GAZ DE SCHISTE, OU EN SOMMES-NOUS ?

Publié: 30 septembre 2012 dans forage d'hydrocarbures, gaz de schiste
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Par Jacques Cambon – Initialement publié dans le Sarkophage

Les gaz (et huiles) de schiste sont avant tout une tentative ultime, et donc d’autant plus dangereuse, des compagnies pétrolières pour garder le contrôle de la production d’énergie et donc globalement de l’économie. En attendant de mettre la main sur les ressources naturelles par le biais de « l’économie verte » pour contrôler ensuite les énergies renouvelables, elles entendent extraire jusqu’à la dernière goutte d’hydrocarbure, même économiquement non rentable, quitte à saccager la planète.
Bien entendu, ces entreprises n’ont pas attendu ces ressources dites non conventionnelles pour commencer ce saccage : pollution pétrolière dans le delta du Niger ou le Golfe du Mexique, asséchement et contamination des nappes d’eau fossile d’Arlit au Niger pour extraire l’uranium, destruction des zones humides d’Atacama au Chili pour produire le lithium de nos piles électriques…La liste est interminable, mais avec les gaz de schiste et autres ressources « extrêmes », c’est la généralisation des désastres écologiques qui nous est promise !
Concrètement il s’agit d’aller rechercher des hydrocarbures naturels situés à plusieurs milliers de mètres de profondeur sous la forme de gouttelettes éparpillées dans des roches sédimentaires compactes, souvent des argiles schisteuses. Pour ce faire, il faut fissurer la roche pour libérer le gaz et une seule technique est aujourd’hui opérationnelle, c’est la fracturation hydraulique. Après avoir foré un puits vertical pour atteindre la « roche mère », on prolonge ce forage par des drains horizontaux pour la pénétrer profondément sur quelques centaines à quelques milliers de mètres. Ensuite on injecte dans ces forages un mélange d’eau, de sable et de produits chimiques, dont beaucoup sont gravement toxiques, sous plusieurs centaines de bars de pression :la pression de l’eau va fracturer la roche autour des drains, le sable empêcher que les fractures se referment et les produits chimiques faciliter l’écoulement du gaz qui pourra ainsi remonter vers la surface…Mais où sont donc les problèmes, puisque ce gaz est pratiquement le même que le « gaz naturel » que nous utilisons aujourd’hui ?

D’abord la consommation d’eau pour une fracturation est considérable, équivalant à la consommation journalière d’une ville de 100 000 habitants. Ensuite cette eau, chargée de ses additifs toxiques (acides forts, composés du chrome, de l’aluminium ou du bore, hexane, toluène, benzène, méthanol…) et des polluants dont elle se charge au passage (éléments radioactifs, bactéries…), va rester pour une bonne part dans le sous-sol où elle va migrer de façon totalement incontrôlable au gré des fractures que l’on vient de créer et des failles naturelles, polluant les aquifères profonds et même superficiels. L’autre partie de l’eau remontée en surface avec le gaz sera, une fois séparée de ce dernier, soit évaporée en libérant ses polluants volatils dans l’air, soit réinjectée dans le sol…En plus de cette pollution de l’eau, de l’air en raison des fuites de gaz (essentiellement du méthane, gaz à effet de serre plus de 20 fois plus dangereux que le gaz carbonique), du sol (car en exploitation ce n’est pas un puits qu’il faut mais un champ de puits, distants de quelques centaines ou milliers de mètres les uns des autres), il faut mentionner l’augmentation déjà observée du nombre de séismes.
Car ce tableau n’est pas virtuel : l’exploitation des gaz de schiste est pratiquée aux USA depuis une quinzaine d’année et plus de 400 000 puits seraient en service avec les conséquences que l’on vient de décrire. Peut-être acceptés parce que dans des zones à faible densité de population, et compensés par l’appât financier pour les propriétaires selon la loi étasunienne, ces impacts suscitent des rejets de plus en plus forts ailleurs, du moins dans les pays où la société civile peut s’exprimer. Car après les USA et le Canada, ce sont l’Europe, l’Afrique et l’Asie qui sont visées. Certains états ont déjà pris, souvent sous la pression citoyenne, des législations restrictives : moratoires en Bulgarie, dans les Cantons de Vaud et Fribourg en Suisse, dans l’Etat du Vermont aux USA, et interdiction de la fracturation hydraulique en France en juillet 2011.
Mais cette dernière loi n’est pas suffisamment claire pour être totalement efficace.  D’abord parce qu’elle ne définit pas ce qu’est la fracturation hydraulique, ouvrant droit à de possibles dérives vers des pratiques tout aussi néfastes sous des appellations différentes. Ensuite parce qu’elle n’empêche pas des forages soi-disant conventionnels dans des secteurs où l’on sait que la géologie imposera tôt ou tard des pratiques de « stimulation », pour reprendre l’euphémisme des foreurs. Enfin parce qu’elle tolère la fracturation hydraulique « à des fins de recherche scientifique » pratiquée par des entreprises industrielles dont le profit et le seul mobile, et qui ne se cachent d’ailleurs pas de vouloir contourner cette interdiction, ou mieux « en sortir » comme ils le proclament eux-mêmes. Et la refonte du Code Minier envisagée par le nouveau gouvernement ne remet pas en cause les soixante et un permis en cours qui sont présentés comme des recherches de « pétrole ou gaz conventionnels » mais autorisent en fait la recherche de tous les types d’hydrocarbures.
Seule une mobilisation citoyenne fortes saura imposer l’abandon définitif partout dans le monde de cette extraction dont la finalité claire est bien de retarder le plus possible la transition vers une société sobre en énergies, renouvelables bien entendu. Quant au réchauffement climatique  induit par la mise sur le marché de ce supplément d’hydrocarbures, inutile de dire que c’est le dernier des soucis des pétroliers, des financiers et des politiques qui les soutiennent.

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