Archives de la catégorie ‘gaz de schiste’

Depuis le 21 novembre 2013, nos voisins et amis Suisses du Collectif Val-de-Travers publient dans le Courrier du Val-de-Travers Hebdo, une information sur le projet de forage de Noiraigue. Il nous semble tout à fait opportun de faire la chambre d’écho et d’offrir à nos lecteurs la possibilité de lire cette analyse tant elle est pertinente. Après les quatre premiers articles publiés ici le 13 janvier 2014, voici le cinquième épisode.

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5.  Arrêt sur image à 600 mètres de profondeur

Il y a deux jours, notre foreuse virtuelle s’est arrêtée à 600 mètres de profondeur, dans les roches du Toarcien, juste en dessous des calcaires aquifères du Dogger (voir Fig.7 ici). Avant de poursuivre à plus grande profondeur, prenons le temps d’analyser les opérations prévues à ce niveau.

Après la cimentation du tubage le long des roches à peine forées de l’aquifère du Dogger, les promoteurs du forage d’hydrocarbures à Noiraigue ont planifié un test consistant en une mise en pression conséquente du sous-sol, à la base du tubage, dans les roches du Toarcien.

Comme nous l’avons vu précédemment, le processus physique en jeu est celui, bien connu, de la fracturation hydraulique, avec une montée en pression jusqu’à atteindre la limite de fracturation de la roche. Ce test est certes réalisé à petite échelle, mais reste inquiétant de notre point de vue, car il a lieu juste en dessous d’un aquifère sensible!

Un drôle de jeu

Dans leur rapport (RTH), les promoteurs laissent à penser que ce test est indispensable pour confirmer l’intégrité de la cimentation à la base du tubage. Dans les faits cependant, il leur permettra surtout de connaître la pression limite à laquelle les roches de cette couche se fractureront. Vu le contexte, il eut été responsable à ce stade, avant de poursuivre plus profondément, de réaliser des mesures réellement adaptées –abordées dans un prochain article –pour confirmer une cimentation parfaite, et ce sur toute la longueur de cette section de 600 mètres! Par ailleurs, des produits réactifs seront-ils utilisés pour réaliser ce test de pression, et si oui, lesquels? Le RTH reste muet à ce propos…

Leur objectif réel?

Moins avouable, leur objectif serait-il de mesurer la teneur des roches du Toarcien en hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels ou non? Comme révélé dans un article du quotidien Le Courrier daté du 12 juin 2013, le Toarcien est, au même titre que l’Autunien (Permien inférieur), bel et bien considéré comme une roche-cible en matière d’hydrocarbures non-conventionnels, à l’échelle de l’Arc jurassien. Ce test est une occasion rêvée de voir ce que ces roches ont «dans le ventre», avant qu’elles ne disparaissent derrière le tubage prévu pour la section suivante du forage.

De l’eau « gazeuse » à l’odeur d’œuf pourri…

Partons de l’hypothèse que le Toarcien contienne de la matière organique (puisqu’il est paraît-il si prometteur…). Dans ce contexte, il n’est pas exclu que le procédé de fracturation hydraulique que nous venons d’évoquer ne conduise à la libération, non seulement d’hydrocarbures légers, mais aussi d’hydrogène sulfuré, dans les fractures ouvertes par la mise en pression.

L’hydrogène sulfuré (H2S) est un gaz toxique reconnaissable à son odeur caractéristique d’œuf pourri. Il est soluble dans l’eau et absolument indésirable dans les eaux potables. Constituant un risque majeur associé à toute recherche d’hydrocarbures, des quantités non négligeables de ce gaz, mêlées à des hydrocarbures légers, pourraient soudainement se retrouver dans l’aquifère du Dogger. Leur migration verticale semble indéniable, par effet de densité, comme des bulles de gaz carbonique remontant dans une bouteille d’eau gazeuse.

… qui s’immisce sans crier gare

Comme développé dans notre article sur la géologie régionale (« Les dangers du gaz de schiste dans le Jura: La région de Noiraigue, une géologie complexe… »), les calcaires du Dogger sont karstifiés et parcourus de fractures. Compte tenu également de la présence avérée de failles cossues s’enracinant en profondeur, telle celle traversant le village de Noiraigue, la modification des pressions dans les couches du Toarcien, même localement, pourrait bien vite compliquer la donne. Ces éléments font-ils partie des risques «négligeables» avancés par les promoteurs?

