(!) Info minute – Revue de Presse

Le 16 décembre 2013 Lettre ouverte au Ministre de l’Écologie            

Depuis octobre 2013, la société EGL travaille sur un chantier de forage à Tritteling-Redlach dans le bassin de Saint Avold (en Moselle) pour évaluer la présence de gaz de couche, communément appelé « gaz de houille ». Mais le forage est arrêté depuis une dizaine de jours, et ce pour une durée indéterminée, selon les laconiques informations transmises par la commune aux habitants du village ce 3 décembre. Des « problèmes techniques » justifient cet arrêt, que d’anciens mineurs interprètent comme un potentiel blocage d’une tête de forage dans le puits, problème toujours délicat à résoudre.

forageMais ceci n’est qu’une broutille de quelques dizaines (voir centaines) de milliers d’euros. Ce qui inquiète beaucoup plus les membres des collectifs français « Non aux pétrole et gaz de schiste et de houille » est la gestion des effluents de ce forage – qui se présentent sous la forme de très grandes quantités de boues extrêmement chargées en sel, et pouvant contenir, en plus de produits toxiques utilisés par les agents chargés du forage, des éléments fossiles : métaux lourds, chrome, arsenic, lithium, mercure, strontium, baryum, voire radium, etc., des particules en concentration variable suivant les sites explorés et donc potentiellement radioactives.

Ce qui est inquiétant, c’est que ces boues ont été convoyées, y compris à travers le village, dans des véhicules-citernes appartenant à des exploitants agricoles du village ! A l’heure où nous rédigeons ces lignes et malgré plusieurs courriers adressés à la préfecture de Moselle et à la DREAL, à laquelle la première nous renvoie, nous n’avons pu obtenir aucune information sur l’endroit où ces eaux ont officiellement été amenées, sur les autorisations et habilitations de transport, ni surtout sur la nature de ces eaux.

Selon des témoins, plusieurs de ces véhicules chargés en provenance du site de forage se seraient engagés sur une voie sans issue débouchant dans des champs proches du village. D’autres se seraient dirigés directement vers des exploitations agricoles locales. Nous avons donc de fortes raisons de penser que ces boues de forages ne sont pas gérées comme il se doit, qu’elles sont soit déversées en pleine nature, soit peut-être stockées dans des fosses à purin, ce qui a été observé pour les boues d’un forage gazier en Suisse où 850 tonnes de boues ont été stockées ainsi durant plusieurs mois.

Les Collectifs français « NON au pétrole et gaz de schiste et de houille », gaz de couche en l’occurrence, demandent aujourd’hui instamment aux plus hautes autorités de l’État de prendre toutes les mesures pour que les citoyens puissent bénéficier dans les plus brefs délais d’informations fiables et complètes concernant ce forage. Nous exigeons que soient précisées de même, et de manière exhaustive, toutes les mesures prises par les autorités de notre pays, de manière générale et au cas par cas, pour l’élimination des effluents de ce forage et de tous les autres forages en cours en France. Nous exigeons qu’une enquête soit menée par les services de l’État afin de préciser les responsabilités concernant, dans le cas de la gestion des boues de forage, le non-respect et les manquements à la charte de l’environnement, à la directive sur l’eau, à la législation environnementale dans notre pays et à la directive REACH de manière générale.

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »*

NON AUX HYDROCARBURES DE SCHISTE ET DE HOUILLE,
NON AUX ÉNERGIES EXTRÊMES,
NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN

(!) Info minute – Revue de Presse

gaz de houilleLa concession couvrant 150 communes sur le territoire du Nord / Pas-de-Calais, avait été attribuée à la société GAZONOR en 1992 et pour 25 ans, dans l’objectif de maintenir en dépression les vides créés par 200 ans d’exploitation du charbon, de telle sorte que le méthane libéré par le charbon ne s’échappe pas dans l’atmosphère. Ce gaz est pompé et commercialisé par GAZONOR et nous ne pouvons qu’être en accord avec l’exploitation de ce gaz de mine qui représenterait un danger pour les populations s’il s’accumulait dans les vides miniers.

