Archives de la catégorie ‘forage d’hydrocarbures’

Champdor le 16 décembre 2012                                                                                             Communiqué

Dans la mesure où il n’y a plus, aujourd’hui en France, de gisements d’hydrocarbures accessibles sans techniques comme la « stimulation » néfastes pour l’environnement à court, moyen et long terme, nous, collectifs de l’Ain, de la Savoie , Haute-Savoie, Isère, Rhône, Drôme, Haut- Jura réaffirmons notre opposition à tous forages d’hydrocarbures liquides ou gazeux envisagés sur nos territoires sensibles notamment en raison de leur relief karstique, de failles sismiques et d’importantes ressources en eau.

Nous réaffirmons notre refus au renouvellement des permis des Moussières en 2013, et de Gex en 2014.

stop forages dans l'AinLes citoyens et les élus locaux ne sont pas dupes face à la collusion des représentants de l’État et de l’industrie pétrolière dont la réunion à la sous-préfecture de Nantua est l’exemple le plus frappant. Les forages qu’ils soient qualifiés par les industriels et l’Etat de « conventionnels » ou « non-conventionnels » dégraderont irrémédiablement notre environnement entraînant des conséquences dramatiques pour notre économie basée sur l’agriculture de qualité, notamment la production de fromages AOC, le tourisme et la santé.

La compagnie « Celtique Petroleum » annonce des forages qu’elle qualifie de « conventionnels » dans le cadre du permis des Moussières. Les terrains karstiques ne sont pas compatibles avec quelque forage que ce soit. Les hydrocarbures que la compagnie se propose d’extraire des plateaux du Haut-Bugey ne résoudront sûrement pas le problème de la dépendance énergétique de la France.

Le week-end des 15 et 16 décembre dans l’Ain à Champdor et Corcelles a créé une symbioseChampdor 15 16 decembre 2012 entre les élus locaux et les citoyens pour résister au pillage et à la dégradation irréversible de ces territoires et de leur environnement.

Nous sommes pour un vrai débat sur la transition énergétique qui exclut toute extraction supplémentaire d’hydrocarbures liquides ou gazeux, et qui oriente la recherche vers d’autres alternatives énergétiques que le gaz ou le pétrole dans un souci de sobriété et d’efficacité énergétique.

Les collectifs annoncent une grande mobilisation à Nantua le 16 mars 2013 pour s’opposer au renouvellement du permis des Moussières.

Celtique demande renouvellement PERH Moussieres

 Nantua 14 dec 2012 ZAD

Cette semaine en Rhône-Alpes: Agenda ici       Nouvelle proposition de loi le texte       (!) Info minute
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Encore des maires convoqués !

des maires convoquésLes maires de Corcelles et de Lantenay et le conseiller général du canton de Brénod dans l’Ain ont été convoqués le 14 décembre 2012 à une réunion à laquelle participera le représentant de Celtique Petroleum titulaire du permis de recherche d’’hydrocarbures des Moussières.

 Les collectifs rhônalpins et jurassiens opposés à l’’exploitation des hydrocarbures de roche mère soutiennent les élus convoqués  à cette réunion par la sous-préfète de Nantua.

   Nous voulons les soutenir et exprimer notre refus ferme et définitif de voir nos petites communes servir de terrain d’expérimentation et d’exploitation des hydrocarbures de roche mère dans nos régions aux sous sols karstiques fragiles.

Soutien aux maires devant la sous préfecture

  Nous vous invitons à aller  soutenir nos élus, devant la sous- préfecture de l’’Ain à Nantua, le Vendredi 14 décembre à partir de 14h45 à Nantua (la sous-préfecture se trouve au centre ville près de  l’abbatiale).soutiens aux maires

  Plus nous serons nombreux, plus nos élus seront forts! Nous pouvons faire reculer la société Celtique Petroleum ! Par notre présence, nous montrerons encore une fois notre détermination. Celtique ne forera pas!

Cyberaction soutien aux maires

cyberaction 01Participez à la cyber action (en cliquant ici) pour soutenir les élus locaux convoqués en sous-préfecture le vendredi 14 décembre 2012.

