Archives de la catégorie ‘gaz de schiste’

Cette semaine en Rhône-Alpes: Agenda ici                                             (!) Info minute revue de presse
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Madame, Monsieur

Nous apprenons que l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a donné le coup d’envoi à un rapport qui vise à évaluer les alternatives à la fracturation hydraulique pour l’extraction des gaz et huiles de roche-mère, technique qui « est une atteinte considérable à l’environnement » selon le Président de la République lui-même.

Avant d’entamer ce débat, nous vous invitons à vous demander où se situerait l’alternative : dans la « fracturation » ou dans son caractère « hydraulique » ?

Pour extraire des hydrocarbures éparpillés en gouttelettes multiples dans une roche compacte, peu poreuse et peu perméable, il ne saurait y avoir d’alternative à l’augmentation de la perméabilité de cette roche, c’est-à-dire à sa fracturation. On peut appeler cette opération fissuration, stimulation, voire massage (Christophe de Margerie –PDG de TOTAL) ou brumisation (Gérard Mestrallet – PDG de GdF-Suez), il s’agit dans tous les cas de détruire la structure de la roche en la brisant pour permettre au gaz de s’échapper par des fissures que l’on maintiendra ouvertes grâce à des additifs physiques et chimiques ! Donc définitivement pas de « gaz de schiste » ou même de « tight gas » sans fracturation.

Alors l’alternative serait dans « l’hydraulique » ? Prenant cet adjectif au sens strict, c’est-à-dire utilisant de l’eau, on nous propose d’autres fluides, essentiellement des gaz liquéfiés, propanes, hélium, gaz carbonique… Économiser les milliers de mètres cubes d’eau nécessaires à la fracturation d’un puits serait effectivement une bonne chose pour cette ressources déjà très menacée.

Mais les dangers des forages profonds remontant à l’air libre des métaux lourds, des éléments radioactifs, des gaz, des bactéries disparaîtraient-ils par enchantement ? Les risques du méthane migrant au travers des fissures créées et préexistantes et venant contaminer les nappes d’eau seraient-ils réduits ? Et les émissions de ce même méthane dans l’atmosphère diminueraient-elles ? Sans parler des inévitables additifs chimiques qui accompagneraient le nouveau fluide de fracturation et qu’on retrouverait dans les effluents…

Extraire les hydrocarbures non conventionnels sans porter atteinte au milieu naturel est un leurre : « on ne peut pas manger la confiture sans casser la gaufrette qui est autour » (Cécile Duflot). Et ce d’autant plus que ces techniques « alternatives » augmenteraient le coût d’une énergie qui n’est déjà pas rentable aux USA comme l’ont confirmé les PDG d’Exxon Mobil ou de Total.

Ce que nous attendons de vous, ce n’est pas de cautionner telle ou telle technique pour mettre d’avantage d’hydrocarbures sur le marché, mais bien d’engager notre pays dans une véritable transition énergétique, basée sur la sobriété et l’efficacité énergétiques associées au développement des énergies renouvelables. Le climat de notre planète est déjà fortement perturbé par les émissions de gaz à effet de serre et il est urgent de diminuer l’usage de tous les hydrocarbures, qu’ils soient conventionnels, de roche-mère ou de houille.

Parlementaires, élus de nos territoires, c’est à vous que les citoyens demanderont des comptes, y compris devant les tribunaux, s’ils se trouvent confrontés à des forages dont nos collectifs vous démontrent depuis deux ans l’aberration et dont ils ne veulent définitivement pas. Nous vous demandons de prendre vos responsabilités en rejetant les fausses solutions « miracles », dont le résultat serait, outre la destruction de nos cadres de vie, un frein supplémentaire à la transition énergétique actuellement en débat dans le pays.

Cette lettre des collectifs rhônalpins opposés à la recherche et l’exploitation des gaz et pétrole « de schiste »  est en cours d’envoi à l’ensemble des parlementaires (députés et sénateurs) de la Région Rhône-Alpes.

Les collectifs rhonalpins communiquent

pinocchio-Madame la Ministre de l’Ecologie semble considérer, dans le « Tableau de bord de la mise en œuvre de la feuille de route pour la transition écologique« , que le rejet des demandes de permis concernant l’exploration des gaz de schiste et la fracturation hydraulique est un préalable au débat national sur la transition écologique. Nous l’approuvons pleinement.