Gazonor sollicite le prolongement de sa concession « d’hydrocarbure liquide et gazeux » pour 25 ans.

Le dossier d’enquête publique nous révèle les objectifs de GAZONOR pour cette période, objectifs qui nous apparaissent comme inquiétants :

  • demander l’extension des concessions sur les permis de recherche du sud-midi et du valenciennois
  • exploiter le gaz de couche pour alimenter de petites unités de production d’électricité sur tous ces territoires.
Remarques sur le dossier d’enquête publique

S’il agit d’une demande de prolongation, les activités décrites dans ce dossier ne devraient concerner que l’exploitation du gaz de mine, sans aucune référence aux gaz de couche.

S’il s’agit d’une nouvelle demande -concernant l’exploitation des gaz de couche-, ce dossier doit contenir une étude d’impact relative à l’exploitation des gaz de couche ; ce qui n’est pas le cas ici puisque l’étude d’impact ne concerne que l’activité « gaz de mine ».

Les quatre demandes d’autorisation de travaux de forage d’exploration visant le gaz de couche ont été déposées le 31 mai 2012, ce qui a permis à Gazonor d’échapper à une enquête publique, obligatoire pour ce type de travaux depuis le 1er juin 2012.

Deux autorisations ont été accordées (Avion et Divion), par la préfecture, mais le public n’a jamais été consulté sur une éventuelle exploitation des gaz de couche dans la région, ce qui est contraire à la convention d’Aarhus.

Dans les objectifs énoncés par Gazonor, on peut lire p 26 du document 1 :

« la négociation d’un tarif de rachat de la production d’électricité à partir de l’énergie de récupération qu’est le gaz de mine« .

Cette annonce tient de la malhonnêteté : il s’agit de produire de l’électricité à partir du gaz de mine … et de couche !

Les rendements de gaz de mine diminuent ; dans le dossier d’enquête publique, il est clairement énoncé la volonté de Gazonor d’exploiter du gaz de couche pour produire de l’électricité.

D’ailleurs, cette subvention a été annoncée en juin dernier par Pascal Canfin –ministre délégué au développement- ; dès le lendemain, on pouvait lire sur le site d’EDF :

 » Selon la société European Gas Limited (EGL), qui dispose de plusieurs permis d’exploration en France après avoir racheté Gazonor en 2008, les réserves de gaz de houille en Lorraine seraient conséquentes (371 milliards de m3), soit l’équivalent de neuf années de consommation de gaz en France. »

Sauf qu’il s’agit pour EGL d’exploiter le gaz de couche et pas le gaz de mine.

Cette subvention nous apparaît scandaleuse puisque qu’elle sera financée par les factures d’électricité des consommateurs, au titre de la CSPE, censée financer le développement des énergies renouvelables. Même la commission de régulation de l’énergie (CRE) a émis un avis négatif sur cette subvention, jugeant le tarif de rachat de cette énergie beaucoup trop élevé !

Allons-nous subventionner les forages d’exploration pour les gaz de couche en vidant les poches de ceux qui ont de plus en plus de mal à payer leur facture d’électricité, alors que Gazonor appartient à un groupe financier (Transcor Astra Groupe) ?

Enfin, nous ne pouvons qu’exprimer notre profond désaccord avec cette politique énergétique qui consisterait à consommer toujours plus d’énergie fossile, malgré les cris d’alarme sur le changement climatique et ses conséquences que lancent l’AIE et le GIEC.

Il est temps d’engager une vraie transition énergétique, basée sur la sobriété et l’efficacité énergétique, de refuser les nouvelles énergies qui nous emmènent vers des dégâts environnementaux de plus en plus nombreux -que nous laissons aux générations suivantes à gérer !

Il n’y a pas urgence à exploiter ces gaz de couche qui au mieux représenteraient 9 à 15 ans de consommation française et provoqueraient des dégâts environnementaux graves et irréversibles (pollution des nappes phréatiques et des eaux de surface, séismes…), même sans utilisation de la fracturation hydraulique ; alors laissons les sous terre.