Marche au flambeau à Corcelles le samedi 15 décembre

et participez à la marche aux flambeaux le samedi 15 décembre 17h00 à Corcelles sur l’ancienne plateforme de forage marche aux flambeaux corcelles 14 décembre 2012!

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Communiqué de presse des collectifs de Savoie, de l’Ain et haut jura

le 29 novembre 2012.

Rencontre régionale le week-end du 15 et 16 décembre 2012 des collectifs contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux et marche aux flambeaux sur le site de l’ancien forage de Corcelles.

La menace d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures est loin d’être abandonnée. Les récentes déclarations du gouvernement sont ambigües sur ce sujet. Les lobbys pétroliers interviennent dans les médias à tour de bras pour vanter et inventer une croissance et des emplois qui n’existent même pas sur le papier !

Les arguments économiques, sociaux développés dans les média ne se fondent sur aucune réalité économique. Les emplois créés par cette industrie seront précaires, peu nombreux. Les chiffres avancés de plusieurs centaines de milliers d’emplois sont fantaisistes, la réalité (selon le rapport du CGIET et du CGEDD page 28) est de quelques centaines si l’étendue des réserves se révèle exacte. (rapport à télécharger ici )

L’indépendance énergétique grâce à l’exploitation des hydrocarbures de roche mère est un leurre. Le pétrole et le gaz prélevés alimenteront le marché mondial et seront revendus au cours mondial des hydrocarbures sur la base du baril de brut qui est en augmentation constante.

La recherche d’autres techniques pour extraire le gaz de schiste et remplacer la fracturation hydraulique ne rend pas très crédible la volonté du gouvernement d’une transition énergétique basée sur les énergies renouvelables. Une éventuelle compétitivité de l’industrie basée sur les hydrocarbures ne se fera que sur le très court terme.

Les forages en grande profondeur pour lesquels des autorisations ont été récemment délivrées dans le bassin parisien nous font craindre les permis des Moussières et de Gex. Notre sous-sol karstique est un véritable gruyère fait de multiples interconnexions de sources souterraines et la pollution de la source de la Moullaz par les forages de Lantenay en 1990 en est la preuve malheureusement encore aujourd’hui.

La pollution de l’eau par les forages entraine ipso facto un péril financier pour les villages: les communes d’Outiaz et de Vieu d’Izenave, après la détérioration de la source qui les alimentait en eau ont dû s’endetter pour se raccorder à un autre réseau d’eau potable. Or l’actuel code minier n’encadre absolument pas la responsabilité des concessionnaires d’exploitation d’hydrocarbures à long terme.

Le permis des « Moussières » est renouvelable en mars 2013: sa prorogation serait une catastrophe annoncée pour l’eau, l’environnement, l’agriculture, les nombreuses AOC et le tourisme.

Nous exprimerons notre crainte et notre opposition aux permis d’exploration et d’exploitation, par une marche aux flambeaux sur le site de la plate-forme pétrolière de Corcelles (plateau d’Hauteville-Lompnès ) le 15 décembre 2012 à 17h.

Programme du 15 et 16 décembre :

Le samedi 15 décembre 2012: journée d’information « juridique » ouverte à tou-te-s. A tous ceux toutes celles qui souhaitent en savoir plus sur les aspects (parfois un peu complexes) du droit régissant ces permis de recherche exclusifsforage corcelles d’hydrocarbures (PERH).

17 h : Marche aux flambeaux sur le plateau d’Hauteville. Rassemblement à Corcelles, sur le parking fléché (route de Champdor, face au GAEC de la croix blanche). Cortège aux flambeaux jusqu’au village. Retour sur le site de l’ancienne plate-forme pétrolière où une surprise attend les participants.

Le dimanche 16 décembre 2012: journée de formation VIA

Les collectifs du Haut-Bugey, Bresse Revermont, Haute Savoie, Savoie, Bugey Sud, Gex, Valromey, Jura, val des Usses, Blye, Savoie, 38 et 69.