Contraintes naturelles et sismicité induite

Les forces tectoniques colossales en jeu entre les plaques africaine et européenne ont créé les reliefs alpins et jurassiens. Du fait que ces deux plaques sont toujours en compression à grande échelle, notre sous-sol est encore soumis à des forces. Étant de ce fait en tension, notre sous-sol contient une énergie non négligeable, à l’image du ressort d’un petit diable prêt à sortir de sa boite. Par ce premier test de fracturation hydraulique prévu dans le Toarcien, cette énergie pourrait se voir libérée, sous la forme de tremblements de terre. Les séismes induits seront-ils tous d’une magnitude inférieure à 2.5, limite approximative au-dessous de laquelle ils ne sont pas généralement pas ressentis en surface? Ou certains seront-ils d’une magnitude supérieure?

Sans connaître localement l’état des contraintes à 600 mètres de profondeur, et à plus forte raison encore lorsque le même procédé de fracturation hydraulique sera opéré à 2300 mètres de profondeur, il est bien difficile de prévoir l’ampleur de la sismicité induite par ce procédé… et les conséquences à court ou plus long terme sur les captages d’eau potable.

Notre analyse de ce qui attend notre sous-sol se poursuivra dans deux jours. Ne baissons pas la garde, car le projet de loi de moratoire sur tout forage d’hydrocarbures à l’échelle du territoire neuchâtelois n’est pas encore voté!

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Les dangers du gaz de schiste dans le Jura [ 1][ 2][ 3][ 4] [ 5][ 6][ 7][ 8][ 9] [10]

(!) Info minute – Revue de Presse

roulette russeDepuis le 21 novembre 2013, nos voisins et amis Suisses du Collectif Val-de-Travers publient dans le Courrier du Val-de-Travers Hebdo, une information sur le projet de forage de Noiraigue. Il nous semble tout à fait opportun de faire la chambre d’écho et d’offrir à nos lecteurs la possibilité de lire cette analyse tant elle est pertinente. Après les trois premiers articles publiés ici le 13 janvier 2014, voici le quatrième épisode.

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4. Forer à Noiraigue, c’est jouer à la roulette russe !

Nous avons posé le cadre ces deux dernières semaines, en présentant la géologie de la région et les écoulements souterrains complexes qui s’y déroulent. Tentons à présent de décrypter certaines étapes techniques particulièrement sensibles de ce forage profond à but d’hydrocarbures, tel qu’il est projeté. Nous nous référons pour ce faire à des éléments à disposition de chacun, à savoir les panneaux de l’exposition publique présentée par les promoteurs en août et le Rapport Technique Hydrogéologique (RTH), disponible sur leur site internet.

Les éléments apportés dans cet article et ceux développés la semaine prochaine visent à démontrer qu’il est absolument inadmissible de procéder à un forage profond, ne serait-ce qu’exploratoire, dans le bassin d’alimentation des captages des Gorges de l’Areuse.

Quid des risques?

Les promoteurs se gardent bien de nier l’existence de risques autour de ce forage. Au niveau de la méthode de forage planifiée, et uniquement de ce point de vue, ils considèrent les risques comme « acceptables ». Au niveau des impacts sur les eaux souterraines, les risques sont qualifiés de « négligeables ».

Ils se basent sur trois études complémentaires qui, malgré l’enjeu considérable de ce projet pour tous les citoyens neuchâtelois, n’ont pas été rendues publiques!

Un chantier plus grand qu’un terrain de football

Les opérations commencent par la préparation d’une surface de 120 x 75 m. La terre végétale est enlevée et le sol drapé d’une membrane textile. Une épaisseur de 30 à 50 cm de calcaire concassé, représentant une masse d’environ 5400 tonnes, y est ajoutée. Cela constitue une surcharge locale conséquente.

En cas d’inondation?

Même dans des conditions favorables, toute opération de forage profond est déjà délicate et sujette à des imprévus, incidents, voire à des accidents. Le projet de forage dénommé « Le Cygne Blanc 1 » (LCB1) est quant à lui planifié à quelques encablures de l’Areuse, sur des sédiments lacustres et alluvionnaires abritant une nappe phréatique. Le sol, étant formé de sédiments non consolidés, a une portance qui laisse parfois à désirer. Les Vallonniers le savent bien: c’est la raison pour laquelle certaines maisons ont tendance à pencher méchamment, notamment à Travers et à Noiraigue.

Mais ce n’est pas tout: à cela s’ajoute la possibilité d’une crue de l’Areuse, entraînant son débordement et bien sûr, une montée des eaux de la nappe. D’ailleurs, au niveau du danger d’inondation, le lieu du forage se trouve en zone de « danger résiduel » sur la carte neuchâteloise des dangers naturels. Une fois la foreuse en action, que se passerait-il en cas de crue extrême de l’Areuse, et donc d’inondation majeure?

