Révision du code minier : Pétition                                                     (!) Info minute – Revue de Presse

24 MAI BELLEGARDE NON AUX FORAGES NDGSFaut-il se méfier de l’eau qui dort ? Dans nos massifs et vallées, l’eau ne dort pas. Elle circule dans le karst à travers une multitude de réseaux connus de l’homme ou pas et finit par rejaillir pour alimenter sources, torrents et rivières. Une eau précieuse, un bien commun, mais trop souvent victime de pollution et marchandisation.

Une eau que le titulaire du permis des Moussières[1] voudrait puiser dans les réserves communautaires pour stimuler un réservoir de pétrole.

La Chandelière ça vous dit quelquechose? Ce site est mentionné dans les documents du permis des Moussières accordé par l’administration en mars 2008. C’est là, près de Hauteville Lompnes, sur les communes de Corcelles et Lantenay que la société britannique Celtique voudrait aller forer pour tirer un hypothétique pétrole qu’il faudrait ensuite transporter par camion jusqu’à la raffinerie de Lyon/Feyzin distante de plus d’une centaine de kilomètres !

Ce permis, tout comme celui de Gex[2] avait été accordé par le ministère de l’industrie sans aucune consultation de la population ni des élus, qu’ils soient municipaux, départementaux ou régionaux. Depuis, que ça soit dans l’Ain, dans le Jura, dans les pays de Savoie, population et élus se sont constitués en collectifs pour examiner des projets soumis par les titulaires de ces permis[3] et finalement exprimer leur ferme opposition[4] à leur développement.

pétrolier gaziers industriels twPromesses et mensonges[5] se sont multipliés depuis plus de cinq ans et à de nombreuses reprises nous avons dit NON à ces projets[6], dangereux pour notre environnement, pauvres en création d’activités et revenus, dévalorisant pour le foncier, alors que nos pays se sont engagés dans des politiques de préservation de la nature, de développement touristique et agricole raisonnés et ambitionnent une véritable transition énergétique qui a démarré dans les faits[7]. Investir dans l’énergie, bien évidemment, mais pas dans le pompage de produits fossiles aux stocks limités et producteur de carbone.

Le 24 Mai à Bellegarde disons à nouveau Non au renouvellement des permis des Moussières et de Gex !

lantenay3CHB AixA de nombreuses reprises, populations et élus ont exprimé leur refus de ces permis., lors de rassemblements, sous la pluie à Lantenay en octobre 2011[8], dans le froid à Saint-Julien-en-Genevois en février 2012[9] à Bourg-en-Bresse[10] au printemps 2012 , au bord du Lac d’Aix-les-Bains[11] à l’automne 2012, à Nantua en mars 2013[12] pour s’opposer déjà à la demande de renouvellement ainsi qu’à Saint-Claude en octobre dernier[13].

NON c'est NON forage pétrole gaz de schiste -Saint Julien Fev 2012 2Cette opposition a par ailleurs été clairement signifiée aux autorités préfectorales[14] puis ministérielles lors d’un rendez-vous au ministère de l’Écologie fin 2012.

Le permis des Moussières à fait l’objet d’une demande de renouvellement pour une deuxième période. Le dossier a été jugé recevable par l’administration centrale et transmis au préfet de l’Ain pour coordonner son instruction. La DREAL[15][16] tout comme le Préfet a donné un avis défavorable[17]. Le Préfet jugeant publiquement que « les inconvénients seraient plus importants que les avantages[18] ».

+  L’administration doit se prononcer d’ici mi-juin 2014 : En effet le ministère de l’Ecologie devra décider s’il rejette cette demande de prolongation de permis. Demandons donc à Ségolène Royale nouvelle est quatrième ministre du quinquennat se signer le rejet de ses permis.+  La manifestation du 24 Mai à Bellegarde sur Valserine sera aussi l’occasion de demander le rejet de l’ensemble des demandes de permis de recherche hydrocarbure toujours en attente.
 Alors que le GIEC sortait ce dimanche de nouvelles conclusions de ses travaux[19], il est plus qu’urgent d’agir et ne point s’enferrer dans le fossile ! Mobilisons-nous !

 PLUS D’INFO PRATIQUES A VENIR ICI ==> MANIFESTATION

fracking free Europe

[1] http://stopgazdeschiste.org/permis-moussieres
[2] http://stopgazdeschiste.org/permis-gex
[3] Rencontre régionale des collectifs contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux 15-16 décembre 2012
[4] Forages hydrocarbures, non au renouvellement du permis des Moussières le 16 mars 2013 à Nantua
[5] Permis des Moussières lorsque les pétroliers désinforment
[6] Le collectif écrit aux députés et sénateurs
[7] Vers 25 territoires à énergie positive en Rhône-Alpes
[8] Le Progrès : Lantenay, les opposants aux forages pétroliers se font entendre
[9] En Haute-Savoie les gens ne veulent pas des gaz de schiste
[10] Samedi 14 avril 2012: 1500 personnes à Bourg-en-Bresse pour dire non aux forages hydrocarbures
[11] 2500 personnes à Aix-les-Bains pour dire non aux forages hydrocarbures et autres gaz de schiste
[12] Manifestant de Nantua trois mille citoyens entendus jusqu’à Paris
[13] Saint-Claude rassemblement interrégional massif pour la journée contre la fracturation hydraulique et l’extractivisme
[14] Permis des Moussières non aux forages soutenons nos élus convoqués en sous-préfecture de Nantua
[15] Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement
[16] Renouvellement du permis de recherche d’hydrocarbures des Moussières avis défavorable du préfet
[17] Voix de l’Ain : Le préfet de l’Ain a émis un avis négatif au projet de la Celtique petroleum
[18] Le Progrès : Le préfet fait un premier pas vers le refus d’exploration des gaz de schiste
[19] Le Monde : Réchauffement, une révolution économique est nécessaire

Article repris ici avec la très aimable autorisation de son auteure, la journaliste

Un ancien dirigeant du groupe pétrolier américain Mobil Oil explique son opposition radicale aux forages de gaz et d’huile de schiste. Il pointe les pollutions massives, l’impact important sur le climat, les ressources limitées et appelle à sortir des énergies fossiles.