La Ferté-sous-Jouarre le 25 novembre 2012

Soixante délégués mandatés par plus de deux cents collectifs et associations contre les gaz et huiles (pétrole) de schiste, maillant le territoire national, se sont rencontrés les 24 et 25 novembre 2012 à La Ferté-sous-Jouarre en Seine-et-Marne, et déclarent :

L’incohérence et l’ambiguïté des annonces gouvernementales renforcent la mobilisation des collectifs et leur solidarité. Après s’être opposé fermement à la fracturation hydraulique, le gouvernement ouvre la porte à d’éventuelles techniques de recherche et d’extraction « propres » et « socialement acceptables. Il est pourtant évident que quelle que soit la technique utilisée, l’exploitation d’une source d’énergie fossile contribuera à augmenter les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

De plus, l’argumentaire purement économiste du gouvernement et son manque de clarté répondent à l’intensification du lobbying des industriels auprès des politiques et des médias. Les récentes prises de position du président de la République incitant les entreprises françaises à investir dans les « gaz de schiste » à l’étranger confortent les industriels dans leurs espoirs de pouvoir, à terme, les extraire sur le territoire national.

La multiplication et la diversité des collectifs sont à la mesure de l’augmentation des déclarations d’ouverture de travaux de forages, notamment dans le Bassin parisien (Contault, Champontran, Nonville, Sourdun, Chartronges, Saint-Mars –Vieux-Maisons, etc.).

Constatant les tergiversations du gouvernement et son manque de volonté politique, les collectifs s’inquiètent de la teneur du projet de loi modifiant le code minier. L’éventualité de cette modification par ordonnance serait un déni de démocratie de plus.

Nous demandons que les dispositions du code minier modifié soient mises en conformité avec la Charte de l’environnement – à valeur constitutionnelle – et avec le code de l’environnement, et intègrent par anticipation les nouvelles dispositions de la directive européenne « Étude de l’Impact Environnemental » (EIE).

La violence utilisée par les pouvoirs publics, à Notre-Dame-des-Landes (N.D.D.L.), à l’encontre des résistants, renforce notre inquiétude. L’annonce de l’arrivée des camions sismiques sur le territoire du permis « Bassin d’Alès », tout comme la reprise des travaux de forage dans le Bassin parisien, ne laisse-t-elle pas présager d’un traitement similaire de nos actions de résistance ?

Présents et solidaires des résistants à N.D.D.L., nous refusons aussi la destruction de nos territoires et lieux de vie.

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J.C. 21.11.2012

Décidément, l’interdiction de la fracturation hydraulique en France, et la pénurie d’eau aux USA, stimulent tous les « Géotrouvetout » d’ici et d’ailleurs ! Et ils focalisent sur l’aspect « hydraulique », sans doute pour nous faire oublier que l’aspect « fracturation » est dangereux en lui-même. Car même en débordant d’imagination, on ne voit pas du tout comment on pourrait extraire le gaz sans détruire la roche, physiquement ou chimiquement. Et cette destruction présente des risques sismiques et de pollution (ne serait-ce que par migration des gaz le long des failles présentes naturellement), quel que soit le procédé de fragmentation de la roche. Alors on nous amuse en prétendant minimiser les impacts sur l’eau.

Les requins nettoient en eau trouble

Il y a les requins du traitement de l’eau, toujours à l’affut, et qui nous proposent de retraiter l’eau que les foreurs auront polluée pour, selon Veolia, « créer une source durable d’eau et d’énergie pour les générations futures ». Rien que ça ! En réalité il s’agit de faire transiter la fraction des eaux de fracturation pompée en surface au travers d’une batterie de toutes les technologies actuelles de traitement (ultrafiltration sur céramique, échange d’ion, osmose inverse) ; On espère ainsi enlever un maximum des polluants qu’on y aura introduit. La publicité du procédé OPUS ® II[1] ne parle pas des éléments volatils ou radioactifs, mais Veolia se propose de venir sur votre champ gazier pour faire des essais, et ils vous rajouteront sans problème quelques traitements supplémentaires du genre tour de lavage acide/base ou colonne d’adsorption pour compléter la panoplie… Pour « créer » quoi ? Un effluent industriel, de toute façon de moins bonne qualité que l’eau prélevée à l’origine, et en quantité bien moindre puisque près de la moitié de l’eau injectée reste dans le sous-sol. Et puis surtout des boues de traitement concentrant tous les polluants extraits, et dont on ne saura que faire. Elles vont être gâtées « les générations futures » !