Par contre, il y a urgence à expérimenter de nouvelles façons de vivre ensemble, à consommer autrement dans le respect des écosystèmes et dans un esprit de partage, à sortir nos productions d’énergie de la financiarisation.

La région Nord / Pas de Calais s’est engagée à grands frais vers une troisième révolution industrielle, porteuse d’une transition énergétique prometteuse. La France –dont le Nord/Pas-de-Calais, avec son master Plan- s’est engagée à diviser par quatre sa production de gaz à effet de serre d’ici 2050 ; cet objectif ne peut pas être tenu en exploitant de nouvelles sources d’énergie fossile ; produire de l’électricité à partir d’énergie fossile dans notre région révèlerait d’une incohérence politique.

Compte tenu du fait que cette demande de prolongation de concession n’est pas limitée au domaine du gaz de mine, nous demandons aux commissaires-enquêteurs nommés de donner un avis défavorable à ce dossier.

 

Associations & collectifs signataires

Associations de la région: Collectif Houille-ouille-ouille-59/62; 12 rue la Bruyère, 59491 Villeneuve d’Ascq ; AIVES; Heuringhem (62);  Amap  » le panier de Marie Groëtte »; Bruay-la-Buissière (62); 13 rue ferrié ; Amis de la terre; Lille (59); APEA; Ardres (62); Association EQVIR; Isbergues (62); Association Oc 62; Lens (62); Attac ; Valenciennes (59); Attac ; Villeneuve d’ascq (59);  Attac Artois; Arras (62); Collectif anti-tht 59/62; Leforest (62); Confédération Paysanne Nord/Pas-de- Calais; Arras (62); CRANE; Cuincy (59); Eau secours 62; Lens (62); Leforest Environnement; Leforest (62); LPO Nord; Brunemont (59); Novissen; Drucat (80); Oc 59; Lille (59); RNP; Rivière (62); Top Théatre; Lille (59); Vie Partagée ; Méricourt (62);

Collectifs hors région: Collectif Stop GDHC d’Alsace et de Lorraine ; Collectif  » gaz de schiste Non Merci » de clapiers (34) ; Collectif « Montpellier Littoral contre les gaz, pétrole de schiste! » ; Collectif « non gaz de schiste » Florac (48) ; Collectif « Stop Pétrole de Schiste Sud 77 » ; Collectif 07 Stop Gaz et Huiles de Schiste ; Collectif 91 NON au gaz et huile(pétrole) de schiste ; Collectif Auzonnet, Cèze et Ganière (30) ; Collectif Bassin de Thau ; Collectif Basta! Gaz Alès ; Collectif Carmen 02 ; Collectif Causse Méjean – Gaz de Schiste NON !; Collectif de Gignac (34) ; « Eco’lectif Dégaze de Gignac et Environs ; Collectif du Bocage gatinais ; Collectif du Haut-Bugey Non aux forages hydrocarbures ; Collectif du Pays-Fertois (77) ; Collectif Hautes Cévennes (30) ; Collectif Orb Jaur non au gaz de schiste (34) ; Collectif Orb Taurou Collectif piémont cévenol ; Collectif roynac26 ; Collectif Sete ; Collectif stop gaz de schiste 69 ; Collectif Stop Gaz de schiste Anduze ; Collectif de Barjac (30) ; Collectif citoyen Ile-de-France non aux gaz et pétrole de schiste et de couche ; Collectifs Isérois  » Stop aux GHRM 38 « ; Collectifs locaux adhérents de l’Association « Collectifs 83 Non au Gaz de Schiste »

Parce-que nos luttes …

Publié: 6 décembre 2013 dans énergie climat
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… s’inspirent d’autres luttes pour plus de justice

madiba

Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,

Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,

En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,

Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.

(!) Info minute – Revue de Presse

par Thomas Porcher et Jacques Thibiéroz (1)

L’Académie des sciences vient de publier un avis sur le gaz de schiste. Qui prend pour argent comptant les promesses américaines et ignore la réalité économique.

academie des sciences gaz de schisteDans un avis publié le 15 novembre, l’Académie des sciences préconise un « effort de recherche national » sur le gaz de schiste et assure que « les conséquences positives pour l’économie qui pourraient résulter, pour la France, d’un développement des gaz et huiles de roche-mère sont trop importantes dans la situation de crise actuelle pour qu’on puisse rejeter a priori, sans examen attentif, cette ressource potentielle ».