La combinaison entre un sol à faible portance d’une part, la proximité de l’Areuse et d’une nappe superficielle à la merci d’une inondation imprévisible, de l’autre… bonjour les dégâts ! Et même si une digue était prévue, encore faudrait-il pouvoir la rendre étanche sur le pourtour du chantier, pour qu’elle soit efficace. Beau défi.

Déroulement du forage

Val Travers Fig7Le premier objectif est d’atteindre le rocher, situé à une centaine de mètres de profondeur. Vu la présence des sédiments non consolidés, un tube conducteur en acier d’un diamètre d’environ 50 cm doit d’abord être enfoncé.

Arrivé au rocher, une puissante foreuse entre alors en action. A l’aide de « boues de forage » constituées d’eau, d’argiles et d’additifs chimiques, une première section est forée jusqu’à environ 600 m de profondeur, pour atteindre le Toarcien (voir Fig.7 plus haut).

D’après le rapport de synthèse (RTH), les couches karstiques du Malm sont supposées absentes à l’endroit précis du forage. Ceci explique pourquoi les premiers rochers calcaires rencontrés par l’outil de forage seraient ceux du Dogger, abritant également un aquifère sensible. Durant le forage de cette zone, si des cavités karstiques sont rencontrées conduits, grottes, gouffres, etc.), des pertes importantes de « boues » se produiraient, par écoulement dans ces espaces, à l’image d’une hémorragie interne. Il s’agit là d’un risque majeur et malheureusement non prévisible.

La cimentation, une épée de Damoclès

Une fois le Toarcien atteint, les foreurs ressortent les tiges portant l’outil « grignotant » la roche et mettent en place un tube en acier dans le trou. Ils procèdent ensuite à une cimentation destinée à assurer l’étanchéité du puits le long de l’aquifère du Dogger. Un ciment relativement liquide est injecté au fond du forage, de sorte qu’il remonte dans un espace de quelques centimètres, entre le rocher et la paroi extérieure du tube en acier. Au même titre

que durant le forage avec des pertes de boues potentielles dans le karst, du ciment peut également s’échapper durant la remontée. Si c’était le cas, la cimentation serait alors incomplète et une parfaite étanchéité ne serait pas garantie. De tels défauts de cimentation n’étant pas rares, il s’agit d’une phase cruciale et critique de ce forage exploratoire.

Un test ambigu

Si tant est que ces délicates opérations réussissent, les promoteurs envisagent alors de réaliser un essai de pression censé confirmer la bonne qualité de la cimentation. Par ailleurs, ce test mesurerait la pression requise pour fracturer la roche, en faisant recours à un procédé de fracturation hydraulique. Alors même que le ciment se sera à peine consolidé, cette pratique serait à nos yeux pour le moins osée dans le contexte donné !

Au plaisir de vous retrouver dans deux jours pour la suite de ce périlleux voyage dans le sous-sol de notre belle région !

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Depuis le 21 novembre 2013, nos voisins et amis Suisses du Collectif Val-de-Travers publient dans le Courrier du Val-de-Travers Hebdo, une information sur le projet de forage de Noiraigue. Il nous semble tout à fait opportun de faire la chambre d’écho et d’offrir à nos lecteurs la possibilité de lire cette analyse tant elle est pertinente. Après les deux premiers articles publiés ici le 13 janvier 2014, voici le troisième épisode.

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3. Éléments d’hydrogéologie de la région de Noiraigue-Gorges de l’Areuse

Après avoir décrit la complexité géologique et structurale de la région de Noiraigue, nous voyons aujourd’hui comment les eaux cheminent dans l’édifice rocheux, afin de mieux appréhender les risques d’un forage exploratoire d’hydrocarbures sur les eaux potables captées.

Porosité et perméabilité sont deux notions importantes en hydrogéologie.

La porosité se définit par la proportion des vides de petite taille occupés par de l’eau au sein du milieu rocheux, par rapport au volume total. La perméabilité est le reflet de l’interconnexion de ces vides ; c’est l’aptitude du milieu à se laisser traverser par de l’eau. Une couche du sous-sol est dite aquitard lorsqu’elle est relativement imperméable.

De telles couches sont présentes au pied des falaises du Creux du Van : il s’agit des marnes argoviennes de la base du Malm. Après infiltration dans les calcaires massifs, fracturés et karstifiés du Malm, l’eau de pluie atteint, puis ruisselle sur cette couche marneuse et permet aux promeneurs de se désaltérer d’un breuvage local, à la Fontaine Froide.

A contrario, une couche est dite aquifère si l’eau qu’elle contient peut cheminer, circuler en son sein. Plus grande est la perméabilité de cette roche, plus facilement l’eau peut s’y écouler.

