Articles Tagués ‘non conventionnel’

(!) Info minute – Revue de Presse

Depuis le 21 novembre 2013, nos voisins et amis Suisses du Collectif Val-de-Travers publient dans le Courrier du Val-de-Travers Hebdo, une information sur le projet de forage de Noiraigue. Il nous semble tout à fait opportun de faire la chambre d’écho et d’offrir à nos lecteurs la possibilité de lire cette analyse tant elle est pertinente. Après les sept premiers articles publiés ici depuis le 13 janvier 2014, voici le huitième épisode.

Val Travers bannière-

8. Arrivée fracassante dans l’Autunien
Depuis quelques semaines, notre foreuse virtuelle a été strictement programmée pour exécuter les opérations telles que planifiées par les promoteurs du forage d’hydrocarbures de Noiraigue. Leur rapport de synthèse est actuellement aux mains du Conseil d’État qui doit prendre une décision officielle quant à la suite, ou non, à donner à ce projet…
 
La semaine dernière, la foreuse s’est arrêtée au fond du trou, dans le Permien. Où exactement? Mystère. Avec quelles intentions? Mystère. Pour resituer le contexte, la cible déclarée des promoteurs est une structure géologique profonde, en forme de dôme, dont le point culminant se situe à environ 2200 m. sous la surface. Plus précisément, les grès bigarrés du Buntsandstein sont visés, hypothétiquement susceptibles de contenir des hydrocarbures. Or, les promoteurs prévoient d’outrepasser, somme toute assez rapidement, cette formation rocheuse, pourtant déclarée si prometteuse. Ils veulent forer plus profondément, dans le Permien. Tentons de décrypter ce qu’implique ce choix et la manière dont tout cela est explicité dans leur rapport (RTH).
 
La distillerie…
 
Les hydrocarbures sont issus de la lente évolution de la matière organique (micro-organismes animaux et végétaux) contenue dans les sédiments rocheux se déposant au fond d’océans. Considérons un niveau repère, renfermant une bonne quantité de matière organique initiale. Au fil du temps, cette couche sera surmontée par d’autres sédiments. Donc, sa profondeur d’enfouissement augmentera, et avec elle, la pression et la température. Le processus de maturation, ou de « distillation » de la matière organique est en route. Les conditions physiques régnant dans le sous-sol évoluent et des transformations chimiques s’opèrent. Petit à petit, au cours de temps géologiques, la matière organique initiale se métamorphose en hydrocarbures, soit en pétrole et/ou en gaz.
 
Roche-mère et roche-réservoir
 
A partir de la matière organique originelle qu’elle contient, la roche-mèreest celle qui enfante… des hydrocarbures. Quant à la roche-réservoir, elle est en quelque sorte « la nounou poreuse et perméable » chez qui ces hydrocarbures se concentrent, après migration dans le sous-sol. Cette migration s’opère notamment à la faveur de failles ou de structures géologiques favorables.

Dans le cas de Noiraigue, le Buntsandstein est considéré potentiellement comme une roche-réservoir. Notons déjà à ce stade que les schistes de l’Autunien (Permien inférieur), présumés présents en dessous du Buntsandstein, sont reconnus à large échelle pour être une roche-mère, par l’industrie gazière et pétrolière.
 
Plutôt du genre… conventionnel …
 
Dans la thématique qui nous occupe, un gisement est un volume de roches renfermant des hydrocarbures. Ces derniers sont soit présents dans de menus espaces de la roche, soit plus fermement retenus en son sein. Les hydrocarbures, qu’il s’agisse de gaz ou de pétrole proviennent de gisements dits « conventionnels », ou « non-conventionnels », la distinction résidant dans la méthode utilisée pour les extraire, plus ou moins péniblement, du sous-sol. Le caractère « conventionnel » s’applique lorsque la porosité et la perméabilité de la roche sont optimales ou faciles à développer, pour atteindre une bonne productivité du champ gazier ou pétrolier. Cette définition est d’autant plus tangible quand la concentration en hydrocarbures du gisement est forte. En règle générale, plusieurs forages doivent être réalisés pour exploiter un champ d’hydrocarbures.

 
… ou non-conventionnel?
 