Le document aborde la plupart des points les plus inquiétants : la pollution des nappes phréatiques, le manque d’étanchéité des forages, la consommation d’eau, la dispersion dans l’eau et dans l’air du fluide de fracturation à l’aller comme au retour, les nuisances accompagnant les chantiers, la sismicité induite… Pour chaque sujet, des solutions sont avancées qui pourraient répondre à certaines craintes. Toutefois, plusieurs arguments montrent les limites de l’exercice, notamment un certain nombre d’affirmations cristallisant tous les biais cognitifs propres aux pro-gaz de schiste.

Dès l’introduction, les auteurs rappellent que la question du gaz de schiste mérite d’être examinée pour « réduire la facture énergétique » et « stimuler la compétitivité de l’économie ». L’analyse est remplacée par une application trop rapide de l’expérience américaine. Alors qu’ils reconnaissent plus loin dans le texte ne pas bien connaître la « ressource » et par conséquent le coût d’extraction, les auteurs partent du principe que l’exploitation du gaz de schiste ferait baisser les prix du gaz.

Or, il est possible que le coût d’extraction soit en France supérieur au prix du marché, comme semblent l’indiquer les estimations du BNEF (Bloomberg new energy finance) dans le cas du Royaume-Uni (coût d’extraction compris entre 7 et 12 $ par million de BTU avec un prix du marché à 10 $). Dans ce cas, il n’y a pas d’avantage économique à extraire ce gaz.

Il faut également prendre en compte les spécificités du marché du gaz européen. C’est un marché plus rigide qu’aux États-Unis notamment à cause des contrats de long terme (de dix à trente ans) avec les pays fournisseurs. Ces contrats indexent le prix du gaz sur le prix du pétrole. Certes, ils intègrent aujourd’hui une plus grande part du marché spot, de l’ordre de 46%, mais quel serait l’impact sur le prix du gaz si d’un côté le prix du marché spot baisse et de l’autre, le prix du pétrole augmente – comme c’est le cas depuis 2004 ? Personne dans la littérature scientifique n’a encore répondu à cette question.

D’ailleurs, dans les conditions de fonctionnement du marché du gaz européen, un « surcroit d’indépendance sans indépendance totale » n’aurait pas d’impact sur les prix en France, puisque même en supposant que le gaz de schiste soit moins cher que le gaz importé, dans un contexte de demande captive, le prix final du gaz sur le marché s’aligne toujours sur le prix le plus élevé.

Par conséquent, si le prix du gaz ne baisse pas – à cause du coût d’extraction ou des rigidités du marché – il n’y pas d’emplois induits, ni de compétitivité améliorée ou de renaissance de la chimie, et le gaz de schiste perd tout son sens d’un point de vue économique. Or, les auteurs prennent comme postulat les effets bénéfiques du gaz de schiste sur l’économie pour ensuite construire leur argumentation sur la nécessité de développer la recherche.

La principale erreur de l’analyse est d’ailleurs de ne pas considérer l’articulation entre exploitation propre, coût d’extraction et prix. Or, dans des conditions géologiques similaires, plus l’exploitation est faite dans des conditions respectant l’environnement, plus le coût d’extraction augmente et moins le prix du gaz a de chance de baisser.

Autre certitude avancée par l’avis de l’Académie : l’hypothèse de ressources considérables en France en reprenant le chiffre de 5 100 milliards de m3 de gaz – plus de cent années de consommation – annoncé par l’Agence d’Information sur l’Énergie américaine (EIA). Il est étonnant qu’une assemblée qui se veut scientifique se borne à répercuter une valeur aussi approximative, et va même jusqu’à parler de « réserves ». Si les mots ont un sens, ce terme s’applique aux quantités accessibles (volumes, teneurs, taux de récupération) mises en évidence par des travaux miniers.

