Comment une nouvelle étude remet sérieusement en cause l’affirmation selon laquelle le gaz naturel est un carburant fossile propre

Publié: 26 mai 2013 dans énergie climat, forage d'hydrocarbures, gaz de schiste
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(!) Info minute revue de presse

Article de Nora Eisenberg traduit par nos soins initialement publié par AlterNet le 27 mars 2013 en partenariat avec GlobalPossibilities.org

Les fuites dans les systèmes de production et de distribution de gaz peuvent engendrer des niveaux de gaz à effet de serre plus élevés que les autres combustibles fossiles comme le charbon et le pétrole.

gaz-pipelineLa semaine dernière (ndt en mars 2013), les enquêteurs qui étudient les niveaux de fuite de méthane dans Manhattan ont communiqué des résultats préliminaires alarmants. L’industrie du gaz et Con Edison[1] estiment à 2,2% le niveau de fuite dans ses réseaux de distribution et à une fuite alors que, selon le Fonds pour la Défense de l’environnement (Environmental Defense Fund), au-dessus de 3,2%, le gaz naturel cesse d’avoir un avantage climatique par rapport aux autres combustibles fossiles. Mais l’étude a révélé un taux de fuite cumulatif de plus de 5%  lors de la production et de la livraison de gaz naturel. À ces niveaux, le gaz naturel –composé à 93% de méthane – a un effet de serre beaucoup plus puissant que le charbon ou le pétrole brûlé, ont déclaré les auteurs de cette étude.

« Ces rapports offrent l’analyse la plus rigoureuse des taux de fuite à ce jour« , a indiqué à Alternet Al Appleton, ancien commissaire du Département de la Protection Environnementale de la ville de New-York, « ce qui représente une réalité préoccupante pour l’environnement. » L’étude a été menée par Gas Safety Inc de Southborough, Massachusetts, pour Les Citoyens de Damas pour le développement durable (DCS) , une organisation environnementale de la Haute Vallée du Delaware qui a été à la pointe de l’activité anti-fracking dans la zone du Marcellus Shale[2].

Lors de la combustion, le gaz naturel de méthane produit du CO2, mais à un taux deux fois moindre que le charbon ou le pétrole, ce qui a contribué à la réputation du gaz naturel comme étant le combustible fossile le plus propre. Dans l’atmosphère, cependant, le méthane (CH4), composant principal du gaz naturel, est un puissant gaz à effet de serre , qui comme le CO2 absorbe le rayonnement infrarouge de la Terre et contribuant au réchauffement de la planète. En effet, ramené en poids et au fil du temps (100 ans), le méthane réchauffe 20 fois plus que le dioxyde de carbone.

Gas Safety, Inc. a enregistré les données sur les émissions réelles au cours d’un déplacement de plus de 250 kilomètres dans les rues de Manhattan. Le système de mesure de fuites utilisé comprenait un spectromètre[3] combiné avec un système GPS et un système de contrôle par ordinateur. Installé dans un véhicule équipé d’une durite de prélèvement d’air montée sur le pare-chocs arrière, (avec l’orifice d’entrée orienté vers le bas à environ 30 centimètres au-dessus de la surface de la chaussée, et l’antenne GPS sur le toit), le dispositif mesure et enregistre les niveaux de méthane dans l’air au-dessus de la chaussée avec une précision de quelques parties par milliard environ quatre fois par seconde. Le système GPS embarqué enregistre simultanément l’emplacement de l’instrument lors de l’échantillonnage. L’enquête a révélé de nombreuses fuites, certaines importantes, et peu à des niveaux de méthane acceptables.

Selon le Dr Bryce Payne, l’un des auteurs du rapport, « La fuite de méthane dans le système desservant New York à travers ConEd est probablement déjà à un niveau où les fuites de méthane ont autant ou plus d’impact sur le climat que le reste de gaz (environ 95%) qui est réellement brûlé par les consommateurs à New York. » Le rapport indique que « la perte de seulement quelques pour cent de gaz pendant la production, le transport, la distribution et l’utilisation est d’une importance capitale pour la gestion et la planification présentes et futures des systèmes nationaux et internationaux d’approvisionnement et d’utilisation ».

fracking marcellus ShaleLa mise en œuvre de la fracturation hydraulique à grande échelle dans les profonds gisements de gaz de schiste rend le gaz naturel non seulement abondant mais relativement peu cher, avec à présent près d’un tiers de l’électricité de la nation produite au gaz. La conscience nationale sur les dangers de la fracturation hydraulique – qu’il s’agisse de la contamination des eaux souterraines, de la pollution atmosphérique, des tremblements de terre, de la dévastation du paysage et de l’effondrement de la valeur du patrimoine immobilier- a littéralement explosé, laissant l’industrie et le gouvernement assurer dans la précipitation que la fracturation est sans danger.

L’industrie pétrolière a tenté de réfuter les allégations de migration de méthane montrée illustrée de manière spectaculaire par un robinet de cuisine enflammé dans le film documentaire Gasland. Et plus récemment[4] le méthane dans des contextes autres que celui de la fracturation hydraulique a commencé à faire l’objet d’une surveillance[5] .

L’étude des émissions fugitives de gaz naturel à Manhattan a été réalisée par DCS afin d’améliorer la compréhension de la relation entre la distribution du gaz et le changement climatique. Les résultats préliminaires de l’étude suggèrent qu’en raison de fuites généralisées lors de son extraction son transport et de sa livraison, l’empreinte carbone du gaz naturel est vaste et en pleine croissance. « Beaucoup ont vu dans le gaz naturel un carburant de transition vers les énergies renouvelables du futur», indique Barbara Arrindell de DCS à Alternet, « mais ce nouveau rapport confirme qu’il s’agit en fait d’une voie dangereuse vers nulle part».

A propos de l’auteure: Le travail de Nora Eisenberg fait l’objet de publication dans Village Voice, Tikkun, le Los Angeles Times, the Nation et le Guardian britannique. Son dernier roman, “When You Come Home” (Curbstone, 2009 explore l’héritage de la guerre du Golfe de 1991.


[1] Ndt : Con Edison est un fournisseur de gaz dans la ville de New York
[2] Ndt : Le Marcellus Shale, un des plus gros gisements de gaz de schiste identifié et exploité dans le Nord des États-Unis
[3] Voir la description technique en anglais ici
[4] Le Gaz Naturel et le déversement invisible: combien de méthane atteint l’atmosphère?
[5] Les fuites de méthane érodent les qualités écologiques du gaz naturel

commentaires
  1. Dan Arduynna dit :

    A l’heure de l’évasion politique et des diversions médiatiques, je salue ce recoupement d’études avec les risques annoncés et prouvés de cette source énergétique fossile, pour livrer ce sentiment d’inquiétude et de révolte : Qu’il est difficile de faire entendre une évidence contraire aux intérêts des fourbes cupides, des apathiques fatalistes et des consuméristes. L’augmentation des drames climatiques n’ouvre même pas leur yeux.
    Au bout de ces luttes environnementales méritoires et élitistes, la bonne conscience, la fraternité, la mémoire et l’avenir. Et dans ce cas, la perspective des nécessités de changement de priorités et de culture ne peut pas attendre 2000 ans.

  2. loverardeche dit :

    Il suffit de voir le film Gasland pour comprendre !!!

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