Quels sont les aquifères reconnus dans la région ?

Tout d’abord, une nappe phréatique superficielle s’écoule dans les sédiments lacustres «récents » tapissant le fond du Vallon. En interaction directe avec l’Areuse, le niveau de cette nappe fluctue au fil du temps. A certains moments, la nappe se déverse dans l’Areuse pour l’alimenter, à d’autres, l’Areuse recharge la nappe.

Quand le niveau de la nappe monte au-dessus de la surface du sol, de l’eau apparaît dans les champs, et les inonde. Vu son cheminement, l’Areuse, accompagnée plus ou moins fidèlement de la demoiselle la nappe, sont par endroits en contact potentiel avec les autres aquifères importants de la région, reconnus dans les roches calcaires du Malmet du Dogger (voir fig.2 article précédent).

Les roches calcaires sont par ailleurs rongées, dissoutes par les eaux de pluie. Ce phénomène s’appelle l’érosion karstique (fig.5). Ce processus d’érosion provoque également l’élargissement des fractures du massif. Ainsi, des chemins d’écoulements préférentiels et rapides se développent, comme des conduits karstiques.

  Val Travers Fig5

Un aquifère est peu vulnérable lorsqu’il se développe entre deux aquitards dans des couches peu déformées et non fracturées. Par contre, lorsque la pile de roches est plissée, déformée et faillée, comme dans la région de Noiraigue, et qu’elle renferme plusieurs aquifères, de surcroît karstifiés, cela se corse, et ce, d’autant plus s’ils peuvent en partie communiquer entre eux. Compte tenu de circulations lentes et profondes se mélangeant aux eaux d’infiltration, la grande valeur des eaux captées dans les Gorges réside dans le fait qu’elles séjournent pour certaines plus de 10 ans dans le sous-sol, avant d’être captées. Elles s’épurent en quelque sorte naturellement, contrairement aux eaux d’aquifères purement karstiques.

Dès 1886, de l’eau potable de qualité provenant de ces aquifères est exploitée par des sources et des captages, pour certains fort ingénieux (fig.6). Ces aquifères sont à la base de l’alimentation en eau potable des Villes de La Chaux-de-Fonds, de Neuchâtel et de nombreuses communes du canton.

Val Travers Fig6Le prochain article abordera la question des risques liés à la réalisation d’un forage profond à but d’hydrocarbures.

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Depuis le 21 novembre 2013, nos voisins et amis Suisses du Collectif Val-de-Travers publient dans le Courrier du Val-de-Travers Hebdo, une information sur le projet de forage de Noiraigue. Il nous semble tout à fait opportun de faire la chambre d’écho et d’offrir à nos lecteurs la possibilité de lire cette analyse tant elle est pertinente. Après le premier article publié ici le 13 janvier 2014, voici le deuxième épisode.

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2. La région de Noiraigue, une géologie complexe…

Pour mieux comprendre les risques liés à l’implantation d’un forage sur les ressources en eau du Canton, nous vous proposons, cette semaine, quelques éléments significatifs de géologie permettant de caractériser notre sous-sol.

Il y a environ 250 millions d’années, une mer était présente dans nos contrées.

Au fil du temps et sur un socle cristallin, témoin d’une très ancienne chaîne de montagnes complètement érodée, plus de 2000 m d’épaisseur de sédiments se sont accumulés : tantôt, la mer était profonde et des marnes s’accumulaient, tantôt moins et des calcaires se déposaient. A certaines époques, des quantités importantes de matière organique se sont faites prendre au piège dans les sédiments. Après maturation, ce sont elles qui sont traquées depuis le début de l’ère industrielle, sous forme de gaz et de pétrole.

Il y a 100 millions d’années, la plaque africaine est venue petit à petit emboutir la vieille Europe, s’y télescoper. Lorsque deux plaques entrent en collision, des montagnes prennent naissance. Le raccourcissement horizontal conduit à la création de reliefs.

La jeune chaîne alpine a commencé à sortir son nez de la mer il y a env. 40 millions d’années, et donc à se le faire éroder comme en témoigne la molasse du plateau suisse.

Val Travers Fig1 et 2

Les forces tectoniques alpines persistantes se propageant dans la pile de roches sises sous la molasse du plateau, la chaîne plissée et faillée du Jura voit le jour à partir d’il y a env. 12 mio d’années (fig.1 et 2), avec ses fameux anticlinaux, plis «bombés» vers le haut et synclinaux, plis «en creux».