Mais ou bien Madame la Ministre ne sait pas compter, ou bien elle est mal renseignée par ses services : il y avait 102 demandes en cours dont 46 classées « gaz et/ou huile de roche-mère » par le Conseil Général de l’Economie, de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies et le Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable, dans leurs rapports conjoint (1) de février 2012. Il y a donc eu « rejet de 7 des demandes » et non pas « rejet des 7 demandes » comme indiqué de manière erronée dans ce tableau de bord en page 1 point 5 (2).

Il reste donc 39 demandes à rejeter pour les mêmes raisons, sans parler des permis déjà accordés indument comme celui « des Moussières« . A cet égard le cas des demandes dites « de Blyes » et de « Gex Sud » est emblématique : leur addition recoupe presque exactement le périmètre de la demande « de Lyon –Annecy« , qui fait partie des 7 rejetées. Et pourtant les précédentes resteraient toujours recevables, alors même que la demande « de Blyes » fait explicitement référence aux gaz de schiste ? Prime à la langue de bois des pétitionnaires, copinage ou inconséquence ?

feuille de route transition énergétiqueNous exigeons que le tableau de bord soit corrigé en indiquant la nécessité de rejeter tous les permis d’exploration non conventionnels et donnant un calendrier pour leur rejet, au-delà des 7 permis déjà rejetés. Et c’est cette exigence que nous comptons porter dans tous les débats sur la transition énergétique.

 

1 Rapports 2011/04/CGIET/GE, 2011/26/CGIET/GE, CGEDD 007612-01 et CGEDD 007612-03, Annexe 3 page 140 accessible ici

2 Tableau de bord de la mise en œuvre de la feuille de route pour la transition écologique 

 

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Réponse du Réseau des collectifs citoyens Stop au pétrole et gaz de schiste Rhône-Alpes  à l’article « Gaz de schiste, l’impossibilité de faire de la recherche serait criminelle », 15 janvier  2013.
Vous avez dit « criminelle » ? Mais c’est criminel !

RHODIA SITE DE CHALAMPEAinsi donc M. Clamadieu ose affirmer dans Le Progrès du 15 janvier 2013, que « l’impossibilité de faire de la recherche dans le domaine du gaz de schiste serait criminelle ». Devons-nous en déduire que ceux qui s’opposent à la prospection de ces hydrocarbures sont eux aussi des criminels, qu’il faut traiter comme tels ? Où serait notre crime, à nous qui nous opposons à l’exploration et à l’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels ? Serait-ce un crime de vouloir empêcher le saccage irréversible de l’eau, de l’air, des paysages ? Serait-ce un crime de vouloir préserver la santé de nos concitoyens ? Serait-ce un crime de vouloir arrêter la course aux énergies fossiles pour sauver ce qui peut encore l’être du climat de la terre  et investir dans la recherche d’énergies propres ?

A well is seen at a test drilling site Markowola-1 near Kozienice, central PolandNon, mais notre crime serait d’empêcher les dirigeants du MEDEF, dont M. Clamadieu * préside la Commission du développement durable, de faire durer le développement…de leurs profits. M Clamadieu est Président de Solvay, un géant de l’industrie chimique, dont on comprend bien l’intérêt à voir se développer la fracturation hydraulique, grande consommatrice des polluants qu’il produit. Et quand il nous parle du décalage des coûts de production entre la France et les USA, de quoi parle-t-il ? Du prix du gaz de schiste aux USA qui est inférieur aux coûts de production, ce qui ne saurait durer longtemps sans causer une catastrophe économique ? Ou des conditions de travail précaire et sous-payés des travailleurs américains, qu’il voudrait bien pouvoir appliquer en France ? M. de Margerie, PDG de Total serait-il ainsi une  criminel pour avoir annoncé le « coup de frein » de sa compagnie dans l’investissement pour l’extraction du gaz de schiste aux USA suite à une rentabilité insuffisante * ? Il s’avère que les «nombreux savoir-faire français » dont fait état M. Clamadieu ne sont pas du tout au point !

