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(!) Info minute – Revue de Presse

Cette lettre est envoyée aux élus du Conseil Régional Rhône-Alpes par les collectifs rhonalpins opposés à la recherche et l’exploitation de gaz et pétrole de schiste.

Mesdames, messieurs élus du Conseil Régional Rhône-Alpes,


Vous n’ignorez pas que se déroulent actuellement via la Commission Européenne des négociations en vue de la signature de traités de libre-échange tels que :


TAFTA_TTIP gaz de schiste– LE PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE DE COMMERCE ET D’INVESTISSEMENT (PTCI) ou « GRAND MARCHE TRANSATLANTIQUE » (GMT) : L’Accord de libre-échange transatlantique (TAFTA en anglais) ou Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI ou TTIP en anglais) est un projet de traité commercial entre l’Union européenne et les États-Unis en cours de négociation depuis juin 2013.
– L’ACCORD ÉCONOMIQUE ET COMMERCIAL GLOBAL (AECG) : L’Accord économique et commercial global (AECG ou CETA en anglais)), a été signé le 18 octobre 2013 entre le Canada et l’Union Européenne et est en attente de ratification par les Etas membres et le Parlement Européen.


Si en eux-mêmes les traités d’échanges et de partenariats peuvent être des opportunités de développement du commerce entre pays, il est impératif qu’ils soient rédigés de façon à établir des échanges équilibrés et qui ne remettent pas en question les règles fondamentales des peuples et des états.


Sans parler des risques d’impacts de ces traités sur notre agriculture et notre souveraineté alimentaire, nos normes et règlements sanitaires, phytosanitaires, alimentaires, environnementaux, culturels ou sociaux, nos collectifs tiennent à vous alerter sur leurs conséquences concernant la recherche et l’exploitation des gaz et huiles de schiste et autres hydrocarbures non conventionnels.


Tant par l’uniformisation des normes environnementales que par le mécanisme de règlement des conflits entre les investisseurs et les États, tels que prévus dans le mandat de négociation donné à la Commission Européenne ou dans l’accord conclu avec le Canada, ces projets menacent l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures par fracturation hydraulique édictée par la loi du 13 juillet 2011.


En effet, même si les éventuels traités ne prévoyaient pas explicitement l’abrogation de cette loi comme « entrave au commerce et à l’investissement », il serait possible à n’importe quelle entreprise pétrolière américaine ou canadienne de déférer la France devant une instance arbitrale privée pour exiger des dédommagements pour les profits qu’elle entendait réaliser avec l’exploitation d’hydrocarbures conventionnels sur notre sol.


C’est ce que vient de faire l’entreprise américaine Lone Pine qui poursuit le gouvernement canadien dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pour plus de 250 millions de dollars US en raison du moratoire du Québec concernant la fracturation hydraulique (1).

Nous demandons donc que le Conseil Régional de la région Rhône-Alpes, comme viennent de le faire entre autres collectivités les Conseil régionaux d’Ile-de-France, de Provence Côte d’Azur, d’Auvergne ou du Limousin, adopte un vœu qui:

  • rejette le projet de Traité de libre-échange transatlantique, alias TAFTA, TTIP ainsi que l’accord économique et commercial global (AECG)
  • demande l’arrêt des négociations sur ces traités du fait de l’absence de contrôle démocratique et de débat public sur les négociations en cours.
  • demande la diffusion publique immédiate de l’ensemble des textes relatifs aux négociations en cours qui représentent une attaque sans précédent contre la démocratie.
  • déclare la Région Rhône-Alpes « hors Grand Marché Transatlantique ».

Confiants dans votre implication contre ce risque grave d’atteinte à notre démocratie, nous vous prions de recevoir nos remerciements anticipés.

———

(1)  http://affaires.lapresse.ca/economie/canada/201211/23/01-4597025-lone-pine-poursuit-ottawa.php

PLUS QU’UN ACCORD DE LIBRE ÉCHANGE…

TTIPLTTIP-e Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement n’est pas un simple accord de libre échange pour abaisser les droits de douane entre l’Union Européenne et les États Unis. Ce que négocie dans l’opacité la Commission Européenne, suite au mandat donné par tous les gouvernements de l’Union (dont le nôtre, bien entendu !), c’est une « convergence réglementaire », pour la suppression des normes « non nécessaires » ou « non raisonnables », existantes ou à venir. Et il n’est pas bien raisonnable de refuser les gaz de schiste ou les OGM, n’est-ce pas ?
Il s’agit donc d’harmoniser par le bas les normes sociales, environnementales, alimentaires, sanitaires, afin de protéger l’investissement de formes « d’expropriation indirecte » provoquées par des réglementations politiques qui nuisent à l’expansion des firmes et de leurs profits.

…UNE MISE DES ÉTATS SOUS LA TUTELLE DES MULTINATIONALES !

Autrement dit le pétrolier américain, qui verra le profit qu’il espérait faire en France être empêché par la loi interdisant la fracturation hydraulique pour l’extraction des hydrocarbures, pourra porter plainte contre l’état français devant un « forum d’ d’arbitrage indépendant », c’est-à-dire jugeant selon les normes ultralibérales ! Cela se fait déjà dans le cadre de l’ALENA (le frère ainé du TTIP, conclu entre les USA, le Canada et le Mexique) : par exemple, le pétrolier Lone Pine réclame 250 millions de dollars au Canada suite au moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste du Québec.

LA FIN DU BIO ET DES CIRCUITS COURTS…

Et bien entendu, les dégâts ne se limiteront pas aux gaz de schiste : boeuf aux hormones, cultures OGM, poulets lavés au chlore, etc. pourront tranquillement envahir notre marché. Il ne sera même plus possible à un maire de demander dans un appel d’offre que la cantine scolaire soit approvisionnée en bio de proximité : ce serait une « mesure discriminatoire ».

…ET LA FIN DE NOTRE MODÈLE SOCIAL !

Et puisque notre code du travail, notre sécurité sociale, notre retraite, etc. restent, malgré les coups de rabot successifs, plus favorable aux salariés, les firmes américaines seront fondées à demander des dédommagements à la France.
Moins de droits de douanes pour elles, et des pénalités pour nous si nous ne voulons pas nous aligner sur les règles « low-cost » américaines !

EXIGEONS UNE CONSULTATION POPULAIRE !