Les chimistes et la chimère de l’hélium

Il y a aussi les chimistes qui disent « remplaçons l’eau par autre chose ». Par exemple un gaz liquéfié ! Le canadien Gasfrac expérimente une technique de fracturation au gel de propane : et pourquoi pas du gaz de schiste liquéfié pour extraire le gaz de schiste ? On pourrait fonctionner en circuit fermé sans rien produire! La solution la plus avancée serait celle de l’américain Chimera Energy Corporation (ça ne s’invente pas comme nom) qui a inventé la fracturation pneumatique : Le procédé consisterait à injecter de l’hélium liquéfié dans la roche cible ; grâce à la chaleur du sous- sol celui-ci repasserait en phase gazeuse en augmentant son volume de 700 fois et crac boum hue la roche est fracturée. Mais l’hélium terrestre est une ressource non renouvelable (on l’extrait… du gaz naturel !) en voie d’épuisement selon Robert Richardson, Prix Nobel de Physique. Et avant d’injecter ces gaz, on mettra quoi dans les boues de forage ? Et après, pour permettre au gaz de schiste de remonter, on n’aura plus besoin des additifs indispensables quand la fracturation était faite avec de l’eau ?

Alors pourquoi tant de bruit ?

Alors tout ce bruit pourquoi ? Pour permettre au Gouvernement de faire machine arrière, en cédant aux pressions des industriels, sans perdre la face. Et pour tromper les citoyens en essayant de leur faire croire qu’il peut y avoir une exploitation non polluante des gaz de schiste. La machine à décerveler est en marche et selon les bons conseils prodigués  l’été dernier par (des étudiants de) l’Ecole de Guerre Économique (si, ça existe en France !) dans une « étude fictive » intitulée « L’intérêt du gaz de schiste pour la France » : celle-ci explique comment nous imposer les gaz de schiste en nous faisant croire que nous le décidons volontairement. Plus que jamais nous devons rester fermes : la seule solution, c’est la transition énergétique. Il n’y aura pas de solution propre pour les gaz de schiste : «  on ne peut pas récupérer la confiture sans casser la gaufrette[2] ».


[1] OPUS ® II http://www.vwsoilandgas.com/en/
[2] Cécile Duflot, Ministre de l’égalité des territoires et du logement, Metz le 16 novembre 2011

22.11.2012: Lire aussi cette désintox au sujet du miracle de la surabondance pétrolière aux USA.

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Par Fabrice Delaye, Natrium, le 31 octobre 2012 (Repris avec l’accord de l’auteur- Initialement publié par Bilan.ch )

Pour mesurer ce qu’a pu être la puissance industrielle des États-Unis, il faut prendre la route qui quitte Pittsburgh vers le sud en suivant la rivière Ohio. Tous les trois ou quatre kilomètres, une aciérie ou une centrale électrique. Gigantesque. Toutes ne fonctionnent pas, cependant. Les premières sont pour la plupart à l’abandon quand elles n’ont pas été démontées, et les secondes, quand elles tournent au charbon, sont à l’arrêt. «Celles qui fument, ce sont les centrales à gaz», explique Daniel Donovan, porte-parole du géant de la production électrique et du gaz naturel Dominion. «Parce qu’ici, aujourd’hui, le gaz naturel est moins cher que la houille.»
Loin d’être une bénédiction comme on pourrait le croire, cette situation est la porte d’entrée vers l’envers du décor du miracle des gaz de schiste. Car l’abondance des gaz de schiste sert de tremplin aux politiciens comme à Wall Street pour affirmer que des prix de l’énergie parmi les moins élevés de la planète sont le prélude de la renaissance industrielle de l’Amérique. Mais pour le moment ce n’est qu’une promesse. Et elle repose sur des mythes.