Le refus de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels n’est pas une position « dogmatique et obscurantiste »*, c’est un choix responsable et assumé pour avancer vers une société plus durable, parce que plus sobre, et qui place le progrès humain avant les profits financiers. Mais sans doute cela aussi est-il criminel ?

Réseau des Collectifs citoyens Rhône-Alpes

Stop au pétrole et gaz de schiste

* Jean-Pierre Clamadieu est par ailleurs ingénieur des mines, administrateur de quelques autres sociétés telles qu’Axa, la SNCF, Faurecia, vice-président du CEFIC, membres du conseil de l’ICCA ainsi que du Siècle.

**  AFP 14/01/13

Voir aussi les intérêts de Solvay dans la gomme de Guar produit utilisé pour le fracking (fracturation hydraulique) seule technique existante pour exploiter les gaz et pétrole de schiste : ici et

 

 

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VENDUS !

recherche-scientifiqueVendus les chercheurs ? Oui, vendus ! Vendus, bradés, abandonnés au plus offrant par des politiciens incapables d’assurer le financement de leurs laboratoires. Et donc priés de s’adresser là où il y a de l’argent, c’est-à-dire auprès des industriels, pour financer une recherche qui n’a plus de publique que le nom.

recherche scientifiqueQue les industriels, qui bénéficient de fait des avancées de la recherche fondamentale, soient sollicités pour y contribuer financièrement, cela n’a rien d’illogique. Mais par l’impôt ! La décision d’attribution de crédits à un sujet donné doit être prise en fonction de l’intérêt général, pas des intérêts financiers de tel ou tel industriel. Sinon, et c’est le cas aujourd’hui, il n’y a bien entendu pas de sujet interdit…mais des sujets non financés, quand ils déplaisent aux bailleurs de fonds.

chercheurAlors il y a les chercheurs qui s’efforcent de résister, refusant les allégeances trop contraignantes, et doivent se réfugier dans une neutralité précaire, s’interdisant les sujets trop polémiques pour ne pas se retrouver sans financement. Et puis il y a les serviles, les vénaux qui courent au-devant des industriels pour leur concocter des instituts sur mesure pour servir leurs intérêts mercantiles. Ceux qui prétendent nous démontrer que ce ne sont pas les émissions de CO2 humaines qui réchauffent la planète, que les centrales nucléaires ne présentent aucun danger ou que l’exploitation des hydrocarbures profonds ou de roche mère nous permettra de retrouver le plein emploi et la croissance.

collusionUn scientifique peut parfaitement travailler pour Total, Schlumberger, Areva ou GDF/Suez…mais qu’il l’assume et ne se présente plus comme chercheur universitaire. Au même titre que ces experts en économie, qui se présentent eux aussi comme universitaires, en omettant de citer les banques dont ils sont conseillers ou même administrateurs. Il ne faut plus laisser les citoyens être abusés par ces soi-disant experts indépendants. Il faut dénoncer les collusions et restaurer une véritable recherche publique sur financement public.

J.C. 15.01.2013

Qui inquiétons-nous ? Les pétroliers bien entendu!

Qui viennent de commander une étude sur le Global Anti Fracking Movement (Mouvement mondial anti fracturation) au consultant Control Risks. Nous sommes donc pour eux un risque? C’est bien ce que nous espérions !

Gaz de schiste acceptation socialeUne bonne étude d’ailleurs, qui constate que « le mouvement anti fracturation n’a pas démarré avec Gasland » et qu’il n’est pas « un mouvement NIMBY[1] camouflé en environnementalisme ». Il analyse bien que « la mobilisation des oppositions populaires a été essentielle » et que « les ONG environnementales ont joué un rôle clé dans la mise en réseau ».

Mais que propose-t-il aux industriels comme réponses ?

  • – « reconnaître la légitimité des griefs locaux », c’est bien !
  • – « recruter les collectivités locales » au prix d’un « lobbying local couteux », tiens, tiens…
  • – « réduire les impacts », il y en avait donc[2] ?
  • – « s’assurer que les bénéfices soient à la fois tangibles et répartis aussi largement et aussi bien que possible » pour les collectivités : « embauches… paiement des taxes » (sic !).

