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4/02: Maud Fontenoy continue de ramer pour le gaz de schiste         (!) Info minute – Revue de Presse

Montebourg l'enchanteurComme les alchimistes du moyen âge cherchaient, sans succès, la « pierre philosophale » permettant de transformer le plomb en or, Monsieur Montebourg cherche la substance qui permettrait de transformer le gaz de schiste en carburant écologique. Le dernier avatar de ce produit miracle serait l’heptafluoropropane, CH3F7 pour les intimes, gaz qui, une fois liquéfié, remplacerait l’eau dans le processus de fracturation hydraulique, et qui avait déjà séduit MM Lenoir et Bataille rapporteurs de l’OPECST[1]. La société eCorp qui tente de promouvoir ce procédé[2] n’y voit bien entendu que des avantages. Essayons de démêler le vrai du faux.

 Rappelons d’abord que l’exploitation du gaz de schiste nécessite trois étapes :

¤ Le creusement des forages
 ¤ La fracturation hydraulique
              ¤ L’extraction et le traitement du gaz

Nous employons le mot forages au pluriel car il ne faut pas oublier que si l’on recherche du gaz, ce n’est pas pour le laisser au fond mais pour l’exploiter, et que l’exploitation nécessiterait des milliers de puits.

Le creusement des puits utilise de la boue de forage constituée au minimum d’eau, d’argile et de polymères. Cette boue, qui sert à refroidir et lubrifier l’outil de forage, sert aussi à remonter en surface les débris de roche broyés par la foration, et avec eux les éléments présents dans le sous-sol, dont certains peuvent être toxiques comme les métaux lourds, le toluène, le benzène, le radon ou les bactéries anaérobies… Par ailleurs le simple percement de forages peut engendrer des pollutions des milieux traversés, particulièrement en zone karstique. La nature du fluide utilisé ensuite pour la fracturation ne diminue en rien ces risques.

Pour la fracturation proprement dite, la société eCorp propose donc d’envoyer dans les puits, une fois forés, de l’heptafluoropropane liquéfié. Mélangé à du sable et injecté sous haute pression ce produit provoquerait des microfissures dans la roche où il se mêlerait au méthane qu’on veut extraire. Retournant à son état naturel (gazeux) sous l’effet de la forte température, il pourrait remonter par le puits avec le gaz extrait dont il serait séparé en surface pour être réutilisé. Point positif donc, l’économie des dizaines de milliers de mètres cube d’eau nécessaires pour une fracturation hydraulique et la disparition des additifs chimiques (en totalité ? c’est moins sûr !)

Mais qu’en est-il de ce produit lui-même ? Ce gaz peut être utilisé dans les extincteurs (sous l’appellation FM200) mais uniquement en l’absence d’autre solution : « sa toxicité propre est faible mais il est fortement déconseillé en raison de son potentiel de réchauffement climatique[3] » : en effet son potentiel de réchauffement global à 20 ans est 4300 fois celui du CO2[4] ! Si sa présence dans le sous-sol peut sembler acceptable, son retour en surface est plutôt inquiétant, d’autant que les dernières estimations donnent des taux de fuites entre 2 et 11% dans les installations gazières américaines[5]. Et les opérations de séparation de l’heptafluoropropane d’avec le méthane pour recycler le premier risquent d’augmenter encore ce taux.

Car comme le rappelle le Professeur Tony Ingraffea[6] le pire est après la fracturation « Les gens qui sont contre la fracturation hydraulique ne pensent pas à tout ce qui se passe avant et après. L’opération de « fracking » en tant que tel présente des risques limités pour la qualité de l’air, mais les polluants issus des gaz d’échappement des moteurs diesel et les émissions de méthane associées aux processus d’excavation, de forage, la déshumidification, la compression, le traitement et le transport du gaz par pipeline présentent de graves problèmes pour la qualité de l’air et le réchauffement climatique ». Et que dire en y rajoutant l’heptafluoropropane ?

Sans parler des forages eux-mêmes dont l’isolation (tube d’acier plus ciment) n’est pas adaptée à la taille des molécules de méthane selon une étude conjointe du CNRS et du MIT[7], ce qui expliquerait les fuites systématique de gaz dans le sous-sol et donc les nappes phréatiques. Le remplacement du liquide de fracturation par un gaz ne serait pas pour améliorer les choses.

Et au fait, en dehors de ses inconvénients climatiques rédhibitoires, cette technique est-elle opérationnelle techniquement et économiquement ? Même pas ! La société eCorp a bien fait quelques essais, mais au propane (inflammable et explosif !) et aucun à l’heptafluoropropane. Cette idée géniale ne leur est venue qu’en 2013. Et de plus, ce produit est rare et cher, plus 10 € le kilo semble-t-il, et son éventuel recyclage aura son prix : la faisabilité financière de cette technique est mise en doute même par le pourtant très bienveillant OPECST.