Au temps de la guerre froide, on l’aurait qualifié de transfuge. Ancien vice-président exécutif du groupe pétrolier Mobil Oil, Louis Allstadt est devenu un opposant résolu à l’exploitation des gaz et des pétroles de schiste (voir par exemple ici cette audition publique). Aujourd’hui retraité, il a dirigé des opérations d’exploration et de production de l’entreprise après avoir été en charge de ses activités d’approvisionnement, de commerce et de transport pour le monde. Il a également supervisé, côté Mobil, la fusion de son entreprise avec la société Exxon – Exxon Mobil est aujourd’hui l’un des plus grands groupes mondiaux. Au total, Louis Allstadt a travaillé trente et un ans dans les hydrocarbures.

Mediapart a pu l’interroger pendant près d’une heure, par Skype et en public, dans le cadre d’une discussion qui a suivi la projection du film de Lech Kowalski Holy Field Holy War (voir ici), début avril. Nous publions ci-dessous la retranscription de cette conversation, complétée par un échange par email.

Dans cet entretien, il s’inquiète en particulier des fuites de méthane, un puissant gaz à effet de serre, lors des forages de gaz de schiste. Des chercheurs viennent de mesurer des taux de fuite très supérieurs aux estimations de l’agence américaine de protection de l’environnement (voir ici leur article).

Pourquoi vous opposez-vous à l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste, vous, un ancien cadre dirigeant de l’industrie pétrolière ?  

Louis Allstadt. J’ai pris ma retraite de l’industrie pétrolière et gazière en 2000. Je n’ai aucune intention de travailler de nouveau dans ce secteur. Il y a six ans environ, des amis m’ont demandé s’il était possible de forer en toute sécurité des puits de gaz à seulement 150 mètres du lac qui fournit l’eau potable de notre village. J’ai d’abord trouvé très étrange de vouloir forer aussi près.

Puis je me suis plongé dans les différences technologiques entre la fracturation hydraulique et les méthodes des forages conventionnels. La fracturation hydraulique utilise de 50 à 100 fois plus d’eau et de produits chimiques que les anciens forages conventionnels. Son infrastructure industrielle est aussi beaucoup plus importante. Le problème des déchets est majeur : il faut environ 20 millions de litres d’eau et environ 200 000 litres de produits chimiques pour fracturer. Un tiers environ de ces liquides ressort du puits chargé de métaux lourds. Ce sont des déchets toxiques et pour une part radioactifs. Le lien a été fait entre leur stockage sous pression, dans les puits d’injection, et des tremblements de terre à proximité. La moindre fuite crée un sérieux problème aux réserves d’eau potable.

Les riverains de forages par fracturation hydraulique sont victimes de nuisances importantes. Il existe des procédés de recyclage de l’eau usée qui permettent de consommer 30 % d’eau « fraîche » en moins. Mais il faut quand même énormément d’eau. Des progrès ont aussi été accomplis dans la réalisation des puits, permettant de réduire les fuites de méthane. Mais ces améliorations sont bien faibles au regard de la force brutale de cette technologie.

Au bout de quelques années, je suis arrivé à la conclusion que cette technologie ne peut pas être utilisée sans dommage, en particulier à proximité de là où des gens vivent et travaillent. Or je me suis rendu compte que les réglementations étaient très limitées. La loi américaine autorise par exemple les exploitants à garder secrète la composition des produits chimiques qu’ils utilisent pour forer. Elle autorise également les forages très près des écoles et des bâtiments publics. J’espère donc que vous aurez de bien meilleures lois que nous.

À quoi servent les gaz et huile de schiste aux États-Unis ?

Le gaz de schiste n’est pas différent du gaz conventionnel. C’est chimiquement la même chose. Pareil pour le pétrole. Le gaz, qu’il provienne d’un forage par fracturation hydraulique ou d’un forage conventionnel, passe par les mêmes tuyaux, les mêmes gazoducs et sert de la même manière au chauffage des logements, à produire de l’électricité, à cuisiner. Aujourd’hui les principales sources d’énergie aux États-Unis sont le pétrole, qui sert principalement dans les transports (essence, diesel, carburant aérien) et un peu pour le chauffage. Le charbon est utilisé pour produire de l’électricité. Les pourcentages des unes et des autres varient en fonction des régions américaines.

L’électricité est beaucoup produite à partir de charbon aux États-Unis, ressource qui émet énormément de gaz à effet de serre, plus que le gaz. Or l’un des arguments des pro-gaz de schiste est d’affirmer que cette méthode réduit l’impact climatique de la production d’énergie. Que leur répondez-vous ? 

Si vous brûlez tout le gaz, vous émettez moins de dioxyde de carbone qu’avec le charbon. Le problème, c’est qu’une grande partie de ce gaz fuit et s’échappe dans l’atmosphère sous forme de méthane, qui est 80 à 100 fois pire, en pouvoir de réchauffement, que le CO2 pendant les vingt ans qui suivent son rejet. Ces fuites sont un gros problème. Et elles rendent en réalité le gaz pire que le charbon. Des études sur les champs de production indiquent un taux de fuite dans l’atmosphère qui peut atteindre 6 %. Sous les rues des grandes villes, les vieux tuyaux qui fournissent le gaz aux logements et aux bâtiments fuient quant à eux de 3 à 5 %. S’y ajoutent les fuites des stations de compression, et celles qui se produisent chaque fois que vous allumez votre gazinière. Or il suffit de 1 à 1,5 % de fuite pour que le recours au gaz soit aussi mauvais que le charbon en matière d’émission de gaz à effet de serre.

Donc, même s’il semble que brûler du gaz soit plus propre que brûler du charbon, c’est faux. On ne le sait que depuis ces dernières années. Je dois dire que cela m’a surpris lorsque je l’ai découvert. Tous les tests réalisés jusqu’ici indiquent que nous avons un très gros problème.