*TTIP = Transatlantic trade & investment partnership = Partenariat Transatlantique pour le commerce et l’investissement

Lire également: Le TTIP pire menace pour les peuples d’Europe (I)  et Le TTIP pire menace pour les peuples d’Europe (II)stoptafta

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19 octobre Global Frackdown – Journée Mondiale contre le fracking      (!) Info minute – Revue de Presse

Interview réalisée par Hervé Kempf (Reporterre)

Josh Fox est le réalisateur de Gasland, le film qui a réveillé les consciences sur la réalité du gaz de schiste. Dans un entretien avec Reporterre, il explique que ce qui se joue dans cette bataille écologique, c’est la vitalité de la démocratie face aux grandes compagnies multinationales.


Josh Fox Photo H.Kempf ReporterreJosh Fox est le réalisateur du film Gasland, sorti en 2010, et qui a montré l’ampleur des pollutions provoquées par l’exploitation du gaz de schiste. Il a réalisé un nouveau film, Gasland II. Il est en France pour quelques jours. Reporterre l’a rencontré le 5 septembre près de Jouarre, là où une exploration de pétrole de schiste a commencé, et rencontre une vive opposition.
En quoi votre nouveau film est-il différent du précédent ?

Josh Fox – Le premier film décrivait les multiples façons par lesquelles l’exploitation du gaz de schiste génère des pollutions, et les multiples façons dont les gens en sont affectés. Ce film est se concentre sur les nombreuses différentes façons – pas seulement par l’argent ou le lobbying – par lesquelles l’industrie du pétrole et du gaz s’est incrustée au sein même du système démocratique pour l’influencer. Ce que nous avons constaté à de multiples reprises en faisant ce film, c’est que les gens n’ont pas de recours quand ils sont confrontés à l’industrie du pétrole et du gaz.

Est-ce un exemple de ce qui arrive en général à la démocratie ou est-ce très spécifique au gaz de schiste ?

fox-5_sept_2013-H.Kempf ReporterreBeaucoup de choses sont très spécifiques à cette industrie aux Etats-Unis, mais malheureusement, c’est aussi exemplaire de la façon dont les grandes compagnies agissent en démocratie. Elles veulent circonvenir le peuple. Elles conduisent des négociations directes avec le gouvernement à l’écart du peuple. La seule façon par laquelle les gens peuvent agir est de protester, de s’imposer dans la prise de décisions, comme vous l’avez fait en France, ou comme en Australie ou en Grande-Bretagne.

Aux Etats-Unis – et je crains que ce soit pareil ailleurs -, notre gouvernement trahit le peuple. C’est très choquant de constater que l’administration Obama cache des documents produits par l’État, avant les élections, pour que les gens n’en aient pas connaissance. On montre tout ceci dans le film. Par exemple, on savait que l’EPA [1] enquêtait sur les cas de pollution au Texas, et soudain, ils ont abandonné cette enquête. Même chose dans le Wyoming. On a des documents montrant que l’EPA savait scientifiquement qu’il y avait des migrations de l’eau, et l’a caché. On a des preuves très fortes sur tout ceci.

Comment expliquez-vous la position d’Obama, qui est perçu comme de gauche en France ?

Au début de l’administration Obama, en 2009, l’EPA a commencé à enquêter très sérieusement sur les pollutions. Sa directrice, Lisa Jackson, travaillait vraiment dans l’intérêt du peuple. Mais quand la campagne électorale a commencé en 2012, on a constaté un changement du jour au lendemain : l’EPA a abandonné ses recherches, le chef des enquêtes a démissionné, Lisa Jackson a démissionné. Il y a eu des fortes pressions pendant la campagne électorale pour mettre la pédale douce sur ce sujet.

Obama et son administration sont-ils connectés aux grandes entreprises de l’industrie et du gaz ?

On sait qu’ils ont rencontré très, très souvent les représentants de l’industrie. En revanche, à de multiples reprises, des lettres ont été envoyées à l’administration pour lui demander de rencontrer les scientifiques qui montrent qu’il y a des problèmes, de rencontrer les gens qui souffraient de l’exploitation du gaz de schiste. La réponse a été : non.

Obama essaye peut-être de faire des petites choses. Mais il ne s’agit pas de faire des petits pas ; il s’agit de développer vigoureusement les énergies renouvelables et de stopper les fossiles. Mais ces gens ne peuvent pas le faire. Ils n’ont pas de leadership.

On parle de révolution énergétique, du boom de la richesse en Dakota en Nord, d’indépendance énergétique des États-Unis : est-ce exact ?

Il y a beaucoup de pétrole au Dakota du Nord .Mais ce n’est pas une bonne chose : nous devons diminuer la production de pétrole.

Pourquoi ?

Parce que selon tous les indicateurs – sur la démocratie, sur la pollution, sur le climat -, les carburants fossiles sont nuisibles. Il ne faut pas en produire plus, mais diminuer leur production.
Vu de l’espace, on observe une grande tache brillante au-dessus de l’agglomération de Chicago ou de celle de Minneaopolis. Mais aussi une au-dessus du Dakota du Nord, où il n’y a pas de grande ville ; mais ils brûlent tellement de gaz qu’on le voit de l’espace.
Nous avons besoin de moins de pétrole et de gaz, pas de plus.

Et en ce qui concerne l’indépendance énergétique des États-Unis ?

La seule véritable indépendance énergétique est celle des énergies renouvelables. Là, il ne s’agit pas d’indépendance, mais de la la liberté pour les grandes compagnies de faire du profit. BP, Shell, Statoil, qui exploitent gaz et pétrole aux États-Unis ne sont pas des compagnies américaines. Ces corporations n’ont pas de pays. Cette histoire d’indépendance est un non-sens.

On ne peut pas avoir une vraie démocratie sans être libérés des combustibles fossiles,sans être libérés de ces compagnies. Elles ont pollué la démocratie. Nous avons besoin de nous exprimer, de développer les énergies renouvelables, c’est notre avenir.

Comment expliquez-vous que les grands médias militent pour le gaz de schiste ?

Les compagnies font un très bon travail de communication. Rappelez-vous en 2003, avant la guerre d’Irak. Tous les médias ne cessaient de dire que Saddam Hussein avait des armes de destruction massive. Leurs arguments avaient l’air très raisonnables. Cela s’est révélé faux et ça a conduit à un désastre.
Quand vous examinez attentivement leurs arguments sur le gaz de schiste, ils ne tiennent pas. Mais des millions de dollars en publicité et en communication sont déversés par l’industrie.