 Par la présence des dépôts évaporitiques importants du Trias (dolomie, gypse et sel), en quelque sorte une «couche-savon», les chevauchements jurassiens ont pu s’initier et se développer. Vu les variations latérales des dépôts sédimentaires, influençant le développement des chevauchements, ceux-ci ont été accompagnés de failles décrochantes (fig.3), sorte de coups de sabre délimitant les plis se relayant latéralement au sein de la chaîne. Très souvent verticales, ces failles ont la particularité de décaler les deux compartiments qu’elles séparent. Elles sont comme des déchirures de la pile de roches, par ailleurs plissée. Leur extension en profondeur est en relation directe avec les chevauchements qui sont à l’origine des plis observés en surface, de part et d’autre de ces failles.

Val Travers Fig3

En y regardant de plus près (fig.4), la région située entre Travers et le décrochement de la Tourne semble être une zone-relais particulière au sein de la chaîne du Jura.

Localement, la déformation y est importante, les chevauchements et décrochements associés sont nombreux. La zone du Creux-du-Van est une sorte de poinçon, délimitée à l’ouest et à l’est par deux failles décrochantes. Au nord, dans son prolongement, une faille décrochante passe au niveau du village de Noiraigue.

Elle délimite deux chevauchements, à vergence opposée pour les initiés. Du point de vue de la déformation intrinsèque des roches et de leur agencement, la zone est particulièrement complexe. La semaine prochaine, nous verrons comment s’opèrent les circulations des eaux souterraines dans un tel milieu. La combinaison entre géologie et hydrogéologie nous permettra de comprendre la vulnérabilité de notre château d’eau face à un forage profond.

Val Travers Fig4

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Depuis le 21 novembre 2013, nos voisins et amis Suisses du Collectif Val-de-Travers publient dans le Courrier du Val-de-Travers Hebdo, une information sur le projet de forage de Noiraigue. Il nous semble tout à fait opportun de faire la chambre d’écho et d’offrir à nos lecteurs la possibilité de lire cette analyse tant elle est pertinente. Le Val-de-Travers est dans l’État de Neuchâtel mais c’est aussi une géologie semblable à celles des massifs du Jura et Pré-Alpins. Et puis ce qui menace cette jolie région c’est un permis de recherche d’hydrocarbure délivré à la compagnie Celtique Energie. Celtique ça ne vous dit rien en France? Allons un petit effort, cette société est également titulaire des permis de recherche dans nos montagnes. Le Permis des Moussières et le Permis de Pontarlier. C’est également pour cette raison que nous nous entendons bien avec nos amis suisses qui sont venus à Saint-Claude défiler avec nous lors de la journée mondiale contre la fracturation hydraulique, le global frackdown.

Nous publierons les 6 premiers articles dans les deux semaines qui viennent à raison de trois articles par semaine. Le lundi soir, le  mercredi soir et le vendredi soir, à 20h00.

Voici le premier. Bonne lecture.

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1. Projet de forage gazier à Noiraigue, état des lieux

Le Collectif Val-de-Travers a l’opportunité d’exposer, dans ces colonnes et sur plusieurs semaines, son point de vue sur ce projet. Cette semaine, nous commençons par faire le point sur la situation.

Depuis 2008, Celtique Energie est en pourparlers avec l’État de Neuchâtel sur un projet de forage gazier à Noiraigue. Par décret du Grand Conseil voté en 2010, Celtique Energie a obtenu le principe d’octroi d’une concession d’exploitation d’hydrocarbures en cas de découverte; cet octroi est cependant soumis au respect des prescriptions légales (qui ne sont pas réalisées à ce jour) et à un accord sur les conditions (redevances, durée) qui ne pourront être définies qu’après l’exploration.

La procédure d’attribution de la concession, telle que définie par la Loi sur les mines et les carrières, n’est donc toujours pas entamée. Abritant les principales ressources en eau potable du canton, la région de Noiraigue n’a d’emblée pas paru comme le site idéal pour le projet. Souhaitant démontrer le

contraire, les promoteurs ont fait réaliser des études complémentaires dont les résultats sont actuellement soumis au Conseil d’Etat et à la Commune de Val-de-Travers, lesquels ont mandaté de s experts. Les autorités devraient se positionner au printemps 2014 quant à la suite à donner ou non à ce projet. 

La menace du gaz de schiste dans le Canton s’estompe depuis la session du Grand Conseil du 6 novembre, toutefois, le projet de forage de Celtique Energie, prétendant mettre en évidence un gisement de gaz conventionnel, n’est pas remis en question pour autant. L’exécutif de la Commune de Val-de-Travers (CVDT du 30/05/13) a assuré à la population que «Celtique Energie ne cherche en aucun cas du gaz de schiste et qu’il ne communiquera sur le sujet qu’après avoir pris connaissance des résultats des expertises ».