En bref, continuer à nous enfumer avec des discours acceptation socialerassurants sur une « régulation plus sévère », « des études supplémentaires » (tout en reconnaissant notre « scepticisme sur les études financées par les industriels du gaz ou simplement liées à eux »), mais surtout essayer de retourner nos collectivité locales[3] en leur faveur en leur offrant « une meilleure donne ». Nous voilà prévenus, élus et citoyens : soyons vigilants !

Enfin cette étude internationale (merci pour les informations qui nous manquaient sur certains pays), classe la France comme suit :

  • « activisme anti fracturation : SIGNIFICATIF» : « l’activisme social pose des risques politiques considérables »
  • « tendance politique : HOSTILE » : « la politique tend à décourager le développement des gaz non conventionnels »

 

ALORS ON CONTINUE POUR QUE CA RESTE VRAI !

J.C.16.01.2013

 


[1] NIMBY : Not in my back yard (pas dans mon jardin)

[2] Lire à ce sujet l’interview du Dr Anthony Ingraffea au sujet de l’exploitation des gaz de schiste, leur impact et notamment en matière d’occupation de l’espace

[3] On notera que dans le cadre de la révision du code minier français, un lobby se fait particulièrement actif pour promouvoir l’idée de bénéfice partagé avec les communes. On achèterait  le silence ou le soutien local non plus en finançant les maillots des équipes de foot et les piscines municipales mais en légalisant une pratique, en la rendant obligatoire.

Communiqué des collectifs rhonalpins, 15 Janvier 2013

Alors que l’exploitation des gaz de schiste est présentée en France comme une solution à la « crise », les industriels ayant investi aux États-Unis reconnaissent avoir surévalué les bénéfices attendus.

Depuis des mois, les collectifs anti gaz et huiles de schiste disent que l’exploitation des gaz non conventionnels aux USA n’apportera pas un miracle économique mais prépare une catastrophe financière.

PRIX DE REVIENT BIEN SUPÉRIEUR AU PRIX DE VENTE

L’augmentation de production a provoqué aux USA un effondrement du prix du gaz, qui est passé de 8,4 USD/MBtu en 2008 à environ 3 USD/MBtu en avril 2012. Les prix de revient seraient entre 7 et 9 USD/MBtu. Cherchez l’erreur !

Dés 2011, le New York Times a dénoncé une « bulle spéculative » : en annonçant des ressourcesCharles Ponzi considérables, et donc des espoirs de gains en proportion, les pétroliers ont attiré les investisseurs qui ont massivement financé leurs entreprises. Et ces entreprises doivent maintenant continuer à rechercher et à exploiter le gaz de schiste pour conserver la confiance de leurs actionnaires et éviter l’effondrement boursier, même si cette activité est « intrinsèquement non rentable » selon un analyste financier qui conclut que « les investisseurs risquent de perdre leur argent et les consommateurs de payer le prix fort ». La volonté d’expansion mondiale de cette activité qui après les USA et le Canada, touche aujourd’hui l’Europe, l’Afrique et l’Asie apparaît alors comme une gigantesque fuite en avant dont la chute finale sera infiniment plus dramatique que celle des « subprimes« .

Souhaitons-nous vraiment que la France soit le dernier souffle de cette bulle avant qu’elle n’explose ?

LES GAZ DE SCHISTE NE SONT PLUS RENTABLES APRES DIX ANS D’EXPLOITATION AUX ÉTATS-UNIS

M. de Margerie, PDG de Total, annonce aujourd’hui que son groupe « met la pédale douce en matière de gazTOTAL Christophe de Margerie de schiste » à cause d’une rentabilité insuffisante. Au 4ème trimestre 2012, les sociétés pétrolières BHP Billiton (n°1 mondial du secteur minier), BP, Royal Dutch Shell et Encana ont procédés à des dépréciations de leurs actifs en gaz de schiste de plusieurs milliards de dollars. Elles reconnaissent ainsi qu’elles avaient surévalué les bénéfices attendus, ou plutôt sous-évalué les pertes. M. Tillerson, PDG d’ExxonMobil, déclarait en juin 2012 « nous perdons notre chemise sur le gaz naturel aux USA ». Qui sera le premier à tomber ? Peut-être Chesapeake Energy qui cherche 22 milliards de dollars d’ici la fin de l’année 2013 selon l’AGEFI?
Et certains en France voudraient que nous nous engouffrions dans cette gigantesque « pyramide de Ponzi » ! Veulent-ils donc risquer en même temps la qualité de notre environnement et la stabilité, déjà précaire, de notre économie ?
Plus que jamais nous demandons la mise hors d’état de nuire des entreprises pétrolières irresponsables en interdisant tout nouveau forage d’hydrocarbure profond en France et partout ailleurs dans le monde.