Quelle est la situation du mouvement d’opposition aux États-Unis et ailleurs ?

Il devient de plus en plus fort. Dans l’État de New York et en Pennsylvanie, 60 % des gens sont favorables à un moratoire sur le gaz de schiste. Au Colorado, ville après ville votent pour une interdiction de la fracturation hydraulique. En Californie, le mouvement se renforce ; en juin, des centaines de milliers de signatures contre la production de gaz de schiste avaient été enregistrées.

Cela arrive aussi autour du monde. On a été à Bruxelles, au Parlement européen, on a rencontré des activistes des Pays-Bas, de France, d’Espagne, d’Allemagne…

Ils sont en train de prendre conscience que leur vrai bataille, c’est la lutte pour la démocratie.

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[1] EPA : Environmental protection agency, l’équivalent aux États-Unis du ministère français de l’Écologie

Source: Article publié sur le site Reporterre le 06/09/2013

Lire aussi : Josh Fox en France … et de passage en Ardèche

(!) Info minute revue de presse

De Thomas Porcher – publié ici avec l’accord de l’auteur – Initialement publié dans Le Monde

A en croire l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la production du pétrole non conventionnel (huiles de schiste, sables bitumineux) en Amérique du Nord devrait bouleverser la donne mondiale et créer un « choc d’offre » sur le marché pétrolier. Selon ses prévisions, les États-Unis deviendront le premier producteur de brut entre 2017 et 2020, et exportateur net en 2030.

Par conséquent, l’augmentation de la production américaine de pétrole entraînerait un déplacement du centre de gravité mondial de la fourniture d’énergie du Moyen-Orient aux États-Unis et redistribuerait les cartes au niveau géopolitique.

Pourtant, il y a déjà eu dans le passé un changement structurel de l’offre mondiale de pétrole, similaire à celui du développement des pétroles non conventionnels aujourd’hui, et il n’a pas amené de changements majeurs dans la géopolitique mondiale de l’or noir.

Dans les années 1970, pendant les chocs pétroliers, les États-Unis et l’Europe, durement frappés par la hausse des prix du brut, ont incité leurs compagnies pétrolières à se lancer dans des programmes d’exploration-production dans des pays n’appartenant pas à l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). C’était notamment le cas d’Elf pour la France, qui a développé principalement sa production en Afrique. Le but était de diversifier les sources d’approvisionnement et in fine d’affaiblir le pouvoir de marché de l’OPEP.

L’offre de pétrole au niveau mondial s’est mise à augmenter et la part de l’OPEP est passée de 55 % en 1973 à moins de 30 % en 1985. La structure de l’offre mondiale ressemblait fortement à celle anticipée. Pourtant, la donne pétrolière au niveau géopolitique n’a, à l’époque, pas fondamentalement changé.

Car ce qui a toujours conféré à l’OPEP un rôle géopolitique majeur au niveau mondial est le fait d’être la seule organisation capable de jouer le rôle de swing supplier, de producteur capable de remplacer la production de tout autre pays qui viendrait à manquer. Or, pour devenir swing supplier, il faut certes une production supérieure à sa consommation intérieure, mais surtout en avoir la volonté politique, c’est-à-dire s’imposer de contraindre ses exportations de pétrole par des quotas afin de disposer de marges de production immédiatement mobilisables.

Par exemple, en 2012, l’OPEP a produit 30 millions de barils par jour (b/j) contre 24,4 millions entre 2009 et 2011, alors qu’elle avait une capacité estimée à 35,45 millions de b/j. Or, la plupart des pays hors OPEP produisent à pleine capacité et ne disposent pas de marges de production suffisantes et directement mobilisables pour exercer un pouvoir sur le marché. Dès lors l’OPEP, avec sa capacité excédentaire, acquiert un rôle majeur dans la géopolitique mondiale du pétrole.

Volonté politique

En mars 2011, pendant les révoltes arabes, la production de la Libye a chuté de 80 %, et la hausse de celle de l’OPEP (notamment Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis et Nigeria) a permis d’éviter une pénurie. Jamais la Russie, bien que premier producteur mondial de pétrole avec 10,3 millions de b/j, ni l’ensemble des pays non-OPEP, qui représente pourtant 60 % de la production mondiale, n’ont tenu ce rôle de producteur d’appoint. Car sans marges de manœuvre et sans action collective, le niveau ne signifie pas grand-chose. C’est bien la volonté politique qui confère à un pays pétrolier un rôle géopolitique majeur.

le mirage du gaz de schisteOr, la croissance exponentielle du nombre de puits aux États-Unis – 190 nouveaux puits par jour en moyenne ces sept dernières années – semble plus répondre aux choix non coordonnés des compagnies exploitantes qu’à une quelconque volonté politique de maîtrise de la production. Dans ces conditions, il est à parier que même si les États-Unis augmentent fortement leur production, ils ne deviendront pas le centre de gravité mondial de l’énergie, car, en cas de tensions géopolitiques, d’incertitude sur un pays producteur ou de flambée des prix du brut, la seule organisation capable de modifier significativement l’offre mondiale de pétrole restera l’OPEP.

Thomas Porcher (Professeur à l’ESG-MS, auteur du livre Le Mirage du gaz de schiste (éd. Max Milo 64 pages 4,90 Euro))

(!) Info minute revue de presse

Article de Noureddine LEGHELIEL – Paru le Dimanche 19 Mai 2013 dans le Quotidien Algérien L’Expression – Reproduit avec l’aimable accord de la rédaction

LES SIX REMARQUES QUI METTENT EN DOUTE UN RAPPORT ALARMANT

Ce rapport était destiné aux pays membres de l´Opep avec un message intimidant, du genre: «Gare à vous, la cavalerie yankee de John Wayne arrive!»