En juin, les Verts neuchâtelois et le Courrier ont révélé l’existence d’un rapport confidentiel de Celtique Energie à l’attention de ses investisseurs indiquant des ressources probables et importantes de gaz de schiste dans le Jura. Les Communes de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds ont pour leur part communiqué dès le 6 juin leur opposition ferme à ce forage qui menace la principale ressource en eau potable du Canton.

Le Collectif citoyen Val-de-Travers s’est constitué le 2 juillet, a lancé une pétition contre tout forage d’hydrocarbures au Val-de-Travers, a réuni plus de 10’500 signatures et les a remises au Président du Grand Conseil neuchâtelois le 3 septembre, jour de la reprise parlementaire. Les 30-31 août, Celtique Energie a organisé à l’attention de la population une exposition visant à démontrer que son projet est sans danger pour l’environnement et pourrait donner lieu à un développement économique très positif pour la région.

Par cette rubrique hebdomadaire, nous voulons mettre à disposition de la population une information différente et argumentée afin de poser sur ce projet un autre éclairage que celui de ses promoteurs. Chacun y gagnera la possibilité de se forger son opinion personnelle.

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(!) Info minute – Revue de Presse

L’année 2014 démarre en fanfare avec le positionnement de majors dans le gaz de schiste en Angleterre. Le premier ministre conservateur David Cameron a prévenu qu’il leur déroulerait le tapis rouge avec un lot de facilités fiscales. Tout ça pour le bien des sujets de sa majesté évidemment, le Royaume Unis devenant ainsi « le régime le plus généreux au monde pour le gaz de schiste », selon George Osborne, le chancelier de l’Echiquier.

Après le positionnement de GDF-SUEZ qui a investi dans treize permis d’exploration dans l’ouest de la Grande-Bretagne avec le groupe DART Energy spécialisé dans la recherche et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels (qu’il s’agisse de gaz et pétrole de schiste mais aussi de gaz de houille) c’est au tour de TOTAL d’annoncer son intention de rechercher du gaz de schiste au Royaume-Uni. La multinationale qui fut jadis un groupe industriel français a ainsi établi un partenariat avec l’Américain Ecorp (un spécialiste de la fracturation hydraulique au propane) ainsi que Dart Energy, Igas (la compagnie qui doit « débloquer le potentiel énergétique au Royaume-Uni » nous y reviendrons) et Edgdon Resources (qui en France est par exemple co-titulaire du permis de Gex avec ECorp).

Police at Balcombe protestIgas voilà une compagnie qui ne semble pas la bienvenue dans la campagne du Royaume-Uni où, tout comme en France voisine, des permis de recherche d’hydrocarbure sont délivrés au forcing sans consultation préalable des habitants, résidents ou exploitants agricoles. Ainsi après le déclenchement d’un fort mouvement d’opposition citoyenne à Balcombe en 2013, qui a engendré nombreuses arrestations (le juge a indiqué cette semaine que les actions des citoyens étaient légitimes, les citoyens ont été blanchis), c’est au tour d’Igas de provoquer le mécontentement de la population à Barton Moss. Un mouvement pacifique rassemblant toutes les générations bloque au quotidien l’arrivée des camions pour ralentir le démarrage des travaux. Le déploiement des forces de l’ordre y est impressionnant.

Comme en Roumanie, au Royaume-Uni les foreurs avancent derrière les boucliers de la Police. Avec IGas, « débloquer le potentiel énergétique au Royaume-Uni » c’est possible: par le recours à des méthodes coercitives et l’engagement des forces de police sous la bénédiction de Monsieur Cameron.

(!) Info minute – Revue de Presse

par Thomas Porcher et Jacques Thibiéroz (1)

L’Académie des sciences vient de publier un avis sur le gaz de schiste. Qui prend pour argent comptant les promesses américaines et ignore la réalité économique.

academie des sciences gaz de schisteDans un avis publié le 15 novembre, l’Académie des sciences préconise un « effort de recherche national » sur le gaz de schiste et assure que « les conséquences positives pour l’économie qui pourraient résulter, pour la France, d’un développement des gaz et huiles de roche-mère sont trop importantes dans la situation de crise actuelle pour qu’on puisse rejeter a priori, sans examen attentif, cette ressource potentielle ».

Le document aborde la plupart des points les plus inquiétants : la pollution des nappes phréatiques, le manque d’étanchéité des forages, la consommation d’eau, la dispersion dans l’eau et dans l’air du fluide de fracturation à l’aller comme au retour, les nuisances accompagnant les chantiers, la sismicité induite… Pour chaque sujet, des solutions sont avancées qui pourraient répondre à certaines craintes. Toutefois, plusieurs arguments montrent les limites de l’exercice, notamment un certain nombre d’affirmations cristallisant tous les biais cognitifs propres aux pro-gaz de schiste.