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RÉSEAU RHONALPIN DES COLLECTIFS OPPOSES À L’EXPLOITATION DES GAZ ET HUILES DE SCHISTE

Le 8 janvier 2013

Mesdames et Messieurs les Sénateurs et Députés de l’Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie,

Comme vous le savez, nos territoires font l’objet de Permis Exclusifs de Recherche d’Hydrocarbures en vigueur (Moussières et Gex), en cours d’instruction (Blyes et Gex sud) ou de renouvellement (Moussières).

Suite au glissement sémantique qui s’est opéré de la part de sociétés pétrolières et gazières, nous nous permettons de vous alerter sur les enjeux environnementaux liés aux techniques d’extraction envisagées, qui sont très différentes des techniques usuelles.

Nous attirons aussi votre attention sur les risques liés au sous-sol particulier de nos territoires, pour l’essentiel karstique et/ou renfermant des aquifères d’importance stratégique pour les besoins en eau potable des populations.

Avec la certitude que vous saurez prendre la mesure des risques environnementaux disproportionnés par rapport aux bénéfices potentiels que font courir ces recherches d’hydrocarbures, qui n’ont rien de conventionnels au sens usuel du terme, nous vous présentons, Mesdames et Messieurs les Sénateurs et Députés, mes meilleurs vœux pour l’année 2013.

Pièces jointes: Note générale et note par permis

Note générale

Les départements de l’Ain, de la Savoie et de la Haute Savoie sont actuellement concernés par 4 PERH :

  •  les permis « des Moussières » et « de Gex » en cours de validité,
  •  les demandes de permis « de Gex Sud » et « de Blyes » en attente de décision du Ministère.

Tous ces permis ont été déposés entre 2006 et 2010. Que les demandes interviennent au moment du « boom » des gaz de schiste aux USA, alors que les explorations réalisées dans la région entre 1950 et 1990 n’avaient identifié que des gisements « conventionnels » économiquement non viables, n’est pas l’effet du hasard. C’est bien la possibilité de recourir aux technique de « stimulation » pour rentabiliser les traces découvertes qui a motivé les entreprises pétitionnaires. Leurs demandes initiales mentionnent les hydrocarbures de roche-mère comme objectif, principal ou d’appoint, de leurs recherches. Et le rapport conjoint du CGIET et du CGEDD de février 2012 classait les demandes de permis « de Blyes » et « de Gex Sud » dans la catégorie « gaz et/ou huile de roche mère ».

La Loi du 13 juillet 2011 ayant interdit « l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par des forages suivis de fracturation hydraulique de la roche », les titulaires et pétitionnaires de PERH ont simplement gommé de leurs demandes, de façon plus ou moins grossière, les mentions aux gaz et huiles de schiste qui impliquent cette technique.

Mais ils reconnaissent qu’ils sont face à un « challenge » du à « des réservoirs peu poreux et peu perméables » (PERH « de Gex ») et commencent à annoncer le recours possible à des « forages hautement déviés » ou à « des injections d’eau » (PERH « des Moussières »). Autrement dit, des techniques de « stimulation » qui sont loin d’être neutres pour l’environnement. D’autant que la région concernée comporte de nombreux aquifères karstiques que les forages devraient traverser, risquant de les polluer de l’aveu même des foreurs, même s’ils en minimisent l’importance. Les circulations d’eau et les connexions entre ces aquifères, y compris profonds, sont extrêmement complexes et impossibles à identifier en totalité, et l’ampleur des dégâts potentiels est difficilement prévisible.

