, » prédisait Hugues il y a 2 ans de cela.  Des données économiques récentes sur l’industrie cueillies de Bloomberg, Energy Analyst et même International Energy Agency démontrent que Hugues visait juste.  Les mauvaises nouvelles économiques du schiste, un roc dense qui se trouve à 2 ou 3 kilomètres sous terre, viennent de plusieurs sources clés.

Des prêts incessants

fracking field Flickr SkyTruthLa première alerte sonna en 2013 dans un rapport de Virendra Chauhan, un analyste d’Energy Aspects de Londre l’an passé.

« L’autre histoire du schiste » rapportait que les taux d’épuisement des puits de schiste, produisant soit du pétrole ou du schiste, étaient si importants que les compagnies devaient constamment emprunter plus d’argent pour forer encore plus de puits.

Chauhan avait constaté que les payements sur les intérêts sur des dettes de 35 compagnies de schiste comptaient pour 40% de leur production non conventionnelle et accaparaient une part de plus en plus grande de leurs revenus.

« Par la nature même des puits de schiste, qui ont des taux de déclin élevés, font que le besoin de constamment réserver du capital pour les forages exploratoires afin de maintenir et accroitre les volumes de production, » explique Chauhan.

« Il en résulte que les dépenses moyennes de Capex (dépenses d’investissement) pour les 35 compagnies étudiées qui serviraient de guide pour l’industrie équivalent à $50 par baril de pétrole (BOE) sur les dernières 5 années, durant une période de temps que leurs revenus par BOE étaient en moyenne de $51.5. »

Le cash flow était dans le négatif soutenu pour les compagnies que Chauhan a étudié depuis 2007.

« La révolution du schiste n’est pas une panacée qui offre une extension sans fin du paradigme de la croissance, et c’est important de comprendre cela pour éviter le potentiel d’une déception aiguë des réserves globales du futur, » conclut Chauhan.

Le pic de la production

Ensuite les commentaires d’Arthur Berman, un géologue de Houston dans une entrevue pour OilPrice.com.

L’éminent analyste remarquait que la production du schiste avait atteint un sommet dans la plupart des régions exploitées (les formations étaient supposées de produire pendant des décennies), et que les compagnies dépensaient plus d’argent qu’elles gagnaient parce que la surproduction avait fait baisser le prix du gaz.

Sans des prix plus élevés pour le gaz naturel, il prédisait que « le boom du gaz de schiste n’est pas soutenable. »

Il disait que les compagnies et les gouvernements avaient trop loué le potentiel des schistes parce que « c’est tout ce qui reste au monde. Soyons francs: ce sont véritablement des rocs réservoirs terribles et c’est pourquoi nous avons attendu tout ce temps après que toutes les autres sources attirantes soient épuisées avant de les développer. »

Il pensait aussi que la folie du gaz naturel liquéfié n’était pas basée sur de vrais estimés des réserves ou en vrais dollars. « Cela m’étonne de voir que les génies derrière les exportations de gaz prennent pour acquis que les conditions d’affaires qui ont abouties en bons prix outre-mer resteront tels quels jusqu’à ce qu’ils finissent de construire leurs installations d’exportation, » dit-il.

Des recettes qui se font attendre

Les commentaires de Berman étaient suivi par une analyse pointilleuse de Ruud Weijermars, un consultant énergétique hollandais dans la publication Oil and Gas Journal. Weijermars avait un regard sobre et critique de la destinée financière des projets de gaz de schiste aux aéroports des É.-U.

Au début du boom du gaz de schiste en 2006, Chesapeake Energy avait approché l’aéroport Dallas Fort Worth Airport (DFWA). La compagnie voulait forer 330 puits et fracturer les schistes du Barnett en dessous.

La DFWA a négocié un boni à la signature de la location de 18,543 acres et des redevances de 25% sur les revenus bruts des ventes.

Mais Chesapeake avait surestimé la quantité de gaz dans le sous-sol et sous-estimé les coûts pour l’extraire. Non seulement est-ce que la compagnie semblerait avoir provoqué des séismes avec ses puits d’injections, mais a dû repenser son équipement avec des moteurs électriques pour ne pas être un risque de sécurité à l’aéroport.

Finalement, Chesapeake a seulement foré la moitié des puits qu’elle prévoyait forer à un coût de $7,21 par mille pieds cubes (Mcf) pour un marché qui offrait $4,23 Mcf. L’aéroport a fait de l’argent, mais Chesapeake a perdu $316 millions.

« Les résultats projetés du projet de développement du gaz de schiste de la DFWA est exemplaire pour les profits manquants suite aux investissements dans les champs d’exploitation du gaz de schiste des É.-U., » finit par conclure l’analyste hollandais.

« Finalement, l’approche permissive des régulateurs et des financiers et leur négligence de remarquer les signes avertisseurs des faibles principes de base sont typiquement ceux des bulles d’investissements gonflés, comme on l’a vu dernièrement durant la bulle des dot-com et du scandale immobilier. La bulle du gaz de schiste sera probablement la prochaine à éclater. »

Les forages en série

Vient ensuite une autre évaluation du Oxford Institue for Energy Studies qui donne beaucoup à réfléchir.