Mais en France, faute d’exploration, les réserves sont, à ce jour, nulles ; avancer ce chiffre laisse supposer d’entrée de jeu qu’elles sont considérables. De plus, l’appel aux géologues « pour travailler à une évaluation des réserves » est illusoire, car dans les faits, seuls les opérateurs pétroliers ont la capacité financière et technique de déterminer de telles réserves.

Enfin, l’Académie évoque l’intérêt du gaz naturel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en le substituant au charbon dans les centrales électriques thermiques. Intérêt tout relatif concernant le gaz de schiste qui, lorsque l’on cumule l’énergie dépensée à le produire et les fuites de méthane, atteint l’impact du charbon (Howarth et al., 2011).

D’ailleurs, l’importance du méthane vient d’être réévaluée par le 5ème rapport du GIEC : la part du méthane dans le forçage radiatif de la terre a doublé depuis 2007 et représente le tiers du total de l’action des gaz émis par l’homme. Et cela risque de s’aggraver avec l’essor mondial du gaz de schiste.

Certains diront que nous ne pourrons vérifier ces « certitudes » qu’en effectuant de la recherche et de l’exploration comme le préconise l’Académie des sciences avec la mise en place d’un vaste programme de recherche, indépendant et pluridisciplinaire, sur le gaz de schiste. Se pose alors la question du coût de ces recherches et de leur financeur. Dans le cadre légal actuel, un financement par une compagnie privée parait difficilement envisageable. Sauf si l’exploration a un autre but : influencer l’opinion publique et accélérer les processus de décisions politiques au moyen d’estimations « énormes » de réserves. Reste un financement public.

Mais dans un contexte où l’État annonce un objectif d’économie de 14 milliards d’euros, une question reste en suspens : n’existe-t-il pas en France d’autres secteurs, plus porteurs économiquement que le gaz de schiste ou plus utiles socialement, ayant plus de légitimité à obtenir ces financements ?

Publié le 5/12/2013 par Reporterre (repris ici avec l’accord de Th.Porcher)

Thomas Porcher est professeur à l’ESG-MS et l’auteur du Mirage du gaz de schiste (éd. Max Milo).

Jacques Thibiéroz est géologue et maître de conférences (e.r.) à l’UMR Sisyphe, Université Pierre et Marie Curie.

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COMMUNIQUE DE PRESSE DES COLLECTIFS FRANÇAIS NON AUX PÉTROLE ET GAZ DE SCHISTE ET DE HOUILLE*

Violente répression policière contre les opposants à un forage CHEVRON visant du gaz de schiste à PUNGESTI en Roumanie

Roumanie repression gaz de schisteCe 2 décembre, en pleine nuit, plusieurs centaines de policiers anti-émeute, venus de toute la Roumanie ont envahi le camp de résistance à Pungesti, camp installé sur des terrains privés pour lutter contre un forage de la compagnie Chevron visant du gaz de schiste. Ils ont arrêté ou chassé les occupants, y compris femmes, vieillards et enfants, avec une extrême violence, qui a nécessité des hospitalisations et semé la frayeur dans le camp et le village. Relâchés dans la matinée, les manifestants ont écopé d’amendes. Des charges pénales pèsent sur deux d’entre eux, selon nos dernières informations.

Les routes sont bloquées, la zone est déclarée « zone spéciale d’intervention », interdisant à tout journaliste d’y accéder. Comme les faits se sont passé nuitamment, il a été difficile pour les occupants du camp de filmer afin de rapporter la violence de ces faits (1) et (2).

Pendant ce temps la police fait un travail de désinformation, criminalisant les opposants à ce forage, et permettant l’installation sur place du matériel de forage, sous haute garde.

 Pourquoi un tel déploiement guerrier, qui fait suite à un précédent assaut, le 16 octobre dernier – lequel avait déjà fait plusieurs blessés parmi les habitants du village – et à la décision de Chevron de suspendre ses activités sur le site, sous la pression internationale ? Tout simplement parce que cette multinationale, première responsable des émissions mondiales de gaz à effet serre (3), veut faire quelques bénéfices supplémentaires en forant des puits de gaz de schiste à Pungesti et que les habitants ne l’entendent pas ainsi. De quel droit cette multinationale violente-t-elle ainsi les habitants, avec le soutien du gouvernement d’un pays membre de l’Europe ? N’ont-ils plus le droit de vivre parce qu’ils habitent sur des réserves supposées d’hydrocarbures ? Les quelques futurs bénéfices de Chevron valent-ils plus que les vies de tous les habitants de la région ?