Il est temps d’arrêter cette spirale infernale : le méthane quand il brûle produit du CO2, quand il fuit c’est un gaz à effet de serre 56 fois pire que le CO2 à 20 ans. L’heptafluoropropane est un gaz à effet de serre 4300 fois plus puissant que le CO2 à 20 ans. Et on voudrait nous faire croire qu’en utilisant le second pour extraire le premier on va  obtenir un « combustible propre » ?

MM Montebourg[8], Lenoir, Bataille et Cie nous prendraient-ils vraiment pour des blaireaux ?

 J.C.

(!) Info minute revue de presse

Traduit par nos soins – Article de David Suzuki paru sous le titre Fracked Gas: A Bridge Fuel to Nowhere dans Ecowatch le 30.05.2013

david suzukiLa Colombie-Britannique[1] semble fonder ses espoirs (de développement) économiques sur le gaz naturel en grande partie obtenu par la fracturation hydraulique. Alors que le monde devrait être en train de faire sa transition des énergies fossiles vers les énergies propres et à la protection de l’environnement, nous sommes prêts à nous enterrer plus profondément dans le trou de carbone du changement climatique.

S’inspirant de la politique de liquidation du gouvernement de l’Alberta et du gouvernement fédéral, les dirigeants de la Colombie-Britannique veulent extraire les combustibles fossiles du sous-sol, les transporter vers la côte, les liquéfier et les expédier vers l’Asie ou partout où ils pourront trouver acheteur et aussi rapidement que possible. Il s’agit là d’un plan à court terme basé sur un mode de pensée révolue. À long terme, ce n’est bon ni pour l’économie ni pour l’environnement.

torchage gazQue les politiciens imaginent que les ressources en combustibles fossiles soient infinies ou qu’ils ne puissent penser qu’en fonction de la prochaine échéance électorale, ils vendent notre avenir et laissent un héritage désastreux pour nos enfants et petits-enfants. Pour commencer, le gaz naturel n’est pas la solution d’énergie propre telle qu’elle est souvent présentée. Selon lInstitut Pembina[2] , si seulement cinq des 12 terminaux de GNL[3] proposés étaient construits sur la côte de la Colombie-Britannique, ils pourraient cracher 63 millions de tonnes de carbone par an dans l’atmosphère ce qui dépasse le volume actuellement produit par l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et qui l’équivalent de la totalité des émission de gaz à effet de serre de toute la Colombie-Britannique en 2010. Les composés organiques volatiles et les particules rejetées dans l’atmosphère seraient également de nouvelles sources importantes de pollution.

La liquéfaction du gaz pour l’exportation, qui nécessite d’énormes quantités d’énergie, n’est pas la seule source de gaz à effet de serre. Les fuites -ou ce que l’industrie appelle les « émissions fugitives« – au cours des forages, de l’extraction et du transport sont également des préoccupations. Bien que le ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique affirme que de 0,3 à 0,4 pour cent du gaz s’échappe dans l’atmosphère, des études indépendantes indiquent que c’est en fait de nombreuses fois ce montant.

Selon un article paru dans la revue Nature, des scientifiques de l’US National Oceanic and Atmospheric Administration et l’Université du Colorado  ont trouvé que les fuites de méthane -un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone- représentent quatre à neuf pour cent de la production totale dans deux champs gaziers aux États-Unis[4].

Même les retombées économiques de ces projets de GNL dans la province peuvent être mises en doute. De nombreux analystes s’attendent à un ajustement des prix, et lexpert en GNL Peter Hughes disait à la CBC News que la manne espérée était un «vœu pieux», car la Colombie-Britanique sera en concurrence avec les producteurs d’autres pays et régions comme le Qatar, l’Afrique de l’Est et l’Australie. Et la majeure partie de cet argent ne bénéficierait même pas à la Colombie-Britannique, puisque de nombreuses compagnies gazières sont originaires d’autres provinces ou étrangères. Quant aux emplois, l’extraction du gaz naturel , son transport et sa production en créent relativement peu en comparaison de tous les autres secteurs de l’économie, y compris le tourisme, les sciences et la technologie, les soins de santé, l’éducation et les petites entreprises.
 
En plus de cela, la fracturation hydraulique – l’injection d’eau, de sable et de produits chimiques à haute pression dans le sol pour éclater le schiste et libérer le gaz naturel- a bien d’autres conséquences environnementales. Elle exige d’énormes quantités d’eau, contamine l’eau potable, endommage l’habitat et les écosystèmes et provoque même des micro-séismes !