L’analyste Ivan Sandrea remarque que les dépenses d’investissement dans le schiste non conventionnel ont passé de $5 milliards en 2005 à $80 milliards en 2013, plus $200 milliards en fusions (d’entreprises).

Mais la prospérité n’est pas venue comme on l’espérait: « Les dépréciations affiliées par plusieurs des plus importants joueurs dans le schiste approchent maintenant $35 milliards, ce qui laisse penser que certaines de ces développements n’atteindront pas les premières attentes techniques et d’affaires. »

Sandrea ajoute que l’industrie a trouvé très peu d’endroits idéaux (sweet spots). « Dans l’ensemble, l’expérience cumulative des forages démontre que ces développements peuvent être importants en étendue, mais pas nécessairement de façon continuelle ou d’une échelle homogène; il y a des endroits où la performance d’un puits est forte et de façon répétitive à l’intérieur de chaque développement, dont certains sont meilleurs que d’autres, mais pour plusieurs compagnies, le seuil de rentabilité et les imprévus sont élevés. »

L’un des principaux problèmes est l’épuisement rapide (de la ressource) ce qui oblige les forages en série: « Mais qui peut, ou veut, financer le forage de millions d’acres et des centaines de milliers de puits à perte continuellement? »

Le mois passé, Bloomberg, le journal financier, avait rapporté que la dette courante de 61 foreurs de gaz de schiste a doublé pour atteindre $163,6 milliards sur 4 ans tandis que leurs revenus a stagné à 5,6%.

« Les foreurs sont pris dans une impasse. Ils doivent continuer à emprunter pour payer pour l’exploration nécessaire pour contrebalancer les déclins sévères de la production qui sont typiques aux puits de schiste, » rapporte Bloomberg.

« En même temps, les investisseurs font des pressions auprès des compagnies pour qu’elles fassent des coupures. Les dépenses ont baissées pour 26 des 61 compagnies étudiées. Pour les compagnies qui ne peuvent pas se permettre financièrement de continuer de forer, moins de pétrole extrait veut dire qu’il y a moins d’argent qui entre, ce qui accélère la chute libre financière. »

L’une des compagnies étudiées est Quiksilver, propriétaire d’un site potentiel d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à Campbell River, en Colombie-Britannique. Les dépenses d’intérêts de la compagnie ont absorbé presque 45% de ses revenus.

Encana, un investisseur majeur dans les développements de schiste gazier en C.-B., a vendu beaucoup de ses propriétés de schiste et a fait des coupures de personnel de 20% à cause de problèmes financiers, dont un ration d’endettement sur fonds propre de 58%. D’autres corporations importantes comme Shell ont diminué leurs actifs en schiste.

L’article de Bloomberg prévient que « le développement du schiste aux É.-U. va faire face à d’importants bouleversements à cause des foreurs qui s’efforcent de tenir le rythme tandis que les dépenses sans fin sont nécessaires pour continuer d’extraire le pétrole et le gaz du sous-sol. »

La production du gaz de schiste en C.-B. ressent cette situation économique préoccupante. Tandis que la production des dernières années a augmenté, les revenus sous forme de redevances ont diminués dramatiquement, passant de $1 milliard par année à moins de $200 millions par année pour les propriétaires de la ressource, les gens de la Colombie-Britannique. Pendant ce temps-là, les subventions à l’industrie sous forme de crédits de redevances, de primes d’encouragement pour les infrastructures, une science gratuite et de l’eau gratuite, ont augmentées.

Gare à la ruine

Finalement, il y a l’agence International Energy Agency. Son dernier rapport documente un monde de recettes à la baisse venant des investissements dans l’énergie. Les pétrolières dépensent plus mais les recettes diminuent.

Il ne suggère pas que la production pétrolière ou gazière venant des formations fracturées de schiste nous sortirait du pétrin, ni nous garantit l’indépendance, ou même générer des recettes profitables.

le krach du schisteIl prédit plutôt, comme le mentionnait Gail Tverberg, analyste en énergie et finances, dans une entrée de blogue dernièrement, un résultat invraisemblable: « Pouvoir répondre à la demande croissante à long terme en pétrole dépend de plus en plus du Moyen-Orient, une fois la croissance actuelle des ressources hors-OPEP commencera à s’essouffler durant les années 2020. »? Quand le journal The Tyee a contacté David Hugues, un universitaire du Post Carbon Institute, il a passé ce commentaire sur les développements économiques récents de l’industrie chargée de dettes:

« Bien que la révolution du schiste ait augmenté temporairement la production pétrolière et gazière de l’Amérique du Nord, il est très douteux qu’elle sera soutenable sur le long terme. »

Le battage publicitaire à propos de « l’Amérique Saoudite » et « l’indépendance énergétique » des États-Unis ne se réalisera probablement pas et les Américains seraient bien sage de planifier leur futur énergétique sans l’aubaine d’énergies fossiles venant du schiste, dit-il.

commentaires
  1. alorscamarche dit :

    En stratégie GDS, les USA auraient du s’abstenir… Tout le démontre largement maintenant. En France comme ailleurs en Europe, et encore ailleurs dans le monde, les terrains sont largement moins appropriés à ce genre d’exploitation, mais on fait quand même le forcing politique et économique, pour perdre encore plus d’argent / M3 exploité, et massacrer encore plus les vraies ressources que sont l’eau et l’air.

    >

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