Dès l’introduction, les auteurs rappellent que la question du gaz de schiste mérite d’être examinée pour « réduire la facture énergétique » et « stimuler la compétitivité de l’économie ». L’analyse est remplacée par une application trop rapide de l’expérience américaine. Alors qu’ils reconnaissent plus loin dans le texte ne pas bien connaître la « ressource » et par conséquent le coût d’extraction, les auteurs partent du principe que l’exploitation du gaz de schiste ferait baisser les prix du gaz.

Or, il est possible que le coût d’extraction soit en France supérieur au prix du marché, comme semblent l’indiquer les estimations du BNEF (Bloomberg new energy finance) dans le cas du Royaume-Uni (coût d’extraction compris entre 7 et 12 $ par million de BTU avec un prix du marché à 10 $). Dans ce cas, il n’y a pas d’avantage économique à extraire ce gaz.

Il faut également prendre en compte les spécificités du marché du gaz européen. C’est un marché plus rigide qu’aux États-Unis notamment à cause des contrats de long terme (de dix à trente ans) avec les pays fournisseurs. Ces contrats indexent le prix du gaz sur le prix du pétrole. Certes, ils intègrent aujourd’hui une plus grande part du marché spot, de l’ordre de 46%, mais quel serait l’impact sur le prix du gaz si d’un côté le prix du marché spot baisse et de l’autre, le prix du pétrole augmente – comme c’est le cas depuis 2004 ? Personne dans la littérature scientifique n’a encore répondu à cette question.

D’ailleurs, dans les conditions de fonctionnement du marché du gaz européen, un « surcroit d’indépendance sans indépendance totale » n’aurait pas d’impact sur les prix en France, puisque même en supposant que le gaz de schiste soit moins cher que le gaz importé, dans un contexte de demande captive, le prix final du gaz sur le marché s’aligne toujours sur le prix le plus élevé.

Par conséquent, si le prix du gaz ne baisse pas – à cause du coût d’extraction ou des rigidités du marché – il n’y pas d’emplois induits, ni de compétitivité améliorée ou de renaissance de la chimie, et le gaz de schiste perd tout son sens d’un point de vue économique. Or, les auteurs prennent comme postulat les effets bénéfiques du gaz de schiste sur l’économie pour ensuite construire leur argumentation sur la nécessité de développer la recherche.

La principale erreur de l’analyse est d’ailleurs de ne pas considérer l’articulation entre exploitation propre, coût d’extraction et prix. Or, dans des conditions géologiques similaires, plus l’exploitation est faite dans des conditions respectant l’environnement, plus le coût d’extraction augmente et moins le prix du gaz a de chance de baisser.

Autre certitude avancée par l’avis de l’Académie : l’hypothèse de ressources considérables en France en reprenant le chiffre de 5 100 milliards de m3 de gaz – plus de cent années de consommation – annoncé par l’Agence d’Information sur l’Énergie américaine (EIA). Il est étonnant qu’une assemblée qui se veut scientifique se borne à répercuter une valeur aussi approximative, et va même jusqu’à parler de « réserves ». Si les mots ont un sens, ce terme s’applique aux quantités accessibles (volumes, teneurs, taux de récupération) mises en évidence par des travaux miniers.

Mais en France, faute d’exploration, les réserves sont, à ce jour, nulles ; avancer ce chiffre laisse supposer d’entrée de jeu qu’elles sont considérables. De plus, l’appel aux géologues « pour travailler à une évaluation des réserves » est illusoire, car dans les faits, seuls les opérateurs pétroliers ont la capacité financière et technique de déterminer de telles réserves.

Enfin, l’Académie évoque l’intérêt du gaz naturel pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en le substituant au charbon dans les centrales électriques thermiques. Intérêt tout relatif concernant le gaz de schiste qui, lorsque l’on cumule l’énergie dépensée à le produire et les fuites de méthane, atteint l’impact du charbon (Howarth et al., 2011).

D’ailleurs, l’importance du méthane vient d’être réévaluée par le 5ème rapport du GIEC : la part du méthane dans le forçage radiatif de la terre a doublé depuis 2007 et représente le tiers du total de l’action des gaz émis par l’homme. Et cela risque de s’aggraver avec l’essor mondial du gaz de schiste.

Certains diront que nous ne pourrons vérifier ces « certitudes » qu’en effectuant de la recherche et de l’exploration comme le préconise l’Académie des sciences avec la mise en place d’un vaste programme de recherche, indépendant et pluridisciplinaire, sur le gaz de schiste. Se pose alors la question du coût de ces recherches et de leur financeur. Dans le cadre légal actuel, un financement par une compagnie privée parait difficilement envisageable. Sauf si l’exploration a un autre but : influencer l’opinion publique et accélérer les processus de décisions politiques au moyen d’estimations « énormes » de réserves. Reste un financement public.