Prendre de tels risques environnementaux pour un gain économique totalement hypothétique, car lié à une bulle spéculative de plus en plus probable, ne serait pas responsable. Et en cas d’accident, quel serait le recours contre des entreprises sous-capitalisées et dont les maisons mères semblent apprécier les paradis fiscaux ?

En conséquence, les associations et collectifs « Non au gaz de schiste » de la région Rhône-Alpes, ainsi que la majorité de leurs élus, demandent instamment :

  •  le non renouvellement du PERH « des Moussières » et l’annulation du PERH « de Gex », en raison de la dangerosité pour l’environnement des méthodes de stimulation que les titulaires devront employer,
  •  le rejet des demandes de PERH de « Gex Sud » et de « Blyes « , au nom de la Loi du 13 juillet 2011, comme cela a été fait pour la demande « Lyon-Annecy » qui recouvrait pratiquement les mêmes territoires.

Adaptation française par stopgazdeschiste.org  d’un article d’Ellen Cantarow publié en anglais sur EcoWatch.org

Pourquoi, au juste, la fracturation hydraulique est-elle une industrie dévastatrice? La meilleure façon de décrire sa singularité, son immensité, sa différence par rapport à d’autres industries et la menace pour la planète?

Suite de la première partie

Quand j’ai interviewé le Dr Anthony Ingraffea Professeur de génie, chargé de l’enseignement à l’Université Cornell et président de la société « Médecins, scientifiques et ingénieurs pour une énergie saine», j’ai réalisé que ses explications étaient peut-être les plus claires et les plus instructives de tout ce que j’avais déjà entendu sur le fracking. J’ai donc élargi l’entrevue initiale pour inclure les réflexions d’Ingraffea sur son cheminement ayant mené un initié de l’industrie à un farouche adversaire du fracking, avec ses descriptions d’une nature fascinante avec ses formations schisteuses vieilles de 400 millions d’années ainsi que, précisément, ce que font les industriels lorsqu’ils perturbent ces créations de la nature.

Q. Que pensez-vous qui soit le plus dangereux dans la fracturation hydraulique?
A. Le problème n’est pas le « fracking » en tant que tel. L’industrie pétrolière et gazière a fait du foin autour du mot « fracking » (fracturation hydraulique) pour tenter de noyer le problème. Ils disent: «nous avons fait cela pendant 60 ans et il n’y a jamais eu de cas [problème] documenté … »

Le [« Fracking« ] correspond à une période de temps relativement brève dans le cycle de vie de cette gigantesque industrieforage gaz de schiste lorsque l’eau mélangée à des produits chimiques et du sable est injectée dans les puits de forage et le schiste est à nouveau fracturé. C’est finalement quelque chose de très, très éloigné des gens qui se passe. Il faut des mois, voire des années pour complètement développer et exploiter un « pad » de gaz de schiste moderne. Cela pourrait prendre des mois pour traiter et transporter le méthane sur le marché. Le processus de fracturation lui ne prend que quelques heures par puits.

Les gens qui sont contre la fracturation hydraulique ne pensent pas à tout ce qui se passe avant et après. C’est pourtant beaucoup plus risqué pour la santé humaine et l’environnement. Le plus grand risque pour l’eau, c’est quand les produits chimiques de fracturation sont stockés à la surface puis injectés par pompage vers le bas pour la fracturation, puis lorsque ceux-ci ainsi que les substances nocives qui avaient été séquestrés dans la roche retournent à la surface après la fracturation dans ce qui est appelé effluent de forage.

L’opération de « fracking » en tant que tel présente des risques limités pour la qualité de l’air, mais les polluants issus des gaz d’échappement des moteurs diesel et les émissions de méthane associées aux processus d’excavation, de forage, la déshumidification, la compression, le traitement et le transport du gaz par pipeline présentent de graves problèmes pour la qualité de l’air et le réchauffement climatique. L’élément le plus important de l’exploitation des gaz de schiste qui semble tout simplement ne pas être compris par beaucoup est son intensité spatiale. Il s’agit d’une forme extrême de l’exploitation des combustibles fossiles en raison du nombre très élevé de puits très profonds, de la longueur totale verticale et latérale des forages et du volume du fluide de fracturation requis pour parvenir à une exploitation significative de ces formation schisteuses !