 Après la ruée vers l’or, déjà les villes fantômes

Le boom spectaculaire des gaz de schiste a commencé il y a environ six ans grâce à la combinaison de deux nouvelles technologies. La fracturation hydraulique, ou fracking, a permis d’abord d’amener de la pression pour extraire des couches de schiste le gaz naturel qui y est prisonnier mais qui ne remonte pas tout seul, comme dans les gisements classiques. Les forages multidirectionnels et horizontaux ont augmenté les rendements extraits de ces couches géologiques étendues mais souvent minces. Bien sûr, pour extraire les gaz de schiste, il faut beaucoup d’eau et des produits chimiques, ce qui a fait bondir les écologistes qui redoutent la pollution des nappes phréatiques. La scène du robinet qui verse du feu à la place de l’eau dans le film Gasland a ainsi capturé les imaginations.
Toutefois, cette scène dit aussi autre chose que la pollution: la profusion. A l’autre bout de la Pennsylvanie, dans la région rurale qui borde l’État de New York, les fermiers n’ont pas résisté aux 12,5% de royalties garanties par les compagnies exploitantes comme Chesapeake. Du coup, phénomène traditionnel de l’économie américaine, on a assisté à une ruée vers l’or des gaz de schiste. Mais ce boom est suivi maintenant par un «bust», un effondrement. Dans cette région, un millier de forages sont à l’arrêt.
Le phénomène est plus général. Après un investissement dans les forages de 126 milliards de dollars par les 50 premières compagnies du secteur pétrole et gaz des États-Unis au cours des six dernières années, le fracking est en crise. En témoignent les derniers résultats trimestriels des principaux fournisseurs: Halliburton, Baker Hughes et Schlumberger. «Nous perdons notre chemise», a même commenté récemment Rex Tillerson, le CEO d’Exxon Mobil, qui a payé 41 milliards de dollars en 2010 pour le spécialiste des gaz de schiste XTO. Le fameux magnat texan du pétrole T. Boone Pickens s’est, lui, exclamé en plein conseil d’administration cet été: «Il faut arrêter de forer!», selon le New York Times.
«Deux phénomènes se sont rejoints, explique Daniel Donovan. D’une part, les températures douces de l’hiver dernier ont diminué la demande, d’autre part le forage multidirectionnel a abouti à une production plus importante que prévue.» Du coup, les prix se sont effondrés de 60% depuis 2008 pour naviguer entre 2 et 3,5 dollars le million de BTU (British Thermal Unit, l’unité du gaz naturel aux États-Unis). Et comme tout va très vite en Amérique, on évoque maintenant des villes fantômes dans ce qui était il y a encore six mois l’eldorado des gaz de schiste.