En plus de voir le gaz naturel comme une panacée économique, certains estiment qu’il pourrait s’agir d’un « carburant de transition « , quelque chose de plus propre que le pétrole ou le charbon à utiliser tandis que nous ferions la transition vers les énergies renouvelables. Il s’agit-là d’une transition pleine de danger, et le subventionnement et l’investissement dans l’extraction et les infrastructures de gaz naturel sans véritable engagement à nous sevrer du pétrole, du charbon et du gaz nous maintient sur la voie des énergies fossiles et décourage les investissements dans l’énergie propre et la protection de l’environnement.

L’industrie s’appuie également sur l’argent des contribuables pour subventionner, par l’impôt et des cadeaux fiscaux, la fourniture de l’eau, les routes ainsi que les énormes quantités d’énergie nécessaires pour liquéfier le gaz. Et les « émissions fugitives » provenant de l’exploitation du gaz sont exonérées de la taxe carbone. Si nous sommes vraiment en «transition» pour réduire les énergies fossiles, pourquoi subventionnerions-nous les coûts en carbone des entreprises?

Il est temps d’investir notre argent et nos ressources humaines dans des idées novatrices à long terme qui permettront de créer de bons emplois durables et assurer que nous, nos enfants et nos petits enfants continueront de jouir d’une vie saine et prospère tandis que notre magnifique environnement sera protégé. Nous avons d’abondantes ressources renouvelables et les possibilités d’économiser l’énergie et de montrer la voie dans le développement de l’énergie propre. Il est temps d’aller de l’avant.

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A propos de l’auteur : Le Dr. David Suzuki est un scientifique, animateur radio, auteur et co-fondateur de la Fondation David Suzuki . Il est Compagnon de l’Ordre du Canada et récipiendaire du Prix Kalinga pour la science, de la médaille du Programme pour l’Environnement des Nations Unies, le Right Livelihood Award 2009 et du Global 500 de l’UNESCO. M. Suzuki est professeur émérite à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver et détient 27 diplômes honorifiques d’universités du monde entier. Il est connu des téléspectateurs comme animateur de l’émission de télévision de la CBC The Nature of Things, ainsi que des auditeurs ; il fut à l’origine de l’émission Quirks and Quarks de CBC Radio, ainsi que de la série plébiscitée It’s a Matter of et From Naked Ape to Superspecies. Son œuvre écrite comprend plus de 52 livres, dont 19 pour les enfants. Dr. Suzuki vit avec sa femme, le Dr Tara Cullis, et sa famille à Vancouver, Colombie-Britanique


[1] Ndt : La Colombie-Britannique, est la plus occidentale des provinces canadiennes
[2] Ndt : Plus d’information sur l’Institut Pembina ici
[3] Ndt : GNL : Gaz naturel liquéfié
[4] Ndt : Voir également à ce sujet Comment une nouvelle étude remet sérieusement en cause l’affirmation selon laquelle le gaz naturel est un carburant propre et  Les fuites de méthane lors de la production peuvent annuler les avantages climatiques du gaz naturel.

(!) Info minute revue de presse

Article de Nora Eisenberg traduit par nos soins initialement publié par AlterNet le 27 mars 2013 en partenariat avec GlobalPossibilities.org

Les fuites dans les systèmes de production et de distribution de gaz peuvent engendrer des niveaux de gaz à effet de serre plus élevés que les autres combustibles fossiles comme le charbon et le pétrole.

gaz-pipelineLa semaine dernière (ndt en mars 2013), les enquêteurs qui étudient les niveaux de fuite de méthane dans Manhattan ont communiqué des résultats préliminaires alarmants. L’industrie du gaz et Con Edison[1] estiment à 2,2% le niveau de fuite dans ses réseaux de distribution et à une fuite alors que, selon le Fonds pour la Défense de l’environnement (Environmental Defense Fund), au-dessus de 3,2%, le gaz naturel cesse d’avoir un avantage climatique par rapport aux autres combustibles fossiles. Mais l’étude a révélé un taux de fuite cumulatif de plus de 5%  lors de la production et de la livraison de gaz naturel. À ces niveaux, le gaz naturel –composé à 93% de méthane – a un effet de serre beaucoup plus puissant que le charbon ou le pétrole brûlé, ont déclaré les auteurs de cette étude.

« Ces rapports offrent l’analyse la plus rigoureuse des taux de fuite à ce jour« , a indiqué à Alternet Al Appleton, ancien commissaire du Département de la Protection Environnementale de la ville de New-York, « ce qui représente une réalité préoccupante pour l’environnement. » L’étude a été menée par Gas Safety Inc de Southborough, Massachusetts, pour Les Citoyens de Damas pour le développement durable (DCS) , une organisation environnementale de la Haute Vallée du Delaware qui a été à la pointe de l’activité anti-fracking dans la zone du Marcellus Shale[2].