DÉVASTATION DES PAYSAGES, AIR EMPOISONNÉ

fracking_google_earth_largeAlors qu’est selon moi la plus grande menace pour les humains liée à l’exploitation des gisements non conventionnels de gaz naturel à partir des formations schisteuses à travers le monde? Et si je voulais être plus précis en tant qu’ingénieur, à proprement parler, quelle est la plus grande menace que constituent ces champs d’exploitation percés par une multitude de forages, à l’aide de gros volumes de fracturations hydrauliques et de longs forages latéraux? Finalement c’est ça le problème. C’est parce que cette activité hautement industrielle occupe beaucoup d’espace, une activité qui implique bien plus que forer-le-puits-fracturer-le-puits-connecter-le-pipeline-et-on-s-en-va, une activité qui nécessite bien plus de terrains à défricher, beaucoup de forêts et de champs à dévaster. Il y a la nécessité de construire des milliers de kilomètres de pipelines qui engendre à nouveau la destruction de forêts et de champs. Il y a également la nécessité de construire de nombreuses stations de compression, ces installations industrielles qui compriment le gaz pour leur transport par gazoducs et qui brûlent d’énormes quantités de diesel. Elles sont très bruyantes et émettent du CO2 dans l’atmosphère. Puis, il y a la construction de fosses à déchets et bassins d’eau douce qui là encore nécessitent de gros travaux de génie impactant, du matériel de construction lourd, engendre des émanations gazeuses produites par les déchets dans les bassins de rétention ainsi  qu’énormément de circulation de poids lourds, ce qui entraîne à nouveau la combustion de grandes quantités de diesel, l’augmentation des dégâts sur les routes et les ponts ainsi qu’un risque accru pour la circulation au milieu de ce trafic de poids lourds.

UNE INDUSTRIE SANS FRONTIÈRES

Pour à peu près toutes les autres industries qu’on puisse imaginer, comme de fabriquer de la peinture, des grille-pains ou des automobiles, ces formes traditionnelles de l’industrie sont implantées dans des zones industrielles, à l’intérieur defracking1 bâtiment, séparés des maisons d’habitation, des fermes et des écoles. Nous avons été suffisamment sages grâce à notre manière de nous civiliser pour nous rendre compte que l’industrie lourde doit être confinée dans des espaces clos. Et voilà qu’à l’inverse le secteur pétrolier et gazier nous informe que nos maisons, nos écoles, nos hôpitaux, même s’ils sont implantés dans des zones résidentielles, doivent devenir partie intégrante de leur industrie ! Dans la plupart des états, les lois sur le pétrole et le gaz supplantent les règlements d’urbanisme. Elles permettent aux industries du pétrole et du gaz d’établir leur prochaine industrie à l’endroit où nous vivons. Nous sommes invités à vivre à l’intérieur de leurs espaces. Ils nous imposent l’obligation d’implanter nos foyers, hôpitaux et les écoles à l’intérieur de leur espace industriel.

Q. Quand et comment avez-vous commencé à informer les gens à propos de la menace de cette industrie?

A. Deux choses se sont produites. Il y a quatre ans, lorsque le business du gaz de schiste à touché New York, j’ai pris conscience des publicités à la radio, à la télévision, dans les journaux, des articles écrits dans les journaux, les éditoriaux, qu’il s’agisse de grands journaux comme le New York Times ou des journaux locaux. Et ce que j’y lisais était étonnamment imprécis. Quand ce n’était inexact, hors sujet ou incomplet. Ma première réaction d’ingénieur a donc été, ils ne disent pas toute la vérité, les points essentiels ne sont pas abordés.

J’ai été invité par certains de mes copains de pêche – au passage les pêcheurs ont un intérêt direct pour l’eau non polluée- ils m’ont demandé de donner une conférence à la section locale de la société de pèche[1]. C’est comme ça que j’ai commencé mes conférences publiques. Et c’est ce qui m’a fait me plonger plus profondément dans la littérature de l’époque, la littérature technique sur le pétrole et l’ingénierie, et c’est ainsi que j’ai commencé à comprendre ce qu’est l’exploitation du gaz de schiste.