À la source de la réindustrialisation

Pourtant, l’histoire ne s’arrête de loin pas là. Non seulement les consommateurs de gaz américains bénéficient de tarifs particulièrement bas, mais le gaz naturel étant un hydrocarbure, c’est une ressource précieuse pour toutes sortes d’usages qui vont bien au-delà du chauffage. C’est pour cela que la ruée des gaz de schiste s’est maintenant déplacée au cœur des Appalaches, à la frontière sud de la Pennsylvanie, de l’Ohio et de la Virginie occidentale. A Natrium, très précisément.
Dans cette localité, qui doit son nom à la désignation du sodium dans la table périodique des éléments, Dominion vient de dépenser un demi-milliard en dix mois pour construire ce qui sera à la fin de l’année la plus grande raffinerie de gaz de schiste des États-Unis. Et, ce qu’ici tous espèrent, l’amorce d’une reconquête industrielle.
Casque sur la tête, Tommey Gump, le superintendant des opérations de liquéfaction du gaz chez Dominion, explique pourquoi il est nécessaire de raffiner les gaz de schiste qui pullulent dans cette région minière. Le gigantesque gisement de gaz de schiste Marcellus, qui s’est formé au dévonien, court entre 1000 et 2000 mètres de profondeur sous les Appalaches depuis la Virginie occidentale et l’Ohio au sud jusqu’au milieu de l’Etat de New York au nord, après avoir traversé la Pennsylvanie. Dessous et plus à l’ouest, cette formation, dont les réserves sont estimées à 3 trillions de mètres cubes de gaz, en recouvre une autre baptisée Utica, qui en contient un autre trillion. Ce n’est donc pas loin du tiers des réserves de gaz de schiste des États-Unis (13,6 trillions de mètres cubes) que l’on trouve dans cette immense région.
Mais il y a une différence essentielle entre le gaz qu’on extrait au nord et celui qui commence à être exploité au sud de la formation Marcellus. Le premier est dit «dry» tandis que le second est qualifié de «et». Cela signifie que les premiers gisements contenaient surtout du méthane, dont l’usage est d’abord destiné au chauffage domestique. Pas vraiment de quoi lancer une renaissance industrielle. Par contre, dans la région de Natrium, les gaz de schiste ont un contenu élevé en hydrocarbures lourds. A partir de cette ressource, la raffinerie de Natrium va produire différents gaz tels que butane, isobutane, propane et éthane qui, eux, sont destinés à des usages industriels.
Des différentes tours de craquage de chacun de ces gaz que désigne Tommey Gump, c’est celle qui doit produire l’éthane qui retient le plus l’attention. Ce gaz liquéfié est, en effet, le précurseur de l’éthylène, lui-même source de nombreux plastiques. On y est! Cette «renaissance industrielle» que vendent aujourd’hui tant Wall Street que les candidats à la présidence est chimique. L’énergie bon marché n’est pas le sujet. Ce n’est pas parce que le gaz naturel est cinq ou six fois moins cher à New York qu’à Genève que l’industrie quitterait les pays à bas coûts pour revenir aux États-Unis. Certes, l’équation est plaisante et, au cœur de ce «rust belt» qui recouvre les fameux Etats indécis que sont précisément la Pennsylvanie et surtout le déterminant Ohio, tant Barack Obama que Mitt Romney tapent sur ce clou. Mais en matière industrielle, les décisions d’implantation répondent à des critères un peu plus subtils que la facture de gaz.

Le mythe de la compétitivité énergétique

A Chicago, Harry Moser est un militant de la relocalisation manufacturière aux Etats-Unis. Cet ancien directeur de l’entreprise genevoise AgieCharmilles aux États-Unis est même l’initiateur de la Reshoring Initiative, qui veut «ramener l’industrie à la maison». Pourtant, il n’achète pas la fable de la compétitivité énergétique des gaz de schiste. «Les coûts énergétiques ne représentent pas plus de 2% des coûts totaux dans la production manufacturière, lâche-t-il. Passer de 2 à 1% n’est pas suffisant pour motiver une relocalisation.» Mais le patron du groupe chimique belge Solvay n’expliquait-il pourtant pas, il y a peu, au quotidien Les Echos que s’il produisait aux États-Unis sa facture de gaz ne serait que de 200 millions d’euros au lieu de 500 en Europe? «C’est parce que Solvay est un groupe chimique»,  répond Harry Moser. «Non seulement c’est une industrie plus intensive en énergie mais surtout, elle utilise les hydrocarbures en tant que matières premières pour produire des plastiques.»
De fait, les exemples qui sont généralement avancés pour affirmer que les gaz de schiste vont faire revenir l’industrie aux États-Unis sont essentiellement chimiques. Le principal est celui de la construction par Dow Chemical, à Freeport au Texas, d’une usine d’éthylène de 1,7 milliard de dollars (soit 0,01% de la production industrielle des Etats-Unis, qui représente 12% du PIB). Encore une goutte d’eau pour affirmer une renaissance industrielle.
Pour autant, Harry Moser identifie d’autres facteurs qui sont effectivement de nature à ramener des emplois industriels aux États-Unis. Le principal c’est qu’entre une croissance débridée d’un côté et une grande récession de l’autre les différences salariales entre la Chine et les États-Unis se sont atténuées ces dernières années. «Depuis huit ans, les salaires chinois augmentent de 15% par an et la devise s’apprécie de 6%. Cela signifie que les salaires chinois représentent maintenant entre 15 et 20% de ceux des Américains. Toutefois, ces derniers ont une productivité trois fois plus élevée, si bien que lorsque vous mettez dans la balance les coûts liés au transport, la logistique, etc., la différence n’est plus si grande.»
Certes, mais la productivité chinoise peut augmenter. Et Harry Moser considère lui-même que les industries très intensives en main-d’œuvre, comme le textile ou l’assemblage électronique, ne reviendront pas. A cela s’ajoute une autre difficulté: le manque de techniciens et d’ouvriers qualifiés. On ne perd pas pendant des décennies des emplois industriels sans les savoir-faire qui vont avec. Or le système éducatif américain pêche au plan de l’apprentissage.