GAZ ...Il y a quatre jours, l´Agence internationale de l´énergie a publié un rapport sur le boom du pétrole et du gaz de schiste aux États-Unis d´Amérique. Un rapport alarmant et alarmiste prévoyant l´effondrement des cours des prix du pétrole et du gaz en raison d´un futur surplus de la production américaine de ces deux matières énergétiques. Ce rapport était destiné aux pays membres de l´Opep avec un message intimidant: «Gare à vous, la cavalerie yankee de John Wayne arrive!». Plusieurs journalistes qui ont pris l´habitude de vénérer et de ne jamais critiquer la parole «divine» des experts étrangers et qui sont aussi passionnés par le cocktail (polémique-sensation), se sont précipités pour mettre à la une de leur publication cette information. Sous des titre tout aussi alarmistes du genre: «L´Algérie et la transition énergétique mondiale» ou encore: «L´Algérie va droit au mur». Cependant, il convient de reconnaître que nos journalistes ont eu l´amabilité de nous transmettre, à la lettre et á la virgule près, le contenu de l´analyse des experts de l´AIE qui prévoit un lendemain apocalyptique pour l´économie algérienne.
Á travers le texte qui suit, j’ai tenté d’apporter des éléments de réponse selon lesquels ce rapport est loin de contenir des vérités certaines et que de ce fait, on a toutes les raisons du monde pour le mettre en doute et le critiquer.
Voici mon commentaire sur le rapport de l´AIE contenant six remarques:

1- La crédibilité des experts de l´AIE

Par le passé, les honorables experts de cette prestigieuse Agence se sont déjà trompés dans leurs analyses et leurs prévisions suite auxquelles ils sont revenus à maintes reprises pour revoir, tantôt à la hausse, tantôt à la baisse, les chiffres de la demande et de l´offre mondiales de pétrole. Cela s’est produit, pas une ou deux fois, mais plusieurs fois.

2-Une information déjà connue du grand public

Toute cette littérature à caractère publicitaire contenue dans le rapport de l´AIE concernant la découverte de gaz et de pétrole de schiste aux USA, est une histoire de déjà vue et connue depuis 2009 jusqu’à nos jours. J’ai lu au moins 50 articles publiés dans les plus grands quotidiens financiers américains et j´ai vu plusieurs programmes et interviews sur les chaînes économiques telles que Cnbc et Bloomberg sur ce sujet. D’ailleurs, certains médias sont allés jusqu’à affirmer que le gaz de schiste constitue la découverte du siècle. D’autres ont soutenu, en revanche, que c´est la seconde découverte après Internet. Mais les écoles de finance nous ont appris qu´une information déjà connue du grand public n´a pas d´impact sur le prix d´un actif financier ou sur le prix d´une matière première.

3 – L´efficience du marché pétrolier

Cette troisième remarque est sans aucun doute la plus pertinente, car elle illustre l´absurdité du raisonnement de certains experts de l´AIE. Ces gentlemen soutiennent que dans une durée de sept ans, les USA seront autosuffisants en pétrole et en gaz et ils détrôneront l´Arabie Saoudite de la première place. Tout cela à cause des grandes découvertes du pétrole et du gaz de schiste et grâce à cette future surabondance de l´offre américaine. Ainsi donc, ajoutent ces experts, les Américains viendront inonder les marchés pétroliers internationaux et par conséquent il y aura un effondrement des cours du brut.
Voilà un raisonnement tout simplement faux! Pourquoi et comment? Vu l´efficience du marché pétrolier, le prix du pétrole américain WTI a déjà intégré dans son cours cette information concernant un futur surplus de l´offre américaine. Néanmoins, il y a une nuance qu´il faut signaler: c’est que le marché a intégré l´information authentique qui reflète la vérité sur la future offre pétrolière américaine et non pas l´information fabulée des médias financiers. Pour preuve, voici quelques cotations: (vendredi le 17 mai 2013, Ndlr), le prix des contrats a terme du WTI du mois de juin 2020 se négocie a 82,32 dollars et le prix des contrats á terme du WTI du mois de juin 2013 se négocie à 96,14 dollars. Comme vous pouvez le voir, le contrat de 2020 se négocie avec une décote de presque 14 dollars et c´est cette décote de 14 dollars qui est la conséquence d´un futur surplus de l´offre américaine. Le contrat de 2020 se trouve sur une position appelée dans le langage du trading des matières premières, backwardation.. L´effondrement insinué en krach des cours du prix du pétrole prévu par les cadres de l´AIE à l’horizon 2020, ne pourra pas donc se produire.

4 – L´analyse fondamentale des experts de l´AIE

L´analyse fondamentale sert à analyser les fondamentaux du marché pétrolier et qui sont, l´offre, la demande, les réserves, la consommation etc…. Très populaire dans les années 1960 et 1970, hélas, cette analyse vient de perdre de sa pertinence au cours de ces dernières années et cela pour plusieurs raisons. Je vous en cite quelques-unes. Le marché pétrolier international d´aujourd´hui n´est plus entre les mains des pétroliers, mais il est sous la domination des financiers (banques d´affaires, les fonds des matières premières, les hedge fonds etc…). Dans les milieux financiers internationaux de ces cinq dernières années, le pétrole était considéré plus comme un actif financier qu´une matière première. Le baril papier (les contrats à terme et les contrats des options qui se clôturent avant la date d´échéance, c’est-à-dire sans livraison physique) est le plus négocié, la différence entre les volumes des échanges du baril papier et du baril liquide est très grande.
En 2011, les volumes d´échange du baril papier étaient 28 fois plus grands que ceux du baril liquide ou physique. A force de le constater, on pourra dire aussi, qu’aujourd’hui, ce n’est plus l´Arabie Saoudite, ni l´Opep, ni les présidents Poutine ou Obama, encore moins le président iranien Ahmadinejad qui décident du prix du baril, mais ce sont bel et bien les acteurs du marché pétrolier, identifiés comme financiers et pétroliers. Ce sont ces derniers qui fixent et décident du prix du baril. L´indice de la volatilité est devenu une composante du prix du baril. La hausse du prix du baril ne représente plus de risque pour l´économie américaine et ne montre presque aucune menace directe sur l´inflation aux USA (un prix de baril avoisinant les 100 dollars avec un taux d´inflation de 2%). Á titre explicatif, je vous cite un exemple pour vous montrer les limites de l´approche fondamentale.
Le 15 février 2008, le prix du baril du WTI américain se négociait á 86 dollars, le 11 juillet 2008 il avait atteint les 147 dollars et le 5 décembre de la même année, il s´est retrouvé à 34 dollars mais pendant tout ce périple, c’est-à-dire l´année 2008, la demande et l´offre mondiales du pétrole n´ont pas connu un grand changement, alors on peut se demander où sont passés les fondamentaux? Les honorables experts de la prestigieuse Agence internationale de l’énergie utilisent toujours l´analyse fondamentale comme instrument d´analyse et de prévision.