L’exploitation du gaz et des huiles de schiste constitue une activité importante aux États-Unis aujourd’hui. L’Europe peut-elle être un nouvel eldorado ?

Action Dindons Jouarre pétrole de schisteVous pouvez probablement apprendre de ce qui s’est passé aux États-Unis. Au départ, les entreprises gazières prétendaient que là où il y a du gaz de schiste, vous pouvez bâtir un puits et en extraire du gaz. Pendant quelques années, des puits de forage sont effectivement apparus là où se trouvaient des gisements de gaz. Ce qu’on a découvert, c’est que ce gaz n’est pas présent partout dans le sous-sol, mais seulement en quelques endroits d’un potentiel gisement, ce qu’on appelle des « sweet spots », des « parties tendres ». Donc l’exploitant qui tombe sur une « partie tendre » peut très bien s’en sortir. Mais ceux qui ne les ont pas trouvées ne s’en sortent pas si bien.

Par ailleurs, les premières estimations de l’étendue des réserves gazières ont été très surestimées. Au départ, il se disait que les États-Unis pouvaient avoir dans leur sous-sol l’équivalent de cent ans de consommation de gaz. Maintenant, on ne parle plus que de vingt ans ou moins. Je ne connais pas précisément la situation des réserves européennes. Mais je crois qu’il va se passer la même chose que pour le reste des extractions de minerais : le produit est concentré en certains rares endroits, et il ne sera pas rentable d’exploiter le reste. Regardez la décision que vient de prendre Shell, un des plus gros groupes pétroliers au monde : ils réduisent leur engagement financier et en main-d’œuvre aux États-Unis dans le pétrole de schiste. C’est emblématique des difficultés rencontrées par d’autre majors (voir ici à ce sujet, ndlr).

Autre argument des défenseurs des forages de gaz et de pétrole de schiste : permettre l’indépendance énergétique des États-Unis. N’est-ce pas à vos yeux un horizon qui compte ?

Prise de vue depuis le campement d'Occupy Chevron en Pologne.C’est ce que disaient les entreprises au départ. Elles le disent toujours parfois. Mais cet argument ne se justifie vraiment pas. Les puits de pétrole et de gaz de schiste s’épuisent très vite. En un an, la rentabilité peut décliner de 60 %, alors que les gisements conventionnels de gaz déclinent lentement et peuvent rester productifs 40 ans après le début du forage.

L’autre aspect, c’est que les forages visent les « parties tendres ». Quand elles sont épuisées, d’autres emplacements moins productifs doivent être forés. Cela ne semble pas promettre des horizons d’indépendance énergétique aux États-Unis. Au contraire, je pense qu’ils vont recommencer à importer du gaz d’ici la fin de la décennie. Les États-Unis ne sont pas indépendants énergétiquement et ne le deviendront pas grâce aux forages de gaz et d’huile de schiste. Même s’ils deviennent le plus gros producteur mondial de pétrole, ils continueront à en importer d’énormes quantités.

Quant aux emplois créés, ils ne bénéficient pas aux riverains des forages, mais profitent à des spécialistes venus du Texas ou d’Oklahoma ou d’ailleurs, qui ne restent que tant que dure le forage, et partent ensuite. Ils sont en général de courte durée. 

Si le bilan des gaz et huile de schiste est si mauvais, pourquoi l’exploitation se poursuit-elle aux États-Unis et pourquoi Barack Obama en fait-il une telle promotion, notamment lors de son voyage officiel en Europe le mois dernier ?

Je pense que la position du président Obama est fortement influencée par son nouveau secrétaire à l’énergie, Ernest Monizqui est favorable à la fracturation hydraulique. Par ailleurs, l’information sur la quantité des fuites de méthane dans l’atmosphère et leur impact sur le climat est relativement récente. Il faut du temps aux gouvernements pour absorber l’information et changer de stratégie.

C’est aussi une question géopolitique en lien avec ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine. Je serais surpris que les États-Unis exportent de grandes quantités de gaz. Certaines entreprises veulent en exporter, sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL), parce que le prix du gaz est plus élevé en Europe et en Asie. Mais je n’y crois pas. Nous n’avons pas à ce jour de terminal d’exportation gazière. Peut-être un ou deux seront construits un jour, mais ils coûteraient beaucoup d’argent. Le transport par mer de gaz liquéfié coûte aussi très cher. Ce serait donc un investissement très risqué. Il n’y aura pas assez de gaz pour maintenir une activité d’exportation sur le long terme.

En France et en Europe on parle beaucoup de transition énergétique. Les États-Unis pourraient-ils répondre à leurs besoins d’énergie sans les gaz et huiles de schiste ?

La clé à long terme, c’est le passage aux énergies renouvelables : éolien, solaire, hydraulique. C’est la seule solution. Les hydrocarbures faciles et bon marché ont déjà été exploités. Il ne reste plus que les gaz et huile de schiste – mais leur production va décliner – et les gisements non conventionnels, en eau profonde et dans l’Arctique – mais ils coûtent extrêmement cher. Les renouvelables doivent donc très vite commencer à remplacer les fossiles. 

Si vous prenez en compte les externalités des carburants fossiles (le coût de leurs impacts sur l’environnement, ndlr), le coût important de la protection des régions côtières, des inondations, et des autres effets du dérèglement climatique, les énergies renouvelables sont d’ores et déjà compétitives. Car avec les hydrocarbures, il faut payer deux fois : une fois à l’achat, et ensuite en impôts pour rembourser les dommages qu’ils causent.

L’opinion publique américaine est-elle favorable ou opposée aux gaz et huiles de schiste ?