 L’impunité des multinationales est totalement inacceptable et doit être condamnée. Les hommes, les femmes et les enfants de Pungesti ont toute légitimité de ne pas accepter les forages, pour toutes les raisons connues concernant les multiples impacts avérés de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, alors qu’il est prouvé que cette exploitation n’apporte ni les emplois promis, ni les

Nous demandons à nos élus responsables : eurodéputés, députés, sénateurs, élus des collectivités locales, et à nos diplomates, de se mobiliser fermement contre de tels agissements et d’exiger de l’Union Européenne une intervention diplomatique d’urgence pour faire cesser cette situation

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »

NON AUX HYDROCARBURES DE SCHISTE ET DE HOUILLE, NON AUX ÉNERGIES EXTRÊMES, NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN

1) http://www.vrn.ro/chevron-si-jandarmeria-au-pornit-in-toiul-noptii-un-nou-asalt-la-pungesti

2) http://www.youtube.com/watch?v=iP6UG2yqhKc&feature=youtu.be

3) http://www.bastamag.net/article3576.html

* Collectifs citoyens opposés à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures « non conventionnels », à la fracturation du sous-sol, aux forages extrêmes et appelant à une véritable transition énergétique pérenne.

A Monsieur Philippe Martin

Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie

Hôtel De Roquelaure

246 bd St Germain

75007 PARIS

Monsieur le Ministre,

Vous avez annoncé jeudi 28 novembre votre refus d’accorder la mutation des sept permis de recherche d’hydrocarbures demandée par la société américaine Hess Oil. Nous prenons acte de cette décision avec satisfaction. Nous la considérons comme une avancée non négligeable dans le dossier des pétroles et gaz de schiste et de couche et tenons à saluer la place que vous avez faite aux collectifs citoyens dans la constitution des éléments d’expertise qui ont abouti à votre prise de décision. Par cette démarche, vous avez reconnu le travail des citoyennes et citoyens qui se sont emparés depuis plus de trois ans de ce dossier, et parmi lesquels figurent des scientifiques et des chercheurs, des techniciens, des élus, des spécialistes du droit environnemental, des personnels de la santé, etc., mais aussi tout simplement des jeunes gens, des parents et des grands parents soucieux de laisser aux générations qui nous suivent un monde vivable.

Votre décision est en parfaite cohérence avec la position que vous aviez prise dès l’apparition de cette problématique dans le débat français. Cependant, aujourd’hui, en tant que ministre de l’Écologie, vous réaffirmez non pas votre propre volonté, mais celle de l’État, d’interdire l’exploitation des hydrocarbures dits « de schiste » en France, conformément à la loi du 13 septembre 2011 interdisant l’usage de la fracturation hydraulique. C’est donc un geste fort, d’autant plus qu’il survient au moment où l’OPECST publie un nième rapport sur l’opportunité d’exploiter cette ressource en France, avec des arguments économiques et techniques que nous estimons douteux et de peu de poids lorsqu’on les met en balance avec ce que l’on ne peut plus appeler des « risques » mais bien des « impacts avérés » de l’exploitation de la roche-mère.

Toutefois, nous tenons à attirer votre attention sur le fait que, selon des documents mis à disposition du public, outre ces 7 permis, dont le devenir n’est pas précisé, 115 demandes de permis, dont 97 concernent de manière évidente des gisements non conventionnels, 52 permis exclusifs de recherche en cours, 4 demandes de concessions et 64 concessions sont actuellement toujours valides. Il faut également noter que l’exploitation du gaz de couche, abusivement appelé « gaz de houille » par des membres du gouvernement, dont le ministre du redressement productif, nécessite aussi l’utilisation de la fracturation hydraulique, dans le cadre d’une exploitation « rentable » comme cela a été mis en évidence par le récent rapport conjoint de l’INERIS et du BRGM rendu public le 30 octobre dernier (1). Combien de permis concernent aujourd’hui cette ressource ?