5- Le double langage des analystes de l´AIE

Dans leurs analyses pétrolières, les experts de l´AIE ont toujours mis l´accent sur l´état des conjonctures économiques des grandes nations industrielles obéissant au raisonnement classique qu´une crise économique engendre une baisse de la demande pétrolière et une relance économique est toujours liée á une augmentation de la demande pétrolière.
Si on va se référer aux principes de ce raisonnement nous serons en face d´un paradoxe. D’une part, nos amis experts prévoient un effondrement des cours du brut dans un futur proche et d´autre part, nous sommes sur le chemin d´une reprise économique mondiale et c´est l´indicateur boursier qui nous le prouve. Le rebond boursier de ces derniers mois est annonciateur de l’imminence d’une reprise économique á l´échelle mondiale. Il ne faut pas oublier que la Bourse est toujours en avance sur l´économie d´un intervalle de temps de six mois á une année. Alors, pourquoi cette contradiction de la part de nos amis de l’AIE?

6-Les vérités sur le marché du gaz aux États- Unis

Sans trop entrer dans les détails, contentons-nous de commenter le rapport de l´AIE qui mentionne une partie réservée au gaz de schiste aux USA. Les cadres de l´AIE partagent les mêmes opinions que les médias financiers américains.
Ces derniers ont fait couler beaucoup d’encre sur cette affaire des découvertes du gaz de schiste et de leur démarche marketing; il faut avouer qu’ils ont réussi á créer toute une littérature sur l´abondance du gaz naturel en Amérique et ils ont aussi misé sur une éternelle baisse du prix du gaz aux USA et á travers le monde puisqu’ils prévoient que les Yankees vont se doter des méthaniers géants qu´on a déjà surnommés (pipes lines flottants) pour acheminer le GPL des USA vers le Japon, l´Europe et la Chine. Mais comme d´habitude, on doit se poser cette question: peut-on croire ce que les médias financiers racontent pour connaître la vérité? Pour répondre à cette question, on doit se rappeler de l´expression française selon laquelle «il vaut mieux avoir affaire à Dieu qu’à ses saints». Qui décide en fait du prix du gaz aux USA? Les médias ou les acteurs du marché du gaz? La réponse est claire: ce sont bien les acteurs.
Mais que pensent ces mêmes acteurs sur l´avenir du prix du gaz aux USA? Eh bien, on va être étonnés de voir que les acteurs du marché du gaz aux USA sont d´un avis diamétralement opposé à celui des médias sur la question du prix futur du gaz. Les acteurs du marché du gaz américain prévoient une hausse et non pas une baisse du prix du gaz dans l´horizon des années 2020. Comme preuve à l´appui, on constate que les prix des contrats à terme du gaz naturel pour les 10 années à venir se trouvent sur une position appelée Contango.
Le prix du contrat à terme du mois de juin 2013 se négocie aujourd´hui à 4,05 dollars le Mbtu et le prix du contrat à terme du mois de janvier 2022 à 5,98 dollars le Mbtu. Conclusion: le célèbre économiste américain, le nommé Robert Shiller, auteur d´un best seller en 1998 (L´exubérance irrationnelle) disait dans son livre que les médias arrivent souvent en retard sur un événement censé faire bouger un marché financier et ici, dans notre texte, on retrouve la validité de la parole de cet éminent économiste. Donc, l´avènement du gaz de schiste au Etats-Unis n´est plus un événement.

Adaptation française par stopgazdeschiste.org  d’un article d’Ellen Cantarow publié en anglais sur EcoWatch.org

Pourquoi, au juste, la fracturation hydraulique est-elle une industrie dévastatrice? La meilleure façon de décrire sa singularité, son immensité, sa différence par rapport à d’autres industries et la menace pour la planète?

Suite de la première partie

Quand j’ai interviewé le Dr Anthony Ingraffea Professeur de génie, chargé de l’enseignement à l’Université Cornell et président de la société « Médecins, scientifiques et ingénieurs pour une énergie saine», j’ai réalisé que ses explications étaient peut-être les plus claires et les plus instructives de tout ce que j’avais déjà entendu sur le fracking. J’ai donc élargi l’entrevue initiale pour inclure les réflexions d’Ingraffea sur son cheminement ayant mené un initié de l’industrie à un farouche adversaire du fracking, avec ses descriptions d’une nature fascinante avec ses formations schisteuses vieilles de 400 millions d’années ainsi que, précisément, ce que font les industriels lorsqu’ils perturbent ces créations de la nature.

Q. Que pensez-vous qui soit le plus dangereux dans la fracturation hydraulique?
A. Le problème n’est pas le « fracking » en tant que tel. L’industrie pétrolière et gazière a fait du foin autour du mot « fracking » (fracturation hydraulique) pour tenter de noyer le problème. Ils disent: «nous avons fait cela pendant 60 ans et il n’y a jamais eu de cas [problème] documenté … »

Le [« Fracking« ] correspond à une période de temps relativement brève dans le cycle de vie de cette gigantesque industrieforage gaz de schiste lorsque l’eau mélangée à des produits chimiques et du sable est injectée dans les puits de forage et le schiste est à nouveau fracturé. C’est finalement quelque chose de très, très éloigné des gens qui se passe. Il faut des mois, voire des années pour complètement développer et exploiter un « pad » de gaz de schiste moderne. Cela pourrait prendre des mois pour traiter et transporter le méthane sur le marché. Le processus de fracturation lui ne prend que quelques heures par puits.

Les gens qui sont contre la fracturation hydraulique ne pensent pas à tout ce qui se passe avant et après. C’est pourtant beaucoup plus risqué pour la santé humaine et l’environnement. Le plus grand risque pour l’eau, c’est quand les produits chimiques de fracturation sont stockés à la surface puis injectés par pompage vers le bas pour la fracturation, puis lorsque ceux-ci ainsi que les substances nocives qui avaient été séquestrés dans la roche retournent à la surface après la fracturation dans ce qui est appelé effluent de forage.

L’opération de « fracking » en tant que tel présente des risques limités pour la qualité de l’air, mais les polluants issus des gaz d’échappement des moteurs diesel et les émissions de méthane associées aux processus d’excavation, de forage, la déshumidification, la compression, le traitement et le transport du gaz par pipeline présentent de graves problèmes pour la qualité de l’air et le réchauffement climatique. L’élément le plus important de l’exploitation des gaz de schiste qui semble tout simplement ne pas être compris par beaucoup est son intensité spatiale. Il s’agit d’une forme extrême de l’exploitation des combustibles fossiles en raison du nombre très élevé de puits très profonds, de la longueur totale verticale et latérale des forages et du volume du fluide de fracturation requis pour parvenir à une exploitation significative de ces formation schisteuses !