Aux États-Unis, les sondages peuvent dire tout et son contraire. Sur les études les plus crédibles, il semble qu’environ 40 % des personnes interrogées sont opposées à la fracturation hydraulique, environ 40 % y sont favorables et 20 % indécises. Il faut comprendre qu’aux États-Unis, les propriétaires fonciers sont aussi les détenteurs des droits miniers. Si bien que les propriétaires de terres ont tendance à être favorables aux forages des gaz de schiste car ils y peuvent toucher des droits et des recettes grâce à la location de leurs terres. C’est différent dans la plupart des autres pays. Les voisins de forages de gaz de schiste qui ne possèdent pas beaucoup de terrain ont tendance à s’inquiéter du sort des déchets issus de ces forages. Ainsi que du trafic routier intense des camions qui vont et viennent des puits. 

Vous considérez-vous comme un lanceur d’alerte ?

Je ne m’étais pas formulé les choses ainsi. Peut-être. Sauf que je ne dis rien qui ne soit déjà bien connu dans l’industrie des hydrocarbures, ce qui ne correspond donc pas à la définition exacte de ce qu’est un lanceur d’alerte.

Comment l’industrie énergétique a-t-elle réagi à vos déclarations ?

Ils ont été étonnamment silencieux. Ils n’ont rien répondu, en fait.

Vous semblez être passé d’une critique des gaz et huiles de schiste à une critique plus générale de l’utilisation des énergies fossiles en raison de leurs effets néfastes sur le climat.  

Tout à fait. Je me suis d’abord inquiété des effets locaux des exploitations des gaz de schiste là où j’habitais. Puis au fil des ans, je me suis beaucoup moins inquiété pour les forages car les recherches indiquent que les réserves ne sont vraisemblablement pas si importantes. Je suis aujourd’hui beaucoup plus inquiet des effets des gaz et huiles de schiste sur le dérèglement climatique. Peu importe où vous forez, peu importe d’où vous émettez : les gaz rejetés vont dans l’atmosphère et créent un problème pour nous tous, quel que soit votre lieu de vie.

Pensez-vous qu’il faut aujourd’hui sortir du pétrole ?

Ce n’est pas si simple d’en sortir. Cela prendra du temps. Mais nous devons commencer à emprunter cette voie. Les coûts des renouvelables baissent. Leur viabilité augmente assez vite. Notre approvisionnement énergétique doit changer. Nous devons remplacer les énergies fossiles aussi vite que possible par les renouvelables.

Cet entretien a eu lieu par skype et en public le 2 avril dernier, au cinéma l’Entrepôt à Paris.

Remerciements à Lech Kowalski, Odile Allard et au cinéma l’Entrepôt pour l’organisation de cette discussion. Merci également à Émilie Saada pour la traduction. 

ARTICLE PUBLIE ICI SUR MEDIAPART.

Révision du code minier : Pétition                                                     (!) Info minute – Revue de Presse

Ce matin, à Daneshill, non loin de Retford ville du Nottinghamshire en Angleterre, après avoir escaladé la structure de 15 mètres, un militant anti- fracking s’est « verrouillé » sur le haut d’une tour de forage. Ce site d’exploration de gaz de couche est exploité par Dart Energy.

Will Daneshwill gaz de couche dart energyCette action directe à entrainé la suspension des travaux de recherche du méthane contenu dans la roche de charbon explorée par la compagnie Dart Energy.

Déjà, il y a plusieurs semaines, le manifestant nommé Will avait « occupé » le portail d’entrée du site pour empêcher la circulation des véhicules dans la zone.

Avec la complicité d’autres militants qui détournaient l’attention, Will a pu franchir la barrière tôt ce matin et grimper sur la tour avant de s’y verrouiller.
La Police est arrivée sur place pour « maintenir l’ordre » et tenter de négocier avec les manifestants.

Daneshill15042014Will a déroulé une grande banderole avec l’inscription «NO FRACKING » sur cette plate-forme où le forage avait commencé la semaine dernière.

Peter Kennedy, un militant du collectif « Frack Free » a déclaré : " Will s’est verrouillé sur la plate-forme suite aux graves préoccupations liées à l’impact de l’extraction de gaz sur l’environnement et les communautés locales. Son action fait suite à la publication d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques, lequel appelle à un quadruplement de l’utilisation des sources d’énergie renouvelables et de la réduction massive de l’utilisation des combustibles fossiles. Or des milliards de livres sterling risquent d’être consacrés à la construction de l’infrastructure nécessaire à cette ruée vers ce gaz sale, ce qui nous enfermerait pour une nouvelle génération dans l’utilisation des combustibles fossiles. Cet argent serait bien mieux utilisé si on le consacrait au développement des énergies propres et vertes dont nous avons désespérément besoin "

De son côté Dart Energy a déclaré à plusieurs reprises « ne pas avoir l’intention de pratiquer la fracturation hydraulique à Daneshill » et qu’ils « évacueront dès que les tests de production de méthane auront été conduits ».

En France, cette histoire rappelle celle de l’occupation de la plate forme de Hess Oil à Jouarre. Elle rappelle aussi la mobilisation dans le Nord contre les mêmes projets d’exploitation de gaz de couche. Nous sommes solidaires des habitants et militants de cette région de l’Angleterre qui luttent contre le développement de ces projets fossiles.

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Mise à jour : 9h00 plus tard, l’occupation de la tour de forage se poursuivait.Will occupy Daneshwill rig gaz de couche dart energy 3Will occupy Daneshwill rig gaz de couche dart energy 4

Il est ensuite redescendu sain et sauf et a été embarqué au poste de POLICE. Cette incursion sur le site de forage avait été rendue possible grâce à la complicité d’autres militants. Prétextant la "fête de la lune rousse", ils avaient réussi à déjouer l’attention de la sécurité pendant que Will, déguisé en Robin des bois, franchissait la palissade à l’aide d’une échelle en bois avant d’aller gravir la tour de forage.

Bien vu les Anglais! Bien joué l’Écossais!

Révision du code minier : Pétition                                                                   (!) Info minute – Revue de Presse

LA POLOGNE "ELDORADO DU GAZ DE SCHISTE"?

europe-full-a-pologne-enTotal n’a pas renouvelé son unique permis d’exploration de gaz de schiste en Pologne, devenant ainsi la cinquième compagnie pétrolière internationale à renoncer, a annoncé le ministère polonais de l’Environnement. "Total avait un permis d’exploitation dans l’est de la Pologne, près de Chelm, qui a expiré le 1er avril", a déclaré à Reuter Pawel Mikusek, porte-parole du ministère de l’Environnement. "Ils ne l’ont pas renouvelé."