Nous restons fermement convaincus que l’État ne peut soutenir une telle ambiguïté. Le choix fait par le gouvernement de mettre en œuvre une transition écologique et énergétique active ne peut en effet se satisfaire ni d’une demi-mesure ni de signaux flous qui continuent à alimenter les fantasmes et les illusions des entreprises pétrolières sur un hypothétique Eldorado dormant sous nos pieds. La civilisation du carbone est moribonde et ce ne sont pas quelques gouttes de gaz et de pétrole arrachées à la terre, au mépris de la survie de nombreuses espèces vivantes sur cette planète, dont  la nôtre, qui pourront changer la donne économique, sinon pour le profit immédiat de quelques multinationales.

C’est pourquoi nous demandons à l’État de faire preuve de cohérence et d’abroger tous les permis litigieux mentionnés plus haut. Nous restons mobilisés pour que cesse cette quête chimérique aux hydrocarbures non conventionnels, et soutiendrons l’État par notre expertise citoyenne et notre détermination dans la mise en place d’une vraie politique de Transition énergétique et écologique.

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »

 

NON AUX HYDROCARBURES DE SCHISTE ET DE HOUILLE, NON AUX ÉNERGIES EXTRÊMES,

NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN

 

(1) Rapport « Synthèse sur les gaz de houille : exploitation; risques et impacts environnementaux » / BRGM -octobre 2013  

 

Collectifs signataires :

Collectif Gazpart (02), Collectif Carmen (02), Collectif 07 Stop au Gaz et Huiles de Schiste, Collectif “Touche pas à mon schiste !” (07), Collectif du Narbonnais (11), Collectif Roynac (26), Collectif AJC les Mages(30), Collectif Anduze (30), collectif Auzonnet Cèze et Ganière (A.C.G.) (30), Collectif Basta! Gaz Alès (30), Collectif Camis’gaz (30), Collectif de Barjac (30), Collectif Garrigue Vaunage (30), Collectif Hautes Cévennes(30), Collectif Piémont cévenol (30), Collectif Rochegude (30), Collectif Roquedur-Le Vigan (30), Collectif Viganais (30), Collectif bassin de Thau (34), Collectif citoyen de Pézenas, Castelnau de Geurs et environs (34), Collectif de Gignac (34) « Eco’lectif Degaze de Gignac et Environs », Collectif Montpellier Littoral (34), Collectif Orb-Jaur non au gaz de schiste (34), Collectif Sète (34), Collectifs Isérois STOP GHRM (38), Stop gaz de schiste 39  Collectif Lot et Garonne (47), Collectif Causse Méjean – Gaz de schiste NON ! (48), Collectif « non gaz de schiste » Florac (48), Collectif houille-ouille-ouille 59 / 62,Collectif Stop gaz de schiste 69, Collectif du Pays-Fertois (77), Stop pétrole de schiste 77, Collectif du Bocage Gâtinais (77-89-45), Collectifs 83 Non au Gaz de schiste, Collectif 91, Collectif citoyen  Ile-de-France non aux gaz et pétrole de schiste (Ile-de-France, Paris)

(!) Info minute – Revue de Presse

La mobilisation aura payé! Tout d’abord celle d’une poignée d’habitants qui se battent depuis des mois, informant population et élus, pistant au plus près la procédure judiciaire engagée par la société Hess Oil qui réclame la mutation de permis de recherche précédemment accordés à la société Toréador.

jouarre 22 09 2013 7Une mobilisation qui a vu des militants de collectifs de toute la France venir réclamer sur place la mise jouarre 22 09 2013 13en application des promesses électorales ainsi que celle de la loi : pas de recherche et exploitation d’hydrocarbure de roche mère en France. Une mobilisation d’élus qui ont « fait leur job » avec le député de l’Aisne territoire concerné au premier chef par ces projets de recherche de pétrole de schiste. Avocats, juristes et militants ont tiré, poussé, écrit, pétitionné, obtenu des rendez-vous auprès du ministre de l’écologie dont ils ont eu l’oreille. Et finalement alors que le lobby pro hydrocarbure agit à coup de boutoir en téléguidant les avis de l’Académie des sciences et ceux de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), le Ministre de l’Écologie et de l’Énergie a confirmé ce matin qu’il ne signerait pas ces mutations de permis