DÉVASTATION DES PAYSAGES, AIR EMPOISONNÉ

fracking_google_earth_largeAlors qu’est selon moi la plus grande menace pour les humains liée à l’exploitation des gisements non conventionnels de gaz naturel à partir des formations schisteuses à travers le monde? Et si je voulais être plus précis en tant qu’ingénieur, à proprement parler, quelle est la plus grande menace que constituent ces champs d’exploitation percés par une multitude de forages, à l’aide de gros volumes de fracturations hydrauliques et de longs forages latéraux? Finalement c’est ça le problème. C’est parce que cette activité hautement industrielle occupe beaucoup d’espace, une activité qui implique bien plus que forer-le-puits-fracturer-le-puits-connecter-le-pipeline-et-on-s-en-va, une activité qui nécessite bien plus de terrains à défricher, beaucoup de forêts et de champs à dévaster. Il y a la nécessité de construire des milliers de kilomètres de pipelines qui engendre à nouveau la destruction de forêts et de champs. Il y a également la nécessité de construire de nombreuses stations de compression, ces installations industrielles qui compriment le gaz pour leur transport par gazoducs et qui brûlent d’énormes quantités de diesel. Elles sont très bruyantes et émettent du CO2 dans l’atmosphère. Puis, il y a la construction de fosses à déchets et bassins d’eau douce qui là encore nécessitent de gros travaux de génie impactant, du matériel de construction lourd, engendre des émanations gazeuses produites par les déchets dans les bassins de rétention ainsi  qu’énormément de circulation de poids lourds, ce qui entraîne à nouveau la combustion de grandes quantités de diesel, l’augmentation des dégâts sur les routes et les ponts ainsi qu’un risque accru pour la circulation au milieu de ce trafic de poids lourds.

UNE INDUSTRIE SANS FRONTIÈRES

Pour à peu près toutes les autres industries qu’on puisse imaginer, comme de fabriquer de la peinture, des grille-pains ou des automobiles, ces formes traditionnelles de l’industrie sont implantées dans des zones industrielles, à l’intérieur defracking1 bâtiment, séparés des maisons d’habitation, des fermes et des écoles. Nous avons été suffisamment sages grâce à notre manière de nous civiliser pour nous rendre compte que l’industrie lourde doit être confinée dans des espaces clos. Et voilà qu’à l’inverse le secteur pétrolier et gazier nous informe que nos maisons, nos écoles, nos hôpitaux, même s’ils sont implantés dans des zones résidentielles, doivent devenir partie intégrante de leur industrie ! Dans la plupart des états, les lois sur le pétrole et le gaz supplantent les règlements d’urbanisme. Elles permettent aux industries du pétrole et du gaz d’établir leur prochaine industrie à l’endroit où nous vivons. Nous sommes invités à vivre à l’intérieur de leurs espaces. Ils nous imposent l’obligation d’implanter nos foyers, hôpitaux et les écoles à l’intérieur de leur espace industriel.

Q. Quand et comment avez-vous commencé à informer les gens à propos de la menace de cette industrie?

A. Deux choses se sont produites. Il y a quatre ans, lorsque le business du gaz de schiste à touché New York, j’ai pris conscience des publicités à la radio, à la télévision, dans les journaux, des articles écrits dans les journaux, les éditoriaux, qu’il s’agisse de grands journaux comme le New York Times ou des journaux locaux. Et ce que j’y lisais était étonnamment imprécis. Quand ce n’était inexact, hors sujet ou incomplet. Ma première réaction d’ingénieur a donc été, ils ne disent pas toute la vérité, les points essentiels ne sont pas abordés.

J’ai été invité par certains de mes copains de pêche – au passage les pêcheurs ont un intérêt direct pour l’eau non polluée- ils m’ont demandé de donner une conférence à la section locale de la société de pèche[1]. C’est comme ça que j’ai commencé mes conférences publiques. Et c’est ce qui m’a fait me plonger plus profondément dans la littérature de l’époque, la littérature technique sur le pétrole et l’ingénierie, et c’est ainsi que j’ai commencé à comprendre ce qu’est l’exploitation du gaz de schiste.

Q. Alors, pourriez-vous nous parler des principaux domaines où vous pensez que se trouve le danger?

fracking public landsA. Les puits (d’eau) ont été contaminés à un rythme significatif. L’industrie disait: «Quand on fore des puits certains puits fuient, mais cela arrive rarement.» J’oppose à cela: « ça se passait rarement, maintenant ça arrive plus fréquemment ».
Il y a la menace mondiale du réchauffement climatique, il y a la menace locale de la contamination des ressources en eau, et il y a la menace régionale de la contamination de l’air ainsi que des eaux de surface et souterraines, tout ceci étant exacerbé par l’intensité de l’occupation spatiale de cette industrie extractive. Parce que vous avez une multiplication des zones de forage, l’exploitation industrielle ayant recours à des moteurs diesel fonctionnant pendant de longues périodes dans de vastes régions engendre le brouillard et la création d’ozone au niveau régional. Il y a des problèmes de qualité d’air en raison de la nature même de l’exploitation des gaz de schiste. On rencontre également des problèmes de qualité de l’eau au niveau régional en raison d’accidents ou de rejets intentionnels de déchets dans les eaux de surface.

Les gens ont besoin de respirer de l’air. Les gens ont besoin de boire de l’eau. Les gens ont besoin de vivre dans un climat acceptable, lequel devrait être stable. Ceci nécessite deux choses. Voir la communauté où vous vouliez vivre et où vous avez vécu toute votre vie prendre votre relève, et l’environnement, l’eau, l’air, le climat, la flore la faune, tout ça est menacé. Ces deux menaces se trouvent sur le spectre de santé par rapport à la richesse. C’est la santé du plus grand nombre face à la richesse de quelques-uns.

Q. Alors, êtes-vous pour l’interdiction de cette industrie?

A. Ma position est la suivante. Lorsque l’exploitation du gaz de schiste n’a pas encore eu lieu, il faut l’interdire. C’est tout. Là où elle a déjà démarré, adopter de stricts règlements, examiner la conformité avec ténacité, appliquer des règles intransigeantes et lorsqu’elles ne sont pas appliquées infliger des amendes qui signifient vraiment quelque chose. Les Dix Commandements sont «règlements», mais les mots seuls ne nous mènent pas très loin.