On s’en souvient la Pologne avait lancé il y a trois ans déjà son offensive dans le gaz de schiste. Le Premier ministre Donald Tusk promettait à l’époque, non sans avoir bafoué la réglementation européenne en matière d’attribution de marché, une exploitation à l’échelle commerciale pour 2014,

Que ne promettait-on pas il y a trois ans : La Pologne "première réserve de gaz de schiste d’Europe", suivie de la France. De véritable gisements hydrocarbures dignes du pétrole du Qatar sous nos pieds!

Mais la révision à la baisse des réserves de gaz, un environnement réglementaire flou et les premiers résultats médiocres des quelques forages effectués ont eu raison de l’engagement des compagnies américaines Marathon Oil, Talisman Energy et Exxon Mobil ainsi que de l’italienne Eni.

tumblr_occupychevronzurawlowCes défections successives laissent Chevron seul en lice pour explorer le sous-sol polonais à la recherche de gaz de schiste. Dans l’Est de la Pologne dans des régions agricoles, comme à Zurawlow, il existe des paysans qui résistent contre l’intrusion de Chevron sur leurs terres.

A l’heure où le GIEC sort son 5° rapport encore plus alarmant que les 4 premiers, il est grand temps que la plaisanterie cesse et que la riche Europe serve de modèle en engageant tout de suite une vigoureuse et vitale transition énergétique.

 (!) Info minute – Revue de Presse

naomi kleinPar Naomi Klein – Publié dans le Guardian le 10 Avril 2014. Traduit par nos soins.

 

Du changement climatique à la Crimée, la suprématie de l’industrie du gaz naturel pour exploiter la crise à des fins mercantiles et privées- ce que j’appelle la doctrine du choc .

 Fracking in a Colorado valleyLa façon de battre Vladimir Poutine est d’inonder le marché européen avec du gaz naturel extrait par fracturation hydraulique (ndt « gaz de schiste ») aux Etats-Unis, ou tout du moins c’est ce que l’industrie souhaite nous faire croire. Dans le cadre de l’escalade de l’hystérie anti-russe, deux projets de loi ont été introduits au Congrès américain – l’un à la Chambre des Représentants, l’autre au Sénat – une tentative d’accélérer les exportations de gaz naturel liquéfié ( GNL), tout ceci au prétexte d’aider à l’Europe à se sevrer des combustibles fossiles de Poutine, et pour le renforcement de la sécurité nationale des États-Unis.

 Selon Cory Gardner, membre républicain du Congrès qui a présenté le projet à la Chambre, "s’opposer à ce projet de loi c’est comme ne pas répondre à un appel d’urgence de nos amis et alliés[1]". Cela pourrait être vrai – aussi longtemps que vos amis et alliés travaillent à Chevron et Shell, la situation d’urgence étant la nécessité de maintenir les bénéfices à la hausse dans un contexte de baisse de la production de pétrole et de gaz conventionnels.

Pour que ce stratagème fonctionne, il est important de ne pas regarder de trop près les détails. Il s’agit notamment du fait que la majeure partie de ce gaz ne rejoindra probablement pas à l’Europe – puisque cette proposition de loi permet la commercialisation de ce gaz sur le marché mondial à n’importe quel pays membre de l’Organisation mondiale du commerce.

Il s’agit également du fait que pendant des années, l’industrie a vendu le message que les Américains doivent accepter les risques engendrés par le fracking (fracturation hydraulique) sur leurs terres, dans l’eau et l’air afin d’aider leur pays à atteindre «l’indépendance énergétique». Et maintenant, soudainement et sournoisement, l’objectif devient la «sécurité énergétique», qui semble signifier la vente d’une surabondance temporaire de gaz de schiste sur le marché mondial, générant la dépendance énergétique dans ces pays étranger.

Mais et surtout, il est important de ne pas mettre en évidence que la construction de l’infrastructure nécessaire à l’exportation du gaz à cette échelle nécessiterait de nombreuses années – un terminal méthanier constitue à lui seul un projet pouvant atteindre un coût de 7 milliards de dollars, il doit être massivement alimenté par un réseau de pipelines et de stations de compression, il nécessite sa propre centrale pour produire l’énergie nécessaire à la liquéfaction du gaz. Au moment où ces gigantesques projets industriels seront effectivement en place et en état de fonctionnement, l’Allemagne et la Russie pourraient bien être devenus les meilleurs amis. Mais d’ici là, qui se souviendra que la crise en Crimée a été le prétexte pris par l’industrie du gaz pour accomplir ses vieux rêves d’exportation, quelles que soient les conséquences pour les populations touchées par la fracturation hydraulique et alors que la planète est en train de cuire.

J’appelle ce talent d’exploiter les crises à des fins privées « la doctrine du choc », et elle ne montre aucun signe d’essoufflement. Nous savons tous combien la doctrine du choc fonctionne: en temps de crise, qu’elle soit réelle ou fabriquée, nos élites sont en mesure de faire adopter des politiques impopulaires et préjudiciables au plus grand nombre sous couvert d’urgence. Bien sûr, on entend s’élever quelques objections – comme celles de climatologues alertant sur le puissant pouvoir de réchauffement du méthane, ou des communautés locales qui ne veulent pas de ces ports d’exportation à haut risque sur les côtes qu’elles chérissent. Mais qui a le temps pour le débat? C’est une urgence! Le centre d’appel des urgences sature! Passer les premières lois, penser plus tard.

De nombreuses industries excellent dans ce stratagème, mais aucune n’est plus habile à exploiter les contextes de crise que l’industrie mondiale du gaz.

urkraine usa fracking gaz de schisteDepuis quatre ans, le lobby du gaz a utilisé la crise économique en Europe pour dire aux pays comme la Grèce que le moyen de sortir de la dette et du désespoir est d’ouvrir leurs belles et fragiles mers aux forages. Et il a utilisé le même type d’argumentaire que celui destiné à faire passer la fracturation hydraulique aux Amérique du Nord et au Royaume-Uni.