Q. Alors, pourriez-vous nous parler des principaux domaines où vous pensez que se trouve le danger?

fracking public landsA. Les puits (d’eau) ont été contaminés à un rythme significatif. L’industrie disait: «Quand on fore des puits certains puits fuient, mais cela arrive rarement.» J’oppose à cela: « ça se passait rarement, maintenant ça arrive plus fréquemment ».
Il y a la menace mondiale du réchauffement climatique, il y a la menace locale de la contamination des ressources en eau, et il y a la menace régionale de la contamination de l’air ainsi que des eaux de surface et souterraines, tout ceci étant exacerbé par l’intensité de l’occupation spatiale de cette industrie extractive. Parce que vous avez une multiplication des zones de forage, l’exploitation industrielle ayant recours à des moteurs diesel fonctionnant pendant de longues périodes dans de vastes régions engendre le brouillard et la création d’ozone au niveau régional. Il y a des problèmes de qualité d’air en raison de la nature même de l’exploitation des gaz de schiste. On rencontre également des problèmes de qualité de l’eau au niveau régional en raison d’accidents ou de rejets intentionnels de déchets dans les eaux de surface.

Les gens ont besoin de respirer de l’air. Les gens ont besoin de boire de l’eau. Les gens ont besoin de vivre dans un climat acceptable, lequel devrait être stable. Ceci nécessite deux choses. Voir la communauté où vous vouliez vivre et où vous avez vécu toute votre vie prendre votre relève, et l’environnement, l’eau, l’air, le climat, la flore la faune, tout ça est menacé. Ces deux menaces se trouvent sur le spectre de santé par rapport à la richesse. C’est la santé du plus grand nombre face à la richesse de quelques-uns.

Q. Alors, êtes-vous pour l’interdiction de cette industrie?

A. Ma position est la suivante. Lorsque l’exploitation du gaz de schiste n’a pas encore eu lieu, il faut l’interdire. C’est tout. Là où elle a déjà démarré, adopter de stricts règlements, examiner la conformité avec ténacité, appliquer des règles intransigeantes et lorsqu’elles ne sont pas appliquées infliger des amendes qui signifient vraiment quelque chose. Les Dix Commandements sont «règlements», mais les mots seuls ne nous mènent pas très loin.

LA TRANSITION VERS L’ÉNERGIE DURABLE

Enfin, là où tout autre combustible fossile est en cours d’exploitation, ralentir sa production et son utilisation aussi rapidement que possible, en tenant compte de toutes les facettes de ce problème fort complexe. Vous ne pouvez pas interrompre l’utilisation de combustibles fossiles aujourd’hui et vous tourner vers les énergies renouvelables demain. Mais nous devons commencer à réduire l’utilisation de combustibles fossiles des aujourd’hui et accélérer l’utilisation de carburants renouvelables. Et c’est là que les complications arrivent, celles de la politique, de l’économie et de la sociologie.

Q. L’exploitation du gaz de schiste n’a pas encore commencé dans votre propre État celui de New York. Le mouvement dans l’État de New York a réussi à éviter ça pour une longue période. Quelle est la prochaine étape?

A. Un commentaire sur les règlements de l’administration environnementale [État de New York]. L’administrationdemocracy environnementale aurait du passer les trois dernières années de moratoire sur les gaz de schiste à faire les bonnes choses: pas de politique adoptée tant que de rigoureuses études scientifiques sur l’environnement, la santé humaine et les impacts économiques n’auront été effectuées et validées. À mon avis, l’administration environnementale n’a pas effectué d’études scientifiques rigoureuses sur l’environnement, la santé humaine et les impacts économiques. Elle aurait du passer les deux dernières années à faire l’évaluation des impacts là où l’exploitation de ces gaz de schiste a déjà lieu, formant ainsi une base d’information pour la validation. Ils ne l’ont pas fait. Au lieu de cela, ils ont déjà proposé des règlements, ce qui aurait dû être la dernière chose à faire si et seulement si les études avaient été effectuées et validées. Je comprends que la démocratie est compliquée, mais la partie désordonnée ne devrait concerner que la politique, pas la partie scientifique.

 

Vous pouvez visiter la page FRACKING d’EcoWatch en anglais  pour plus d’information sur ce sujet.


[1] Trout Unlimited : http://www.tu.org/