LA TRANSITION VERS L’ÉNERGIE DURABLE

Enfin, là où tout autre combustible fossile est en cours d’exploitation, ralentir sa production et son utilisation aussi rapidement que possible, en tenant compte de toutes les facettes de ce problème fort complexe. Vous ne pouvez pas interrompre l’utilisation de combustibles fossiles aujourd’hui et vous tourner vers les énergies renouvelables demain. Mais nous devons commencer à réduire l’utilisation de combustibles fossiles des aujourd’hui et accélérer l’utilisation de carburants renouvelables. Et c’est là que les complications arrivent, celles de la politique, de l’économie et de la sociologie.

Q. L’exploitation du gaz de schiste n’a pas encore commencé dans votre propre État celui de New York. Le mouvement dans l’État de New York a réussi à éviter ça pour une longue période. Quelle est la prochaine étape?

A. Un commentaire sur les règlements de l’administration environnementale [État de New York]. L’administrationdemocracy environnementale aurait du passer les trois dernières années de moratoire sur les gaz de schiste à faire les bonnes choses: pas de politique adoptée tant que de rigoureuses études scientifiques sur l’environnement, la santé humaine et les impacts économiques n’auront été effectuées et validées. À mon avis, l’administration environnementale n’a pas effectué d’études scientifiques rigoureuses sur l’environnement, la santé humaine et les impacts économiques. Elle aurait du passer les deux dernières années à faire l’évaluation des impacts là où l’exploitation de ces gaz de schiste a déjà lieu, formant ainsi une base d’information pour la validation. Ils ne l’ont pas fait. Au lieu de cela, ils ont déjà proposé des règlements, ce qui aurait dû être la dernière chose à faire si et seulement si les études avaient été effectuées et validées. Je comprends que la démocratie est compliquée, mais la partie désordonnée ne devrait concerner que la politique, pas la partie scientifique.

 

Vous pouvez visiter la page FRACKING d’EcoWatch en anglais  pour plus d’information sur ce sujet.


[1] Trout Unlimited : http://www.tu.org/

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Par Fabrice Delaye, Natrium, le 31 octobre 2012 (Repris avec l’accord de l’auteur- Initialement publié par Bilan.ch )

Pour mesurer ce qu’a pu être la puissance industrielle des États-Unis, il faut prendre la route qui quitte Pittsburgh vers le sud en suivant la rivière Ohio. Tous les trois ou quatre kilomètres, une aciérie ou une centrale électrique. Gigantesque. Toutes ne fonctionnent pas, cependant. Les premières sont pour la plupart à l’abandon quand elles n’ont pas été démontées, et les secondes, quand elles tournent au charbon, sont à l’arrêt. «Celles qui fument, ce sont les centrales à gaz», explique Daniel Donovan, porte-parole du géant de la production électrique et du gaz naturel Dominion. «Parce qu’ici, aujourd’hui, le gaz naturel est moins cher que la houille.»
Loin d’être une bénédiction comme on pourrait le croire, cette situation est la porte d’entrée vers l’envers du décor du miracle des gaz de schiste. Car l’abondance des gaz de schiste sert de tremplin aux politiciens comme à Wall Street pour affirmer que des prix de l’énergie parmi les moins élevés de la planète sont le prélude de la renaissance industrielle de l’Amérique. Mais pour le moment ce n’est qu’une promesse. Et elle repose sur des mythes.

 Après la ruée vers l’or, déjà les villes fantômes

Le boom spectaculaire des gaz de schiste a commencé il y a environ six ans grâce à la combinaison de deux nouvelles technologies. La fracturation hydraulique, ou fracking, a permis d’abord d’amener de la pression pour extraire des couches de schiste le gaz naturel qui y est prisonnier mais qui ne remonte pas tout seul, comme dans les gisements classiques. Les forages multidirectionnels et horizontaux ont augmenté les rendements extraits de ces couches géologiques étendues mais souvent minces. Bien sûr, pour extraire les gaz de schiste, il faut beaucoup d’eau et des produits chimiques, ce qui a fait bondir les écologistes qui redoutent la pollution des nappes phréatiques. La scène du robinet qui verse du feu à la place de l’eau dans le film Gasland a ainsi capturé les imaginations.
Toutefois, cette scène dit aussi autre chose que la pollution: la profusion. A l’autre bout de la Pennsylvanie, dans la région rurale qui borde l’État de New York, les fermiers n’ont pas résisté aux 12,5% de royalties garanties par les compagnies exploitantes comme Chesapeake. Du coup, phénomène traditionnel de l’économie américaine, on a assisté à une ruée vers l’or des gaz de schiste. Mais ce boom est suivi maintenant par un «bust», un effondrement. Dans cette région, un millier de forages sont à l’arrêt.
Le phénomène est plus général. Après un investissement dans les forages de 126 milliards de dollars par les 50 premières compagnies du secteur pétrole et gaz des États-Unis au cours des six dernières années, le fracking est en crise. En témoignent les derniers résultats trimestriels des principaux fournisseurs: Halliburton, Baker Hughes et Schlumberger. «Nous perdons notre chemise», a même commenté récemment Rex Tillerson, le CEO d’Exxon Mobil, qui a payé 41 milliards de dollars en 2010 pour le spécialiste des gaz de schiste XTO. Le fameux magnat texan du pétrole T. Boone Pickens s’est, lui, exclamé en plein conseil d’administration cet été: «Il faut arrêter de forer!», selon le New York Times.
«Deux phénomènes se sont rejoints, explique Daniel Donovan. D’une part, les températures douces de l’hiver dernier ont diminué la demande, d’autre part le forage multidirectionnel a abouti à une production plus importante que prévue.» Du coup, les prix se sont effondrés de 60% depuis 2008 pour naviguer entre 2 et 3,5 dollars le million de BTU (British Thermal Unit, l’unité du gaz naturel aux États-Unis). Et comme tout va très vite en Amérique, on évoque maintenant des villes fantômes dans ce qui était il y a encore six mois l’eldorado des gaz de schiste.