Pour le moment, la crise, c’est le conflit en Ukraine. Elle est utilisée comme un bélier pour abattre des restrictions portant sur les exportations de gaz naturel et pour pousser l’accord controversé de libre-échange avec l’Europe. Voilà un sacré deal: multiplication d’accords de libres échanges permettant aux sociétés de polluer les économies et davantage de gaz à effet de serre polluant l’atmosphère – tous ça comme réponse à une crise de l’énergie en grande partie fabriquée.

Dans ce contexte, il faut se rappeler – ironie du sort – que l’industrie du gaz naturel a été très habile à exploiter le changement climatique lui-même.

Peu importe que la solution de l’industrie à la crise climatique soit d’étendre considérablement un processus d’extraction par fracturation qui libère dans l’atmosphère des quantités massives de méthane propices à la déstabilisation du climat. Le méthane est un des gaz à effet les plus puissants – 34 fois plus puissant que le dioxyde de carbone, selon les dernières estimations du Groupe d’experts intergouvernemental sur les changements climatiques. Et ceci sur une période de 100 ans.

Or selon Robert Howarth, biochimiste de Cornell University comptant parmi les plus grands experts mondiaux sur les émissions de méthane, il est bien plus pertinent d’examiner l’impact dans un intervalle de 15 à 20 ans, quand le méthane a le stupéfiant potentiel de réchauffement global 86 à 100 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. "C’est dans ce laps de temps que nous risquons de nous enfermer dans un réchauffement très rapide," a-t-il affirmé mercredi.

Et rappelez-vous: vous ne construisez pas des infrastructures de plusieurs milliards de dollars, sauf si vous prévoyez de les utiliser pendant au moins 40 ans. Donc, nous répondons à la crise de notre réchauffement de la planète en construisant un réseau ultra-puissant de fours atmosphériques. Sommes-nous fous?

Pas que nous ne sachions combien de méthane est effectivement libéré par les forages et la fracturation hydraulique ainsi que l’ensemble des infrastructures. Même si l’industrie du gaz naturel vante ses émissions de dioxyde de carbone "inférieures au charbon!", on n’a jamais mesuré systématiquement ses fuites fugitives de méthane qui se disséminent à chaque étape du processus d’extraction de gaz, lors de la transformation et de la distribution – des tubages de puits en passant par les vannes des condensateurs jusqu’au réseau de distribution fissuré sous les quartiers de Harlem. Dès 1981, l’industrie du gaz elle-même avait développé le concept intelligent du gaz naturel comme «pont» vers un avenir d’énergies propres. C’était il y a 33 ans. C’est un long pont! Et on n’aperçoit toujours pas l’autre rive.

Et en 1988 – l’année où le climatologue James Hansen, dans un témoignage historique, a averti le Congrès de l’urgence causée par le réchauffement global – l’association américaine de l’industrie gazière (American Gas Association) a commencé à vendre explicitement son produit comme une réponse à «l’effet de serre». Elle n’a donc pas perdu de temps, en se vendant comme la solution à une crise mondiale qu’elle avait contribué à créer.

L’utilisation de la crise en Ukraine par l’industrie pour étendre son marché mondial sous la bannière de la «sécurité énergétique» doit être replacée dans le contexte d’une série ininterrompue de crises opportunes. Seulement, cette fois, bien plus d’entre nous savent où se trouve la véritable sécurité énergétique. Merci aux travaux de chercheurs de haut niveau tels que Mark Jacobson et son équipe de Stanford , nous savons que le monde peut, dès 2030, compter sur une énergie produite avec du renouvelable. Et merci aux derniers et alarmants rapports du GIEC, nous savons que cela est maintenant un impératif de survie.

Il s’agit de l’infrastructure que nous avons besoin de construire en vitesse – pas de projets industriels massifs qui nous enfermeraient dans davantage de dépendance aux combustibles fossiles dangereuse pour les décennies à venir. Oui, ces carburants sont encore nécessaires pendant la transition et les stocks d’hydrocarbures conventionnels sont bien suffisants. Les autres hydrocarbures tels que les sables bitumineux et ceux extraits par la fracturation hydraulique ne sont tout simplement pas nécessaires. Comme l’a dit Jacobson dans une interview cette semaine: «Nous n’avons pas besoin de combustibles non conventionnels pour produire l’infrastructure nécessaire à convertir le vent, l’eau et le solaire en énergie propre et renouvelable Nous pouvons compter sur l’infrastructure existante ainsi que la nouvelle infrastructure [de production d'énergie renouvelable] pour fournir l’énergie nécessaire à la production du reste de l’infrastructure propre dont nous aurons besoin … Le pétrole et le gaz conventionnels sont plus que suffisants. "

Compte tenu de cela, c’est aux Européens de transformer leur désir d’émancipation du gaz russe par une demande pour une transition accélérée vers les énergies renouvelables. Une telle transition – à laquelle les pays européens se sont engagés dans le cadre du protocole de Kyoto – peut facilement être sabotée si le marché mondial est inondé avec des combustibles fossiles bon marché issus par fracturation de la roche aux États-Unis. C’est pourquoi, Americans Against Fracking, qui mène la charge contre le traitement accéléré des exportations de GNL, travaille en étroite collaboration avec ses homologues européens pour empêcher que cela se passe.

La réponse à la menace catastrophique du réchauffement est notre impératif le plus pressant. Et nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’être distrait par le dernier stratagème de marketing de crise alimentée de l’industrie du gaz naturel.

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[1] Phrase originale: “opposing this legislation is like hanging up on a 911 call from our friends and allies

(!) Info minute – Revue de Presse

Cette lettre est envoyée aux élus du Conseil Régional Rhône-Alpes par les collectifs rhonalpins opposés à la recherche et l’exploitation de gaz et pétrole de schiste.