Lors de la combustion, le gaz naturel de méthane produit du CO2, mais à un taux deux fois moindre que le charbon ou le pétrole, ce qui a contribué à la réputation du gaz naturel comme étant le combustible fossile le plus propre. Dans l’atmosphère, cependant, le méthane (CH4), composant principal du gaz naturel, est un puissant gaz à effet de serre , qui comme le CO2 absorbe le rayonnement infrarouge de la Terre et contribuant au réchauffement de la planète. En effet, ramené en poids et au fil du temps (100 ans), le méthane réchauffe 20 fois plus que le dioxyde de carbone.

Gas Safety, Inc. a enregistré les données sur les émissions réelles au cours d’un déplacement de plus de 250 kilomètres dans les rues de Manhattan. Le système de mesure de fuites utilisé comprenait un spectromètre[3] combiné avec un système GPS et un système de contrôle par ordinateur. Installé dans un véhicule équipé d’une durite de prélèvement d’air montée sur le pare-chocs arrière, (avec l’orifice d’entrée orienté vers le bas à environ 30 centimètres au-dessus de la surface de la chaussée, et l’antenne GPS sur le toit), le dispositif mesure et enregistre les niveaux de méthane dans l’air au-dessus de la chaussée avec une précision de quelques parties par milliard environ quatre fois par seconde. Le système GPS embarqué enregistre simultanément l’emplacement de l’instrument lors de l’échantillonnage. L’enquête a révélé de nombreuses fuites, certaines importantes, et peu à des niveaux de méthane acceptables.

Selon le Dr Bryce Payne, l’un des auteurs du rapport, « La fuite de méthane dans le système desservant New York à travers ConEd est probablement déjà à un niveau où les fuites de méthane ont autant ou plus d’impact sur le climat que le reste de gaz (environ 95%) qui est réellement brûlé par les consommateurs à New York. » Le rapport indique que « la perte de seulement quelques pour cent de gaz pendant la production, le transport, la distribution et l’utilisation est d’une importance capitale pour la gestion et la planification présentes et futures des systèmes nationaux et internationaux d’approvisionnement et d’utilisation ».

fracking marcellus ShaleLa mise en œuvre de la fracturation hydraulique à grande échelle dans les profonds gisements de gaz de schiste rend le gaz naturel non seulement abondant mais relativement peu cher, avec à présent près d’un tiers de l’électricité de la nation produite au gaz. La conscience nationale sur les dangers de la fracturation hydraulique – qu’il s’agisse de la contamination des eaux souterraines, de la pollution atmosphérique, des tremblements de terre, de la dévastation du paysage et de l’effondrement de la valeur du patrimoine immobilier- a littéralement explosé, laissant l’industrie et le gouvernement assurer dans la précipitation que la fracturation est sans danger.

L’industrie pétrolière a tenté de réfuter les allégations de migration de méthane montrée illustrée de manière spectaculaire par un robinet de cuisine enflammé dans le film documentaire Gasland. Et plus récemment[4] le méthane dans des contextes autres que celui de la fracturation hydraulique a commencé à faire l’objet d’une surveillance[5] .

L’étude des émissions fugitives de gaz naturel à Manhattan a été réalisée par DCS afin d’améliorer la compréhension de la relation entre la distribution du gaz et le changement climatique. Les résultats préliminaires de l’étude suggèrent qu’en raison de fuites généralisées lors de son extraction son transport et de sa livraison, l’empreinte carbone du gaz naturel est vaste et en pleine croissance. « Beaucoup ont vu dans le gaz naturel un carburant de transition vers les énergies renouvelables du futur», indique Barbara Arrindell de DCS à Alternet, « mais ce nouveau rapport confirme qu’il s’agit en fait d’une voie dangereuse vers nulle part».

A propos de l’auteure: Le travail de Nora Eisenberg fait l’objet de publication dans Village Voice, Tikkun, le Los Angeles Times, the Nation et le Guardian britannique. Son dernier roman, “When You Come Home” (Curbstone, 2009 explore l’héritage de la guerre du Golfe de 1991.


[1] Ndt : Con Edison est un fournisseur de gaz dans la ville de New York
[2] Ndt : Le Marcellus Shale, un des plus gros gisements de gaz de schiste identifié et exploité dans le Nord des États-Unis
[3] Voir la description technique en anglais ici
[4] Le Gaz Naturel et le déversement invisible: combien de méthane atteint l’atmosphère?
[5] Les fuites de méthane érodent les qualités écologiques du gaz naturel