Quant au « non-conventionnel », il vise à produire du gaz de houille, du gaz ou du pétrole dits « de schiste » ou des hydrocarbures de réservoirs compacts, aussi appelés « tight ».
Dans la pratique, des méthodes très invasives doivent alors être utilisées, afin de « stimuler » la libération des hydrocarbures piégés dans ces roches de faibles porosité et perméabilité. Cela se traduit par l’emploi de grandes quantités d’eau et de produits chimiques, favorisant le drainage des hydrocarbures, en ayant recours au procédé de fracturation hydraulique. La méthode « non-conventionnelle » a pour objectif « d’ouvrir » la formation rocheuse et de la rendre « coopératrice ». En termes imagés, c’est: « tu vas l’cracher l’morceaud’hydrocarbures? ou bien?« .
 
Sésame dans l’Autunien?
 
Sur la base de profils de sismique-réflexion, sortes d’échographies du sous-sol établies à partir de mesures réalisées en surface, les promoteurs semblent convaincus de la présence massive de couches du Permien, sous les pieds des Néraouis, en dessous de la cible officielle du Buntsandstein. L’aubaine visée par les promoteurs? Soit dit en passant, l’interprétation de ces mesures ne donne pas d’informations probantes ni sur l’état de la fracturation à petite échelle du sous-sol, ni sur le niveau de karstification des différentes couches et encore moins sur les contraintes, ou forces tectoniques régnant en profondeur.
 
A bon entendeur
 
Et si l’Autunien était présent, effectivement visé et tout à la fois atteint par le forage? Et si les promoteurs étaient tentés de le « titiller », comme cela s’opère de par le monde dans les forages exploratoires d’hydrocarbures de gisements de ce type? Et si ce gisement non-conventionnel de roche-mère s’avérait productif sous la contrainte des méthodes invasives évoquées plus haut? Ces interrogations ne sont pas de pures conjectures émises par un groupe d’illuminés à la bougie! Non! Elles sont réelles et très préoccupantes, tout comme les conséquences qui pourraient en découler! Ce d’autant que le rapport (RTH) est, il va sans dire, totalement muet à ce sujet.
 
Moins j’en dis, mieux c’est?
 
Indépendamment du contexte hydrogéologique très délicat, si l’objectif était purement la recherche d’hydrocarbures conventionnels dans le Buntsandstein, n’eut-il pas été judicieux de planifier des échantillonnages de fluides? La réalisation de tests de production dans cette couche? La conduite de procédés de stimulation hydraulique et chimique du réservoir? Ces opérations sont pourtant habituellement réalisées dans la pratique, en phase exploratoire! Que se passerait-il dans les faits là-bas au fond?
 
Au plaisir de vous retrouver. Belle semaine à vous.
 
 
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Cette semaine en Rhône-Alpes: Agenda ici     NANTUA 16 MARS 2013    (!) Info minute revue de presse
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ClR(1) 11 Mars 2013

André Cazetien est ancien élu du bassin de Lacq. Il est maire honoraire de la ville nouvelle de Mourenx, dans le bassin de Lacq. Instituteur, il a été maire durant 18 ans de cette ville construite pour accueillir les milliers d’ouvriers venus dans le Béarn afin de travailler à l’exploitation du gaz. Militant écologiste, il est, à 89 ans, l’auteur de nombreux livres parmi lesquels « Et organisons-nous! » (Utovie, 2012), qui fait écho à celui de Stéphane Hessel.

Exploitation du gaz à Lacq (64) – février 2013

Exploitation du gaz à Lacq (64) – février 2013

 Nous publions ici un extrait de l’article « Gaz de schiste, gaz de Lacq: Une philosophie nouvelle » (Article paru dans L’âge de faire, n71, janvier 2013) qui témoigne des premières années de l’exploitation du gaz à Lacq et de ses conséquences pour les habitants.

 « Il y a cinquante ans, l’exploitation du gisement de Lacq ne fut pas une banale activité industrielle. Les ravages de nos plantations agricoles, viticoles notamment, les détériorations d’installations métalliques, les masques à gaz des enfants à l’école et à la maison et leur envoi, gratuit pour les familles de Lacq, en classe de neige en vallée d’Aspe, l’extinction d’une torchère de l’usine de Lacq et l’hospitalisation d’une partie du personnel, l’incendie d’une unité de l’usine, tout cela, et j’en passe, a marqué douloureusement les premières années de vie dans ce bassin industriel.

Il fallut la lutte intense, à l’appel de l’Association de défense des populations de la région de Lacq, animée notamment par Félicien Prué, maire d’Abidos, et par moi-même, directeur de l’école de Lacq. Les tracteurs des paysans barrèrent la route nationale, plus d’un millier de paysans se rassemblèrent à Lacq, le député Guy Ebrard créa, avec les maires de la région, une deuxième association de défense. La vie de tout ce qui vit, humains, animaux et plantes, était mise à rude épreuve par la pollution. Sans la lutte, il n’y aurait pas eu les travaux anti-polluants réalisés par la SNPA (Société nationale des pétroles d’Aquitaine, qui a exploité le gaz de Lacq et fusionnera avec Elf dans les années 70) ».