Les chimères de la machine à créer des jobs

Cette question de la qualification nous ramène à Natrium, au gaz de schiste et à la promesse de Mitt Romney de ramener des millions de jobs manufacturiers et à celle, plus raisonnable, de Barack Obama de voir le gaz créer 600 000 emplois d’ici à 2020 après en avoir généré 60  000 depuis cinq ans.
Devant un réservoir géant de propane, Timothy Greenier, le chef du chantier de Natrium, explique que lire la suite ici.

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Communiqué de presse, Mercredi 7 Novembre, Bruxelles – Corporate Europe Observatory
Selon un nouveau rapport de Corporate Europe Observatory [1], les compagnies pétrolières et gazières américaines et européennes ont lancé une campagne acharnée pour empêcher toute régulation européenne concernant le développement de l’industrie du gaz de schiste de voir le jour. Avant la fin Novembre, les eurodéputés donneront leur accord ou pas pour introduire de nouvelles réglementations européennes dans ce domaine.
Cette bataille féroce comprends un lobbying intensif du Parlement européen et de la Commission, des rapports d’expertise financés par l’industrie, des publicités et des sites internet, conçus afin de prouver que les gaz de schiste ne constituent pas une menace pour l’environnement ou pour la santé publique et de promouvoir l’illusion d’une nouvelle source de carburant écologique.
Cependant ce rapport montre que le développement des gaz de schiste menace le développement des énergies renouvelables – et risque d’enfermer l’Union européenne dans un avenir de combustibles fossiles.
L’auteur du rapport, Laura Weis, affirme que:
« Les grands acteurs de l’industrie pétrolière et gazière tentent de façonner les gaz de schiste comme une source de carburant respectueux de l’environnement, et ont attiré les eurodéputés avec des repas et autres cocktails pour les convaincre de ses avantages. Ils ont déjà investi des millions d’euros dans des opérations de lobbying à Bruxelles pour tenter d’induire en erreur les décideurs publiques et lutter contre toute forme de réglementation nécessaire à la protection de l’environnement et de la santé publique. « 
 
Le rapport montre que les compagnies pétrolières dont ExxonMobil, Chevron, Statoil, Total et PGNiG Pologne travaillent avec des entreprises de relations publiques pour organiser des événements au sein du Parlement pour plaider en faveur des gaz de schiste. Ils ont été soutenus par les eurodéputés polonais et le gouvernement polonais, qui a utilisé la présidence de l’UE en 2011 dans le but de promouvoir leur programme sur les gaz de schiste.
 
Lors de ces événements les préoccupations environnementales et sanitaires liées au développement des gaz de schiste ont été totalement ignorées.
 
Des projets d’extraction (ou fracturation hydraulique) de gaz de schiste sont déjà en cours dans plusieurs pays de l’UE. Les premiers puits ont été forés en Pologne en 2009, mais des moratoires sur la fracturation hydraulique ont été adoptés dans un certain nombre d’autres états membres, dont la France et la Bulgarie. La commission environnement du Parlement européen et la DG Environnement de la Commission européenne recommandent une législation plus stricte – tandis que la DG Énergie affirme que cela n’est pas nécessaire.
 