À la source de la réindustrialisation

Pourtant, l’histoire ne s’arrête de loin pas là. Non seulement les consommateurs de gaz américains bénéficient de tarifs particulièrement bas, mais le gaz naturel étant un hydrocarbure, c’est une ressource précieuse pour toutes sortes d’usages qui vont bien au-delà du chauffage. C’est pour cela que la ruée des gaz de schiste s’est maintenant déplacée au cœur des Appalaches, à la frontière sud de la Pennsylvanie, de l’Ohio et de la Virginie occidentale. A Natrium, très précisément.
Dans cette localité, qui doit son nom à la désignation du sodium dans la table périodique des éléments, Dominion vient de dépenser un demi-milliard en dix mois pour construire ce qui sera à la fin de l’année la plus grande raffinerie de gaz de schiste des États-Unis. Et, ce qu’ici tous espèrent, l’amorce d’une reconquête industrielle.
Casque sur la tête, Tommey Gump, le superintendant des opérations de liquéfaction du gaz chez Dominion, explique pourquoi il est nécessaire de raffiner les gaz de schiste qui pullulent dans cette région minière. Le gigantesque gisement de gaz de schiste Marcellus, qui s’est formé au dévonien, court entre 1000 et 2000 mètres de profondeur sous les Appalaches depuis la Virginie occidentale et l’Ohio au sud jusqu’au milieu de l’Etat de New York au nord, après avoir traversé la Pennsylvanie. Dessous et plus à l’ouest, cette formation, dont les réserves sont estimées à 3 trillions de mètres cubes de gaz, en recouvre une autre baptisée Utica, qui en contient un autre trillion. Ce n’est donc pas loin du tiers des réserves de gaz de schiste des États-Unis (13,6 trillions de mètres cubes) que l’on trouve dans cette immense région.
Mais il y a une différence essentielle entre le gaz qu’on extrait au nord et celui qui commence à être exploité au sud de la formation Marcellus. Le premier est dit «dry» tandis que le second est qualifié de «et». Cela signifie que les premiers gisements contenaient surtout du méthane, dont l’usage est d’abord destiné au chauffage domestique. Pas vraiment de quoi lancer une renaissance industrielle. Par contre, dans la région de Natrium, les gaz de schiste ont un contenu élevé en hydrocarbures lourds. A partir de cette ressource, la raffinerie de Natrium va produire différents gaz tels que butane, isobutane, propane et éthane qui, eux, sont destinés à des usages industriels.
Des différentes tours de craquage de chacun de ces gaz que désigne Tommey Gump, c’est celle qui doit produire l’éthane qui retient le plus l’attention. Ce gaz liquéfié est, en effet, le précurseur de l’éthylène, lui-même source de nombreux plastiques. On y est! Cette «renaissance industrielle» que vendent aujourd’hui tant Wall Street que les candidats à la présidence est chimique. L’énergie bon marché n’est pas le sujet. Ce n’est pas parce que le gaz naturel est cinq ou six fois moins cher à New York qu’à Genève que l’industrie quitterait les pays à bas coûts pour revenir aux États-Unis. Certes, l’équation est plaisante et, au cœur de ce «rust belt» qui recouvre les fameux Etats indécis que sont précisément la Pennsylvanie et surtout le déterminant Ohio, tant Barack Obama que Mitt Romney tapent sur ce clou. Mais en matière industrielle, les décisions d’implantation répondent à des critères un peu plus subtils que la facture de gaz.

Le mythe de la compétitivité énergétique

A Chicago, Harry Moser est un militant de la relocalisation manufacturière aux Etats-Unis. Cet ancien directeur de l’entreprise genevoise AgieCharmilles aux États-Unis est même l’initiateur de la Reshoring Initiative, qui veut «ramener l’industrie à la maison». Pourtant, il n’achète pas la fable de la compétitivité énergétique des gaz de schiste. «Les coûts énergétiques ne représentent pas plus de 2% des coûts totaux dans la production manufacturière, lâche-t-il. Passer de 2 à 1% n’est pas suffisant pour motiver une relocalisation.» Mais le patron du groupe chimique belge Solvay n’expliquait-il pourtant pas, il y a peu, au quotidien Les Echos que s’il produisait aux États-Unis sa facture de gaz ne serait que de 200 millions d’euros au lieu de 500 en Europe? «C’est parce que Solvay est un groupe chimique»,  répond Harry Moser. «Non seulement c’est une industrie plus intensive en énergie mais surtout, elle utilise les hydrocarbures en tant que matières premières pour produire des plastiques.»
De fait, les exemples qui sont généralement avancés pour affirmer que les gaz de schiste vont faire revenir l’industrie aux États-Unis sont essentiellement chimiques. Le principal est celui de la construction par Dow Chemical, à Freeport au Texas, d’une usine d’éthylène de 1,7 milliard de dollars (soit 0,01% de la production industrielle des Etats-Unis, qui représente 12% du PIB). Encore une goutte d’eau pour affirmer une renaissance industrielle.
Pour autant, Harry Moser identifie d’autres facteurs qui sont effectivement de nature à ramener des emplois industriels aux États-Unis. Le principal c’est qu’entre une croissance débridée d’un côté et une grande récession de l’autre les différences salariales entre la Chine et les États-Unis se sont atténuées ces dernières années. «Depuis huit ans, les salaires chinois augmentent de 15% par an et la devise s’apprécie de 6%. Cela signifie que les salaires chinois représentent maintenant entre 15 et 20% de ceux des Américains. Toutefois, ces derniers ont une productivité trois fois plus élevée, si bien que lorsque vous mettez dans la balance les coûts liés au transport, la logistique, etc., la différence n’est plus si grande.»
Certes, mais la productivité chinoise peut augmenter. Et Harry Moser considère lui-même que les industries très intensives en main-d’œuvre, comme le textile ou l’assemblage électronique, ne reviendront pas. A cela s’ajoute une autre difficulté: le manque de techniciens et d’ouvriers qualifiés. On ne perd pas pendant des décennies des emplois industriels sans les savoir-faire qui vont avec. Or le système éducatif américain pêche au plan de l’apprentissage.

Les chimères de la machine à créer des jobs

Cette question de la qualification nous ramène à Natrium, au gaz de schiste et à la promesse de Mitt Romney de ramener des millions de jobs manufacturiers et à celle, plus raisonnable, de Barack Obama de voir le gaz créer 600 000 emplois d’ici à 2020 après en avoir généré 60  000 depuis cinq ans.
Devant un réservoir géant de propane, Timothy Greenier, le chef du chantier de Natrium, explique que lire la suite ici.