Lacq 1960 Elève arrivant à l'école avec masque à gaz obligatoire

Légende: Lacq, 1960. La pollution est intense. Un élève arrive à son école. Il porte son cartable et un masque à gaz obligatoire

La leçon que nous voulons en tirer, c’est que l’exploitation des énergies fossiles, conventionnelle ou non conventionnelle, est toujours polluante et qu’il a fallu, déjà à l’époque, la mobilisation de la population pour que les pouvoirs publics s’ en préoccupent un tant soit peu. Vouloir faire passer les projets actuels pour des projets « conventionnels », et prétendre que les techniques sauront résoudre toutes les difficultés (Comme le gaz souffré fut dompté par les ingénieurs à Lacq) n’élimine pas les conséquences de cette exploitation pour la population sur son territoire. « Qui veut aujourd’hui du gaz de schiste? », demande André Cazetien. « Quand la planète, malmenée par l’homme, se réchauffe et perd sa vie. Nous choisissons le Soleil, le Vent, la Mer – Inépuisables, Non polluants – Qui nous font vivre ». Non à l’exploitation des gaz de schistes, oui à la transition énergétique!

(1) chercheure et membre du collectif stop au gaz de schiste 69

  (!) Info minute revue de presse

J.C. 29.12.2012

Depuis le temps que nous surconsommons des hydrocarbures, gaz et pétrole, les réserves dites « conventionnelles » auxquelles on pouvait accéder facilement avec un simple forage vertical, parce qu’elles remontaient du sous-sol sous l’effet de la pression, sont en voie d’épuisement. Mais il reste des hydrocarbures « au fond du fond », enfouis à des kilomètres sous les roches, sous la mer ou la banquise, ou éparpillés dans des formations peu poreuses et peu perméables.

puits de gazDepuis longtemps les pétroliers, appâtés par l’augmentation du prix du baril, cherchent à repousser les limites d’exploitation de ces ressources pour « accéder aux réserves ultimes des champs conventionnels » (comme l’écrit Total) en forant de plus en plus profondément et en développant des techniques comme les forages « hautement déviés » (pour mieux pénétrer la roche-réservoir), les injections d’eau sous-pression (pour faire remonter les hydrocarbures), et bien entendu la fracturation hydraulique des roches-mères (pour en extraire les hydrocarbures diffus). Ces techniques d’exploitation avec un fort impact environnemental sont souvent désignées sous le vocable pudique de « stimulation ».

forages-L’exploitation par fracturation hydraulique des « shale gas » aux USA (traduit approximativement par gaz de schiste en Français) a démontré l’extrême dangerosité de ce genre de pratique, et l’opinion publique s’est dressée prioritairement contre « les gaz de schiste et la fracturation hydraulique ». Mais nous ne saurions oublier les pollutions dramatiques dues aux forages en eau profonde dans le Golfe du Mexique ou (moins médiatisées) au large de l’Afrique, ou les dégâts environnementaux irréversibles suite à l’extraction des sables bitumineux en Alberta et bientôt à Madagascar, par exemple.

Il n’y a pas d’un côté « les bons hydrocarbures conventionnels » et de l’autre « les mauvais gaz de schiste et la fracturation hydraulique », comme on voudrait nous le faire croire,  mais une évolution continue vers des pratiques de plus en plus dangereuses parce que de moins en moins maîtrisées par des entreprises dont le profit immédiat est la seule motivation. Ce que nous refusons quand nous parlons de « gaz de schiste » ce sont la recherche et l’exploitation par « stimulation » des « réserves ultimes« .

Ces pratiques peuvent avoir des conséquences désastreuses et totalement eau karstincontrôlables pour l’environnement, d’autant plus quand elles impliquent des forages en milieu karstique ou à proximité de failles sismiques. De plus, la mise sur le marché de ces produits pétroliers supplémentaires ne pourra qu’aggraver le réchauffement climatique et retarder la transition énergétique.

Nous demandons donc que la recherche et la mise en exploitation de ces hydrocarbures « ultimes » soient proscrites, quel que soit le nom qu’on leur donne et la technique de « stimulation » proposée. Et ce aussi bien en France que partout ailleurs dans le Monde !