Mais dans un contexte où l’État annonce un objectif d’économie de 14 milliards d’euros, une question reste en suspens : n’existe-t-il pas en France d’autres secteurs, plus porteurs économiquement que le gaz de schiste ou plus utiles socialement, ayant plus de légitimité à obtenir ces financements ?

Publié le 5/12/2013 par Reporterre (repris ici avec l’accord de Th.Porcher)

Thomas Porcher est professeur à l’ESG-MS et l’auteur du Mirage du gaz de schiste (éd. Max Milo).

Jacques Thibiéroz est géologue et maître de conférences (e.r.) à l’UMR Sisyphe, Université Pierre et Marie Curie.

(!) Info minute – Revue de Presse

COMMUNIQUE DE PRESSE DES COLLECTIFS FRANÇAIS NON AUX PÉTROLE ET GAZ DE SCHISTE ET DE HOUILLE*

Violente répression policière contre les opposants à un forage CHEVRON visant du gaz de schiste à PUNGESTI en Roumanie

Roumanie repression gaz de schisteCe 2 décembre, en pleine nuit, plusieurs centaines de policiers anti-émeute, venus de toute la Roumanie ont envahi le camp de résistance à Pungesti, camp installé sur des terrains privés pour lutter contre un forage de la compagnie Chevron visant du gaz de schiste. Ils ont arrêté ou chassé les occupants, y compris femmes, vieillards et enfants, avec une extrême violence, qui a nécessité des hospitalisations et semé la frayeur dans le camp et le village. Relâchés dans la matinée, les manifestants ont écopé d’amendes. Des charges pénales pèsent sur deux d’entre eux, selon nos dernières informations.

Les routes sont bloquées, la zone est déclarée « zone spéciale d’intervention », interdisant à tout journaliste d’y accéder. Comme les faits se sont passé nuitamment, il a été difficile pour les occupants du camp de filmer afin de rapporter la violence de ces faits (1) et (2).

Pendant ce temps la police fait un travail de désinformation, criminalisant les opposants à ce forage, et permettant l’installation sur place du matériel de forage, sous haute garde.

 Pourquoi un tel déploiement guerrier, qui fait suite à un précédent assaut, le 16 octobre dernier – lequel avait déjà fait plusieurs blessés parmi les habitants du village – et à la décision de Chevron de suspendre ses activités sur le site, sous la pression internationale ? Tout simplement parce que cette multinationale, première responsable des émissions mondiales de gaz à effet serre (3), veut faire quelques bénéfices supplémentaires en forant des puits de gaz de schiste à Pungesti et que les habitants ne l’entendent pas ainsi. De quel droit cette multinationale violente-t-elle ainsi les habitants, avec le soutien du gouvernement d’un pays membre de l’Europe ? N’ont-ils plus le droit de vivre parce qu’ils habitent sur des réserves supposées d’hydrocarbures ? Les quelques futurs bénéfices de Chevron valent-ils plus que les vies de tous les habitants de la région ?

 L’impunité des multinationales est totalement inacceptable et doit être condamnée. Les hommes, les femmes et les enfants de Pungesti ont toute légitimité de ne pas accepter les forages, pour toutes les raisons connues concernant les multiples impacts avérés de l’exploitation du gaz et du pétrole de schiste, alors qu’il est prouvé que cette exploitation n’apporte ni les emplois promis, ni les

Nous demandons à nos élus responsables : eurodéputés, députés, sénateurs, élus des collectivités locales, et à nos diplomates, de se mobiliser fermement contre de tels agissements et d’exiger de l’Union Européenne une intervention diplomatique d’urgence pour faire cesser cette situation

Les Collectifs français « NON aux pétrole et gaz de schiste et de houille »

NON AUX HYDROCARBURES DE SCHISTE ET DE HOUILLE, NON AUX ÉNERGIES EXTRÊMES, NI ICI NI AILLEURS, NI AUJOURD’HUI NI DEMAIN

1) http://www.vrn.ro/chevron-si-jandarmeria-au-pornit-in-toiul-noptii-un-nou-asalt-la-pungesti

2) http://www.youtube.com/watch?v=iP6UG2yqhKc&feature=youtu.be

3) http://www.bastamag.net/article3576.html

* Collectifs citoyens opposés à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures « non conventionnels », à la fracturation du sous-sol, aux forages extrêmes et appelant à une véritable transition énergétique pérenne.