Mesdames, messieurs élus du Conseil Régional Rhône-Alpes,


Vous n’ignorez pas que se déroulent actuellement via la Commission Européenne des négociations en vue de la signature de traités de libre-échange tels que :


TAFTA_TTIP gaz de schiste- LE PARTENARIAT TRANSATLANTIQUE DE COMMERCE ET D’INVESTISSEMENT (PTCI) ou « GRAND MARCHE TRANSATLANTIQUE » (GMT) : L’Accord de libre-échange transatlantique (TAFTA en anglais) ou Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI ou TTIP en anglais) est un projet de traité commercial entre l’Union européenne et les États-Unis en cours de négociation depuis juin 2013.
- L’ACCORD ÉCONOMIQUE ET COMMERCIAL GLOBAL (AECG) : L’Accord économique et commercial global (AECG ou CETA en anglais)), a été signé le 18 octobre 2013 entre le Canada et l’Union Européenne et est en attente de ratification par les Etas membres et le Parlement Européen.


Si en eux-mêmes les traités d’échanges et de partenariats peuvent être des opportunités de développement du commerce entre pays, il est impératif qu’ils soient rédigés de façon à établir des échanges équilibrés et qui ne remettent pas en question les règles fondamentales des peuples et des états.


Sans parler des risques d’impacts de ces traités sur notre agriculture et notre souveraineté alimentaire, nos normes et règlements sanitaires, phytosanitaires, alimentaires, environnementaux, culturels ou sociaux, nos collectifs tiennent à vous alerter sur leurs conséquences concernant la recherche et l’exploitation des gaz et huiles de schiste et autres hydrocarbures non conventionnels.


Tant par l’uniformisation des normes environnementales que par le mécanisme de règlement des conflits entre les investisseurs et les États, tels que prévus dans le mandat de négociation donné à la Commission Européenne ou dans l’accord conclu avec le Canada, ces projets menacent l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures par fracturation hydraulique édictée par la loi du 13 juillet 2011.


En effet, même si les éventuels traités ne prévoyaient pas explicitement l’abrogation de cette loi comme « entrave au commerce et à l’investissement », il serait possible à n’importe quelle entreprise pétrolière américaine ou canadienne de déférer la France devant une instance arbitrale privée pour exiger des dédommagements pour les profits qu’elle entendait réaliser avec l’exploitation d’hydrocarbures conventionnels sur notre sol.


C’est ce que vient de faire l’entreprise américaine Lone Pine qui poursuit le gouvernement canadien dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pour plus de 250 millions de dollars US en raison du moratoire du Québec concernant la fracturation hydraulique (1).

Nous demandons donc que le Conseil Régional de la région Rhône-Alpes, comme viennent de le faire entre autres collectivités les Conseil régionaux d’Ile-de-France, de Provence Côte d’Azur, d’Auvergne ou du Limousin, adopte un vœu qui:

  • rejette le projet de Traité de libre-échange transatlantique, alias TAFTA, TTIP ainsi que l’accord économique et commercial global (AECG)
  • demande l’arrêt des négociations sur ces traités du fait de l’absence de contrôle démocratique et de débat public sur les négociations en cours.
  • demande la diffusion publique immédiate de l’ensemble des textes relatifs aux négociations en cours qui représentent une attaque sans précédent contre la démocratie.
  • déclare la Région Rhône-Alpes « hors Grand Marché Transatlantique ».

Confiants dans votre implication contre ce risque grave d’atteinte à notre démocratie, nous vous prions de recevoir nos remerciements anticipés.

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(1)  http://affaires.lapresse.ca/economie/canada/201211/23/01-4597025-lone-pine-poursuit-ottawa.php

(!) Info minute – Revue de Presse

Dix ans après la fermeture de la dernière mine de charbon en France, les bassins houillers du Nord ou de Lorraine font de nouveau parler d’eux. Ils sont le terrain de jeu d’entreprises désireuses d’exploiter du « gaz de couche ». Pour être extrait, ce gaz, contenu dans des couches de charbon profondément enfouies, pourrait nécessiter les mêmes méthodes que celles utilisées pour les hydrocarbures de schiste, avec de lourds impacts environnementaux. C’est le cas en Australie où les mobilisations citoyennes se renforcent. Dans le Pas-de-Calais, les riverains des bassins houillers s’inquiètent et prévoient de manifester le 13 avril.

Avez-vous déjà entendu parler du « gaz de couche » (coalbed methane en anglais) ? Ce gaz n’est autre que du méthane piégé au cœur des veines de charbon des anciennes houillères. Il est principalement exploité aux États-Unis, au Canada et en Australie. Mais d’anciens bassins houillers français dans le Nord-Pas-de-Calais, le Jura, la Lorraine, la Provence et les Cévennes sont dans la ligne de mire des entreprises gazières. Ainsi, l’entreprise britannique European Gas Limited (EGL), qui a racheté l’entreprise publique Gazonor – ex-Charbonnages de France – dispose de plusieurs permis exclusifs de recherches en Lorraine (ici et ), dans le Jura et dans le bassin de Gardanne (Bouche-du-Rhône).

Houille ouille ouilleEst-ce la même chose que le « gaz de mine » à l’origine des célèbres coups de grisou, ces explosions accidentelles dans les mines de charbon ? Non, car ce qui est appelé gaz de mine peut-être récupéré sans forage à l’entrée des mines. Sa teneur en méthane est limitée et son exploitation, bien qu’utile, est peu rentable sans le soutien financier des pouvoirs publics [1]. De son côté, le gaz de couche est constitué très majoritairement de méthane fixé dans le charbon, souvent profondément enfoui au delà de 1000 mètres sous terre. Le gaz, prisonnier des veines de charbon, ne peut-être récupéré en surface comme le gaz de mine.