La Commission européenne est à l’heure actuelle en train d’évaluer la nécessité d’une régulation et devrait faire une proposition courant 2013.

Notes:
[1] Foot on the gas, lobbyists push for unregulated shale gas, Corporate
Europe Observatory, November 2012. Télécharger le rapport (en anglais)

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5 novembre que dit le rapport Gallois sur les gaz de schiste                      5 novembre que dit le gouvernement
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d’après une publication du mardi 30 octobre 2012 sur le site du collectif stop au gaz de schiste 07

Nous avons gagné une nouvelle “bataille”…

Depuis deux mois les collectifs du Gard et de l’Ardèche sont fortement mobilisés :

  • Plusieurs réunions publiques devant de très nombreuses assistances dans les villages du Bassin d’Alès et ailleurs
  • Affichage sur l’ensemble du territoire
  • Participation à la journée nationale anti-fracking de St Christol lès Alès (5000 personnes)
  • Accompagnement des maires en préfecture de Nîmes et Privas
  • Les commissions scientifiques, juridiques, VIA ont travaillé et édité de nombreux documents.

Ce travail a servi de support à trois rencontres ministérielles qui se sont déroulées en Septembre :

  • Participation de membres de collectifs à la Conférence environnementale sur invitation du Gouvernement
  • Rencontre entre des membres de la Commission juridique des collectifs Gard et Ardèche et des membres du Cabinet de la Ministre de l’écologie
  • Rencontre entre les Maires du Gard, les Maires de l’Ardèche, des membres de la Commission Scientifique, deux Députés du Gard et de l’Ardèche et Mme Batho, Ministre de l’Ecologie.

La forte mobilisation des populations Gardoises et Ardéchoises, ainsi que de leurs élus, a largement soutenu et contribué au succès de ces démarches.

C’est cette mobilisation qui a fait que la société Mouvoil, qui devait venir à l’automne, a annoncé reporter ses travaux sismiques sur le Permis Bassin d’Alès. Cette annonce a été faite ce matin par un courriel de M. Combemal, du Bureau des Affaires Environnementales de la Direction des Relations avec les Collectivités Territoriales.

Attention, il ne s’agit bien là que d’un report : Mouvoil a accepté d’attendre les résultats de la Commission d’Expertise nommée par le Ministère de l’Ecologie. Cette commission, une fois nommée, peut rendre ses travaux très rapidement.

Nous devons prendre acte de ce recul et considérer que cela est une victoire au même titre que celle de la loi du 13 juillet 2011 interdisant la facturation hydraulique. Au même titre également que la mobilisation de l’été 2011 qui avait, déjà, fait reculer Mouvoil.

Nous n’avons cependant pas gagné la guerre :
  • Les permis d’Ales sont toujours considérés comme conventionnels, donc toujours explorables (selon l’avis du préfet d’Ardèche à la réunion des Maires de l’Ardèche).
  • Les gaz de schiste apparaissent toujours comme une alternative à la crise dans l’esprit d’une partie importante des décideurs économiques et de nombreux politiques.
  • Les autres permis octroyés en France sont toujours ouverts à l’exploration.

Les collectifs n’ont pas crié au loup pour rien : il y a eu un réel danger de voir les pétroliers venir chez nous cet automne. Sans la détermination de cette rentrée, nous aurions perdu une bataille importante.

Nous devons rester vigilants et prêts à nous mobiliser fortement à nouveau : arriver à la victoire demandera du temps. Ce temps nous devons le gérer intelligemment en nous économisant et en ne perdant pas confiance. Chaque bataille gagnée renforce cette confiance.

Septembre 2012 a été une bataille gagnée contre Mouvoil.

CE QUI EST POSSIBLE ET (IL)LÉGITIME DANS LE SUD DE LA RÉGION RHÔNE-ALPES L’EST ÉGALEMENT DANS LE NORD. POURSUIVONS ENSEMBLE NOTRE COMBAT POUR FAIRE ANNULER LES PERMIS DES MOUSSIERES ET DE GEX.