Cette bonne nouvelle ne doit pas donner l’illusion que le combat est terminé. Gageons que la procédure judiciaire n’est pas terminée. Cette étape qui constitue une nouvelle petite victoire vient cependant rejoindre celles obtenues à force de mobilisation citoyenne. Elles sont imparfaites mais jusqu’à présent elles ont permis de bloquer les travaux de recherche et de commencer à faire évoluer le droit. Et puis cette victoire ne doit pas masquer les projets miniers de recherche de gaz de houille dont l’impact environnemental est tout aussi néfaste que ce que serait la recherche de pétrole et gaz de schiste. Cette victoire ne doit pas masquer la réalité: Il existe d’autres procédures judiciaires engagées par les pétroliers et notamment le recours de TOTAL suite à l’abrogation du permis de Montélimar. Il existe une multitude de demandes de permis de recherche d’hydrocarbure déjà instruites et en attente de décision sur les bureaux parisiens. Il existe des demandes de prolongation ou de renouvellement.

Alors encore une fois, Monsieur le Ministre, ne signez pas ! Et soyez de ceux qui agiront efficacement pour engager le pays et l’Union Européenne vers une vraie transition énergétique respectueuse des hommes et de leur environnement.

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académie des sciencesL’académie des sciences est un animal bizarre et l’avis qu’elle vient d’émettre au sujet des gaz de schiste est le fruit du travail d’un groupe de 19 personnes parmi lesquelles figurent, tenez-vous bien, une (oui 1) femme soit 5% de l’effectif. Ce groupe indique avoir auditionné des experts. Regardons de plus près :

  • Le 22 novembre 2011, un comité de prospective en énergie est auditionné ; Il comprend 5 personnes dont 1 femme.
  • Une conférence débat se tient le 26 février 2013, avec  5 experts: 5 hommes.
  • Enfin le document de l’académie des sciences formule des remerciements à l’endroit de personnes « pour leurs commentaires, critiques et constructifs, lors du processus de discussion, dont il a été tenu compte dans la rédaction finale et qui ont permis d’améliorer la teneur du présent Avis ». Parmi les 13 personnes citées, figurent exactement 13 hommes.

Faut-il d’autres exemples pour illustrer la grotesque et pitoyable situation française ? Vous est-il arrivé de lire ou écouter les commentaires de l’immense majorité des promoteurs de la recherche et de l’exploitation des gaz de schiste en France ? Cette manière bien particulière de traiter par le mépris les quelques femmes « aux responsabilités » lorsque celles-ci se sont positionnées contre la fracturation hydraulique, contre la recherche et l’exploitation des ressources hydrocarbures extrêmes (roche mère, offshore) ? Que n’a eu à affronter Nathalie Kosciusko-Morizet lorsqu’elle était Ministre au moment du vote de la loi interdisant la fracturation hydraulique ? Que n’ont eu à affronter Nicole Bricq puis Delphine Batho toutes deux dégagées sans ménagement de leurs fonctions de Ministre de l’Écologie et de l’Énergie après avoir pris position contre les intérêts de la seule industrie des hydrocarbures. Quel traitement réservé aux positions argumentées de Corine Lepage?

Faut-il rappeler l’engagement des femmes dans la lutte citoyenne contre la recherche et l’exploitation des gaz et pétrole de schiste en France et dans le monde?

La décision qui sera prise par un exécutif très masculin (Messieurs Hollande, Ayrault, Martin, Montebourg conseillés par un CGEIET où les hommes représentent 83% des membres) sur la mutation des 7 permis de recherche de pétrole de schiste cette semaine sera une indication et un signal fort. Voyons où se situera le courage politique.

Edit 26/11/2013 : Nous vous conseillons également la lecture de « L’Académie des sciences est-elle la marionnette des industriels?«