Un « gaz made in France » promu par le gouvernement

schiste made-in-france gaz de houilleA la différence des projets d’exploitation de gaz et pétrole de schiste auxquels la très grande majorité des élus locaux se sont largement opposés, le gaz de couche suscite une large adhésion. En faisant miroiter un gaz moins cher, une réduction de la facture énergétique, de nouvelles activités industrielles et des perspectives d’emplois, les prospecteurs gaziers semblent avoir convaincu la très grande majorité des élus du Nord-Pas-de-Calais et de Lorraine. Bertrand Péricaud, élu régional communiste, a ainsi présidé une mission d’enquête pour le Conseil régional du Nord-Pas de Calais, en affirmant vouloir gagner « la bataille du gaz de couche ».

Pour l’élu communiste, l’exploitation de ce gaz non conventionnel pourrait attirer dans la région des entreprises très consommatrices de gaz, soucieuses de sécuriser leur approvisionnement et de disposer de prix inférieurs à celui du marché. Une position appuyée par Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, qui considère que ce « gaz made in France, un gaz en marinière en quelque sorte » (sic) pourrait contribuer à réduire « le risque de délocalisation [des industries chimiques] vers des pays où le prix du gaz est très bas ».

En régions, des élus divisés

La mission d’enquête du Conseil régional Nord-Pas de Calais se veut enthousiaste. Avant même tout forage, en se basant sur les estimations de EGL, elle annonce un total de 850 emplois non délocalisables et l’extraction de l’équivalent de 3 % de la consommation annuelle de gaz du pays pendant vingt à trente ans. Une ambition contradictoire avec l’engagement de la région à réduire de 60 % sa consommation énergétique et à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Les élus écologistes nordistes dénoncent « un contresens historique et politique » et ont décidé de claquer la porte de la mission d’enquête, en affirmant « rejeter l’exploration comme l’exploitation du gaz de couche ».

En Lorraine, au contraire, le vice-président écologiste de la région, Daniel Béguin, soutient l’exploitation des gaz de couche. Il affirme qu’il y a besoin de gaz « pour assurer la transition énergétique dans les trente ans à venir ». Ce qui revient à vouloir extraire plus d’énergies fossiles pour pouvoir s’en passer. L’entreprise EGL a obtenu en 2012 des autorisations préfectorales de travaux pour quatre communes en Moselle [2]. Aucune enquête publique et aucune étude d’impact n’ont été menées. Même si l’exploitant a déjà évoqué l’utilisation de la fracturation hydraulique par le passé, il se défend aujourd’hui de vouloir recourir à cette technique. Et affirme qu’il pourra produire du gaz par « simple dépressurisation », en insistant sur la fracturation naturelle du charbon.

Impacts sur la qualité de l’air, de l’eau et du sol

Des craintes relatives aux impacts environnementaux générés par ces exploitations sont cependant émises dans un récent rapport de l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). Le niveau des nappes phréatiques, la qualité des eaux souterraines et de surface, ainsi que celle de l’air et des sols pourraient être affectés. Le rapport pointe également des risques accidentels comme la migration non-maîtrisée de gaz vers la surface. A ce sujet, Roland Pellenq, directeur de laboratoire au CNRS, estime qu’elles sont inhérentes à l’exploitation du gaz non conventionnel, y compris donc les gaz de couche.

Gaz de couche HouilleDans la région Nord-Pas-de-Calais, la résistance locale s’organise. Le collectif citoyen Houille ouille ouille multiplie les initiatives pour alerter la population, les associations et les pouvoirs publics sur les deux permis d’exploration délivrés, pour une surface totale de 1400 km2. Ils font valoir que les documents qui ont justifié la délivrance du permis du Valenciennois d’octobre 2009, et du permis du Sud-Midi de juillet 2010, mentionnaient « la mise en œuvre des techniques de la fracturation hydraulique en fonction de la perméabilité du charbon » [3]. Depuis le vote de la loi d’interdiction de la fracturation hydraulique de juillet 2011, EGL, qui a été récemment rachetée par Transcor Astra Group, filiale de la holding d’Albert Frère – milliardaire et actionnaire de Total – se garde bien d’en faire mention. Néanmoins, le collectif citoyen considère que le doute subsiste et que l’industriel pourrait être tenté d’y revenir une fois les lourds investissements entrepris.

Gaz de couche = fracturation hydraulique ?

A l’initiative d’une lettre ouverte signée par des organisations nationales telles que les Amis de la Terre, Attac France ou la Confédération paysanne, les collectifs citoyens contre les gaz de couche expliquent que partout où le gaz de couche est exploité, la fracturation hydraulique est utilisée. Ainsi, Origin Energy, exploitant du gaz de couche dans le Queensland, en Australie, a annoncé le 11 mars avoir stoppé sa production après la découverte d’amiante dans les fluides de forage résultant de l’utilisation de la fracturation hydraulique.

Toujours en Australie, une nappe phréatique vient d’être polluée par l’entreprise Santos qui exploite un gisement de gaz de couche. Suite à une fuite sur un bassin de rétention contenant les fluides de forage et de fracturation, de nombreux métaux lourds (plomb, aluminium, arsenic, baryum, bore, nickel et uranium) ont été détectés dans l’eau à des niveaux élevés, supérieurs à 20 fois la norme pour l’uranium. L’agence de l’environnement australienne a ouvert une enquête. Sur place, les mobilisations des riverains se renforcent avec le mot d’ordre « Farmers, lock the gate » (Paysans, fermez le portail).

Considérant que « l’heure n’est plus à l’extraction forcenée des énergies fossiles », les collectifs citoyens appellent à manifester le dimanche 13 avril à Divion (Pas-de-Calais), l’une des deux villes concernée par des forages d’EGL prévus cette année. Dans un bassin minier, classé par l’Unesco et dont le sous-sol a été rendu instable par l’exploitation du charbon, les collectifs ne veulent pas entendre parler d’exploitation de gaz de couche. En lieu et place, ils en appellent à « une réelle transition énergétique, basée sur la sobriété, les énergies renouvelables et la relocalisation des activités ».

par Maxime Combes

publié sous le titre "Après les gaz de schiste, voici les gaz de couche, le nouveau filon des pétroliers"

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